1.3. - Les outils à l'épreuve du réel

.
1.3.1. - L'impossible sortie du milieu protégé
1.3.2. - Le financement du fonds AGEFIPH 

1.3.3. - L'accord d'entreprise 
1.3.4. - Exonérations, incitations, contribution : système pervers?

1.3.1. - L'impossible sortie du milieu protégé

Le milieu protégé incapable d'assurer son rôle de transition vers le milieu ordinaire de travail, englué dans de multiples difficultés de gestion, face à des exigences économiques et sociales contradictoires, s'avère écartelé par les rôles qu'il est sensé jouer.

Le constat que fait la commission expert désignée par madame COUDERC pour la préparation du conseil supérieur du reclassement des 11 et 18 février 1997 est le suivant "alors que dans le schéma de la loi d'orientation du 30 juin 1975, le milieu protégé ne devait constituer qu'une étape dans un parcours d'autonomisation progressive, il semble que les sorties vers le milieu ordinaire soient très faibles, de l'ordre de 1% des personnes en C.A.T. et moins en atelier protégé".

- L'impuissance du milieu protégé

Les ateliers protégés ont pour mission de permettre aux travailleurs handicapés d'exercer une activité professionnelle salariée dans des conditions adaptées à leurs possibilités, dans la mesure où leurs capacités de travail sont au moins égales à un tiers de celles d'un travailleur valide effectuant les même tâches.

Les C.A.T. sont des établissements sociaux relevant du ministère de la santé. Ils ont pour objectif de permettre à la personne handicapée dont la capacité de travail est au moins égale à un tiers de celle d'un travailleur valide, l'exercice d'une activité productive avec un soutien médico-pédagogique.

la commission expert désignée par madame COUDERC précise notamment que, "plusieurs phénomènes expliquent la faiblesse des sorties vers le milieu ordinaire, qui est un des principaux échec au regard des ambitions affichées par la loi de 1975":

"Le souhait des personnes handicapées et de leur entourage de rester dans un milieu plus protecteur ou les problèmes posés à la personne handicapée sont souvent pris en charge à la différence du milieu ordinaire".
"L'insuffisant attrait financier du milieu ordinaire et le caractère de plus en plus sélectif du marché du travail en milieu ordinaire".
"L'intérêt des CAT et des ateliers protégés, soumis à de fortes contraintes économiques et budgétaires, de conserver à leur service les personnes handicapées les plus productives, qui sont les plus à même de sortir du milieu protégé".

La démonstration de la commission expert est manifeste, tous les éléments se combinent pour expliquer l'impuissance du milieu protégé à participer efficacement à la sortie du milieu protégé et à la progression de l'emploi en milieu ordinaire de travail.

- Une interaction négative entre milieu ordinaire et milieu protégé

Les résultats de l'application de la loi de 1987 en matière d'emploi direct en milieu ordinaire retentissent sur la situation des ateliers protégés, réservoirs théoriques de main d'oeuvre pour le milieu ordinaire de travail.

Ces établissements étaient conçus pour être des lieux de transition, de passage, de véritables sas vers le milieu ordinaire. La crise fige les situations, paralyse les acteurs, casse les logiques et les cohérences.

Les ateliers protégés ne jouent plus leur rôle de sas. Les orientations des COTOREP n'aboutissent pas et alimentent les files d'attente ; les personnes handicapées orientées restent sans emploi ; les salariés performants des structures de travail protégé ne tentent plus le passage vers le milieu ordinaire de travail, et leurs employeurs n'ont aucun intérêt à favoriser ce passage.

Toutes les statistiques du ministère du travail démontrent que l'évolution de l'emploi des travailleurs handicapés, si elle est quantifiable et quelles que soient les modalités de calcul, reste décevante.

L'alternative la plus souvent choisie pour s'acquitter de la loi est le versement d'une cotisation au fonds de développement pour l'insertion des travailleurs handicapés géré par l'AGEFIPH.

