| 3- Politique de l'emploi et conditions d'embauche des travailleurs handicapés. |
| . |
2.3.1.-
Propositions pour l'emploi des travailleurs handicapés Quand on demande aux dirigeants d'entreprises ce qu'il serait nécessaire de faire pour améliorer l'emploi des Travailleurs Handicapés, quelles sont les attentes, ou ce qu'ils proposeraient, que voyons-nous ? Des propositions qui pour l'essentiel recoupent (de façon partielle) ce qui est contenu dans l'ensemble du dispositif actuel pour l'emploi des Travailleurs Handicapés et notamment celle du diagnostic. "Je ne suis pas spécialiste de la question. La première qui me viendrait à l'idée, ce serait d'étudier les différentes ergonomies des postes en fonction d'un certain nombre de handicaps types, autrement dit (je pense que d'ailleurs des analyses ont dû être faites dans un certain nombre d'entreprises) voilà quelle est la liste des postes que vous avez, il y en a combien que vous pouvez donner à des travailleurs handicapés à mon avis c'est une présentation qui n'est pas assez précise pour être utilisable. Il faut carrément définir un certain handicap type, il ne faut pas en mettre 50, mais il y en a 4 ou 5, ce ne serait déjà pas mal, faire l'analyse en appui sur les pouvoirs publics, parce que le chef d'entreprise, il y a mille trucs à faire. Il ne le fera pas, mais faire faire l'analyse par un organisme public ou parapublic, qui viendrait dans chaque entreprise, en disant voilà quels sont les différents emplois que vous avez dans votre entreprise et regarder pour chacun des emplois quelles sont les interdictions pour des handicaps types, faire un système avec des lignes et des colonnes et mettre des croix." L'attente forte, exprimée par ces dirigeants et la méconnaissance avouée par ces derniers, se conjuguent avec une crainte, un refus de ce qui peut présenter un caractère d'ingérence dans leur activité, ou apparaître comme tel dans tout ce qui touche à la question de l'emploi et de leur entreprise. "Si vous avez quelqu'un de rompu à ce genre de "truc", qui a déjà l'expérience, il vient dans une entreprise, avec le service du personnel, il regarde les différents types de postes, il va voir sur place, à mon avis peut-être que les chefs d'entreprises pourraient l'accepter, que quelqu'un fasse une enquête, mais il faut que ce soit quelqu'un des pouvoirs publics parce que si c'est un organisme privé, les gens ne le laisseront pas rentrer chez eux. Ca c'est évident, moi je ne laisserais rentrer personne chez moi, sauf un ayant droit, quelqu'un qui a un devoir de réserve, qui a un accord de confidentialité, que sais-je encore ?" Des propositions qui révèlent une méconnaissance relativement importante des mesures existantes, des informations à leur disposition, des institutions à leur service, des compétences mobilisables et à fortiori des stratégies qui leur sont proposées. "Il y a un travail qui pourrait être attaqué par les organismes de placement. Il faut qu'un handicapé se vende à l'entreprise au même titre que n'importe quel autre salarié ; dans certains cas, il y aurait peut être des aides à apporter en terme d'information des entreprises." "C'est un peu difficile aujourd'hui, nous ne sommes pas assez informés sur ce point-là, avant d'embaucher effectivement cette personne, je ne savais pas que les travailleurs handicapés par exemple, bénéficiaient du C.I.E., c'est quand même pas mal intéressant pour une entreprise, je l'ai su par l'A.N.P.E., quand je me suis renseignée, il n'y a peut être pas assez d'actions auprès des employeurs de ce côté là pour informer les gens." "Il faudrait faire connaître les organismes qui peuvent proposer.... plutôt que de payer de la taxe, on pourrait bien recruter des handicapés mais où aller les chercher ? Il y a peut être de l'information à faire ?" Des propositions qui dénotent une difficulté ou un déficit de communication, de dialogue entre l'entreprise et les institutions en charge de l'emploi des travailleurs handicapés. "Je ne sais pas s'il y a des organismes, des cabinets de recrutement spécialisés, des services, des ANPE spécialisées. Je ne sais pas à la limite avec la déclaration handicapés, je ne sais pas si ça existe, dans la déclaration handicapés, il faudrait dans tel organisme marquer : pour recruter des handicapés, vous trouverez des informations à tel endroit." La difficulté d'aborder la personne handicapée, de traiter de sa situation en rapport à l'emploi démontre le besoin d'une médiation forte, d'un apport extérieur qui semble peu ou pas utilisé par les directions