Avis du CES concernant :

l’insertion professionnelle en milieu ordinaire des personnes en situation de handicap       mai 2003

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AVIS adopté par le Conseil économique et social au cours de sa séance du mercredi 28 mai 2003

SOMMAIRE

INTRODUCTION

CHAPITRE I : CONSTATS ET ANALYSES

CHAPITRE II : REPENSER L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

CONCLUSION
ANNEXES

I - LES PRINCIPES ET LEUR TRADUCTION  INSTITUTIONNELLE

A - GARANTIR LA PARTICIPATION PLEINE ET ENTIERE DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP DANS LA SOCIETE

1. Affirmer avec force les valeurs et les principes qui fondent une approche intégrée handicap

2. La nécessité d’un volontarisme politique fort, passant par la définition d’orientations et la programmation pluriannuelle de l’effort de la Nation

B - DECLINER CES PRINCIPES ET RENFORCER LEUR EFFECTIVITE: LES PREALABLES A L’ACTION

1. L’environnement physique et intellectuel : rendre accessible la cité.

2. Mettre en œuvre un plan pluriannuel de scolarisation pour tous

C - CLARIFIER ET RENFORCER L’ARCHITECTURE INSTITUTIONNELLE

1. Unifier les modalités d’insertion dans l’emploi du secteur privé et des fonctions publiques

2. Penser l’insertion professionnelle dans le cadre d’un schéma directeur

3. Optimiser le rôle des partenaires sociaux

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II - FACILITER LE PARCOURS D’INSERTION DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP EN MILIEU ORDINAIRE DE TRAVAIL

A - UN PRINCIPE : LE DROIT A COMPENSATION

B - AUTOUR DE L’INSERTION PROFESSIONNELLE : L’INFORMATION, L’EVALUATION, L’ORIENTATION

1. L’information et l’accueil des personnes en situation de handicap

2. Permettre une véritable évaluation des potentiels de la personne en situation de handicap et favoriser l’orientation et le reclassement professionnel

C - FORMER ET QUALIFIER

III - STIMULER L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

A - DYNAMISER LA RECHERCHE D’EMPLOI

B - OUVRIR LE MONDE DE L’ENTREPRISE « ORDINAIRE »

C - CONCILIER HANDICAP ET ACTIVITE PROFESSIONNELLE

D - AMELIORER L’ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL

E - OPTIMISER L’OBLIGATION D’EMPLOI

CONCLUSION

ANNEXE A L’AVIS

SCRUTIN

DÉCLARATIONS DES GROUPES

 

 

RAPPORT présenté au nom de la section du travail par Mme Marie-Claude Lasnier, rapporteure......II - 1

INTRODUCTION

TITRE I  L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP EN MILIEU ORDINAIRE DE TRAVAIL :

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ETAT DES LIEUX

CHAPITRE I : LE HANDICAP : EVOLUTION DES CONCEPTS ET TRANSCRIPTION JURIDIQUE.........................................11

I - LES APPROCHES DU HANDICAP ..............................................11

A - LES DIFFERENTS TYPES DE HANDICAP...................................11

B - LA CLASSIFICATION INTERNATIONALE .................................12

II - UNE PREOCCUPATION DE LONGUE DATE DES POLITIQUES SUPRANATIONALES ET NATIONALES .........13

A - LES POLITIQUES DES ORGANISMES A VOCATION INTERNATIONALE .........................................................................13

1. L’ONU et ses institutions spécialisées ...........................................14

2. L’OCDE .........................................................................................15

B - LA LEGISLATION EUROPEENNE ET SA MISE EN ŒUVRE PAR LES ETATS MEMBRES ..........................................................15

1. La législation européenne...............................................................15

2. Les politiques conduites par les Etats membres de l’Union européenne .....................................................................................17

C - LA POLITIQUE NATIONALE.........................................................22

1. L’histoire de la construction de la notion de handicap en France...22

2. Le rôle essentiel des associations ...................................................23

3. Les principes généraux et leur transcription juridique....................24

III - LE CADRE JURIDIQUE FRANÇAIS ...........................................26

A - LE CADRE LEGAL ET REGLEMENTAIRE ACTUEL .................26

1. L’apport des lois de 1975 et de 1987..............................................26

2. Le statut du travailleur handicapé...................................................28

3. La place du travail protégé .............................................................32

B - L’OBLIGATION D’EMPLOI ...........................................................35

1. Les entreprises du secteur privé......................................................35

2. Les fonctions publiques..................................................................39

C - LES ACTEURS .................................................................................41

1. Un réseau d’acteurs mobilisables pour l’insertion

professionnelle ...............................................................................41

2. L’environnement immédiat du travailleur handicapé .....................43

 

 

CHAPITRE II : DONNEES QUANTITATIVES ET QUALITATIVES ....45

I - AGE ET DEMOGRAPHIE DES PERSONNES HANDICAPEES...............................................................................45

A - DANS LE SECTEUR PRIVE............................................................45

1. Une majorité d’hommes et des travailleurs âgés ............................45

2. Une majorité de bénéficiaires reconnus par la COTOREP.............45

3. Une ancienneté élevée dans l’emploi et dans les entreprises..........46

4. Une majorité d’ouvriers..................................................................47

B - DANS LES FONCTIONS PUBLIQUES...........................................47

1. Les traits dominants des travailleurs handicapés de la fonction publique de l’Etat...........................................................................47

2. Répartition par sexe et par catégorie de bénéficiaires de la loi de 1987 ...............................................................................................48

II - L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP ......................................................................................50

A - LES COTOREP ET L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP.............................50

1. La reconnaissances de la qualité de travailleur handicapé..............50

2. L’orientation professionnelle..........................................................52

3. L’abattement de salaire...................................................................56

4. L’orientation vers un emploi de la Fonction publique....................56

5. Les primes de reclassement ............................................................57

B - LE CHOMAGE DES PERSONNES HANDICAPEES.....................57

1. Une population très masculine .......................................................58

2. Une population plus âgée que les demandeurs d’emplois non

handicapés......................................................................................58

3. Un niveau de formation très faible .................................................59

4. Une moindre qualification..............................................................60

5. Des emplois à temps partiels recherchés ........................................61

6. Un chômage important de longue et de très longue durée..............61

C - L’OBLIGATION D’EMPLOI DANS LE SECTEUR PRIVE ET LES FONCTIONS PUBLIQUES.......................................................62

1. Le secteur privé ..............................................................................62

2. Les fonctions publiques..................................................................66

D - LE TRAVAIL EN MILIEU PROTEGE............................................66

III - UNE AUTRE APPROCHE DE LA SITUATION DES TRAVAILLEURS EN SITUATION DE HANDICAP :

L’ENQUETE HID............................................................................67

A - UN PEU PLUS DE 700 000 TRAVAILLEURS HANDICAPES .....67

B - UNE MAJORITE D’ACTIFS OCCUPES DANS LE MILIEU ORDINAIRE......................................................................................68

C - DES CARACTERISTIQUES PARTICULIERES.............................69

D - UNE POPULATION TRES EXPOSEE AU CHOMAGE ................70

1. Un million de personnes âgées de 20 à 59 ans ont la

reconnaissance qualité de travailleurs handicapés (RQTH)...........71

2. Plus de la moitié des titulaires d’une RQTH et âgés de 20 à 59

ans sont inactifs..............................................................................72

3. Près de 500 000 personnes âgées de 20 à 59 ans sont victimes

d’un accident du travail ou invalides pensionnés ou mutilés de

guerre .............................................................................................73

TITRE II  CONSTATS ET ANALYSES

 

CHAPITRE I : HANDICAP ET EMPLOI : DES ASPIRATIONS NOUVELLES, DES EVOLUTIONS A L’ŒUVRE, DES OBSTACLES RESTANT A LEVER

I - DE L’ASSISTANCE A LA CITOYENNETE, LE DEFI DE LAPRISE EN COMPTE DES SITUATIONS DE HANDICAP PAR LA SOCIETE

A - L’EVOLUTION CONTEMPORAINE DU CONCEPT DEHANDICAP .......................................................................................78

1. Des évolutions contemporaines significatives................................78

2. Une approche positive et environnementale des situations de handicap .........................................................................................79

B - LES REPRESENTATIONS DU HANDICAP ET DES PERSONNES HANDICAPEES.........................................................80

1. L’évolution des mentalités et des perceptions ................................80

2. La vision du handicap au sein des lieux de travail..........................81

C - UNE PERSISTANCE D’OBSTACLES OU « L’INACCESSIBILITE AU QUOTIDIEN » ...................................83

II - DE LA CITE A L’EMPLOI, LES LEVIERS DE L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES TRAVAILLEURS HANDICAPES

A - UN CONSTAT EN DEMI TEINTE..................................................84

B - LES LEVIERS A MOBILISER.........................................................86

1. La formation initiale et la formation professionnelle .....................86

2. Le soutien des travailleurs handicapés dans leur insertion professionnelle, l’aménagement des postes et le maintien dans l’emploi..........................................................................................89

CHAPITRE II : UNE DISPERSION DES ENERGIES MOBILISABLES 93

I - UN DESENGAGEMENT PROGRESSIF DE L’ETAT................93

A - UNE POLITIQUE SANS VISION GLOBALE NI VOLONTE

AFFIRMEE ........................................................................................93

1. La montée en charge de l’AGEFIPH..............................................94

2. Un éloignement de l’Etat................................................................94

B - L’INSUFFISANCE DES MOYENS DE MISE EN ŒUVRE DE

CETTE POLITIQUE : L’EXEMPLE DES COTOREP.....................98

II - LA NECESSITE DE COORDINATION D’UNE

MULTIPLICITE D’ACTEURS....................................................100

A - UNE COORDINATION INSUFFISANTE.....................................100

B - UNE MULTIPLICITE D’OPERATEURS RENDANT

DIFFICILEMENT LISIBLES LES DISPOSITIFS..........................101

1. Le service public de l’emploi .......................................................102

2. Un effort de coordination : les PDITH.........................................103

3. Les sites pour la vie autonome, un pas vers le guichet unique ?...104

C - LES ASSOCIATIONS, ACTEURS ET PARTENAIRES...............105

III - DES AIDES NOMBREUSES ET COMPLEXES ........................106

A - L’ABATTEMENT DE SALAIRE...................................................107

B - L’ALLOCATION ADULTE HANDICAPE (AAH) ET SON

CUMUL AVEC LE SALAIRE ........................................................109

C - L’AIDE A LA CREATION D’ENTREPRISE ................................110

IV - UNE PAUVRETE STATISTIQUE ET UNE EVALUATION QUASI INEXISTANTE.................................................................111

 

CHAPITRE III : AU COEUR DES LIEUX DE TRAVAIL, DES VACTEURS ET UN POTENTIEL INSUFFISAMMENT EXPLOITES

I - UNE PROBLEMATIQUE COMMUNE AU SECTEUR PRIVE ET AUX ADMINISTRATIONS PUBLIQUES… ..........113

A - UN CONTEXTE D’EMPLOI PARTICULIEREMENT DISCRIMINANT POUR LES PERSONNES HANDICAPEES.....113

B - L’IMPORTANCE DU ROLE DES ACTEURS INTERNES A L’ENTREPRISE OU A L’ADMINISTRATION.............................114

II - … POUR DES REALITES DIFFERENTES................................115

A - LE SECTEUR PRIVE .....................................................................115

1. L’employeur .................................................................................115

2. Le représentant du personnel........................................................115

3. Le médecin du travail ...................................................................116

4. Les accords collectifs ...................................................................117

B - LES FONCTIONS PUBLIQUES ....................................................121

1. Une prise en compte récente de la problématique de l’insertion

des personnes handicapés.............................................................121

CONCLUSION

ANNEXES

Annexe 1 : Approche monographique de quelques systèmes nationaux

d’insertion des handicapés en entreprise au sein de l’Union

européenne....................................................................................129

Annexe 2 : Obligation d’emploi : liste des emplois non décomptés dans

l’effectif ........................................................................................132

Annexe 3 : Le décompte des unités supplémentaires......................................133

Annexe 4 : Tableau synoptique des mesures et dispositifs d’accès et de

maintien dans l’emploi .................................................................134

Annexe 5 : Tableau récapitulatif des accords d’entreprise, d’établissements et

de branche agréés en vigueur en faveur de l’emploi des personnes

handicapées (bilan à jour au 19 décembre 2002)..........................136

IX

Annexe 6 : Parcours de la personne de la demande RQTH à l’emploi ...........139

Annexe 7 : La mise en oeuvre de l’obligation légale de 1987 dans la Fonction

publique : le plan triennal de développement de l’emploi et de

l’insertion des travailleurs handicapés au ministère de la Justice

2002 - 2005...................................................................................140

Annexe 8 : Liste des personnalités rencontrées ou consultées .......................141

TABLE DES SIGLES .....................................................................................143

LISTE DES ILLUSTRATIONS.....................................................................145;

 

 

 

 

AVIS adopté par le Conseil économique et social au cours de sa séance du mercredi 28 mai 2003

Par lettre en date du 15 novembre 2002, le Premier ministre a saisi le Conseil économique et social d’un rapport et d’un avis sur « L’insertion professionnelle en milieu ordinaire des personnes en situation de handicap » 1.

La préparation de ce rapport et de cet avis a été confiée à la section du travail qui a désigné Mme Marie-Claude Lasnier comme rapporteure.

*

* *

INTRODUCTION

Dans le même temps où l’Assemblée générale des Nations Unies fête le

10è anniversaire des règles relatives à l’égalité des chances des personnes

handicapées et où le Conseil de l’Union européenne consacre « 2003 Année

européenne du handicap », l’actualité nationale met en lumière la problématique

du handicap au travers différentes initiatives.

Le président de la République a en effet entendu placer son mandat sous le

signe de la réalisation de trois grands chantiers : la lutte contre le cancer, la

sécurité routière et l’insertion des personnes handicapées, manifestant l’intérêt

que la communauté nationale doit porter à des questions qui nous concernent

tous. Par ailleurs, l’avant-projet de loi réformant la loi d’orientation de 1975 est

inscrit à l’agenda du conseil des ministres, illustrant la volonté de nouvelles

avancées dans la prise en charge et l’intégration sociale des personnes en

situation de handicap.

Ces dernières années, notre Assemblée a consacré une série de travaux au

thème des conditions d’existence et d’insertion professionnelle des personnes

handicapées. Témoignent notamment de cette préoccupation constante :

L’insertion professionnelle des handicapés présenté par Marcel Viot en 1979 ;

Le potentiel productif des personnes handicapées présenté par Thérèse Poupon

en 1992 ; ou encore Situations de handicap et cadre de vie présenté par Vincent

Assante en 2000.

Au-delà des réflexions conduites au sein du Conseil économique et social,

un certain nombre de rapports, d’études, d’enquêtes et d’audits, ont été réalisés

ces vingt dernières années sur la question du handicap dans son rapport à la

société. On soulignera notamment la récente contribution de la psychanalyste

Julia Kristeva, formulée dans une Lettre au président de la République sur les

citoyens en situation de handicap ou encore le rapport du sénateur Paul Blanc sur

la Compensation du handicap.

1 L’ensemble du projet d’avis a été adopté au scrutin public, par 130 voix et 22 abstentions (voir le

résultat du scrutin en annexe)

I - 4

Estimant la mobilisation des pouvoirs publics comme celle du monde

économique trop faibles et les efforts réalisés encore inégaux au regard de

l’importance des enjeux liés à l’insertion, le présent avis entend, en s’appuyant

sur les travaux réalisés par le Conseil et sur les suites qu’ils ont reçus - dans la

définition des politiques publiques comme dans les pratiques - porter le regard

sur les obstacles qui persistent en matière d’insertion professionnelle en milieu

ordinaire de travail, ainsi que sur les voies possibles d’une amélioration

significative de la situation.

Le présent avis se donne pour objectif de contribuer à ce débat de société

en proposant une nouvelle lecture du handicap et des conséquences sociales qui

en découlent pour les personnes concernées. Il vise dans cette perspective à

fournir une série de repères et d’outils mobilisables dans l’action, face à la

multiplicité des structures et des dispositifs existants au service de l’insertion

professionnelle des personnes en situation de handicap.