1.3.2. - Le financement du fonds AGEFIPH

- l'AGEFIPH

Créée par arrêté du 13 septembre 1988, issue de la loi du 10 juillet 1987 , l’AGEFIPH est une association de droit privé agréée par le ministère du travail et des affaires sociales.

l'AGEFIPH a donc une mission de service public dont l’objectif est d’accroître les moyens consacrés à l’insertion des handicapés en milieu ordinaire de travail. (article L 323-8-2 et L 323-8-4)

Sur ces bases, l’AGEFIPH s’est dotée d’un programme d’actions spécifiques, que nous n’allons pas détailler ici, mais qui s’est traduit en 1995 par 103.048 demandes d’interventions.

Elles correspondent pour 47 % à des mesures pour l’insertion et pour 53 % à des primes à l’insertion. Nous trouverons dans les tableaux qui suivent des détails plus précis sur cette répartition.

l’AGEFIPH explique la progression importante des demandes de primes en 1995 (+41 %) par notamment la part des primes de pérennisation des insertions réalisées un an plus tôt et semble-t-il plus encore par l’anticipation des employeurs à réaliser leur recrutement avant le 1er octobre 1995 date de mise en place du nouveau régime, moins favorable, d’attribution des primes.

En 1993 plus de la moitié des établissements ont eu recours au versement de leur contribution au fonds géré par l'AGEFIPH pour s'acquitter de leur obligation et 41% ont choisi ce moyen à l'exclusion de tout autre.

L'option pour la cotisation à l'AGEFIPH apparaît moins risquée qu'une embauche, précise Anne RAMARE dans l'article paru dans Données Sociales 1996 : " elle est moins coûteuse qu'une recherche de sous-traitance, elle est aussi moins contraignante qu'un accord d'entreprise assorti d'une série d'actions concrètes soumises à d'éventuels contrôles".

- La provenance des contributions par secteur d'activité

On peut s'interroger sur le financement de ce fonds par les différentes branches ou secteurs d'activités. En effet, le taux d'emplois de travailleurs handicapés varie fortement d'un secteur à l'autre. Il atteint 6,5% dans la construction alors qu'il n'excède pas 2,8% dans les activités financières, en 1993.

Dans les deux secteurs, la proportion d'établissements respectant le seuil légal s'élève respectivement à 62% dans le BTP et à 16% dans les activités financières .

Au premier regard, nous pourrions penser que le type d'emploi offert par le secteur des activités financières favoriserait l'emploi des travailleurs handicapés plus que celui du BTP?

Or il n'en est rien !

Cela voudrait-il dire que les employeurs du BTP feraient plus d'effort, ou que ces employeurs ont, et de très loin, les conditions de travail qui entraînent le plus fort taux d'accidents graves de toutes les branches? Avec la conséquence directe d'une "production" d'un nombre élevé de travailleurs handicapés.

De fait, si cette réalité est pour partie la source du niveau de personnes handicapées chez les salariés du BTP elle n'est pas la seule, une grande partie des écarts observés entre ces deux secteurs sont dus aux effets de la réglementation.

.

Taux d'emploi direct selon le secteur d'activitéLes statistiques selon le secteur d'activité


Secteur d'activité

Taux
d'emploi direct

% d'établissements s'acquittant par le seul emploi direct

Agriculture sylviculture pêche

5,0

40,0

Industries de l'énergie

5,9

21,6

Autres industries des biens intermédiaires

4,9

37,6

industries biens d'équipement

5,2

33,5

industries biens de consommation durables

4,4

23,4

industries agricoles et alimentaires

4,2

30,1

industries des biens de consom non durable

3,7

24,6

Construction

6,5

62,0

Commerce et réparation

3,0

26,8

Transport

4,2

35,0

Activités immobilières

3,7

22,5

Activités financières

2,8

15,7

Services aux entreprises

2,8

19,7

Services aux particuliers

2,9

32,5

Education, santé, action sociale

4,0

26,8

Administration

5,1

25,2

Ensemble

4,1

29,8

.

- L'assiette d'assujettisement

Dans le bâtiment de très nombreux emplois (277 023 en 1994) se trouvent exclus de l'obligation de la loi de juillet 1987 et la conséquence directe est une assiette d'assujettissement des plus réduites.

