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Bruxelles,
le 31 octobre 2000.
L'emploi des personnes handicapées en milieu ordinaire de travail. 1
INTRODUCTION La situation
belge est très complexe compte tenu de la répartition des compétences
entre les différents niveaux de pouvoirs : •
Les Communautés sont compétentes pour la définition des handicaps, pour
l'enseignement... • Les Régions,
depuis la dernière réforme de l'État, ont hérité de la politique
d'intégration sociale et professionnelle des personnes handicapées
(emploi, formation, accueil et hébergement, aide matérielle,
accompagnement.) La complexité
s'accroît du fait que la répartition des compétences s'accompagne de définitions
différentes du handicap. 2. DÉFINITIONS
DU HANDICAP Pour rappel et clarification, la définition donnée par l'OMS fait référence à trois notions pour cerner le concept de handicap : la déficience, l'incapacité et le handicap. La déficience : c'est-à-dire l'altération d'une structure ou d'une fonction psychologique, physiologique ou anatomique L'incapacité : la réduction partielle ou totale (résultant de la déficience) de la capacité d'accomplir une activité d'une façon ou dans les limites considérées, comme normale pour un être humain. Le handicap :
la contrainte par rapport à un environnement donné. Le handicap est donc
une notion relative en fonction de l'environnement social. · AU NIVEAU FÉDÉRAL La référence commune (sauf en ce qui concerne l'allocation d'intégration) pour la définition du handicap est la perte de capacité de gain. Celle-ci s'évalue cependant différemment selon la législation concernée. Ø Législation chômage L'article 60 de la réglementation stipule que pour bénéficier des allocations le travailleur doit être « apte » au travail, au sens de la législation relative à l'assurance maladie invalidité, c'est-à-dire ne pas présenter une perte de capacité de gain de plus de 65%. Le
degré d'inaptitude est fixé par un médecin agréé par le bureau de chômage. Ø
INAMI (invalidité) L'article 100 de la loi du 14 juillet 1994, stipule qu'est reconnu incapable de travailler le travailleur qui a cessé toute activité en conséquence directe de lésions ou de troubles fonctionnels dont il est établi qu'ils entraînent une réduction de capacité de gain à un taux égal ou inférieur au 1/3 de ce qu'une personne de même condition et de même formation peut gagner par son travail dans le groupe de professions où se range l'activité professionnelle exercée ou moment où l'incapacité survient, ou dans les diverses professions qu'il aurait pu exercer du fait de sa formation (l’évaluation est revue en cas de formation nouvelle). La
diminution de la capacité de gain est déterminée en fonction de critères
socio-économiques (âge, formation, passé professionnel) Ø
Aide sociale La loi du 27 février
1987 relative aux allocations des personnes handicapées prévoit l'accès
aux allocations de remplacement de revenus quand l'état physique et/ou
psychique a réduit la capacité de gain à 1/3 ou moins par comparaison
avec le marché général du travail à l'exclusion de l'emploi protégé. L'accès à
l'allocation d'intégration est quant à elle fonction de la perte
d'autonomie, moyennant un plafond de revenus. Ø
Accidents du travail Toute perte ou diminution du potentiel économique de la victime d'un accident du travail est prise en compte. Ø
Maladies professionnelles Législation lacunaire. La réparation n'intervient que si la maladie est reprise sur une liste établie.