De manière plus précise et faisant sienne les récentes préconisations du

Conseil portant sur les « Situations de handicap et cadre de vie », notre

Assemblée souhaite contribuer à ouvrir plus largement le cadre ordinaire de vie

aux personnes handicapées et à leur famille. Le présent avis s’inscrit résolument

dans le prolongement de ces principes. Il reprend notamment à son compte la

notion de « personnes en situation de handicap », plus dynamique et en prise

avec la réalité que celle de « personnes handicapées », même si cette dernière

demeure présente dans le langage courant. De cette définition renouvelée dépend

en effet une responsabilité actualisée de la société et du politique à l’égard de

l’adaptation des structures aux besoins particuliers de cette population et la

réduction par tous moyens des situations de handicap.

Dans cet esprit, considérant que malgré d’indéniables avancées, les

mesures prises jusqu’alors n’ont pas permis de faire aboutir les objectifs

poursuivis, le Conseil souhaite que l’année européenne du handicap constitue

l’occasion de lancer une nouvelle phase de réflexion et de mobilisation, passant

par la réforme du cadre juridique tout comme par ses conditions de mise en

œuvre et notamment sa programmation.

Toutefois, au-delà de l’indispensable action des pouvoirs publics, c’est à

l’ensemble des acteurs de la société qu’il appartient de se saisir concrètement de

la question, afin de prévenir et réduire plus efficacement les handicaps, mais

aussi de favoriser un accès réel à la vie de la cité plaçant au premier rang la mise

en œuvre d’une politique volontaire d’insertion dans l’emploi ordinaire des

personnes en situation de handicap. La question de cette insertion professionnelle

apparaît plus que jamais comme un défi pour les décennies à venir. Ce dernier

doit d’autant plus être relevé que la pyramide des âges des salariés handicapés va

aller en s’accentuant avec les prévisions de départs massifs à la retraite,

cumulées au fait que le nombre de personnes en situation de handicap s’accroît

chaque année de plusieurs dizaines de milliers.

I - 5

Le Conseil entend, à la lumière de tous ces éléments, mettre en évidence

une série de préalables comme l’indispensable fondement des mesures ciblées

destinées à accroître significativement et durablement l’effort d’insertion des

personnes handicapées en milieu ordinaire de travail.

 

 

  ;

CHAPITRE I :

CONSTATS ET ANALYSES

Si l’on devait dresser à grands traits le portrait type de la personne en

situation de handicap, apparaîtrait plutôt un homme, âgé de quarante ans et plus,

peu qualifié, et rencontrant, au-delà des obstacles liés à un environnement

général insuffisamment adapté, des difficultés spécifiques dans l’accès à la

formation et à l’emploi. Le niveau de qualification moyen observé est en effet

inférieur ou égal au CAP/BEP, cette qualification pouvant en outre être devenue

inadaptée avec le temps. D’un point de vue statistique, le risque de se trouver à la

recherche d’un emploi est de 26 %, contre 9 % pour la population française

totale, et pour une durée en moyenne deux fois plus importante.

Le travailleur en situation de handicap a en règle générale une ancienneté

élevée dans son emploi. C’est ainsi que 66 % des personnes exerçant en milieu

ordinaire ont une ancienneté supérieure à 10 ans. La faible mobilité

professionnelle se conjugue avec une tendance à exercer à temps partiel et à un

retrait précoce du marché du travail. Ces quelques différences illustrent la

fragilité rencontrée par les personnes en situation de handicap sur le marché de

l’emploi ainsi que les difficultés qu’elles rencontrent au regard des exigences de

compétitivité formulées au sein des structures de travail.

Il existe une grande diversité de catégories de travailleurs en situation de

handicap, que les statistiques générales ne permettent pas de prendre en compte.

Par ailleurs, si l’image du fauteuil roulant, de la canne blanche ou encore celle de

la trisomie 21 dominent encore les perceptions collectives et cristallisent

certaines formes de rejet et d’exclusion, ces stéréotypes tendent aujourd’hui à

s’atténuer à la faveur de campagnes de sensibilisation régulières relayées par les

médias.

Aux déficiences motrices, il convient d’ajouter les déficiences

intellectuelles, mentales ou sensorielles, les troubles du comportement, les

pathologies allergiques liées au travail, les syndromes directement ou

indirectement liés à l’épuisement professionnel, les maladies évolutives

progressivement invalidantes ou encore les handicaps associés. Quel que soit

leur mode d’acquisition du handicap, ces travailleurs présentent néanmoins un

trait commun : 90 % d’entre eux font l’objet d’une reconnaissance par la

COTOREP de la qualité de travailleur handicapé.

On estime habituellement la population active handicapée à 840 000

personnes. 622 000 exercent une activité professionnelle, dont 100 000 dans le

milieu protégé. Ces derniers, qui accèdent à l’emploi par le biais des ateliers

protégés ou des Centres d’aide par le travail, ont dans les faits tendance à y

demeurer. 219 000 personnes handicapées sont inscrites à l’ANPE, ce nombre

étant en progression constante. En dépit d’une augmentation de l’embauche dans

I - 8

la dernière période de croissance économique qu’a connue la France, on constate

en effet que les travailleurs en situation de handicap ont profité relativement

moins de l’embellie que d’autres catégories de salariés. Il y a donc lieu de

s’inquiéter tout particulièrement dans des périodes de dégradation de la

conjoncture.

Près de 16 ans après la promulgation de la loi de 1987, dont le but premier

était de favoriser le recrutement par les entreprises et les administrations de

personnes en situation de handicap, à hauteur d’au moins 6 % de leurs effectifs,

ces objectifs sont loin d’avoir été atteints. En effet, tant dans le secteur privé que

dans les fonctions publiques, force est de constater qu’après une période de

mobilisation initiale en faveur du recrutement de personnes en situation de

handicap, on dépasse aujourd’hui difficilement un taux de 4 % d’emploi direct et

indirect, ce taux surestimant au demeurant le nombre de personnes physiques

réellement insérées dans la vie professionnelle. De manière plus préoccupante

encore, on constate une stabilisation de ce taux depuis maintenant près de 10 ans.

D’un point de vue qualitatif, on observe que la présence de travailleurs en

situation de handicap est d’autant plus importante que la concentration en

ouvriers est forte dans le secteur concerné. Ceci s’explique en partie par le fait

que ces secteurs d’activités, au regard de conditions de travail particulières et

difficiles, produisent statistiquement un plus grand nombre de pathologies et de

maladies professionnelles. Une autre explication, en lien avec la précédente, tient

à une politique de maintien dans l’emploi de travailleurs devenus inaptes du fait

d’accidents ou de maladies professionnelles contractées dans l’exercice de leurs

fonctions.

Examinée au regard de la taille des entreprises, on constate qu’encore trop

souvent les structures de taille moyenne se libèrent de leur obligation sous la

forme d’une contribution à l’AGEFIPH ou encore par la conclusion d’accords

collectifs, cette formule autorisant une plus grande souplesse dans la mise en

œuvre de l’obligation. Ainsi, outre quelques grandes entreprises développant une

politique active dans ce domaine, on observe que ce sont les PME, l’artisanat et

spécialement les entreprises de moins de 20 salariés qui ont le plus fréquemment

recours au recrutement de personnes handicapées. Environ 80 000 d’entre elles,

pourtant non soumises à l’obligation légale, comptent au moins un salarié

handicapé dans leurs effectifs, pour un total qui dépasse les 120 000 salariés en

situation de handicap. Enfin, on note que l’Etat employeur ne présente pas,

toutes fonctions publiques confondues, un taux d’emploi de personnes en

situation de handicap supérieur à celui du secteur privé. Au-delà de ces

considérations générales, il est de plus difficile, en l’absence de données

parfaitement fiables et exhaustives, de dresser le spectre de l’emploi de

personnes handicapées dans les administrations, le cas de figure le plus

problématique étant celui de l’Education nationale, pour lequel les statistiques

font totalement défaut, alors même qu’il représente l’employeur le plus

important dans la sphère étatique.

I - 9

Au-delà de ces données chiffrées, c’est la représentation même du handicap

par les employeurs qui semble souvent décalée par rapport à la réalité des

situations de travail des salariés. Ainsi, on observe que la compétence des

personnels en situation de handicap est mise en valeur par les entreprises qui les

recrutent, alors que celles qui n’ont pas franchi le pas continuent de mettre en

avant les difficultés matérielles liées au recrutement d’une personne handicapée.

Il ressort à cet égard d’un sondage réalisé par l’institut Louis Harris en

octobre 2002 pour l’AGEFIPH et l’ADAPT, que 87 % des chefs d’entreprise

employant des personnes en situation de handicap sont satisfaites de leur

décision, et diffusent autour d’eux une image positive de ces travailleurs. Ces

responsables louent leur motivation, leur esprit d’équipe, et leurs qualités de

contact et d’intégration. Le sondage met en évidence l’existence d’un lien entre

le respect et la place accordée par la société dans son ensemble aux personnes en

situation de handicap, et la part que les employeurs potentiels, publics et privés,

peuvent prendre dans le recrutement de travailleurs en situation de handicap.

Mais encore faut-il, pour que le discours se modifie, que les aménagements de

poste nécessaires aient pu être réalisés, à la faveur des aides techniques et

financières existantes. Le principal obstacle à lever, en préalable à une réflexion

sur les dispositifs actuels et la mise en synergie des acteurs, reste donc celui du

regard que la société, et au cas d’espèce l’entreprise et l’administration, portent

sur le handicap.

Face à ces constats, on doit souligner l’importance de la phase de

préparation à l’insertion dans l’emploi, pour les personnes concernées comme

pour les structures susceptibles de faire appel à leurs compétences. Ainsi la

pertinence de l’orientation des personnes, la qualité du soutien apporté ainsi que

celle de l’adaptation du poste de travail et de la préparation des collectifs de

travail, constituent autant d’exigences fondamentales pour la réussite et la

pérennisation de l’emploi. Un certain nombre d’opérateurs, coordonnés dans le

cadre des Programmes départementaux d’insertion des travailleurs handicapés

(PDITH) sont depuis des années inscrits dans cette dynamique. A l’interface

entre les demandeurs d’emploi, les employeurs et les financeurs, ces

programmes départementaux interviennent notamment avec le réseau des Cap

Emploi, dont l’action se situe au cœur du processus d’insertion. Ce réseau

financé par l’AGEFIPH élabore des parcours d’insertion individualisés qui

prennent en compte les potentialités des personnes et mobilisent une palette

diversifiée d’outils.

La formation professionnelle initiale et continue constitue l’un des moyens

mobilisés en priorité dans la perspective d’une insertion dans l’emploi. Elle

permet aux personnes handicapées, plus que d’autres touchées par les aléas et la

sélectivité du marché du travail, d’acquérir des connaissances, d’accéder à une

qualification et de suivre l’évolution des techniques. Au-delà de ces missions de

base, la formation professionnelle peut véritablement jouer pour les personnes en

situation de handicap un effet démultiplicateur d’insertion. Celle-ci ne sera

néanmoins pleinement réussie qu’à la condition d’être prise en charge de

I - 10

manière globale, dans une continuité de l’approche et à la faveur d’un soutien

individualisé des projets des personnes, leur permettant de rencontrer les besoins

des employeurs du secteur privé comme du secteur public en terme de

compétences et de savoir-faire.

I - 11

CHAPITRE II :

REPENSER L’INSERTION PROFESSIONNELLE

DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

I - LES PRINCIPES ET LEUR TRADUCTION INSTITUTIONNELLE

A - GARANTIR LA PARTICIPATION PLEINE ET ENTIERE DES PERSONNES EN

SITUATION DE HANDICAP DANS LA SOCIETE

1. Affirmer avec force les valeurs et les principes qui fondent une

approche intégrée du handicap

Les manifestations qui jalonnent le déroulement de l’année européenne du

handicap ainsi que l’accent mis en 2003 sur la lutte contre le handicap dans le

cadre des chantiers présidentiels, présentent l’avantage de focaliser l’attention

sur des sujets de société qui restent le plus souvent méconnus du grand public.

On peut de ce point de vue espérer que l’année 2003 constitue une occasion de

rappeler les valeurs humanistes qui fondent notre République. On est également

en droit d’attendre que cette période de médiatisation du sujet permette, à la

faveur de campagnes de sensibilisation et au travers d’un débat public,

d’actualiser, de formaliser et de valoriser un certain nombre de principes.

Rendre effectif le droit à l’égalité de traitement et à la non

discrimination

L’être humain a droit de voir reconnue sa dignité, quelles que soient les

particularités qui sont les siennes et le handicap auquel il doit faire face. Ses

droits fondamentaux sont les mêmes que ceux de l’ensemble des citoyens, même

si leur exercice dépend de conditions extérieures sur lesquelles il n’a pas une

totale maîtrise. Le devoir de la société est donc, au-delà de la mise en oeuvre du

principe de non-discrimination, de soutenir les citoyens qui la composent, au

regard de leur état de faiblesse et des difficultés qu’ils rencontrent dans leur

accès à la cité. La diversité des situations et des projets doit donc être prise en

compte et accompagnée, grâce à des modes de compensation adaptés.

Il convient de sortir de la logique de tolérance et d’assistance qui a

longtemps prévalu, tout en préservant le droit à la réparation qu’elle a permis de

construire, pour s’inscrire désormais dans une logique d’égalité de traitement

réaffirmant le principe de non-discrimination. Ce dernier principe ne peut, en

France et en l’état actuel des mentalités et des pratiques, se suffire à lui seul.

Notre pays ne peut durablement faire l’économie de mesures spécifiques de

discrimination positive, qu’illustre la politique des quotas dans le domaine de

l’emploi, même si l’ambition devrait être qu’ils deviennent inutiles.

I - 12

S’appuyer sur les acquis des textes législatifs antérieurs pour aborder

une nouvelle étape dans le processus d’intégration sociale

Les deux lois promulguées 1975, fondatrices de la prise en charge du

handicap, ont permis d’affirmer pour la première fois dans notre pays un devoir

de solidarité de la Nation envers les personnes handicapées. Elles conservent de

ce point de vue toute leur utilité. Il est toutefois possible et nécessaire

aujourd’hui d’aller plus loin, pour ériger en principe l’intégration de tous au sein

de la cité, quels que soient la nature ou le degré du handicap. On observe en effet

encore, près de trente ans après la promulgation de ces deux lois, des

phénomènes de relégation d’une partie des citoyens en situation de handicap.

Ces situations sont pour partie induites par la distinction entre le monde protégé

et le monde ordinaire. Cette séparation est parfois vécue dans ses effets comme

un facteur de clivage. Elle ne semble plus aujourd’hui totalement en phase avec

les besoins de notre temps, ce qui justifierait pour notre Assemblée qu’une

réflexion spécifique et plus approfondie lui soit consacrée.

Témoigne de l’évolution des perceptions et des besoins ce que les

personnes en situation de handicap elles-mêmes expriment aujourd’hui, relayées

par les associations qui les représentent et les professionnels qui travaillent à leur

contact. Elles aspirent à se voir reconnues et considérées comme des citoyens à

part entière, manifestent un désir d’intégration et d’accès aux responsabilités

dans la vie sociale, politique et culturelle. Parmi ceux de nos voisins d’Europe du

nord susceptibles de nous éclairer par les politiques d’intégration sociale qu’ils

conduisent, la Suède vise notamment, dans son actuel plan d’action, à substituer

à la notion de « patient » celle de « citoyen », son ambition étant d’aller plus loin

dans la suppression des obstacles qui empêchent les personnes en situation de

handicap de participer pleinement à la vie de la société.

Ainsi, sans nier la nécessité de maintenir, et sans doute de renforcer à

chaque fois que cela s’avère nécessaire, les structures adaptées de prise en charge

du handicap, le moment semble aujourd’hui venu d’inverser la dialectique, de

donner une nouvelle concrétisation au «vouloir vivre ensemble » et de considérer

que l’intégration dans le milieu de vie et de travail ordinaire doit désormais être

posée comme la règle, et l’accueil spécialisé et protégé l’exception.