Le bâtiment s'il représente 6% des emplois, représente aussi 33% de la totalité des emplois non soumis à l'application de la loi du 10 juillet 1987. Cette situation s'explique par le fait qu'une grande partie des catégories d'emplois du bâtiment, figure dans cette liste.

De même le volume des emplois qui ont contribué en 1994 à dispenser des établissements de 20 salariés et plus de l'obligation d'emploi, représente 36% des emplois particuliers.

Cela signifie que 310 115 emplois exclus de l'obligation d'emploi ont permis à des établissements enquêtés de passer sous le seuil des 20 salariés. Ces emplois sont essentiellement concentrés dans la construction (in rapport au Gouvernement 1994 - sur la mise en oeuvre de la loi de 1987).

Il apparaît donc délicat, et pour le moins aventureux, de tirer des enseignements de l'état de la contribution par branche et par secteur sans tenir compte de tous ces paramètres et de la "souplesse" offerte par la loi.

- Le coût de la sous-traitance

De même "l'organisation" du recours à la sous-traitance est en progrès constant, plus 6% chaque année depuis 4 ans et 7% en 1994. Elle devrait être encore facilitée par une interface commerciale entre les ateliers protégés et les entreprises. Cette interface est opérationnelle depuis 1996 en Rhône-Alpes et en Ile de France.

La sous-traitance représente 18 780 unités bénéficiaires, pour un montant de 1 872,7 millions de francs,

Il est évident que ces moyens financiers viennent en retrait des sommes versées au fonds de l'AGEFIPH puisqu'il s'agit d'une des mesures pouvant satisfaire à la mise en oeuvre de la loi de 87.

- L'origine des contributions selon le type d'entreprise

En 1994, plus de la moitié des établissements contribuant sont des établissements de moins de 50 salariés. Entre deux années de collecte, la structure par taille d'établissement a très légèrement évolué, au détriment des établissements les plus importants.

Il est évident que le nombre d'établissements de 20 à 49 salariés est numériquement beaucoup plus important 23 891 que les établissements de 200 à 499 salariés qui ne sont que 2 715. Pourtant, la contribution de ces derniers représente une part aussi importante : 22% en 1995; quant à ceux de plus de 500 salariés, la collecte les concernant représente plus de 19% du total.

- Les moyens financiers de l'AGEFIPH

Le versement d’une contribution des entreprises au fonds de l’AGEFIPH est une des possibilités de s’acquitter de l’obligation de la loi du 10 juillet 1987. Cette contribution représente une masse financière de 8557 Millions de Francs depuis la création du fonds.

Pour la seule année 1995 (au titre de l’année 1994) le montant des contributions collectées est de 1.593 M.F., ainsi 49% des entreprises soumises à l’obligation, contribuent à alimenter le fonds géré par l’AGEFIPH.

 
- Répartition du nombre de "bénéficiaires-actions" par mesure
Nouveau programme 1993 1994 1995 1995

Maintien dans l’emploi

1 439

1 808

2 440

+35 %

Aménagement de poste de travail

1552

2681

3148

+17 %

Accessibilité des lieux de travail

806

751

172

-77 %

Placement des T.H.

13 674

15 382

29 248

+90 %

Création d’activité

747

2 267

3 060

+35 %

Soutien et suivi de l’insertion

3 865

3 401

5 634

+66 %

Bilan de compétence

8 556

5 096

10 418

+104 %

Apprentissage

1 129

1 276

1 807

+42 %

Alternance

 

239

473

+98 %

Remise à niveau

   

7 739

 
 

15 116

22 850

 

+4 %

Formation professionnelle

   

15 396

 

Détachement en entreprise

   

152

 
 

1480

789

 

+42 %

Rapprochement M.P.-M.O.

   

968

 

Sous-total Mesures pour l’insertion

48 364

56 540

80 655

+43 %

Primes hors CES

19 555

30 078

33 332

+11 %

CES

12 157

9 129

0

100 %

Sous-total primes à l’insertion
(contrat de travail)

31 712

39 207

33 332

 

Total

80 076

95 747

113 987

+19 %

.