d'entreprises. "Sur les handicaps......., parce qu'on est toujours un peu embêté par rapport aux handicaps ! on ne sait pas comment recevoir les gens. Là, j'ai une candidature si vous voulez, d'une personne qui est sourde mais en même temps qui a un profil très intéressant au niveau de la climatisation. Cela fait deux semaines que ça traîne sur mon bureau, je me dis comment vais-je pouvoir recevoir cette personne qui est sourde, est-ce qu'elle va pouvoir lire sur les lèvres, donc un sur les handicaps, et deux sur la manière d'embaucher les gens avec les moyens des plus simples, et je dirais par rapport au marché de l'emploi aujourd'hui, de toute façon d'une manière générale, dès qu'on appréhende quelqu'un sur le marché de l'emploi pour le recruter, on sait qu'il a des difficultés pour être embauché...." Au demeurant toutes les propositions concourant à exprimer une demande qui vise à l'adaptabilité de la personne handicapée, à l'emploi, un seul dirigeant exprime dans le même mouvement cette exigence et la possibilité d'adapter, pour une part, l'organisation du travail à la personne handicapée et mentionne dans cette possibilité le rôle du médecin du Travail. "Tout ce qu'on peut raconter comme salade, le gagneur, le chef de guerre, si vous voulez ses fantasmes sont dans l'imaginaire collectif, le fait de ramener les choses en disant bon d'accord, il peut y avoir aussi des gars qui ont peut-être un handicap mais qui peuvent parfaitement jouer le jeu, c'est la pêche qu'ils ont, leur dynamisme, leur réactivité, la façon dont ils prennent les problèmes, qu'ils savent négocier, ils peuvent me rendre d'immenses services au même titre que les autres." "Je peux prendre un exemple tout simple. On cherchait une standardiste en se disant pourquoi pas également des handicapés. On avait fait appel à une association en disant : envoyez-nous des candidats si vous en avez qui correspondent au profil ? Elle avait des problèmes de vue, mais cela n'a pas été la seule raison pour laquelle on ne l'a pas retenue. On n'a pas pu s'empêcher de se dire : actuellement elle y voit encore correctement mais pour tenir un standard, si cette situation change d'ici 2-3 ans, elle ne sera plus capable de tenir le poste à ce moment, avec une personne comme ça on a toujours une appréhension." "Il est évident que ce qu'on appelle le statut de travailleur handicapé correspond à des définitions assez précises en termes administratifs, honnêtement, je ne les connais pas, mais nous avons des gens qui ont un handicap qui ne se voit pas mais le médecin du travail le sait, et il y a des emplois pour lesquels on dit cette personne il ne faut pas la mettre à tel ou tel endroit. Si vous voulez, entre le handicap léger ou lourd, je ne sais pas bien quelles sont les nuances, mais nous procédons de cette manière en espérant que les gens sont bien dans leur peau, mais il y a des gens que l'on ne peut pas mettre en travail posté, ça fait partie de cette analyse que nous essayons de faire". Il n'est pas impossible de faire un effort, d'adapter le poste de travail pour un salarié qui deviendrait inapte à son travail. Pour les autres qui sont à "l'extérieur" on n'est pas prêts, précise la directrice financière qui compte dans son entreprise faire appel au GIRPEH pour apprécier les possibilités d'emploi des travailleurs handicapés. "On est plutôt en train de se dire qu'il faut essayer d'aller vers des organismes qui peuvent proposer des emplois pour des handicapés.... C'est un petit peu de mettre dans les esprits quand on parle recrutement on peut dire penser aussi à aller voir du côté des .... Pas du tout dans une logique de dire s'il fallait faire des adaptations de postes de travail. Je ne pense pas ... Faire des aménagements dans l'atelier pour permettre à une personne présente en fauteuil roulant, je pense qu'on est pas prêt. On serait prêt à le faire si c'était, s'il y avait une personne qui se retrouvait handicapée alors que auparavant elle était déjà employée, à ce moment là on ferait des aménagements pour la garder dans l'entreprise. Les propositions qui s'expriment reviennent de façon très nette sur l'adaptabilité de la personne handicapée à l'entreprise, au projet économique de l'entreprise à sa culture. "Dès l'instant, handicapée ou pas, qu'elle rentre dans une entreprise, elle doit faire un effort pour s'adapter à la culture de l'entreprise, il faut partir du principe que ce n'est pas la culture de l'entreprise qui va s'adapter à la personne. "Elle doit faire un effort......