Placer la prévention au cœur du dispositif en veillant à l’amélioration

des conditions de travail

Il semble nécessaire de rappeler, une fois encore, le caractère de causes

nationales des trois chantiers que représentent la prévention du cancer, la lutte

contre l’insécurité routière et l’intégration des personnes en situation de

handicap. Il est, à cet égard, indispensable dans une vision globale et cohérente

de la société, que l’approche préventive soit reconnue comme prioritaire en

matière de maladie et de handicap, qu’il s’agisse bien entendu du cancer, des

accidents de la route, mais aussi des pathologies et accidents d’origine

professionnelle, dont on a montré qu’ils étaient particulièrement importants dans

un certain nombre de secteurs d’activités.

I - 13

Mettre en œuvre les mesures permettant de générer, notamment sur

les lieux de travail, moins de handicap ; compenser par tous moyens celui-ci

lorsqu’il advient ; reconnaître les personnes en situation de handicap

comme des citoyens à part entière, telles sont les valeurs auxquelles le

Conseil entend se référer en permanence dans la formulation de

propositions touchant à l’aspect plus particulier de l’insertion

professionnelle des personnes en situation de handicap en milieu ordinaire

de travail.

2. La nécessité d’un volontarisme politique fort, passant par la

définition d’orientations et la programmation pluriannuelle de

l’effort de la Nation

Les deux lois promulguées en 1975, complémentaires dans leurs

approches, fondent la politique en faveur des personnes en situation de handicap.

L’un de ces deux textes, traitant des institutions sociales et médico-sociales, a été

réformé par la loi du 2 janvier 2002. Ce texte a pour ambition de rénover l’action

sociale et médico-sociale, et concerne dans sa mise en œuvre près de 22 000

établissements, 400 000 salariés et plus d’un million de personnes accueillies. On

peut s’étonner du calendrier retenu pour la réforme de ces deux textes législatifs.

En effet, le projet de réforme actuellement mis en chantier visera quant à lui les

orientations de l’intervention des pouvoirs publics pour les dix à vingt années à

venir. Il aurait sans doute été préférable, dans une logique d’efficacité de

l’action, que la loi d’orientation générale intervienne chronologiquement avant

celle concernant des moyens spécifiques à mettre en œuvre.

S’agissant du fond, la France consacre la solidarité nationale et prône

l’intégration au travers de ces deux lois de 1975, et vise plus précisément

l’insertion professionnelle dans celle de 1987. Du point de vue des principes, ces

textes demeurent pour le Conseil d’une parfaite actualité. En revanche, notre

Assemblée constate que notre pays a pris un retard important dans la mise en

œuvre de ces dispositions. Il en va ainsi de l’environnement général comme des

dispositifs spécifiques de prise en charge de certaines formes de déficiences. Ce

retard, couplé à une certaine forme de désengagement, sur lequel l’avis reviendra

ultérieurement, vaut également en ce qui concerne les transferts de charge du

budget social de l’Etat vers l’AGEFIPH, ou encore les responsabilités de l’Etat

employeur.

Le budget consacré en France au handicap est significatif, ce qui n’est

contesté par personne, et représente 24 milliards d’euros par an, ainsi que

l’indique en juillet 2002 le rapport du sénateur Paul Blanc. La réflexion conduite

par le Conseil économique et social ne lui permet pas d’avancer de

recommandations chiffrées relatives au montant du budget jugé nécessaire.

Néanmoins, constatant que l’effort de la Nation a sensiblement diminué au fil

des ans, passant de 2,1 % du PIB en 1985 à 1,7 % en 2001, notre Assemblée fait

siennes les recommandations du parlementaire pour considérer que la Nation

devrait se fixer un objectif de rattrapage immédiat de cet écart. Celui-ci

I - 14

correspondrait actuellement à quelque 6 milliards d’euros supplémentaires en

année pleine, qui pourraient utilement être consacrés au financement des mesures

que porte le présent avis.

Vers une véritable programmation pluriannuelle

Le Conseil, à la lueur des enjeux de l’insertion des personnes en situation

de handicap, considère que les pouvoirs publics doivent aujourd’hui raisonner en

terme de programmation plutôt qu’en terme de loi d’orientation ou de loi cadre,

quitte à différer de quelques mois le débat et le vote du projet de modernisation

de la loi d’orientation de 1975. Le délai supplémentaire accordé à cette réflexion

aurait, en outre, l’avantage de permettre l’intégration d’éventuelles dispositions

réformant la loi de 1987. En effet, si les principes posés en 1975 et 1987

n’apparaissent pas devoir être totalement reconsidérés aujourd’hui, la force d’une

loi de programmation sur une loi cadre serait à bien des égards supérieure.

Empruntant à la logique de la planification, elle permettrait de répondre aux défis

de la garantie d’accès de tous à tous les lieux de la vie en société, en allouant à

chacun des objectifs poursuivis les moyens pluriannuels particulièrement

nécessaires à leur mise en œuvre.

B - DECLINER CES PRINCIPES ET RENFORCER LEUR EFFECTIVITE: LES PREALABLES

A L’ACTION

1. L’environnement physique et intellectuel : rendre accessible la cité

L’article 49 de la loi d’orientation du 30 juin 1975 pose les modalités de

l’insertion dans la vie sociale. Ainsi, « les dispositions architecturales et

aménagement des locaux d’habitation et des installations ouvertes au public (…)

doivent être tels que ces locaux et installations soient accessibles aux personnes

handicapées ». Ce même article prévoit que des modalités pratiques seront

définies par voie réglementaire, marquant le caractère contingent de leur mise en

œuvre. Le bilan des lois de 1975, décevant en ce qui concerne le domaine de

l’intégration sociale, doit conduire à donner aux principes posés une plus grande

matérialisation. Ainsi, il convient de s’engager, aux termes d’une planification

pluriannuelle de l’effort, dans la définition d’un plan d’action concernant à titre

principal l’urbanisme, l’habitat et les transports. Il apparaît en effet essentiel que

les personnes en situation de handicap soient reconnues et prises en compte dans

la diversité de leurs besoins d’aménagements, tant physiques que technologiques,

culturels ou sociaux.

Accélérer l’effort d’adaptation de l’urbanisme, du logement et des

transports

Notre Assemblée s’inscrit pleinement dans les préconisations de son avis

relatif aux « Situations de handicap et cadre de vie » et insiste sur le fait que leur

mise en oeuvre contribuerait de manière significative à rendre à la ville sa

dimension d’accueil de tous ses habitants, quelles que soient leurs différences.

Un effort conséquent d’adaptation de l’urbanisme apparaît donc nécessaire pour

I - 15

donner un contenu réel et durable à la notion d’accessibilité. Un certain nombre

de communes de taille diverse conduisent en effet des politiques d’envergure,

dont le contenu pourrait sans doute être mieux valorisé et capitalisé au profit

d’autres centres urbains. Au-delà d’expériences significatives mais encore

insuffisamment répandues, la législation relative à la voirie et au cadre bâti doit

être mise en œuvre effectivement, et la réalisation d’aménagements spécifiques

encadrée dans des délais précis.

De même, l’accès au logement constitue pour les personnes en situation de

handicap l’un des fondements de l’autonomie, de la vie citoyenne et de

l’intégration sociale. Notre Assemblée insiste également sur la nécessité de

poursuivre les efforts déjà entrepris permettant de rendre les transports

accessibles à tous, la réalisation de cette condition étant indispensable pour que

se concrétise l’insertion professionnelle de ces personnes dans des structures de

production ordinaires, quelle qu’en soit la situation géographique.

Favoriser un développement des nouvelles technologies au service de

l’autonomie

Le Conseil économique et social tient enfin à souligner que les évolutions

constantes de la technologie, et notamment les avancées de la bureautique,

doivent permettre aux personnes en situation de handicap de recouvrir une part

plus ou moins importante d’autonomie. La recherche-développement doit être

poursuivie dans ce domaine, et des débouchés systématiquement recherchés en

terme d’équipements, individuels et collectifs. Il va de l’intérêt de la collectivité

tout entière de favoriser ces inventions, destinées à titre premier à réduire les

situations de handicap, mais dont on a pu mesurer par le passé qu’elles

facilitaient de fait rapidement la vie de tous.

2. Mettre en œuvre un plan pluriannuel de scolarisation pour tous

Dans un rapport rendu public en octobre 2002, le CESR de Franche-Comté

indique que malgré les recommandations formulées en 1999 dans le cadre du

plan Handiscol, l’intégration scolaire de l’enfant handicapé dans une école de

proximité, bien qu’elle soit reconnue comme optimale pour une majorité

d’enfants, demeure une exception. Si de louables efforts ont été entrepris pour

intégrer individuellement ou collectivement les enfants handicapés dans les

écoles, qu’il s’agisse de classes d’intégration scolaire pour les écoles primaires,

d’unités pédagogiques d’intégration pour les collèges, ou encore, dans le secteur

médico-éducatif, d’instituts médico-éducatifs, d’instituts médico-pédagogiques,

et d’instituts médico-professionnels, force est de constater que le nombre de

places disponibles demeure insuffisant, la répartition géographique des centres

par trop inégale, et les personnels spécialisés en nombre trop faible au regard des

besoins.

I - 16

Favoriser l’intégration des enfants en milieu scolaire ordinaire…

Il semble donc nécessaire pour notre Assemblée que les projets

gouvernementaux ne soient pas obérés par des restrictions budgétaires. Le plan

sur cinq ans, présenté par le ministre de l’Education nationale vise en effet à

augmenter le nombre de postes d’enseignants spécialisés, à préparer les

enseignants à l’accueil d’enfants handicapés, enfin à prévoir tant la

démultiplication des auxiliaires d’intégration scolaire que leur affectation

prioritaire auprès des enfants intégrant le milieu éducatif ordinaire. Pour le

moins, la réalisation de ce plan, « occasion d’une merveilleuse leçon

d’instruction civique » pour reprendre les termes employés par Luc Ferry,

ministre chargé de l’Education nationale, conditionne pour notre Assemblée la

réussite de l’intégration sociale et l’insertion future dans des emplois qualifiés

des jeunes générations.

… sans dénier aux institutions spécialisées leur complémentarité

Pour autant, la mise en œuvre du principe d’intégration des personnes en

situation de handicap dans des structures ordinaires afin de favoriser leur

participation pleine et entière dans la vie de la cité ne doit pas, pour notre

Assemblée, conduire à dénier l’intérêt des structures spécialisées ou des

modalités adaptées de prise en charge. Lorsqu’elles s’avèrent indispensables, au

regard de la nature et du degré de handicap, les classes et dispositifs de formation

adaptés, les foyers, le milieu protégé de travail doivent continuer à avoir droit de

cité.

Le Conseil recommande à cet égard qu’un effort plus systématique soit fait

en matière d’intégration de ces structures spécifiques dans la cité : les classes

adaptées pourraient ainsi prendre naturellement place au sein des structures

éducatives ordinaires, les centres de formation d’apprentis spécialisés être plus

souvent rattachés aux centres de formation d’apprentis ordinaires, et enfin le

milieu de travail protégé mieux articulé avec le milieu de travail ordinaire, dans

des conditions qui demandent à être précisées.

C - CLARIFIER ET RENFORCER L’ARCHITECTURE INSTITUTIONNELLE

La politique menée pour les personnes en situation de handicap, et tout

particulièrement en faveur de leur insertion professionnelle, est par nature

partenariale. Elle combine l’action des pouvoirs publics, du monde associatif et

des organisations professionnelles et syndicales. Dans les faits, cette

combinaison de compétences multiples et complémentaires, qui devrait

constituer une véritable richesse au profit des personnes en situation de handicap,

se heurte trop souvent à des cloisonnements et souffre d’un manque de synergie.

Il s’ensuit une dispersion des énergies mobilisables, préjudiciable à la réalisation

des politiques engagées. Cet état de fait est, en outre, renforcé par la co-existence

de systèmes différents pour le secteur privé et les fonctions publiques.

I - 17

Il convient dès lors d’une part de rapprocher les secteurs public et privé en

matière d’obligation d’emplois posée par la loi. Il est également nécessaire de

raisonner en termes de schéma directeur afin de donner cohérence et cohésion

aux différents volets des politiques initiées et de renforcer ou d’optimiser dans

certains cas le rôle des partenaires sociaux, acteurs à part entière des démarches

engagées.

1. Unifier les modalités d’insertion dans l’emploi du secteur privé et des

fonctions publiques

Le secteur privé et les trois fonctions publiques, quoique également régis

par l’obligation d’emploi issue de la loi de 1987, ne sont dans les faits pas tenus

par des engagements de même nature. En particulier, le mode de décompte des

bénéficiaires de la loi et l’absence de possibilité pour les fonctions publiques d’y

satisfaire par la voie d’une contribution constituent les distinctions les plus

notables entre les deux secteurs. Si certaines spécificités des fonctions publiques

semblent justifier des particularismes dans la mise en œuvre de la loi de 1987, il

n’en demeure pas moins que la séparation actuelle opérée tend dans les faits à

opposer les deux secteurs en défaveur des personnes en situation de handicap.

Une simplification des dispositifs serait de ce point de vue souhaitable et

apparaîtrait comme positive du point de vue de leur lisibilité comme de leur

efficacité. Il convient donc de se situer dans la perspective d’une harmonisation

progressive des dispositifs, en faisant en sorte que les conditions de prise en

charge et l’effectivité des mesures d’insertion professionnelle soient analogues

quels que soient les secteurs considérés.

1.1. Opérer le rééquilibrage des conditions d’insertion des personnes en

situation de handicap par les fonctions publiques et le secteur privé

Le Conseil considère que les personnes en situation de handicap doivent se

trouver à égalité de droits et de moyens d’accès, quel que soit le secteur

d’activité professionnelle où elles souhaitent exercer : secteur privé ou secteur

public.

a) L’AGEFIPH, prestataire de services pour les administrations

Au regard du mode d’intervention de l’AGEFIPH, de sa capacité

d’ingénierie et des savoir-faire développés et enrichis depuis sa création ou

encore de son organisation en réseau et au plan local, rien ne devrait s’opposer

d’un strict point de vue de la logique fonctionnelle à ce que l’association étende

son domaine d’intervention aux administrations publiques, à la condition que

cela puisse être réalisé dans le cadre d’une démarche concertée de

contractualisation, l’AGEFIPH étant alors clairement identifiée dans un rôle de

prestataire de services auprès de l’Etat. Il est en effet nécessaire d’être très précis

dans les modalités concrètes car une défiance vis-à-vis de l’Etat existe dans ce

domaine. Celle-ci est liée au fait que les pouvoirs publics n’ont pas tenu leurs

engagements financiers et ont transféré successivement à l’AGEFIPH la charge

I - 18

de la garantie de ressources et le financement des EPSR et OIP, regroupés sous

le label Cap Emploi.

b) Un organisme para-public pour les fonctions publiques

Les administrations publiques des trois secteurs se sont dotées d’un fonds

interministériel qui représente 6,5 millions d’euros. Certaines administrations

telles que le ministère de la Justice ou encore celui des Finances développent des

politiques volontaristes mettant en jeu des lignes de crédits pérennisées dans le

temps. Dans la perspective de renforcer l’efficacité de l’action de l’Etat quels

que soient les secteurs ou départements ministériels concernés et de rendre

symétriques les efforts du public et du privé, le Conseil préconise que

l’Etat-employeur aligne les moyens alloués à l’insertion et au maintien dans

l’emploi des personnes en situation de handicap sur les obligations auxquelles

sont soumises les entreprises du secteur privé. En cas de manquement à son

obligation d’emploi, il devrait ainsi contribuer auprès d’un organisme de même

nature que l’AGEFIPH, disposant de moyens d’action analogues, ayant une

vision sur l’ensemble du champ et pouvant agir en direction des trois fonctions

publiques en matière d’insertion professionnelle en milieu ordinaire de travail.