Ø
Placement, et formation Forem - aptitude
normale: incapacité physique ou mentale de 0 à moins de 10%; Ø AWIPH L'enregistrement donnant droit aux interventions de l'AWIPH suppose une limitation des possibilités d'intégration sociale et professionnelle due à une insuffisance ou à une diminution d'au moins 30% de la capacité physique où d'au moins 20% de la capacité mentale. L'évaluation se fait par une équipe pluridisciplinaire sur base d'un questionnaire médical et psychosocial. Commentaire : les différentes législations se référent à des appréhensions différentes du handicap par des équipes d'évaluateurs différentes. L'accès à un dispositif n'ouvre pas les portes aux autres. Chacun des systèmes, hermétique, suppose un parcours du combattant spécifique. 3. DISPOSITIFS LÉGAUX FAVORISANT L'EMPLOI EN MILIEU ORDINAIRE
Ø
Accidents du travail En cas d'accident du travail, la loi oblige l'organisme assureur à contacter l'employeur via le médecin du travail pour demander la remise au travail, mais cela sans aucune obligation pour l'employeur qui garde toute latitude pour licencier. NB : Pour les accidents de vie privée il n'y a évidemment pas plus de protection Ø
Obligation d'occupation La loi de 1963 relative au reclassement social prévoyait l'obligation d'occupation. En exécution de cette loi des quotas ont été fixés pour l'emploi dans le secteur public au niveau fédéral et plus récemment au niveau des Régions. La mesure n'a jamais connu d'application dans le secteur privé. Ø
Conventions collectives de travail La CCT 26 du 15 octobre 1975 garantit aux travailleurs handicapés, travaillant en milieu de travail ordinaire, des rémunérations au moins équivalentes aux rémunérations conventionnelles fixées par les Commissions paritaires pour les valides (financement voir Régions). Depuis
1989, les différents accords interprofessionnels ont dégagé des moyens
financiers pour des actions de formation et mise à l'emploi en faveur des
cc groupes à risques », parmi lesquels sont explicitement repris les
handicapés. (pas d'évaluation) La CCT 38 quater du 14 juillet 1999, modifiant la CCT 38 du 6 décembre 1983, stipule que l'employeur ne peut faire de distinction au recrutement sur la base du handicap. Cet ajout donne suite à l'article 13 du traité d'Amsterdam modifiant le traité de l'Union européenne. Ø
Plan d'action belge pour l'emploi Dans le cadre de la ligne directrice européenne nol9 « Intégration des handicapés », le Plan d'action belge pour l'emploi de 1998 a prévu d'amplifier l'occupation de personnes handicapées dans le secteur privé. L'avis du Conseil national du travail a été requis. Pour l'instant aucune mesure particulière n'a vu le jour.
Ø
Obligation d'occupation dans le secteur public Quota de 2,5%
des agents dans les services du gouvernement wallon et organismes d'intérêt
publics. 5% des recrutements seront réservés tant que le quota n'est pas
atteint. Accès aux
programmes et mesures d'emploi adoptées en Région wallonne Ø
Incitants à l'emploi et à la formation Le décret
wallon du 6 avril 1995, cadre légal de la politique régionale, met
l'accent sur le développement d'une politique d'intégration plutôt que
d'assistance, ce qui en matière d'emploi doit conduire au renforcement de
l'intégration dans l'emploi ordinaire, l'emploi protégé étant réservé
aux personnes incapables de s'insérer dans le milieu ordinaire. L'arrêté du
Gouvernement wallon du 5 novembre 1998 visant à promouvoir l'égalité
des chances des personnes handicapées sur le marché de l'emploi, met en
oeuvre une panoplie de mesures incitatives (organisationnelles et financières)
destinées soit aux employeurs soit aux personnes handicapées elles-mêmes
avec pour objectif de lever une série d'obstacles à l'emploi en milieu
ordinaire : - intervention
financière dans le cadre d'une ouverture aux personnes handicapées de
dispositifs généraux de formation professionnelle en alternance ou