à partir du moment où elle a l'ouverture d'esprit et la souplesse de comportement nécessaires pour s'adapter, elle s'adapte au même titre que les autres, et puis ça se passe très bien il n'y a rien du tout qui arrive, il en va de ça comme pour tous les gens qui présentent une certaine différence par rapport aux autres. "S'ils affichent en permanence cette différence, et s'en servent comme d'un point contre les autres, ca se remarque. A partir du moment où la différence on ne la voit pas, parce que les gens se sont banalisés, il ne se passe rien, il est exactement comme les autres. Il y a cette part, pour les gens qui ont toute leur intégrité physique, ils sont toujours un peu gênés dans un certain nombre de circonstances, puisqu'il y a des handicaps lourds, c'est très gênant, c'est vrai, on ne sait plus très bien quelle position avoir mais ça c'est d'ordre psychologique." Il est tout à fait remarquable que l'ensemble des discours s'adresse à la personne, à sa capacité d'adaptation, à sa souplesse, à la banalisation des différences, à la gêne qu'ils peuvent occasionner. On dessine ainsi le contour du "handicapé" acceptable. 2.3.2.- Une loi qui partage les points de vueLa déclaration annuelle et le versement à l'AGEFIPH en cas de déficit d'emploi et de sous-traitance au milieu protégé jouent un rôle dans la prise en compte et la connaissance de la loi de 87. La contrainte financière qu'elle fait peser sur l'entreprise est conçue comme une taxe, comme intégrée dans les charges générales de l'entreprise. Un directeur la met en relation avec ce qui est à payer pour la formation professionnelle. Quand la question porte sur l'avenir de la loi de 87 certains mettent en cause son fondement et la trouve injuste. Pour d'autres cette loi n'est pas un problème et "banalisent" complètement cette question, dans la mesure ou "l'incidence" financière leur paraît insignifiante, un employeur rencontré à d'ailleurs mis en relation son chiffre d'affaires global et le "coût" de la contribution à l'AGEFIPH, en montrant le "ratio" dérisoire de son point de vue. "Dans le marché actuel de l'emploi, si on doit respecter un certain nombre de quota de handicapés dans l'entreprise pourquoi on ne respecterait pas un quota de jeunes travailleurs entre 16 et 25 ans. Je pense qu'au niveau des jeunes de 16 à 25 ans, ils ont autant de problèmes pour trouver un emploi que quelqu'un qui est handicapé, pratiquement. L'esprit de la loi qui a été votée à l'époque, était valable pour cette époque là, mais actuellement, il y a peut-être d'autres choses à faire, ou ajouter, d'autres lois, concernant certaines autres populations..." "Je ne sais pas si un quota c'est une solution réelle, ce n'est pas en imposant un quota, il y aura toujours des employeurs qui ne voudront pas embaucher des handicapés et d'autres qui seront plus ouverts à ce type de pratique, dans la moyenne on aura peut-être autant d'embauches de handicapés, est-ce qu'un quota par entreprise c'est intéressant ou pas, certaines activités s'y prêtent mieux que d'autres. Il y a un travers à ça,... ..... j'ai connu des entreprises où on recrutait que des handicapés pour les exonérations de charges que ça pouvait amener, au détriment d'autres demandeurs d'emploi, pourquoi favoriser cette population là?, ce n'est pas plus juste. Mais un quota ce n'est pas franchement efficace." "Il ne faudrait pas qu'il y ait d'obligations en la matière mais que ça puisse apporter par exemple, des réductions de charges, des choses comme ça, il ne faudrait pas qu'il existe cette contribution qui nous dit vous payez tant et vous êtes débarrassés de votre obligation, vous payez moins et vous pouvez embaucher tant de handicapés, vous employez tous les handicapés que vous voulez et vous ne payerez rien du tout. Je pense qu'il vaudrait mieux ne pas avoir cette contribution, et dire aux employeurs, vous avez des facilités pour embaucher des handicapés en quantité que vous souhaitez et vous avez des réductions de charges pour embaucher des handicapés, et chacun choisirait." Un seul apporte une vision positive de la loi comme étant un élément régulateur indispensable....mais avec ses limites. 2.3.3.- Une logique de profit en opposition avec l'emploi des travailleurs handicapésLa stratégie économique et financière qui conduit les entreprises à des choix humains en terme d'emplois, limite ou s'oppose à l'emploi des travailleurs handicapés. C'est sur une base de rentabilité financière que l'entreprise accepte d'aborder le travailleur handicapé, sur une conception du rapport coût/avantages indispensable. "Je trouve ça très bien parce que ça amène les entreprises à se dire qu'il faut peut être faire quelque chose pour que tout le monde s'y retrouve.......On est dans une société ou l'on a plus tendance à être individualiste, n'avoir aucun respect pour les personnes."