A cet égard, le précédent de l’ANFH dans la fonction publique hospitalière

pour les besoins de la mise en œuvre de la loi de 1971 sur la formation

professionnelle, pourrait utilement être étudié. La mise en place d’un organisme

de ce type, abondé par le budget des trois fonctions publiques et doté d’un

conseil d’administration associant les employeurs, les associations et les

organisations syndicales, aurait l’avantage de permettre une mise à niveau de

l’engagement des départements ministériels sur la question de l’emploi des

personnes en situation de handicap, de préciser et rapprocher les données

statistiques, et d’avancer dans la voix de la définition et de la mise en œuvre

d’une politique cohérente et partenariale, inscrite dans la durée. Il serait

souhaitable qu’une fois instituée, la structure puisse tisser des liens fonctionnels

avec l’AGEFIPH et bénéficier ainsi de l’expérience acquise pour parvenir plus

rapidement à maturité.

1.2. Adopter un mode de décompte unique des bénéficiaires de

l’obligation d’emploi

L’une des difficultés rencontrées dans le domaine de l’insertion

professionnelle des personnes en situation de handicap tient au fait que les

données de la sphère privée et de la sphère publique ne peuvent faire l’objet

d’aucune véritable comparaison. L’une des raisons tient à la différence existant

dans le mode de décompte des bénéficiaires de l’obligation d’emploi et de la

notion d’unités bénéficiaires. Pour le secteur privé sont en effet intégrés dans le

mode de décompte des éléments tenant à l’employabilité au regard de la lourdeur

du handicap, de l’âge et du parcours professionnel. C’est ainsi qu’un travailleur

en situation de handicap peut représenter jusqu’à 5,5 unités bénéficiaires.

I - 19

Cette modalité de proratisation n’est pas applicable aux administrations

publiques. De plus, si elle répond au souci du législateur de favoriser l’insertion

professionnelle des personnes les plus lourdement handicapées et par voie de

conséquence les plus éloignées de l’emploi, elle pose néanmoins question dans la

mesure où elle stigmatise le handicap et relègue la personne au second plan

derrière son taux proratisé de handicap.

Le Conseil propose par conséquent d’adopter un mode unique de décompte

applicable à tous les secteurs établi en fonction du nombre réel de personnes

employées, quel que soit l’importance du handicap ou encore l’âge du salarié.

Cette modification, qui a l’avantage de rendre comparable les taux d’emploi des

secteurs privés et publics, doit néanmoins s’accompagner d’une réflexion sur les

solutions financières permettant, par une prise en charge modulée des frais

engagés, d’encourager l’effort des employeurs en faveur des personnes en

situation de handicap important, dans le secteur privé comme dans le secteur

public.

Sur un autre plan, se pose la question de l’existence de professions exclues

par décret du décompte des effectifs des entreprises privées, paradoxale en

regard du nombre relativement important de travailleurs handicapés recrutés

dans ces emplois. Ce point mériterait d’être abordé plus avant dans le cadre

d’une réflexion globale que le Conseil appelle de ses vœux et qui devrait

s’appuyer sur les diverses composantes de l’obligation d’emploi pour en

optimiser les effets.

2. Penser l’insertion professionnelle dans le cadre d’un schéma

directeur

Le Conseil considère que la mise en œuvre des politiques engagées en

faveur des personnes en situation de handicap ne peut être véritablement

efficiente sans la définition d’un schéma directeur, gage de la mise en cohérence

des interventions et du rôle de chacun des acteurs, au plan national comme au

niveau territorial.

Repositionner la mission interministérielle aux personnes handicapées

Au niveau central, lieu de définition des orientations et des politiques

publiques, notre Assemblée considère qu’il convient que les structures de l’Etat

repositionnent la mission interministérielle actuellement rattachée au secrétariat

d’Etat aux personnes handicapées, afin que celle-ci dispose de véritables

pouvoirs de coordination de l’action des différents ministères concernés par

l’intégration des personnes handicapées dans la cité et dans l’emploi. La

délégation interministérielle devrait donc être rattachée directement auprès des

services du Premier ministre. Ce niveau devrait être chargé de coordonner la

réflexion conduisant à la fin 2003 à la transposition en droit français de l’article

5 de la directive européenne du 27 octobre 2000, relative à l’égalité de traitement

en matière d’emploi et aux aménagements raisonnables des postes de travail qui

en découlent.

I - 20

Distinguer les rôles et missions respectifs de l’Etat et de l’AGEFIPH

Depuis la mise en place du nouveau dispositif d’obligation d’emploi

instauré par la loi de 1987, on constate une montée en charge progressive de

l’AGEFIPH alors que dans le même temps, la place de l’Etat dans la définition et

la mise en œuvre de politiques spécifiques concernant l’insertion professionnelle

des personnes handicapées reflue progressivement. Ainsi, la gestion et le

financement du complément de rémunération prévu au titre de la garantie de

ressources, prestation légale versée initialement par l’Etat, sont-ils confiés depuis

1997 à l’association. De la même façon, le financement des associations de

placement au service de l’emploi des personnes handicapées, fédéré au sein du

réseau Cap Emploi, est passé progressivement de la charge de l’Etat à celle de

l’AGEFIPH. Peuvent également témoigner de la moindre place de l’Etat dans la

prise en charge des dispositifs d’insertion et de formation des personnes

handicapées, les différentes conventions conclues entre l’AGEFIPH d’une part,

et l’ANPE et l’AFPA d’autre part, en particulier pour la gestion du PAPND dans

le cadre du PARE pour les demandeurs d’emplois. Le rapport de la Cour des

comptes rendu public en janvier 2003 souligne d’ailleurs cette faible présence de

l’Etat dans la conception et la mise en œuvre des dispositifs en faveur de

l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

Sans mettre en cause les équilibres construits, le Conseil estime donc

nécessaire, afin d’optimiser leurs interventions, de clarifier les responsabilités

respectives de l’Etat et de l’AGEFIPH. Il semble en effet important que l’Etat se

ré-implique dans son rôle d’impulsion, de pilotage, de contrôle et d’évaluation

des politiques ayant trait à la prise en charge et à l’insertion des personnes en

situation de handicap. A ce titre, le Conseil supérieur du reclassement

professionnel, placé auprès du ministre en charge du travail, qui associe les

partenaires sociaux, les associations représentatives des personnes en situation de

handicap et les organismes de sécurité sociale, devrait retrouver dans le domaine

de la définition des politiques une place supérieure à celle qui lui est

actuellement dévolue. L’AGEFIPH doit pour sa part être confortée dans la

mission qu’elle exerce dans le champ de l’insertion professionnelle des

personnes en situation de handicap. Le Conseil entend à cet égard réaffirmer la

légitimité du Conseil d’administration de l’AGEFIPH à définir et mettre en

œuvre de manière autonome sa stratégie.

Conforter les programmes départementaux d’insertion des travailleurs

handicapés

Initiés en 1992 et généralisés en 1999, les PDITH constituent des

dispositifs départementaux, intégrés à la mise en œuvre de la politique de

l’emploi, organisant la cohérence et la complémentarité des institutions et des

opérateurs de l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap

par l’animation d’un partenariat local. Ils mettent notamment en œuvre des

actions d’orientation, d’information, de sensibilisation et de maintien en milieu

ordinaire, en assurant l’articulation entre les dispositifs de droit commun et les

I - 21

dispositifs spécialisés. Outils indispensables de l’action territoriale, ils créent une

dynamique favorable à l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

Notre Assemblée estime indispensable de réaffirmer et de conforter cette

fonction de tête de réseau et de coordonnateur des PDITH, pour fédérer plus

efficacement les énergies disponibles au service de l’objectif poursuivi. Il

n’apparaît toutefois pas souhaitable d’inscrire ce dispositif dans un cadre trop

formel, afin de lui conserver souplesse et réactivité, permettant une adaptation

aux réalités et à la variété des contextes locaux.

Recentrer les COTOREP sur leurs missions originelles

Acteurs incontournables, les COTOREP jouent un rôle central au travers

des décisions de Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH).

Depuis de nombreuses années, ces commissions connaissent d’importants

dysfonctionnements, régulièrement soulignés. Ils font actuellement l’objet de

débats dans le cadre des travaux engagés sur la réforme de la loi d’orientation du

30 juin 1975. Sans s’engager sur le fond des discussions relatives aux missions et

au fonctionnement des COTOREP, notre Assemblée considère néanmoins que

ces réflexions ne doivent pas faire l’impasse sur un point nodal du

fonctionnement des COTOREP. En effet, ces services sont confrontés à un fort

accroissement du volume de leur activité, de l’ordre de 40 % sur la période

1991-1999, correspondant à près d’une quinzaine de décisions différentes :

RQTH et classement en catégorie A, B ou C ; orientation, autorisation des

abattements de salaires, taux d’invalidité, attribution des allocations, admission

en établissement spécialisé mais aussi carte d’invalidité, sans limite d’âge, cartes

européennes de stationnement (ex. carte GIC) et APA y compris pour des

personnes de plus de 60 ans.

Le Conseil économique et social considère ainsi qu’il est indispensable que

l’activité des COTOREP soit recentrée sur l’orientation et le reclassement

professionnels des personnes en situation de handicap, finalité première de leur

mission, les autres attributions pouvant être valablement exercées par d’autres

institutions sociales, étatiques ou relevant des collectivités territoriales. Il

convient enfin de doter ces commissions de moyens financiers et matériels

nécessaires à leur fonctionnement et de remédier à leur sous-encadrement

chronique.

3. Optimiser le rôle des partenaires sociaux

Le Conseil économique et social considère que l’ensemble des acteurs,

pouvoirs publics ou organismes privés, concourant à l’insertion professionnelle

des personnes en situation de handicap constituent un formidable potentiel dont

les ressources doivent être davantage mobilisées. Les partenaires sociaux

apparaissent occuper un rôle tout à fait important qui doit aujourd’hui être

encouragé. L’analyse des résultats de l’obligation d’emploi des personnes en

situation de handicap fait en effet apparaître que ce thème est peu investi par les

partenaires sociaux dans les négociations collectives. Le nombre des accords

I - 22

conclus sur ce sujet reste limité (un accord de branche et une centaine d’accords

d’entreprise ou d’établissement en vigueur en janvier 2003) alors que cette voie

constitue l’un des moyens offerts par la loi pour satisfaire à l’obligation

d’emploi, selon des modalités choisies et négociées, dans le cadre d’un

programme annuel ou pluriannuel en faveur de l’accès ou du maintien dans

l’emploi des personnes en situation de handicap.

Instaurer une obligation légale de négocier

Le Conseil considère qu’il est nécessaire d’aller plus loin que la loi de 1987

et de s’engager à développer la négociation collective sur un thème dont

l’histoire nous apprend qu’il est spontanément peu abordé par les acteurs

sociaux.

Sur un sujet aussi sensible, il doit être envisagé d’étendre l’obligation

légale de négocier au champ des conditions de travail et d’emploi des personnes

en situation de handicap, tant au niveau des branches professionnelles et des

entreprises que dans les fonctions publiques. Une telle mesure permettrait

d’inscrire véritablement cette problématique dans le champ de la politique

contractuelle et d’en faire un élément de dialogue social. En effet, la négociation

sur les conditions d’insertion dans le milieu de l’entreprise de personnes en

situation de handicap présente un intérêt global. Vecteur de dynamisation du

dialogue social, elle amène à interroger ou ré-interroger les conditions de travail,

la santé et la sécurité au travail dans l’entreprise et à s’engager dans une

démarche plus globale de prévention, profitable à l’ensemble de la collectivité de

travail.

Des obligations légales de même nature existent déjà pour les entreprises

privées en ce qui concerne les salaires, l’égalité professionnelle ou les

classifications, assorties d’une périodicité variant entre l’année et cinq ans.

L’obligation légale de négociation pourrait donc être fixée à échéance triennale,

en cohérence avec la durée moyenne des accords conclus en application de la loi

sur l’obligation d’emploi.

Articuler la négociation d’accords collectifs avec la mise en œuvre de

conventions employeur/AGEFIPH

Un certain nombre de grandes entreprises et d’organisations

professionnelles signent directement des conventions avec l’AGEFIPH, en

préalable à la mise en œuvre de plans d’actions en faveur des personnes

handicapées. Il semble dommage qu’une telle démarche n’associe pas les

organisations syndicales et entre ainsi en concurrence avec les accords collectifs

prévus au titre de l’obligation d’emploi. L’entreprise se prive de ce fait de la

richesse d’un dialogue avec les syndicats, ainsi que de l’intéressant effet

démultiplicateur que peuvent avoir les relations sociales dans ce domaine.

I - 23

Le Conseil préconise dès lors d’étudier l’articulation optimale de ces

dispositifs, dont les logiques s’avèrent complémentaires. Il pourrait ainsi être

envisagé que toute convention signée entre un chef d’entreprise ou une

organisation professionnelle et l’AGEFIPH s’appuie sur l’information préalable

systématique des représentants du personnel.

II - FACILITER LE PARCOURS D’INSERTION DES PERSONNES EN

SITUATION DE HANDICAP EN MILIEU ORDINAIRE DE TRAVAIL

Les difficultés auxquelles les personnes en situation de handicap se

heurtent dans leur vie quotidienne, en vue de faire valoir leurs droits, d’obtenir

des renseignements, des conseils, sont également très fréquentes dans les

démarches entreprises par celles qui souhaitent pouvoir exercer une activité

professionnelle. La multiplicité d’acteurs, de structures et d’aides contribue à

entretenir une vision opaque du système.

Le Conseil considère qu’il importe de mettre en œuvre les moyens de

donner lisibilité et efficacité à toutes les étapes du parcours d’insertion

professionnelle des personnes en situation de handicap, en mettant en évidence

les points de passage «obligés » et en favorisant la définition de parcours sans

aller et retour inutiles.

A - UN PRINCIPE : LE DROIT A COMPENSATION

Il convient au préalable de poser, dans le cadre d’une approche globale de

la personne, le droit à compensation des situations de handicap, quelles qu’en

soient la nature, l’origine ou l’importance. L’obligation nationale à l’égard des

personnes handicapées doit en effet trouver sa traduction dans la compensation

des désavantages qui y sont liés, afin, comme le déclare le sénateur Paul Blanc,

« de rétablir l’égalité entre citoyens « valides » et citoyens « handicapés » et de

favoriser, dans toute la mesure du possible le maintien de ces derniers en milieu

de vie ordinaire ». Le développement des moyens de compensation des

incapacités est en effet indispensable pour offrir aux personnes qui le souhaitent

la possibilité de demeurer dans leur milieu ordinaire de vie grâce à des

aménagements de logement, des aides techniques ou des aides humaines

adaptées et permettre, à celles qui le souhaitent, d’envisager plus sereinement

leur insertion dans le monde professionnel.

Mise en place d’une prestation à vocation générale, garantissant une

compensation adaptée aux besoins de chacun

Il existe une grande diversité d’aides, aux origines et aux sources de

financement diverses, complexes à mobiliser et marquées dans certains cas par

leur incapacité à répondre à la totalité et à spécificité des besoins exprimés. De

plus, il apparaît qu’une partie des aides attribuées constituent, de par leur

conditionnalité, un frein à l’insertion ou à la réinsertion professionnelle.

I - 24

Le Conseil soutient la proposition de création d’une allocation

compensatrice unique, individualisée, adaptée à chaque situation, permettant à

toute personne en situation de handicap d’être effectivement un citoyen à part

entière et lui donnant les moyens de son autonomie. Au-delà, la compensation

des coûts supplémentaires supportés par les personnes en situation de handicap

pour les aider dans leurs activités et pour faciliter leur mobilité doit être

maintenue lorsqu’elles occupent un emploi.

B - AUTOUR DE L’INSERTION PROFESSIONNELLE : L’INFORMATION,

L’EVALUATION, L’ORIENTATION

1. L’information et l’accueil des personnes en situation de handicap

Notre Assemblée considère que les mesures à mettre en œuvre dans ce

domaine ne peuvent trouver de réalisation effective sans une redéfinition

préalable des rôles et des compétences des différents acteurs et une articulation

des structures placée sous le contrôle des pouvoirs publics.

Un réseau de lieux d’accueil et d’information, proche du terrain et

clairement identifiable

Pour notre Assemblée, la facilitation de l’accès à l’information n’implique

pas, par principe, la création d’un lieu unique fortement institutionnalisé.

L’ambition devrait au contraire être celle d’instituer un réseau de lieux d’accueil,

susceptible de simplifier les démarches administratives et améliorer

l’information, dans une approche globale de la personne en situation de handicap

et par des moyens d’interventions adaptés.