Ceci dit, les moyens financiers mis en oeuvre dans le cadre du programme de l’AGEFIPH ont permis, semble-t-il, des résultats substantiels en termes de financements accordés, mais aussi en terme d’insertion et de maintien dans l’emploi, chiffres qui seront naturellement à comparer avec la réalité de l’emploi en milieu ordinaire de travail.

En six ans d'activité, près de 400 000 personnes handicapées ont bénéficié des actions du fonds. Dans son rapport d'activité 1995 l'AGEFIPH précise que 130.000 personnes handicapées ont accédé à un emploi, 95.000 ont bénéficié d'actions de formation et 49.000 ont été maintenues en situation de travail.

Il est donc incontestable que l'ensemble des financements mis en œuvre ont joué un rôle important dans le développement ou l'accompagnement de l'emploi des personnes handicapées.

Pourtant plus globalement la question reste posée, pour quelle efficacité?

Au regard des entreprises concernées par la loi, cela n'a pas permis une évolution fondamentale du niveau de l'emploi; pour les plus petites entreprises, qui ont le plus développé une attitude très active dans l'utilisation des financements, nous ne mesurons pas l'efficacité à un ou deux ans.

- Les personnes handicapées concernées

Le nombre des bénéficiaires montre un niveau d'intervention important; sur six ans, près de 180.000 travailleurs handicapés ont été "maintenus" dans l'emploi ou insérés. Sur la seule année 1995, 48.000 sont dans ce cas, on peut légitimement se demander au regard de ces chiffres combien de travailleurs handicapés seraient encore en activité sans l'intervention du fonds de l'AGEFIPH.

 

Les personnes handicapées concernées

Année

1990

1991

1992

1993

1994

1995

Total

P.H insérées

762

3.479

22.119

31.712

39.207

33.332

130.611

Maintien dans l’emploi

3.444

3.363

5.028

9.781

12.371

14.668

48.655

Formées

10.500

6.966

13.850

16.245

24.365

23.135

95.061

Autres

9.926

11.920

14.102

22.338

19.804

42.852

120.942

Bénéficiaires actions

24.632

25.728

55.099

80.076

95.747

113.987

395.269

 

Répartition des financements par demandeur

1990

1991

1992

1993

1994

1995

Monde économique

27,8 %

49,7 %

40,3 %

38,1 %

39,2 %

41,2 %

Personnes handicapées

4,3 %

8,3 %

35,9 %

36,6 %

39,6 %

37,8 %

Médiateurs de l’insertion

67,9 %

42,0 %

23,8 %

25,3 %

21,2 %

21,0 %

Total

100 %

100 %

100 %

100 %

100 %

100 %

.

Les financements du fonds de l'AGEFIPH ont de toute évidence apporté un formidable coup de pouce à des mesures qui permettent de solutionner des problèmes qui posaient de grandes difficultés; par exemple, le surcoût lié à l'aménagement de postes de travail, ou d'accessibilité, sur tous les aspects de formation et de prise en charge précoce du risque de rupture du contrat de travail.

-Répartition par type de handicap

Les interventions selon le type de handicap concerné ont connu de fortes évolutions, tout d'abord un recul de 38% à 17% pour le handicap sensoriel alors que le handicap moteur passe de 30% à 51%

.

Répartition des financements par type de handicap

Année

1990

1991

1992

1993

1994

1995

Handicap sensoriel

38%

26%

15%

20%

20%

17%

Handicap moteur

30%

32%

44%

41%

48%

51%

Maladie invalidante

17%

17%

23%

19%

23%

22%

Déficience intellectuelle

13%

17%

14%

13%

7%

8%

Maladie mentale

2%

8%

4%

7%

2%

2%

Total

100%

100%

100%

100%

100%

100%

.

Il est tentant de penser, en termes de besoins qui s'expriment au plan économique, que la personne handicapée présente un intérêt inversement proportionnel à la gravité de son handicap. Dans une certaine mesure, il aurait tout intérêt de posséder le bon profil, un bagage universitaire, une bonne qualification, une solide expérience et si possible, faire le cent mètres en moins de dix secondes.