......"Une société doit quand même avoir aussi un rôle social. Si la logique économique fait que ça va à l'opposé de ce rôle social, et bien dans une petite mesure, il faut prendre, mettre des incitations pour que, pour maintenir...l'emploi ou mettre une taxe en face.... ça paraît très bien. Je pense pas qu'on peut aller plus loin sans que cela devienne très lourd, mais tel que c'est actuellement, ça correspond." "Posez-moi les questions qui vous intéressent particulièrement, si vous voulez sur l'emploi des handicapés, nous on a toujours essayé, moi je suis dans l'entreprise depuis deux ans. La politique de notre société c'est d'employer dans la mesure du possible, le maximum de handicapés, mais pour réduire notre contribution que l'on paye toutes les années. C'est la première chose, mais en trouvant, et c'est dire la difficulté, des personnes handicapées qui ont les compétences dont nous avons besoin, c'est à dire que l'on ne va pas intégrer des gens, uniquement pour les embaucher et faire du social, ce n'est pas notre façon de voir les choses." "Nous n'avons pas de critères de choix pour les travailleurs handicapés, nous avons des critères de choix pour les travailleurs tout court. Les travailleurs handicapés sont des travailleurs comme les autres. On embauche des gens quand on a besoin d'avoir des gens, c'est tout. On n'a pas une politique d'emploi pour l'emploi, nous avons une politique d'emploi en tant que besoin, on a des besoins qui se font jour, nous faisons des choix qui sont des choix stratégiques, nous faisons des choix en terme de recherche développement, de développement tout court, d'investissement." "On a pas de politique des travailleurs handicapés, pour répondre clairement à votre question, on prend les gens, ils se présentent, ils sont comme ils sont, s'ils ont les compétences et le goût, on insiste beaucoup sur les comportements, nous sommes une PME, tout le monde doit se connaître et travailler en convivialité, si ils ont ces caractéristiques, il n'y a aucun problème en ce qui concerne les travailleurs handicapés, pour nous il n'y a aucun distinguo de quelque nature que ce soit." 2.3.4.- Une absence de volonté d'adapter le travail à l'hommeLes entreprises rencontrées sont parmi celles qui ont, nous l'avons déjà dit, une attitude positive au regard de l'emploi des travailleurs handicapés. Leurs dirigeants conçoivent l'emploi des travailleurs handicapés en fonction d'une notion de plus en plus courante "d'employabilité". Au delà de la capacité d'adaptation déjà évoquée, la correspondance entre poste de travail et le profil de poste est essentielle. Le travailleur handicapé doit avoir, pour conserver une chance de trouver un emploi, la compétence requise, la capacité de se plier à la culture d'entreprise. "On les rencontre, on fait une sélection sur les gens de la même façon qu'on fait un recrutement ordinaire" "Quand on a un poste à pourvoir il y a une définition de fonction qui est faite, elle est faite par le responsable , ce n'est pas moi qui l'ai faite, j'ai 7 collaborateurs directs qui constituent le comité de direction avec moi, nous sommes 8, chacun des 7, s'assure que la définition du poste est bien rédigée, soit par lui même, soit lui-même avec ses propres collaborateurs. Donc on définit le poste, c'est à dire les caractéristiques, les missions, les compétences qui sont requises, le profil, s'il faut une première expérience ou pas, si c'est un travail continu ou à la journée, si on doit faire des déplacements ou pas, tout ce qui est afférent à la définition du poste lui-même." "Si on avait le choix entre deux personnes, une qui soit handicapée, l'autre pas, avec les mêmes types de compétences par rapport au poste que l'on peut leur confier, à égalité de perception probablement on donnerait l'avantage à un handicapé, mais je dis probablement, je suis extrêmement prudent, mais je dis probablement." "Il n'y a aucun problème en ce qui nous concerne, si ce n'est bien entendu qu'il y a des postes qui sont interdits. Quand il y a des gens qui sont cassés en plusieurs morceaux, je ne sais pas si ils ont un statut de handicapé mais il est clair que l'on ne peut pas leur donner n'importe quoi à fabriquer. On a plusieurs façons de faire, il y a des gens qui travaillent dans des ateliers qu'on a mis dans un poste de