Notre Assemblée considère que ce réseau devrait être créé en prenant appui

et en abondant les crédits actuellement dévolus aux sites pour la vie autonome.

Mobilisant et renforçant les équipes déjà constituées dans cette perspective, le

lieu d’accueil territorialisé serait au carrefour de l’ensemble des structures

spécialisées intervenant dans le champ. Il serait chargé, à l’échelon du

département, de réunir, inventorier, actualiser et mettre en forme les informations

disponibles, notamment sur les services et organismes susceptibles d’une part

d’assurer la diffusion d’une information de premier niveau, et d’autre part

d’approfondir celle-ci en fonction des demandes émises.

Une fonction de coordination entre divers partenaires territoriaux

Le Conseil recommande d’articuler ce réseau avec les PDITH. Face

communicante des programmes départementaux en direction des personnes en

situation de handicap et des employeurs, il serait chargé de la réalisation,

l’actualisation et la diffusion d’un guide d’accueil pour les personnes en situation

de handicap ainsi que d’un guide à destination des employeurs. Cette structure

pourrait, en outre, grâce à l’établissement de la cartographie des dispositifs

spécifiques et des structures habilitées pour suivre les parcours individualisés,

permettre d’orienter le public vers le service le plus à même de répondre à leurs

attentes. Ce lieu d’accueil devrait, sur le modèle des centres d’information et de

I - 25

documentation pour la jeunesse, proposer une permanence d’accueil physique,

doublée d’un accueil téléphonique et d’un portail télématique permettant l’accès

aux données, informations et structures habilitées.

2. Permettre une véritable évaluation des potentiels de la personne en

situation de handicap et favoriser l’orientation et le reclassement

professionnel

Décloisonner les approches pour mieux évaluer les potentiels

L’orientation et le reclassement professionnel font l’objet de démarches

cloisonnées de la part d’une multiplicité d’acteurs. Le Conseil considère que cet

état de fait est préjudiciable à la réalisation de l’objectif d’insertion. Il préconise

le décloisonnement des dispositifs existants afin de parvenir à un travail en

réseau et à une architecture simplifiée, dans laquelle les personnes concernées

par une situation de handicap se retrouveront plus facilement. Le réseau

d’accueil territorialisé préconisé par notre Assemblée vise à permettre une

orientation de premier niveau dans la diversité des circuits, qui débouche

naturellement sur l’étape d’évaluation et d’orientation des personnes désireuses

de s’intégrer dans le monde du travail.

Evaluer les handicaps et les potentialités en préalable à l’engagement du

parcours d’insertion professionnelle

Notre Assemblée estime que les COTOREP doivent s’engager dans un

travail de réflexion, centré autour de la préoccupation de l’insertion

professionnelle des publics et des projets de parcours pouvant être élaborés. A ce

titre, un outil renouvelé permettant l’appréciation et l’évaluation du handicap

pourrait être institué, sur la base des travaux de l’OMS et des prolongements que

certains chercheurs et médecins leur ont donnés, tels que le Professeur Hamonet.

L’expérience des équipes labellisées des sites pour la vie autonome mis en

place depuis 2002 dans certains départements, pourrait à ce titre être mise à

profit, au regard de leur fonctionnement pluridisciplinaire comme de leur savoir

faire en terme d’évaluation des potentiels des personnes. Il s’agit en effet de

s’engager pour l’avenir dans l’évaluation des potentiels des personnes plus que

dans celle des inaptitudes, et de rendre possible, par une approche personnalisée

de moyens humains d’écoute et d’expertise, la mise en perspective des besoins et

des aspirations individuels et des facteurs environnementaux. Il importe enfin de

doter ces structures d’outils permettant d’établir un suivi de la personne dans son

parcours professionnel.

Il appartient par ailleurs aux COTOREP de connaître quantitativement et

qualitativement les décisions prises et de procéder à leur évaluation. La

définition et l’actualisation par les acteurs locaux ainsi que par les autorités de

tutelle nationales d’une doctrine d’emploi de ces structures doit également

permettre d’éviter une trop grande divergence dans les décisions d’un

département à l’autre.

I - 26

Enfin, notre Assemblée recommande une simplification des différentes

procédures en ce qui concerne les personnes en situation de handicap candidates

à un emploi dans l’une des fonctions publiques, et notamment de mettre un terme

aux formations de type « COTOREP spéciales fonctions publiques », qui

surajoutent leur action à celle des services d’évaluation et d’orientation de droit

commun.

C - FORMER ET QUALIFIER

L’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap est

conditionnée par un ensemble de mesures dont la formation professionnelle

constitue l’un des atouts majeurs. L’obtention d’un emploi de qualité est en effet

étroitement liée à l’accès aux structures d’éducation et de formation permettant

l’acquisition des savoirs, l’amélioration et le développement des compétences

professionnelles. Or, un certain nombre de barrières compromettent souvent

l’intégration des personnes en situation de handicap au marché du travail. Par

ailleurs, les problèmes rencontrés par les travailleurs handicapés se cumulent

souvent dans les faits, spécialement dans un contexte de chômage et d’exclusion.

Ces difficultés touchent au bas niveau de formation initiale ou professionnelle, à

une succession de périodes d’inactivité, et aux contraintes inhérentes à toute

réorientation de carrière.

Favoriser l’adéquation des besoins des entreprises et les formations

dispensées

L’inadéquation entre les exigences du marché du travail, et notamment leur

expression au plan territorial, et le niveau de formation des travailleurs ou des

demandeurs d’emploi handicapés représentent l’un des principaux obstacles dans

l’accès à l’emploi. Notre Assemblée recommande de mettre en adéquation les

formations dispensées avec les besoins de compétences et de qualification,

actuels et futurs des entreprises, en favorisant les démarches d’anticipation

conduites avec les organismes relevant des branches professionnelles, et

notamment les OPCA, les organisations syndicales et professionnelles et enfin

les régions, acteurs importants de la politique de formation. La signature

d’engagements tripartites (Etat, région, AGEFIPH), dans le cadre de

programmes régionaux de formation, pourrait dans cette perspective être

envisagée dans toutes les régions afin de faciliter la formation professionnelle

des personnes en situation de handicap.

Evaluer les dispositifs de formation accessibles aux personnes en

situation de handicap et revoir la complémentarité des formations

ordinaires et des dispositifs spécialisés

Sur la base du constat que le dispositif actuel de formation des travailleurs

handicapés ne couvre pas la totalité des besoins recensés, notamment en terme de

proximité et de réponses apportées aux besoins de qualification des entreprises,

notre Assemblée considère à cet égard qu’il serait nécessaire d’évaluer les

formations spécifiques et leur articulation avec les formations organisées dans le

I - 27

milieu ordinaire et faisant l’objet de conventions particulières pour les personnes

en situation de handicap. Il apparaît par ailleurs à l’analyse que les dispositifs ne

sont pas suffisamment mobilisés dans leur complémentarité, et que les

formations ordinaires ne sont pas toujours mises à profit. Sans aller jusqu’à

établir un quota en matière de places de formation, le Conseil souligne l’intérêt

qu’il y aurait à prévoir la réservation de places dans les organismes de formation

ou dans l’enseignement professionnel.

Enfin, notre Assemblée considère indispensable de multiplier les actions de

pré-orientation et de pré-qualification, visant à compenser l’absence des

prérequis nécessaires à l’élaboration d’un projet professionnel ou à l’entrée en

formation qualifiante, et de développer les formations qualifiantes et

professionnalisantes, en particulier pour les niveaux V.

Faire de la formation professionnelle des personnes en situation de

handicap une priorité permanente de l’entreprise

L’accès à la formation, notamment pour ceux, encore nombreux parmi les

personnes en situation de handicap, qui n’ont pas le niveau requis pour engager

une formation qualifiante, reste problématique. Notre Assemblé considère qu’il

convient de penser un dispositif qui allie formation préalable et formation en

cours d’emploi, pour laquelle l’entreprise elle-même a un rôle central à jouer.

La formation professionnelle doit être une priorité d’action, notamment

inscrite dans le plan de formation des entreprises et des administrations. A la

faveur d’un partenariat associant les représentants du personnel, la direction et

l’encadrement, elle doit permettre aux travailleurs handicapés comme aux autres

salariés d’acquérir sous une forme adaptée mettant à profit les nouvelles

technologies, de nouvelles compétences ouvrant des perspectives d’évolution de

carrière. A cet égard, la consultation annuelle du comité d’entreprise sur la

formation professionnelle et l’évolution de l’emploi et des qualifications doit

permettre de prendre en compte l’expression de ces besoins spécifiques. Les

déroulements de carrière doivent également faire l’objet d’une attention

particulière, afin que les salariés en situation de handicap ne restent pas

enfermés, du fait des aménagements éventuels opérés, dans certains types de

fonctions ou encore à des niveaux de responsabilités inférieurs à leur

qualification, à leurs compétences et à leur expérience professionnelle.

Diversifier les modalités de mise en situation professionnelle dans le

cadre d’une orientation et d’un suivi personnalisés

Notre Assemblée recommande la mise en œuvre de parcours d’orientation

et de suivi personnalisés, rendant possible la prise en compte de la spécificité de

chaque situation de handicap en aménageant les modalités de la formation

(accueil à temps partiel ou discontinu) et de validation de la formation. Dans

cette perspective, la modulation du parcours de formation doit être si nécessaire

privilégiée, la réalisation de bilans de compétences et l’individualisation des

parcours de formation constituant de ce point de vue des pistes intéressantes.

I - 28

Au-delà, le Conseil considère qu’il est nécessaire de diversifier les

modalités de mise en situation professionnelle des stagiaires, qu’ils soient primodemandeurs

d’emploi ou dans une démarche de réinsertion professionnelle

(stages en entreprise, formations en alternance, chantiers-école). Il s’agit ainsi

d’adapter les modalités de la formation aux contraintes liées au handicap, qui

peuvent passer par du temps partiel, et en tout état de cause par la prise en

compte des temps de soins.

III - STIMULER L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE

HANDICAP

A - DYNAMISER LA RECHERCHE D’EMPLOI

Optimiser les réseaux Cap Emploi et ANPE

L’ANPE et les structures du réseau Cap Emploi, associations fédérées par

l’AGEFIPH, agissent de façon complémentaire dans le domaine de la recherche

d’emploi pour les personnes en situation de handicap vers le milieu ordinaire de

travail. Les Cap Emploi s’identifient par leur action spécifique plaçant au cœur

de leur mission la personne dans son projet d’intégration professionnelle ; ils ont,

à ce titre, développé un savoir-faire certain dans l’élaboration des parcours

d’insertion des travailleurs handicapés et l’accompagnement vers l’emploi

durable en milieu ordinaire, l’appui aux entreprises d’accueil et l’intervention sur

des situations individuelles de maintien dans l’emploi. La création du PARE et la

mise en œuvre du PAP (Projet d’action personnalisé) qui en découle a, en outre,

conduit l’ANPE à confier aux Cap Emploi, familiarisés avec la pratique du suivi

individualisé, l’accompagnement des demandeurs d’emplois reconnus

handicapés.

Le Conseil reconnaît tout l’intérêt que représente, pour la personne en

situation de handicap, l’élaboration d’un véritable parcours d’insertion

professionnelle et ne peut qu’encourager la mise en commun de compétences et

de savoir-faire, tout en recherchant la meilleure articulation possible des offres

de services de l’ANPE et de Cap Emploi. Les difficultés pratiques qui résultent

de cette co-traitance, tant en matière d’insuffisance de ressources humaines que

de problèmes plus techniques liés à l’existence de deux bases de données

informatiques distinctes et non compatibles, devraient toutefois être rapidement

résolues afin d’optimiser l’action conjuguée de ces services. Le rapprochement

des deux réseaux ANPE/Cap Emploi doit en outre permettre de mobiliser un

véritable partenariat au profit des demandeurs d’emploi handicapés et de

développer un réseau avec les entreprises et le milieu associatif afin de pouvoir

rapprocher les demandes d’emplois ou de formation avec les propositions et les

besoins de compétences des entreprises.

I - 29

Enfin, si l’ANPE est directement identifiée comme faisant partie du

service public de l’emploi, les Cap Emploi sont en revanche moins facilement

repérables. Il semble utile par conséquent de diffuser largement, dans tous lieux

publics appelés, à un titre ou à un autre, à accueillir des personnes en situation de

handicap, des informations sur ce réseau associatif et ses ressources dans le

domaine de l’insertion professionnelle et de l’aide à la recherche d’un emploi.

Renforcer les dispositifs d’appui à la création d’entreprise

On observe que les personnes en situation de handicap qui s’inscrivent

dans un projet de création d’entreprise ou d’exercice d’une activité libérale sont

en général particulièrement motivées et ont le plus souvent des taux de réussite

supérieurs à ceux des personnes valides. Cette analyse témoigne, si besoin était,

de la volonté et de la capacité des personnes handicapées à être véritablement les

acteurs de leur insertion, qu’il s’agisse de la société comme du monde

professionnel. A ce titre, la création d’entreprise, dès lors qu’elle fait l’objet d’un

réel soutien, peut constituer l’une des voies efficaces vers l’insertion

professionnelle.

Le Conseil souhaite en conséquence que les dispositifs d’appui à la

création d’entreprise soient renforcés et facilités à l’égard des personnes

handicapées. A cet effet, devraient notamment être étudiés les prêts sans intérêt,

les avances remboursables ou des différés d’amortissement, ainsi que la

possibilité de leur faire bénéficier d’un tutorat renforcé dans le cadre de la reprise

d’entreprise.

B - OUVRIR LE MONDE DE L’ENTREPRISE « ORDINAIRE »

Développer des passerelles entre milieu ordinaire et milieu protégé en

instaurant un droit au retour

Afin de permettre, à terme, une meilleure orientation des personnes en

situation de handicap vers le milieu ordinaire de travail, le législateur a prévu le

principe de « passerelles » entre le milieu protégé et les entreprises, que ce soit

dans le cadre de contrats de détachement d’une année pour les salariés des

ateliers protégés, ou dans le cadre de contrats de sous-traitance ou de mise à

disposition pour les CAT, l’objectif étant l’embauche éventuelle des salariés.

Cependant, dans les faits, le milieu protégé demeure davantage un refuge pour

les personnes handicapées qu’une filière d’insertion progressive vers le milieu

ordinaire.

Le Conseil n’entend évidemment pas opposer milieu ordinaire et milieu

protégé ; les personnes en situation de handicap n’ont pas toutes vocation à

exercer une activité professionnelle ordinaire avec les contraintes, notamment de

rentabilité ou d’autonomie, qui y sont attachées. Il n’en demeure pas moins

qu’un nombre non négligeable de personnes en situation de handicap travaillant

au sein d’ateliers protégés, voire de CAT, présentent les aptitudes requises pour

pouvoir intégrer dans certaines conditions, entre autres d’encadrement et de

I - 30

suivi, des lieux de travail ordinaires. Outre le fait que des ateliers protégés et des

CAT souhaitent conserver dans leurs effectifs les personnes présentant le

meilleur niveau de productivité, le principal frein à cette possible évolution

réside dans le fait que la personne en situation de handicap ne bénéficie d’aucune

possibilité de réintégrer son ancienne structure en cas d’échec, les places étant en

quelque sorte contingentées. Le risque d’une telle démarche étant trop élevé,

rares sont donc celles qui osent franchir le pas.

Il conviendrait par conséquent de permettre à la personne en situation de

handicap de réintégrer son ancien poste de travail dans l’hypothèse où la

tentative d’une activité en milieu ordinaire ne s’avèrerait pas concluante. Cette

proposition soulève évidemment un certain nombre de difficultés importantes sur

le plan de la gestion et du fonctionnement des établissements du milieu protégé,

notamment en termes de financement et de budget. Le Conseil estime toutefois

qu’une réflexion de fond engagée sur cette question serait profitable tant aux

personnes en situation de handicap qu’à l’ensemble de la collectivité.