Il est évident, que le "handicap" d'origine déficience intellectuelle ou maladie mentale qui a consommé au total quelque 25% en 1991 des moyens mis en oeuvre ne représente plus que 9% en 1994 et 10% pour l'année 1995.

La régression constatée se conjugue avec les mauvais résultats de sorties du milieu protégé,(1%) soulignant que tous les handicapés ne sont pas égaux devant l'emploi.

- Des catégories de travailleurs handicapés en "panne"

A bonification égale les dirigeants d'entreprises s'orientent (pour ceux qui sont concernés) plus facilement vers un "handicap" moteur que sensoriel, et pratiquement jamais, vers une personne handicapée par la maladie mentale !

C'est bien ce qui explique pourquoi les mesures qui figuraient en 1994 dans un programme exceptionnel : le maintien dans l'emploi, le rapprochement avec le milieu protégé stagnent ou sont en recul.

1.3.3. - L'accord d'entreprise

L'accord d'entreprise est une des alternatives qui pourrait favoriser une démarche active, associant les partenaires sociaux, définissant des objectifs et des moyens pour l'emploi des travailleurs handicapés.

Les textes et commentaires du ministre du travail, les rapports annuels sur l'exécution de la loi de 10 juillet 1987 remis aux gouvernements restent très discrets sur les résultats des accords d'entreprises.

La direction des études et recherches du ministère du travail (D.A.R.E.S.) ne fournit aucune statistique globale, ni sur l'évolution de l'emploi ni sur les progrès qu'ils auraient favorisés dans les entreprises concernées.

- Un nombre réduit mais de grandes entreprises

Les entreprises qui ont recours à l'accord comme moyen de satisfaire à l'obligation de la loi sont pour l'essentiel les mêmes depuis les premiers accords.

Si leur nombre peut apparaître faible 2.620 en 1993, leur taille, le nombre de salariés concernés, sont à l'évidence très importants .

Dans les entreprises ayant signé un accord nous retrouvons Schneider ex Merlin Gérin, I.B.M, Thomson-CSF, Auchan, Renault V.I., Citroën, Hewlett-Packard, Rhône Poulenc, des grands groupes, mais aussi des branches qui représentent des milliers de salariés.

Une des dispositions relative à l'accord d'entreprise est la mutualisation qui permet à une grande entreprise avec plusieurs établissements de calculer le nombre de travailleurs handicapés non par établissement mais globalement. De ce fait une entreprise qui aurait un établissement de production avec un taux d'emploi à 8% et son centre. informatique avec 4% d'emploi par exemple pourrait globaliser l'ensemble des déclarations de ses unités.

Nous pouvons estimer que l'attitude des entreprises qui signent ce type d'accord n'ont pas toujours convaincu, ni l'administration, ni les partenaires sociaux, de l'intérêt de tels accords dans la mesure où les progrès en termes d'emploi sont rares et éphémères.

Le rapport sur l'exécution de la loi de 87 pour l'année 1993 au sujet des accords d'entreprises, conclut ainsi :

"Du fait de ce bilan décevant, le ministère du travail a invité, fin 1994, les responsables à développer leur effort d'insertion et de formation en le réorientant vers l'embauche pérenne".

- Des résultats peu convaincants

Il apparaît évident que l'utilisation massive de contrats précaires, s'est traduite par une chute des CDI qui représentaient 41% des embauches de travailleurs handicapés en 1991 et à 26% en 1993.

L'avantage de l'accord, est, pour l'entreprise, de récupérer le montant de la contribution qu'elle aurait du verser au fonds de l'AGEFIPH et d'utiliser ces moyens pour des mesures prévues dans le programme qui doit comporter deux des actions suivantes :

le plan d'embauche en milieu ordinaire de travail.
le plan d'insertion et de formation.
le plan d'adaptation aux mutations technologiques.
le plan de maintien dans l'entreprise en cas de licenciement.

Le problème n'est pas dans la conception générale d'une proposition conventionnelle favorisant le progrès des garanties collectives, mais dans la nature des accords agréés dont le contenu ne prévoit pas souvent d'objectifs suffisamment ambitieux pour l'emploi des travailleurs handicapés ou leur maintien à minima.