d'insertion ; - prime de compensation, destinée à compenser la perte de rendement, accordée durant un an et renouvelable. Pourcentage de la rémunération (cfr. CCT 26) fixé en tenant compte des indications et contre-indications médico-professionnelles résultant des déficiences et des capacités du travailleur d'une part, des exigences du poste de travail d'autre part : Maximum 50% de la rémunération (un an renouvelable); - prime au tutorat en entreprise destinée à permettre à un travailleur « tuteur » d 'encadrer un travailleur handicapé nouvellement engagé : 10.OOOFB/rnois pendant 1 an ; - intervention dans l'aménagement du poste de travail : 100% du coût avec obligation de maintien dans l'emploi pendant une durée variant selon la hauteur de l'investissement -, - intervention dans les frais de déplacement du travailleur handicapé, de son domicile à son lieu de travail. Mesures en faveur de l'acquisition d'une formation - stage de découverte : immersion de courte durée en entreprise - contrat d'adaptation professionnelle : formation en entreprise ou dans une institution publique préparant à travailler dans les conditions normales de travail, donnant lieu à une indemnité au stagiaire supportée en partie par l'employeur en partie par l'AWIPH; - agrément et subsidiation de centres de formation spécialisés (369 stagiaires en 1998, taux de placement ± 40%) COMMENTAIRES L'arsenal des
dispositions réglementaires en Région wallonne ne doit pas faire
illusion. L'absence d'obligation d'occupation d'une part, de
responsabilisation financière des employeurs tarit au niveau du
reclassement que de l'embauche des travailleurs handicapés d'autre part,
explique très largement le très faible recours aux incitants. Dans un
contexte de main d’œuvre disponible en suffisance, de compétitivité
et de flexibilité exacerbées, les employeurs ne s'«encombrent» pas de
travailleurs qu'ils appréhendent comme source de «difficultés» Sur un budget
global de 12,5 milliards de FB destiné à l'intégration sociale et
professionnelle des personnes handicapées en Région wallonne en 1998,
seuls 2, 58% des moyens, soit 320 millions, ont concerné l'intégration
dans l'emploi ordinaire ; 2,108 milliards, soit 17%, l'emploi en milieu
protégé, 460 millions, soit 3,71%, la formation. (AWIPH : Agence
wallonne pour l'intégration des personnes handicapées.) 4. DONNÉES
CHIFFRÉES Il est
impossible de se faire une idée exacte du nombre et du profil des
travailleurs et demandeurs d'emploi handicapés compte tenu des différentes
législations à prendre en compte, qui se réfèrent chacune à une définition
propre de l'invalidité, compte tenu également de ce qu'une partie de
travailleurs handicapés intégrés dans l'emploi ordinaire ne souhaitent
pas être enregistrés comme personnes handicapées (condition sine qua
non pour bénéficier d'une aide) Certaines données
permettent cependant d'éclairer le débat. A). NIVEAU FÉDÉRAL Allocations
d'assistance - 5.960 bénéficiaires
d'allocations de remplacement de revenus, accordées aux personnes âgées
de 21 à 65 ans dont l'état physique ou psychique a réduit à 1/3 ou
moins leur capacité de gain sur le marché du travail. On
peut considérer que parmi les 104.234 personnes bénéficiaires
d'allocations d'assistance au 30 juin 1998 (40.981 en Wallonie), 31.560
(11.065 en Wallonie) sont vraisemblablement susceptibles de travailler,
les autres présentant un handicap trop important pour pouvoir s'insérer
professionnellement. Au 1
"'janvier 1998, le taux d'allocataires (rapport du nombre
d'allocataires et la population totale âgée de 20 ans et plus, était de
3,2% en Wallonie, 2,3% à Bruxelles et 2,6% en Flandre. Accidents du travail
222.724
accidentés du travail en 1998 (y compris 20.450 accidents sur le chemin
du travail), dont 46.845 ont un pourcentage d'incapacité permanente
variant entre 10 et 35% et environ 14.000 ont une incapacité permanente
supérieure à 35%. Maladie professionnelle
33.018 bénéficiaires
d'indemnités pour incapacité permanente âgés de 20 à 65 ans (total :
67.049 personnes) en 1997, dont 2.077 nouveaux cas d'incapacité
permanente pour l'année considérée. Invalidité
(plus d'un an de maladie) dans le cadre de l*assurance maladie
172.615 invalides indemnisés (régime
salarié) au 30 juin 1999, dont 65.530 en Wallonie.. Chômage
20.922
demandeurs d'emploi à aptitude partielle (c'est-à-dire, nécessitant
adaptation du poste de travail), soit 5% des demandeurs d'emploi. 7.637
demandeurs d'emploi à aptitude très réduite (c'est-à-dire à orienter
vers des emplois protégés), soit 2% des demandeurs d'emploi, NB: au-delà de
66% de handicap, le demandeur d'emploi n'est plus considéré comme «
disponible sur le marché du travail » 2. NIVEAU RÉGION
WALLONNE Chômage
(1998)
10.554 demandeurs d'emploi inscrits au FOREM (office régional de l'emploi et de la Formation) à aptitude partielle. 4.421 à aptitude très réduite (30% d'handicap physique, 20% d'handicap mental) Aide à l'intégration
dans l'emploi en milieu ordinaire (1999) Interventions
dans la rémunération (CCT 26) : 912 (3.658 pour tout le pays) NB
: Le nombre de travailleurs occupés dans l'emploi protégé (ETA) est
limité à un quota fixé à 5.678. |
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