S’inspirant d’initiatives locales, notre Assemblée ne peut qu’encourager le

développement de démarches tendant à une intégration progressive du travailleur

en milieu ordinaire de travail. De fait, l’alternance de périodes dans l’entreprise

ordinaire et de retours au sein de l’établissement de travail adapté, assortie d’un

accompagnement particulier facilitant le relais entre les deux structures, semble

être de nature à permettre une adaptation progressive de la personne en situation

de handicap dans son nouvel environnement ainsi que l’identification de

difficultés particulières auxquelles les réponses appropriées pourraient être

apportées le plus en amont possible.

Redécouvrir les vertus du TPMO : développer et favoriser le recours

aux emplois adaptés en milieu ordinaire de travail

Le travail protégé en milieu ordinaire est une mesure médiane entre les

deux systèmes « classiques » que sont l’entreprise ordinaire et les structures

adaptées (ateliers protégés et centres d’aide par le travail) et s’adresse, selon le

Code du travail, aux personnes dont la capacité de travail nécessite un emploi

léger ou à temps réduit, sur décision de la COTOREP. Elle constitue une

véritable opportunité pour intégrer des personnes présentant des handicaps

relativement importants dans le monde professionnel en répondant à la demande

de ceux qui refusent l’intégration en milieu protégé, qui souhaitent évoluer du

milieu ordinaire au milieu protégé ou de ceux, trop nombreux, qui se trouvent

sans solution en milieu protégé, faute de place. Or, force est de constater que ce

dispositif est quasiment tombé en désuétude, en raison principalement de sa

totale méconnaissance par les employeurs, voire même par certains acteurs de

l’insertion. En outre, il se heurte à la difficulté d’identifier au sein des entreprises

les postes précisément concernés et d’en établir la liste sur laquelle doivent se

fonder les orientations formulées par les COTOREP.

I - 31

Le Conseil demeure cependant persuadé que le TPMO, par l’alternative

qu’il propose entre les milieux ordinaire et protégé, est de nature à répondre tant

aux préoccupations des employeurs qu’à celles des personnes en situation de

handicap, et à favoriser une insertion durable de ces dernières dans le monde

professionnel. Il convient par conséquent d’étudier les moyens de développer et

de favoriser le recours aux emplois adaptés en milieu ordinaire de travail,

terminologie qu’il apparaît judicieux de retenir en remplacement de celle de

TPMO.

Faciliter l’entrée des personnes en situation de handicap dans le monde

de l’entreprise

Le premier obstacle -et le plus important- à l’insertion professionnelle

d’une personne en situation de handicap réside dans la difficulté à parvenir à une

première mise en situation professionnelle, à une première entrée effective au

sein de l’entreprise. A cet égard, on observe de façon assez générale que la

personne qui parvient, pour une raison ou une autre, à franchir ce cap, bénéficie

beaucoup plus facilement, par la suite, de la possibilité d’intégrer l’entreprise de

façon plus durable. C’est ainsi que les stages de formation professionnelle, les

contrats à durée déterminée, les contrats aidés, ou encore les missions d’intérim

apparaissent comme des vecteurs non négligeables d’insertion dans l’entreprise.

En fonctionnant comme un sas, ces dispositifs permettent en effet aux personnes

en situation de handicap d’avoir une première entrée dans l’entreprise, pouvant

favoriser par la suite un contrat pérenne. Ils amènent par ailleurs les employeurs

à démystifier leur représentation du handicap et de la personne handicapée et à

considérer l’apport de compétences répondant à leurs besoins.

Dès lors, il convient de mobiliser de façon optimale ces dispositifs, en

ouvrant davantage et en facilitant leur accès aux personnes en situation de

handicap, étant toutefois rappelé que le contrat à durée indéterminée doit en tout

état de cause demeurer le principe et l’objectif à atteindre dans les meilleures

conditions possibles.

C - CONCILIER HANDICAP ET ACTIVITE PROFESSIONNELLE

Permettre le cumul de l’AAH avec les revenus salariaux

En l’état actuel de la réglementation sur l’AAH, soumise à conditions de

ressources, la personne en situation de handicap qui souhaite exercer une activité

professionnelle perd le bénéfice de cette allocation ainsi que d’autres aides qui en

découlent (allocation compensatrice pour tierce personne, par exemple) et des

avantages afférents, notamment des exonérations fiscales telles que taxe

d’habitation ou redevance télévisuelle. Le caractère très restrictif des conditions

d’attribution de cette AAH dissuade ainsi un nombre non négligeable de

personnes handicapées de s’engager dans la voie d’une intégration

professionnelle au regard de la perte de revenus qui en découle. Cette opposition

pose véritablement question, alors même que le travail est reconnu par tous

comme élément fondamental d’insertion de la personne au sein de la société.

I - 32

En conséquence, notre Assemblée propose de s’inspirer du dispositif mis

en œuvre pour le RMI, autorisant le cumul dans certaines conditions et pour une

durée déterminée de cette allocation et d’un salaire. En outre, il serait souhaitable

de permettre, en cas de ressources supérieures au plafond pendant un temps

donné, une simple suspension du versement de l’AAH, tout en garantissant à

l’allocataire le maintien des droits ouverts.

Repenser la garantie de ressources en la basant sur le salaire réel et non

plus sur le SMIC

Les salariés en situation de handicap bénéficiant de la RQTH peuvent, dans

certaines conditions, voir leur rémunération faire l’objet d’un abattement en cas

de rendement professionnel notoirement diminué. Ces abattements sont limités à

10 % du salaire normalement alloué au travailleur valide accomplissant la même

tâche, pour les personnes relevant de la catégorie B et à 20 % pour celles de

catégorie C. Si cette formule est potentiellement intéressante en tant qu’outil

favorisant l’insertion en entreprise d’une personne handicapée, elle pose

cependant problème dans la mesure où deux bases de salaires différentes servent

de référence au calcul. En effet, le montant de l’abattement est calculé sur la base

du salaire versé au travailleur valide accomplissant la même tâche, alors que le

complément de rémunération est déterminé par rapport à la garantie de

ressources égale au SMIC pour les salariés en TPMO, et à 130% du SMIC pour

les salariés en emplois ordinaires.

La formule de calcul du complément de rémunération (garantie de

ressources – salaire après abattement) aboutit dès lors à un résultat nul, voire

négatif dans le cas où le travailleur handicapé occupe un emploi dont la

rémunération effective (salaire réel ou conventionnel) est supérieure à 1,3 SMIC.

Ce plafond s’oppose à la prise en compte effective de qualifications supérieures

et interdit toute perspective d’évolution de salaire et de carrière. Il semble donc

souhaitable à notre Assemblée que soient étudiées toutes les solutions permettant

au travailleur handicapé de bénéficier d’un complément de salaire basé sur le

salaire réel.

Compenser financièrement le travail à temps partiel

L’exercice d’une activité professionnelle à temps complet peut s’avérer

plus ou moins compatible avec certains handicaps. La fatigabilité en résultant,

conduit des travailleurs handicapés à rechercher, par défaut, des emplois à temps

partiel, et donc, une plus faible rémunération.

Il pourrait dès lors être utilement envisagé une possibilité de compensation

financière garantissant à la personne, souffrant d’un handicap rendant difficile un

travail à plein temps, le bénéfice d’une rémunération suffisante, en s’inspirant

des modalités du mi-temps thérapeutique prescrit à la suite de congés de longue

maladie. Le recours au temps partiel devrait être adapté s’agissant des personnes

en situation de handicap en prenant plutôt en compte une notion de temps de

travail allégé. La souplesse apportée rendrait ainsi possible l’exécution d’autres

durées de travail que le seul mi-temps, notamment dans le cadre des mi-temps

I - 33

thérapeutiques. Ce même principe d’aménagement du temps de travail pourrait

également être retenu pour permettre au salarié de concilier, lorsque son état de

santé l’exige, périodes de soins et activité professionnelle.

D - AMELIORER L’ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL

Sensibiliser à l’accueil et à l’insertion de la personne en situation de

handicap : l’équipe de travail

La réussite de l’insertion professionnelle d’une personne en situation de

handicap dans une entreprise ne peut se réaliser sans l’adhésion des autres

salariés et, au-delà, à leur participation. Bien préparer l’intégration d’un nouveau

collègue présentant un handicap en associant l’ensemble de l’équipe de travail à

ce projet permet d’éviter les difficultés relationnelles ou matérielles,

généralement liées à des préjugés ou à une sous-estimation de la personne.

Notre Assemblée considère ainsi que toute démarche de recrutement d’une

personne handicapée doit s’accompagner du souci de sensibiliser et d’impliquer

l’ensemble de l’équipe de travail. Il s’agit notamment de donner à chacun

l’occasion d’exprimer ses interrogations, voire ses inquiétudes, et de lever

certains présupposés. L’organisation d’une réunion préalablement à la prise de

fonctions du nouveau salarié, constitue un moyen de construire en commun la

réussite du parcours d’insertion de la personne et de créer une dynamique

favorable. En particulier, les personnels d’encadrement apparaissent occuper une

place importante dans la mise en œuvre d’un projet d’insertion en impulsant et

fédérant l’implication de l’équipe de travail. A ce titre, leur rôle est d’autant plus

essentiel dans des entreprises de taille importante, qu’il permet d’établir une

relation de proximité que le chef d’entreprise, bien qu’à l’origine du recrutement,

ne peut assurer.

Aider et accompagner la personne en situation de handicap : le tuteur

Au-delà, il apparaît souhaitable qu’une personne soit plus particulièrement

chargée de faciliter l’intégration de son collègue handicapé tant sur le plan

relationnel que sur celui concernant plus directement les conditions pratiques

d’exercice de son emploi. La désignation d’un tuteur, à titre provisoire ou de

façon plus permanente, au sein de l’équipe de travail est de nature à aider

efficacement à l’intégration professionnelle au quotidien en tant que relais dans

les diverses démarches que la personne est amenée à effectuer, et d’aide et de

conseil en matière professionnelle mais également comme médiateur, le cas

échéant, en cas de difficultés rencontrées.

Le Conseil incite au développement des pratiques mises en place dans

certaines entreprises tendant à formaliser cette mission d’aide et

d’accompagnement de la personne handicapée. Confiée à des salariés motivés,

cette fonction constitue un facteur déterminant de réussite de la démarche

d’insertion professionnelle. Toutefois, se pose la question du coût que représente

pour les employeurs l’instauration de tuteurs à l’insertion professionnelle au sein

d’une entreprise, en termes de temps consacré à cette mission comme de

I - 34

diminution de productivité qui en résulte. L’AGEFIPH finance ponctuellement et

sous certaines conditions, l’intervention d’auxiliaires professionnels. Une

réflexion devrait être engagée sur les modalités d’un financement durable, au

titre de la solidarité nationale, de la charge financière représentée par ces

fonctions de tutorat.

Par ailleurs, il convient de soulever plus généralement la difficulté à

laquelle sont confrontées les personnes dont le handicap requiert l’assistance

d’une tierce personne pour tout ou partie des activités de la vie quotidienne, et

donc également pour leur activité professionnelle. Il s’agit en effet de concilier

les droits aux congés annuels de ces auxiliaires de vie et la poursuite de l’activité

professionnelle de la personne handicapée pendant cette absence. Cette situation

dépasse le seul cadre de l’insertion professionnelle mais demande cependant

qu’une réflexion plus globale sur les conditions d’exercice des missions de ces

professionnels soit engagée.

Anticiper pour maintenir dans l’emploi : le rôle déterminant du médecin

du travail

Le médecin du travail constitue un acteur de premier plan en particulier

pour favoriser le maintien dans l’emploi des salariés handicapés ou dont l’état de

santé est susceptible de s’aggraver et d’avoir des conséquences sur le maintien

dans le poste occupé. Les visites médicales annuelles ou plus fréquentes dans le

cadre de surveillance particulière requise par certaines fonctions ou par l’état de

santé du salarié permettent le cas échéant de prévenir des situations

problématiques au regard de l’aptitude du salarié à exercer un emploi considéré.

Le médecin du travail apparaît toutefois isolé dans la prévention et la prise en

charge médicale des salariés, alors que, dans un nombre non négligeable de cas,

la possibilité d’échanges avec d’autres acteurs du corps médical, médecins

généralistes, hospitaliers, de la sécurité sociale, permettraient d’anticiper

d’éventuelles difficultés.

Notre Assemblée propose d’étudier des solutions de nature à faciliter un

échange d’informations entre les services médicaux concernés, tout en veillant

au respect du secret médical. En particulier, il pourrait être envisagé de prévoir

un volet spécifique du formulaire d’arrêt du travail destiné au médecin du travail,

dès lors que cet arrêt de travail peut avoir des conséquences en termes d’aptitude

et de retour sur le poste occupé, et notamment dans le cadre d‘un accident de

travail. Les observations et avis du médecin prescripteur de l’arrêt permettraient

au médecin du travail, en toute connaissance de cause, d’anticiper, pendant

l’absence du salarié, sur les possibilités de reprise du travail en prenant les

contacts nécessaires et en étudiant les mesures à envisager.

Par ailleurs, la question du maintien dans l’emploi se pose de façon accrue

pour les salariés victimes d’un accident du travail. Le médecin du travail, en lien

avec les différents opérateurs, devrait mettre à profit la période d’absence du

salarié pour rechercher les solutions pratiques permettant de régler en amont les

I - 35

problèmes d’inaptitude ou d’inadaptation, démarche qui nécessite des durées

variables, parfois très longues.

Il apparaît dès lors judicieux d’instaurer une procédure donnant la

possibilité au médecin conseil de la sécurité sociale de décaler la date de reprise

du travail lorsque les délais s’avèrent trop courts pour organiser des conditions

favorables de retour dans l’entreprise, ou à l’inverse de prévoir une reprise

anticipée pour une formation éventuelle quand celle-ci se présente.

Optimiser les lieux d’informations et de discussions institutionnels : les

institutions représentatives du personnel

Dans le cadre de leurs attributions, les représentants du personnel et les

délégués syndicaux disposent de moyens leur permettant de prendre part à

l’effort d’insertion professionnelle des entreprises et de s’inscrire dans les

politiques menées par les employeurs dans ce domaine. Il importe, pour notre

Assemblée, que ces moyens puissent produire leurs pleins effets. Il convient

donc de veiller à ce que les dispositions réglementaires prévoyant l’information

ou la consultation des différentes institutions représentatives du personnel (DP,

CE, CHSCT) soient véritablement appliquées et ne demeurent pas purement

formelles, et que de leur côté, les membres de ces instances s’investissent dans

ce domaine. Il convient de rappeler que le CE, consulté chaque année sur

l’obligation d’emploi à laquelle est soumise son entreprise, doit pouvoir

utilement avoir connaissance des déclarations annuelles afin de s’assurer des

conditions d’application de cette obligation et de la politique menée au sein de

l’entreprise. Par ailleurs, les délégués syndicaux ont un rôle important à jouer en

tant qu’acteur à part entière de la négociation d’entreprise, d’une part par leur

capacité d’initiative pour engager des discussions sur le thème de l’insertion

professionnelle des personnes handicapées, d’autre part, dans le cadre du suivi

des accords de branches et/ou d’entreprises conclus le cas échéant.

E - OPTIMISER L’OBLIGATION D’EMPLOI

Réenvisager le niveau du quota au regard de la suppression des

professions exclues de l’obligation d’emploi

Le Conseil est attaché au principe du quota d’emploi, fixé à 6 % par la loi

de juillet 1987. Une telle mesure d’action positive trouve légitimement sa place

aux côtés du principe général de non discrimination, dans le cadre de politiques

volontaristes menées en faveur des personnes en situation handicap. Une

réflexion pourrait être menée dans un cadre plus global sur le niveau de ce quota,

intégrant la notion d’unités bénéficiaires et celles des professions exclues de

l’obligation d’emplois.

Sur ce dernier point, notre Assemblée considère que l’existence d’un

certain nombre de professions exclues, définies en raison de conditions

d’aptitudes particulières incompatibles avec la présence d’un handicap, se justifie

difficilement et mérite pour le moins d’être réexaminée. Si de telles exclusions

ne sauraient interdire d’emblée à toute personne handicapée l’accès à un des

I - 36

emplois visés, il reste que nombre de ces emplois font partie des professions

exclues alors que celles-ci bénéficient majoritairement des différents dispositifs

d’aides mis en place par l’AGEFIPH.