gardiennage, ceux qui ont un handicap et comme ils avaient plus de 55 ans, on a pu les mettre à mi-temps et leur donner des travaux doux, c'est ce genre de disposition, c'est assez pragmatique, il n'y a pas de règles générales qui s'imposent à tous." "C'est assez simple, sur le dernier recrutement qu'on a fait, au niveau de la personne de l'atelier, on l'avait intégré sans le savoir, c'est une personne qui était COTOREP, c'est ADECCO qui nous l'avait envoyée, ils avaient dû nous le mentionner, on l'a rencontrée, ça fonctionnait bien, à partir de là, nous les intérims on essaie de les intégrer quand c'est des personnes assez qualifiées, j'en ai parlé tout simplement à la direction administrative qui m'a dit, s'il est efficace, allons-y...." Deux entreprises sur six sont d'accord pour envisager des "aménagements" avec certaines limites. "La seule question qui se pose c'est de savoir quelles sont les dispositions à prendre pour que les gens puissent faire normalement leur travail et que celui-ci soit compatible avec leur handicap." "Nous avons une politique de l'adéquation de la personne à l'emploi qui lui est proposée, donc, je prends un exemple idiot quelqu'un qui doit réaliser un certain nombre d'examens au microscope et on fait des coupes de disques de carbone, si c'est un malentendant, ce n'est pas un problème, on s'en fiche éperdument, il est évident que si il a deux dixièmes à chaque oeil on ne le mettra pas sur un microscope. On juge la personne, ses compétences, ses capacités, dans le poste, et non pour ses qualités intrinsèques." "Moi j'ai siégé dans un conseil d'administration vendredi dernier, l'un des co-actionnaires principaux qui était là, un type d'une intelligence remarquable, qui est un ami, il est paraplégique, complètement, ça pose juste un problème pour monter ou descendre une marche, la présence de ce type a un rayonnement tel qu'on se fout de son handicap, ça ne pèse absolument rien, on a beaucoup de plaisir d'être avec lui. Voilà je vous cite un exemple, pris au vol." "On s'était dit pour tenir un standard si c'est quelqu'un qui boite ça n'a aucune importance. Une fois qu'on à la personne assise en face de soi. Ce n'est pas là dessus qu'on juge." La possibilité de réaliser des "aménagements" de transformer le travail n'apparaît qu'avec certaines limites, nous sommes là encore dans une stratégie qui réduit l'ambition qui s'exprime et en diminue la portée. En définitive le social, le discours humaniste de l'employeur trouve mal son chemin dans une organisation de l'économie subordonnée à des critères de gestion qui ont tendance à exclure plutôt qu'à intégrer. En conclusionLes entretiens ont confirmé les aspects forts et pesants des critères de gestion des entreprises, et même si chacun sous des formes différentes confirme une attitude relativement ouverte et positive pour l'emploi des travailleurs handicapés, c'est celle d'une intransigeance manifeste au plan économique qui domine. Entre chacun des dirigeants une diversité d'attitude bien réelle s'est affirmée. Diversité qui tient vraisemblablement à la sensibilité personnelle, à la fonction et à la marge de manoeuvre dont ils disposent dans l'entreprise. Méconnaissance de la réalité de l'entreprise en matière de handicap, vision plutôt administrative et financière, la conception de la loi de juillet 1987 est parfois assimilée au financement de la formation professionnelle. La vision "sociale" s'exprime peu, peut-être en fonction de la crainte que peut représenter la charge du travailleur handicapé vis à vis des exigences de gestion et de production. L'entreprise ne se reconnaît pas de responsabilité sociale tout au plus une obligation légale qui peut se concevoir si l'adéquation à l'activité économique est remplie ou parce qu'il faut payer la taxe. C'est pourtant par la négation du handicap que la personne handicapée se révèle le plus acceptable, un travailleur handicapé acceptable c'est celui qui ne pose pas de problème, qui est comme les autres, conforme en tous points aux critères de productivité. Cette négation du handicap est à mettre en relation avec la crainte qui s'exprime parfois quand il s'agit d'un handicap visible. L'embauche qui semble parfois possible percute une difficulté majeure, liée à l'appréhension du problème dans sa globalité et à la représentation du handicap. A la méconnaissance des moyens et des aides possibles de la part des institutions spécialisées, s'ajoute aussi un certain rejet de tout ce qui peut correspondre à un effort d'adaptation de l'outil de travail à l'homme. |
| .. |