Nous voyons des accords qui se satisfont d'un flux de 2% d'embauche de travailleurs handicapés, sans maîtrise prévisionnelle des emplois, sans objectifs quantifiés, sans véritable calendrier.

Pour qu'un tel projet ait sa traduction concrète dans l'entreprise, il doit s'intégrer dans une gestion prévisionnelle des emplois négociés, et anticiper toutes les possibilités de développement, d'adaptation des emplois ou d'évolution des productions.

Les entreprises qui ont la stature, la dimension nécessaire pour assurer une telle stratégie, ne sont pas toujours stimulées dans une telle perspective. Elles s'accommodent par conséquent d'une utilisation judicieuse des possibilités que leur offre l'accord et de la relative tranquillité qui entoure son utilisation.

1.3.4.-Exonérations - incitations - contribution : système pervers ?

Les moyens financiers de l'AGEFIPH jugés par certains considérables peuvent aider à résoudre des problèmes techniques et accompagner une démarche de service public, mais nous voyons bien que les incitations ou les exonérations financières atteignent vite leur limite en terme d'emploi. Elles peuvent être un plus, mais ne peuvent se substituer aux stratégies qui sont de la responsabilité des décideurs politiques et économiques.

Une partie des employeurs estime la contribution financière au fonds de l'AGEFIPH plus adaptée pour eux que l'embauche de travailleurs handicapés, il s'agit pour eux d'un moyen comme un autre de s'acquitter de leur obligation vis-à-vis de la loi.

Dans une plaquette éditée en septembre 1995, l'AGEFIPH précise (page 22) que si les chefs d'entreprises sont sensibles aux aides proposées, celles-ci ne peuvent avoir qu'un effet d'anticipation à l'embauche, face à des besoins réels de recrutement.

Dans cette phrase l'AGEFIPH souligne que les formules d'incitations financières qu'elle développe auprès des employeurs ne modifient pas ou n'influent pas , malgré l'intérêt que ces derniers portent à ce genre d'aides, leurs propositions d'emploi et de recrutement. l'AGEFIPH convient ainsi des limites que ces mesures financières peuvent avoir, face à la situation de l'emploi, et aux critères de recrutement des entreprises

- Le comportement des employeurs.

Cette même étude de l'AGEFIPH, nous donne des renseignements sur le comportement des chefs d'entreprises vis-à-vis de l'emploi de travailleurs handicapés, et en dégage quatre grandes catégories.

"L'attitude positive" Un quart d'entre eux auraient une attitude positive à l'égard des travailleurs handicapés.
L'attitude très favorable 13% auraient une attitude très favorable, mais plus en retrait que les premiers.
Les "gestionnaires" 26% valorisent les critères économiques, primes, montants des aides. etc...
Les "récalcitrants" 36% sont indifférents ou défiants vis-à-vis des personnes handicapées.

- Un choix plus économique que moral.

Au-delà du langage diplomatique employé, le constat de l'enquête sur le comportement des dirigeants d'entreprises recouvre bien l'attitude générale des employeurs et les choix qu'ils opèrent.

Conclusion

Que fait le législateur avec la loi de juillet 1987 ? Il offre à l'employeur le choix, s'il le désire, de s'exonérer ou non de cette obligation d'emploi en fonction de sa propre situation et de la vision qu'il porte sur ses propres intérêts économiques.

Les statistiques du ministère du travail depuis 1987 démontrent que l'évolution de l'emploi des travailleurs handicapés est quasiment nulle alors que la composition de la population des salariés handicapés demeure d'une grande stabilité.

Une partie non négligeable des emplois des entreprises de plus de vingt salariés est exclue du champ de l'obligation de la loi de 1987 et le nombre ne cesse d'augmenter.

S'ils ont, après une période de rodage, trouvé leurs pleines utilisations, les financements accordés par l'AGEFIPH n'ont semble-t-il pas modifié de façon sensible la réalité de l'offre d'emploi pour les travailleurs handicapés.

 .