Il convient dès lors de réexaminer l’ensemble du dispositif légal et ses

différentes composantes afin de redéfinir entre elles un nouvel équilibre de

nature à optimiser la règle d’obligation d’emploi et de parvenir à davantage de

recrutement de travailleurs handicapés sur le marché du travail.

Envisager une contribution majorée pour les entreprises dont l’effort

d’insertion des personnes handicapées demeure inexistant sur longue

période

Plus d’un tiers des entreprises soumises à la loi de juillet 1987 n’emploient

aucun travailleur handicapé et se libèrent de l’obligation légale par le seul

versement d’une contribution à l’AGEFIPH, solution alternative à l’emploi

direct prévue par la loi. Or, si la loi offre des moyens supplétifs de satisfaire à

l’obligation d’emploi, c’est bien cependant le recrutement direct de salariés

handicapés qui constitue la finalité même du dispositif et vers lequel tous les

efforts doivent être mobilisés.

Afin d’inciter les entreprises à s’engager plus avant dans la voie du

recrutement direct des personnes en situation de handicap, notre Assemblée

propose que le montant de la contribution volontaire soit majoré progressivement

pour les entreprises dont l’effort effectif d’insertion professionnelle des

personnes en situation de handicap demeure inexistant sur une période

déterminée, en l’absence d’embauches directes, de mise en œuvre d’un accord

collectif ou de recours à des contrats de sous-traitance avec des structures du

milieu protégé.

Reconnaître les entreprises qui portent leur effort au-delà de l’obligation

légale

A l’inverse, et pour répondre au même souci de rendre la loi plus efficiente

au profit des personnes en situation de handicap, il conviendrait d’envisager

l’instauration de mesures d’aides fiscales ou d’exonération de charges à l’égard

des entreprises qui portent leur effort au-delà de l’obligation légale en matière de

recrutement direct de travailleurs handicapés, tout en s’assurant d’une certaine

pérennité des contrats conclus afin de limiter les risques découlant de l’effet

d’aubaine que peuvent représenter ces mesures.

Enfin, il pourrait être envisagé de valoriser les politiques volontaristes

menées par un certain nombre d’entreprises. A cet égard, en raison de l’impact

de telles démarches en termes d’image et de perception du public, l’effort mené

par les entreprises et mesuré en termes de réalisations concrètes pourrait

constituer un des critères retenus par les agences de notation sociale.

I - 37

CONCLUSION

Le chemin conduisant à l’emploi des personnes en situation de handicap

reste difficile et semé d’embûches, alors qu’elles ont en théorie les mêmes droits

que l’ensemble des citoyens. La lutte pour la prévention du handicap et sa prise

en charge dans la perspective d’une réduction réelle des inégalités constituent

pour notre Assemblée la base de toute réflexion et toute action dans ce domaine.

Toutefois, notre société s’ouvre peu à peu à la différence, notamment à la

faveur de la mobilisation des associations. Si l’on constate encore l’expression

de préjugés et de tabous, parmi les employeurs comme parmi les salariés, de

nouveaux objectifs semblent néanmoins pouvoir être atteints, dès lors que l’on

s’attache à réduire le décalage existant entre les principes et valeurs auxquels

notre société contemporaine adhère et la faiblesse des moyens de leur mise en

œuvre.

Les axes prioritaires de la réforme doivent pour le Conseil concerner en

premier lieu, à la faveur d’une loi de programmation, la rationalisation et

l’amélioration des aides instituées, dans une cohérence institutionnelle renforcée.

Ils doivent également viser, au service des personnes concernées, la formation et

la qualification professionnelle ainsi que l’accompagnement dans la recherche de

l’emploi.

Il s’agit en définitive de donner pour les décennies à venir une impulsion

renouvelée, dont les effets concernent tant les entreprises privées que le secteur

public et qui bénéficie à l’ensemble de notre société.

Le Conseil économique et social entend, par le renouvellement du cadre de

référence qu’il propose et le changement de regard qu’il peut favoriser,

contribuer à promouvoir une société plus fraternelle et plus citoyenne.

I - 38

I - 39

ANNEXE A L’AVIS

SCRUTIN

Scrutin sur l’ensemble du projet d’avis

Nombre de votants...............................152

Ont voté pour.......................................130

Se sont abstenus.....................................22

Le Conseil économique et social a adopté.

Ont voté pour :

Groupe de l'agriculture - MM. Baligand, Bastian, de Benoist,

Jean-Pierre Boisson, Bros, Despey, Ducroquet, Ferré, Giroud, Le Fur, Marteau,

Mme Méhaignerie, MM. Pinta, Rousseau, Sander, Thévenot, Vasseur.

Groupe de l'artisanat - M. Arianer, Mme Bourdeaux, MM. Buguet, Gilles,

Kneuss, Perrin, Teilleux.

Groupe des associations - MM. Bastide, Coursin, Mmes Jacqueline

Mengin, Mitrani.

Groupe de la CFDT - Mme Battut, MM. Boulier, Bury, Denizard, Heyman,

Mme Lasnier, M. Lorthiois, Mme Lugnier, MM. Mennecier, Moussy,

Mmes Paulet, Pichenot, MM. Quintreau, Rousseau-Joguet, Toulisse,

Vandeweeghe.

Groupe de la CFE-CGC - MM. Bonissol, Chaffin, t’Kint de Roodenbeke,

Walter.

Groupe de la CFTC - MM. Deleu, Naulin, Picard, Mmes Prud’homme,

Simon, M. Vivier.

Groupe de la CGT - M. Alezard, Mmes Bressol, Crosemarie,

MM. Decisier, Demons, Forette, Mme Hacquemand, MM. Larose, Le Duigou,

Mme Lemoine, MM. Masson, Rozet.

Groupe de la CGT-FO - MM. Bailleul, Bellot, Bouchet, Gamblin,

Mme Hofman, MM. Jayer, Pinaud, Reynaud, Sohet.

Groupe de la coopération - Mme Attar, MM. Fosseprez, Grave,

Philippe Mangin, Marquet, , Segouin, Verdier.

Groupe des entreprises publiques - MM. Ailleret, Brunel, Chauvineau,

Mme Cotta, MM. Gadonneix, Martinand.

Groupe des Français établis hors de France, de l'épargne et du logement

MM. Dehaine, Gérard.

I - 40

Groupe de la mutualité - MM. Caniard, Chauvet.

Groupe de l'outre-mer - Mmes Jaubert, Tjibaou.

Groupe des personnalités qualifiées - MM. Bennahmias, Bichat, Bonnet,

Brard, Mmes Braun-Hemmet, Brunet-Léchenault, MM. Cannac, Debout,

Dechartre, Duharcourt, Mmes Elgey, Anne-Catherine Franck, MM. Gentilini,

Maffioli, Motroni, Pasty, Piazza-Alessandrini, Pompidou, Didier Robert,

Mme Rossignol, MM. Roussin, Schapira, Souchon, Mme Steinberg, M. Teulade,

Mme Wieviorka.

Groupe des professions libérales - MM. Chambonnaud, Salustro.

Groupe de l'UNAF - MM. Bouis, Edouard, Guimet, Laune,

Mmes Lebatard, Petit.

Groupe de l’UNSA - MM. Mairé, Masanet.

Se sont abstenus :

Groupe des entreprises privées - MM. Bernard Boisson, Cerruti, Chesnaud,

Freidel, Pierre Gauthier, Ghigonis, Gorse, Lebrun, Leenhardt, Marcon, Noury,

Pellat-Finet, Pinet, Roubaud, Scherrer, Séguy, Pierre Simon, Didier Simond,

Sionneau, Talmier, Tardy, Veysset.

I - 41

DÉCLARATIONS DES GROUPES

Groupe de l’agriculture

Le milieu rural et le milieu agricole ont très tôt pris conscience de

l’importance d’une insertion professionnelle réussie des personnes handicapées.

Sur les 1 300 CAT et les 532 ateliers protégés existant en France, plus de 200

présentent des activités agricoles, employant 10 000 travailleurs handicapés.

Cette expérience nous amène aujourd’hui à pousser plus avant notre

réflexion en faveur des personnes en situation de handicap, afin qu’elles trouvent

une place légitime au sein de notre société.

Le milieu professionnel protégé ne doit pas être coupé de la vie

ordinaire. Il ne doit pas demeurer un refuge mais, au contraire, être une

étape dans la progression vers l’entreprise ordinaire. Cela suppose

l’établissement de passerelles entre le milieu protégé et le milieu

ordinaire de travail. Des initiatives individualisées doivent être

encouragées dans le sens d’une complémentarité des parcours pour la

personne handicapée, prévoyant toutefois la réversibilité des choix en

cas de difficulté d’intégration dans le milieu ordinaire de travail.

De nouvelles formes d’insertion professionnelle, charnières entre le travail

protégé et le travail en milieu ordinaire peuvent constituer une solution d’avenir.

La Mutualité sociale agricole (MSA) est favorable à la création de CAT « hors

murs », en s’appuyant notamment sur les branches professionnelles agricoles et

sur le réseau SOLIDEL (association créée en 1992 sous l’égide de la MSA pour

répondre aux problématiques inhérentes à l’insertion des travailleurs handicapés

en milieu rural, qui accueille 1 750 adultes handicapés). Ces projets sont

particulièrement pertinents dans des activités agricoles demandant beaucoup de

main d’œuvre de type maraîchage, horticulture, arboriculture.

De telles initiatives ne doivent toutefois pas conduire à éluder la question

de la formation qui demeure un élément tout à fait essentiel du parcours

professionnel de la personne. De l’accès aux structures d’éducation et de

formation dépend souvent l’obtention d’un emploi stable et de qualité. Il

pourrait, à cet égard, être intéressant de conventionner des ateliers protégés

comme centres de formation.

Comme tout un chacun et comme tout citoyen de notre pays, la

personne en situation de handicap doit pouvoir mener une vie autonome

et décente. Cela pose la question de la compensation des conséquences

des handicaps.

Le niveau de vie moyen de la personne handicapée montre combien la

création d’une prestation de compensation du handicap est nécessaire. Une telle

prestation permettrait à toute personne (que le handicap intervienne à n’importe

I - 42

quel âge de la vie, y compris donc pour les personnes âgées dépendantes),

d’évoluer dignement dans le milieu de son choix : milieu ordinaire, milieu

protégé, domicile ou établissement, école ou entreprise …

Il s’agit ici de reconnaître pleinement un risque dont la prise en charge

pourrait relever de la solidarité nationale.

Groupe de l’artisanat

En recommandant de revoir, une fois pour toute, l’approche du handicap en

passant d’une logique d’assistance à une logique d’intégration et de citoyenneté,

cet avis redonne l’espoir à tous ceux et celles qui vivent aujourd’hui très mal leur

différence et attendent beaucoup de la reconnaissance et du plein exercice de

leurs droits dans l’égalité.

S’agissant plus spécifiquement de la question de l’emploi, pour contribuer

réellement à la réduction des inégalités de traitement dont pâtissent encore

malheureusement les personnes en situation de handicap, il est de toute évidence

que le passage par des établissements spécialisés doit rester l’exception ou à tout

le moins transitoire.

Par ailleurs il faut régler préalablement les problèmes d’accessibilité,

condition première de l’insertion professionnelle, clarifier un certain nombre de

dispositifs aujourd’hui des plus confus et assurer au mieux leur diffusion sur

l’ensemble du territoire.

Compte tenu des disparités de traitement entre le secteur privé et le secteur

public, le groupe de l’artisanat partage la proposition d’unifier les modalités

d’insertion dans l’emploi, quel que soit le secteur d’activité. Par contre, l’idée

louable d’adopter des modes de décompte unique quel que soit le handicap lui

paraît aller à l’encontre du but recherché. Il est en effet illusoire de penser que les

employeurs pourront embaucher davantage de personnes en handicap lourd, en

considérant les difficultés de gestion et le supplément de charges financières que

cela engendre.

Au regard des efforts importants et historiques de contribution du secteur

de l’artisanat à l’insertion professionnelle de personnes en situation de handicap,

sans y être soumis par la loi, il va de soi que sa préférence va à l’incitation plutôt

qu’à toute nouvelle obligation légale en la matière ou encore de remise en cause

des quotas.

C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, il a souhaité retirer la mention des

conventions signées entre l’AGEFIPH et les chambres de métiers, pour éviter

tout risque d’interprétation. En effet, les chambres de métiers n’étant pas des

partenaires sociaux, leurs actions volontaristes ne peuvent entrer en concurrence

avec des accords collectifs prévus au titre de l’obligation d’emploi, mais sont au

contraire à citer comme réussite en matière d’intégration.

A titre d’exemple, grâce à l’appui de l’AGEFIPH et la volonté politique du

conseil régional des Pays de Loire, ce sont près de 300 jeunes en situation de

I - 43

handicap qui ont pu être acceptés en 2002/2003 dans les centres de formation

d’apprentis de la région. Ils bénéficient d’aménagements de postes, de soutiens

pédagogiques spécifiques ou de mesures d’accompagnement psychosocial et

participent activement à la vie des entreprises locales associées à ces dispositifs

de formation en alternance.

D’autres régions ou départements sont même allés encore plus loin dans

l’innovation en organisant des échanges de jeunes déficients intellectuellement

dans le cadre du programme européen Interreg entre la Somme, l’Angleterre et

l’Espagne.

Cette mobilisation spontanée, qui conforte la philosophie de l’avis d’une

intégration en milieu ordinaire de travail et de formation, mérite certains

assouplissements en matière de réglementation et surtout d’être davantage mise

en valeur.

Le groupe de l’artisanat entend par-là faire évoluer le contrat

d’apprentissage pour le rendre accessible aux adultes en situation de handicap.

Cela implique notamment de supprimer la limite d’âge de 26 ans, d’étendre la

durée du contrat d’apprentissage, d’adapter les rythmes de l’alternance et de

revoir le financement des coûts induits par l’adaptation du poste de travail à la

personne et par la fonction de tuteur.

Enfin, en matière de promotion de ces initiatives, le réseau territorialisé

aurait tout à gagner d’associer l’ensemble des acteurs tels que les chambres

consulaires et les organisations professionnelles en leur donnant les moyens

suffisants de poursuivre leur action.

Malgré ces quelques réserves, le groupe de l’artisanat a voté cet avis qui

défend la dignité des personnes en situation de handicap.

Groupe des associations

De nombreux rapports et avis, y compris de notre assemblée, ont contribué

à mieux faire comprendre combien il est nécessaire que les personnes

handicapées puissent s’intégrer chaque fois que c’est possible en milieu

ordinaire.

Cependant, le présent l’avis apporte des éclairages nouveaux sur leur

situation, et propose, pour l’insertion en milieu professionnel ordinaire, des

solutions innovantes et réalistes. Ainsi donc, il préconise de considérer comme la

règle l’intégration dans le milieu de vie et de travail ordinaire, et comme

l’exception l’accueil en milieu spécialisé et protégé.

Toutefois, l’avis n’oppose pas le milieu spécialisé au milieu ordinaire en

matière de travail, et insiste plutôt sur l’importance des passerelles entre les

deux. Elle souligne à ce propos la nécessité de rendre possibles, le cas échéant,

des retours du milieu ordinaire au milieu spécialisé et protégé ; ce qui demande

évidemment des ajustements qu’elle n’esquisse pas et sur lesquels il nous faudra

porter de nouvelles réflexions.

I - 44

Nous approuvons l’ensemble de ses propositions et estimons que trois

sujets soulignés par l’avis constituent des préalables à toute intégration : la

scolarisation et la formation initiale de tous les enfants et de tous les jeunes,

l’information, la formation continue des adultes.

Concernant l’information, l’avis propose un réseau de lieux d’accueil et

d’information proches du terrain et clairement identifiables. La création de tels

lieux permettrait une approche globale de la personne en situation de handicap.

L’avis les situe au niveau des départements. Nous savons que ces derniers

peuvent couvrir des réalités très différentes, en particulier dans la région

parisienne. Nous soutenons donc la proposition de décliner la mise en place - à

l’image des centres d’information jeunesse - en antennes implantées au plus près

des personnes, et doublant ces permanences d’un accueil téléphonique et d’un

portail télématique.

L’avis préconise l’harmonisation des obligations d’emploi de ces personnes

entre les trois fonctions publiques et les entreprises privées. Bien évidemment,

nous appuyons ce souhait avec force.

Un point a été à juste tire mis en exergue : la reconnaissance du droit

citoyen des personnes handicapées. Le texte souligne le rôle des associations

comme moteur d’accélération de la prise de conscience par l’opinion. Cette prise

de conscience doit porter sur tous les compartiments de la vie de la personne en

situation de handicap, et aussi de la vie de son entourage. Qu’il s’agisse du

logement, de l’emploi, de l’intégration à la vie culturelle, sociale, politique, les

associations ne se bornent pas à la prise de conscience, mais contribuent dans

leurs activités à la prise en charge et à l’intégration.

Pourtant, il reste beaucoup à faire. Dans le cadre de l’aménagement de

l’espace privé et public, des transports, etc., des actions doivent être engagées

pour permettre réellement l’accès aux loisirs et aux vacances.

L’avis ne pouvait aborder en détail - sans être hors sujet - le cas des

auxiliaires de vie. Indispensables au quotidien des personnes en situation de

handicap, ces auxiliaires, lorsqu’ils (ou elles) sont salarié(é)s, ont souvent des

fonctions aussi diverses que la toilette, le ménage, les achats, les démarches, la

prise de notes… Leur formation, leur statut, les modalités de leurs congés… tout

ceci nécessite la réflexion globale que l’avis demande. Il rappelle aussi que 2003

est « l’année européenne du handicap », ce qui rend d’autant plus urgent de

transposer en droit français la Directive européenne d’octobre 2000 qui traite de

cette question. Nous pensons nous aussi que les recommandations de l’avis

prendront leur plein effet si nous gardons présente à l’esprit cette dimension

européenne, dans la perspective d’une harmonisation par le haut. Le groupe a

voté l’avis.

I - 45

Groupe de la CFDT

Optimiser l’obligation d’emploi en milieu ordinaire des personnes en

situation de handicap est un des objectifs que la CFDT s’est fixé pour donner à

chacun, avec ses potentialités, le droit d’accéder à un travail décent, garant de la

reconnaissance de sa citoyenneté.

Dans le cadre d’une grande enquête menée depuis plusieurs années et

intitulée « Le travail en questions », la CFDT, soucieuse de comprendre les

diversités et les attentes de tous les salariés, s’est attachée à aller à la rencontre

de celles et ceux en situation de handicap. 1 500 d’entre eux se sont ainsi

exprimés. Ils affirment avec force leur exigence d’être traités à égalité avec les

autres salariés. Ils ne veulent plus être assistés. Ils veulent être enfin considérés

comme tous les autres salariés, reconnus pour leurs qualités professionnelles.

Cette haute exigence de dignité nous a interpellés.

Le présent avis est arrivé aux mêmes constats. Après avoir étudié les

obstacles récurrents à l’insertion rencontrés par les personnes en situation de

handicap, l’avis avance une série de propositions devant permettre de franchir

une étape significative dans le chemin qui mène à l’égalité de tous.

Plus particulièrement l’avis met l’accent sur l’impérieuse nécessité pour

l’Etat de s’impliquer totalement dans cette démarche. Seule une volonté politique

forte permettra de dépasser les frilosités, les réticences encore trop souvent

présentes.

Ainsi l’avis préconise-t-il la création d’un organisme analogue à

l’AGEFIPH et abondé par l’Etat permettant aux entreprises publiques de réaliser

pleinement les objectifs contenus dans la loi de 1987.

De même, considère-t-il nécessaire de rationaliser le système de prise en

charge et d’accompagnement des personnes handicapées, pour lui rendre force et

cohérence. Pour ce faire il suggère de renforcer les Programmes départementaux

d’insertion des travailleurs handicapés (PDITH) et de recentrer les COTOREP

sur leurs missions originelles.

Ou encore, insiste-t-il sur l’instauration d’une obligation légale de négocier

dans les branches et/ou les entreprises, du secteur privé comme du secteur

public, mettant l’accent sur le rôle dynamique que doivent développer les

partenaires sociaux.

Les nombreuses propositions de l’avis ne visent pas à révolutionner

l’existant, mais à le faire évoluer pour en accroître l’efficacité. Il doit permettre

aux personnes en situation de handicap de trouver toute leur place dans le monde

du travail et d’être enfin des salariés comme les autres.

La CFDT, forte de son expérience, partage cette volonté d’impulsion

renouvelée.

La CFDT a voté l’avis.

I - 46

Groupe de la CFE-CGC

Aujourd’hui, plus d’un tiers des entreprises soumises à l’obligation

instituée par la loi du 10 juillet 1987 n’emploient aucun salarié handicapé. Le

taux d’emploi direct et indirect de personnes handicapées en milieu ordinaire de

travail stagne à 4 % depuis près de 10 ans.

Les obstacles persistent donc en matière d’insertion professionnelle en

milieu ordinaire de travail. Et cela en dépit de la volonté du législateur, malgré

l’importance des moyens financiers qui y ont été consacrés et les multiples

structures spécialisées mises en place dans l’aide à l’insertion professionnelle des

personnes handicapées.

Dans l’avis sur «Les situations de handicap et cadre de vie » présenté par

Vincent Assante le 13 septembre 2000, le CES avait déjà jugé « décevant » le

résultat des politiques menées en faveur de l’intégration des personnes

handicapées. Pourtant, ce qui caractérise le mieux l’intégration, c’est bien

l’insertion professionnelle en milieu ordinaire de travail.

L’avis expose parfaitement les préalables à l’insertion professionnelle en

milieu ordinaire. Il s’agit de l’accessibilité de tous à l’environnement physique et

intellectuel et de l’intégration scolaire de proximité privilégiant l’implantation

des structures adaptées au sein même des structures ordinaires. Il n’oublie pas

l’accès à l’information et à une formation professionnelle qualifiante adaptée aux

besoins actuels et futurs des entreprises.

Afin de pallier le déficit d’information des personnes et des employeurs,

l’animation d’un réseau de lieux d’accueil réunissant des professionnels de

l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap, proche du

terrain et clairement identifiable, est souhaitée par notre groupe.

De même, afin de changer le regard sur l’employabilité des personnes

handicapées, leur orientation et leur reclassement doivent reposer sur une étude

approfondie de leurs potentialités réalisée par une équipe pluridisciplinaire

labellisée. Et ceci en totale concertation avec les intéressés.

Les personnes en situation de handicap se heurtent à d’innombrables

difficultés dans leur vie quotidienne. L’avis affirme, dans un premier temps, que

« l’obligation nationale à l’égard des personnes handicapées doit trouver sa

traduction dans la compensation des déficiences qui sont liées au handicap »

quelles qu’en soient la nature, l’origine ou l’importance. L’avis propose alors la

création d’une allocation compensatrice unique, individualisée, adaptée aux

besoins de chacun permettant à toute personne en situation de handicap d’être

effectivement un citoyen à part entière et lui donnant les moyens de son

autonomie.

Or, cette notion de besoins est sujette à une appréciation subjective. Elle est

donc susceptible d’engendrer des inégalités. De plus, si l’un des éléments retenus

pour définir les besoins est le non-travail et donc l’absence de revenus salariaux,

I - 47

son attribution pourrait constituer un frein à l’insertion professionnelle, ce que

vous dénoncez.

Le groupe de la CFE-CGC pense que cette allocation de compensation

relève de la solidarité nationale et trouve son fondement même dans la

compensation d’une inégalité de fait indépendante des revenus patrimoniaux ou

salariaux de la personne.

A côté de cette allocation, il convient, comme le propose l’avis, de financer

les coûts supplémentaires supportés par les personnes handicapées pour les aider

à pallier les difficultés qu’elles rencontrent lors de leurs différentes activités et

pour faciliter leur mobilité, par le biais notamment d’aides techniques ou

humaines. Ceci même lorsqu’elles occupent un emploi.

L’avis énonce d’autres propositions concernant les aides financières qui

occupent une place importante dans le dispositif d’insertion professionnelle des

personnes handicapées.

Afin que la conclusion de contrats de courte durée ne puissent léser

financièrement la personne, notre groupe est favorable à la proposition de cumul

de l’allocation pour adulte handicapé avec des revenus salariaux. Le groupe de la

CFE-CGC considère qu’il convient d’encourager toutes les voies d’entrée en

entreprise, afin d’enrichir l’expérience professionnelle de la personne et

d’aboutir, in fine, à la conclusion d’un CDI.

L’avis propose, par ailleurs, une compensation financière garantissant à la

personne, souffrant d’un handicap rendant difficile un travail à plein temps, le

bénéfice d’une rémunération suffisante. Notre groupe soutient cette démarche.

Un autre axe fort des propositions du projet d’avis réside dans le souci d’un

rééquilibrage entre les fonctions publiques et le secteur privé passant par une

obligation de contribution de l’Etat employeur en cas de non-respect de ses

obligations.

Cette proposition, en faveur d’un libre choix de la personne en situation de

handicap quant à son orientation, lui garantirait l’égalité de traitement entre le

secteur public ou privé. Dans un souci de lisibilité, le groupe de la CFE-CGC est

en faveur de l’homogénéisation entre le secteur public et privé du décompte des

personnes handicapées agents ou salariés.

L’avis met en avant le rôle déterminant des acteurs au sein de l’entreprise.

Les cadres occupent une place importante dans la mise en oeuvre d’un projet

d’insertion. Ils sont chargés de veiller à l’adhésion de l’ensemble de l’équipe de

travail et à son implication dans la réalisation optimale de l’insertion

professionnelle d’un collègue handicapé. Bien entendu, les institutions

représentatives du personnel et la médecine du travail sont également des acteurs

essentiels pour l’insertion ou le reclassement des personnes en situation de

handicap.

I - 48

S’agissant de la mise en œuvre des modalités de l’obligation d’emploi, le

groupe de la CFE-CGC estime comme vous qu’il est nécessaire de maintenir tant

que cela sera nécessaire, une discrimination positive sous la forme d’un quota.

Le groupe de la CFE-CGC est favorable à la suppression des unités bénéficiaires

ainsi qu’à la liste des catégories d’emploi exigeant des conditions d’aptitude

particulières fortement discriminatoire.

Pour le groupe de la CFE-CGC, la priorité doit être donnée à l’embauche

directe et au maintien dans l’emploi, en limitant davantage les possibilités de

remplir autrement l’obligation.

Notre groupe est favorable au développement de négociations dans les

branches ou les entreprises sur les conditions de travail et d’emploi des

personnes handicapées. Cela permettrait de favoriser le dialogue autour de cette

thématique, à condition que ces négociations aboutissent à des résultats probants

en terme d’emploi, fixant des objectifs précis et chiffrés d’embauches ou de

maintien dans un calendrier déterminé.

Aussi, le groupe de la CFE-CGC adhère pleinement aux propositions

concernant l’optimisation de l’obligation d’emploi permettant aux entreprises

d’agir elles-mêmes sur le taux en fonction de leur implication sur l’emploi des

personnes handicapées rendant les entités actrices et responsables dans le

processus d’insertion.

Enfin, parce que l’insertion se construit chaque jour, et qu’aucune raison

objective ne justifie qu’il existe des discriminations dans leurs évolutions

professionnelles, le groupe de la CFE-CGC revendique un déroulement de

carrière similaire entre salariés handicapés et valides qui se traduit par un égal

accès à la formation professionnelle continue et à la prise de responsabilités.

Le groupe de la CFE-CGC a voté l’avis.

Groupe de la CFTC

Bon nombre de personnes handicapées souhaitent et peuvent exercer une

activité. C’est pour elles une question d’indépendance financière, de droit au

travail, de reconnaissance. C’est pour notre pays un devoir de donner un contenu

à la belle notion d’égalité professionnelle. Pour la CFTC, l’intégration passe par

un changement des mentalités à l’égard des personnes handicapées. Et pour cela,

l’éducation des citoyens, des salariés, des chefs d’entreprise et pour commencer

des enfants et de leurs enseignants s’impose.

Notre système éducatif a pour mission d’accueillir tous les enfants. Pour

réussir, les enseignants devront suivre un module de formation sur l’insertion

d’enfants handicapés à l’école. Ils pourront recevoir l’aide des auxiliaires

d’intégration scolaire qui devront être ajoutés aux actuels personnels éducatifs.

Pour le groupe de la CFTC, il est aussi important que l’éducation spécialisée

continue d’exister pour ceux qui ne pourront pas suivre une scolarité normale. Et

I - 49

dans ce sens, il pense qu’il n’est pas souhaitable de reproduire le modèle

d’intégration à l’italienne.

Mais la formation ne se limite pas à l’école. Notre groupe rappelle que la

CFTC est fortement attachée à la formation tout au long de la vie. Un handicap

peut arriver à n’importe quel moment. Aussi, les formations professionnelles

proposées aux personnes handicapées ne doivent plus se limiter aux niveaux IV

et V. Il est aussi nécessaire d’élever le niveau de formation professionnelle en

centre de reclassement professionnel car les besoins existent et l’image des

personnes handicapées en découle aussi.

Pour la CFTC, l’architecture institutionnelle peut être clarifiée. Il importe,

à cet égard, de veiller à ce que les conditions d’insertion des personnes en

situation de handicap soient les mêmes partout, que l’employeur soit public ou

privé. Notre groupe est particulièrement attaché à la possibilité offerte aux

personnes handicapées de bénéficier de passerelles entre le milieu ordinaire et le

milieu protégé de travail, instaurant un droit à l’expérience.

La CFTC approuve aussi, sur le terrain de la négociation collective,

l’inscription des conditions de travail et d’emploi des personnes handicapées

dans le registre de l’obligation légale de négocier. Lors de la préparation de la loi

du 10 juillet 1987, la CFTC avait préconisé le développement de la négociation

paritaire d’entreprises et de branches pour l’insertion des personnes handicapées.

Le patronat y était favorable. Malheureusement, le législateur avait

insuffisamment repris cette orientation. Nous maintenons que cet engagement

des partenaires sociaux est une condition indispensable au succès de l’insertion

professionnelle en entreprise.

Nous rappelons que les organisations syndicales ont un rôle à jouer dans la

prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles avec le

médecin du travail. Le groupe de la CFTC approuve la proposition concernant la

consultation pour avis des organisations syndicales lors de la préparation d’une

convention conclue entre une entreprise et l’AGEFIPH.

Le groupe de la CFTC a voté l’avis.

Groupe de la CGT

Le caractère concret et précis donne à l’avis une qualité capitale pour

parvenir à une réelle insertion des personnes en situation de handicap en milieu

ordinaire de travail.

L’expression « personne en situation de handicap » exprime la philosophie

générale du texte. En abandonnant la qualification de « handicapé » nous

rejetons une forte charge discriminante et plaidons pour l’égalité de traitement.

Si nous sommes suivis, notre société devrait, peu à peu, assumer ses

responsabilités pour répondre à ses obligations et rompre avec le renvoi à la

charité.

I - 50

Certes, les lois de 1975 et de 1987 ont permis d’initialiser un processus, de

mettre en place des structures qui ont contribué à sortir les personnes

handicapées de leur isolement, de leur marginalité. Mais, nous sommes au 21ème

siècle et les personnes en situation de handicap méritent beaucoup plus

d’engagements de la part de la société.

A notre avis, seule une insertion professionnelle massive dans le milieu

ordinaire de travail leur ouvrira largement la voie de la dignité, de l’égalité et les

sortira de leur exclusion. Certes, ce défi est ambitieux mais notre société

moderne a les moyens de s’y attaquer. Encore faut-il qu’elle en ait la volonté

politique. Car, force est de constater, qu’en dix ans, les nombreuses propositions

émises par notre Assemblée, en dépit de leur pertinence, n’ont pas été suivies

d’effets.

Pour les salariés en situation de handicap, travailler relève trop souvent de

l’exploit physique. Les aménagements dans la ville et sur les lieux de travail

doivent être plus significatifs. Les salariés handicapés plus souvent chômeurs ont

une raison supplémentaire d’aspirer à de nouvelles sécurités professionnelles

telles celles revendiquées par la CGT.

Il est essentiel que l’Etat prenne toutes ses responsabilités et cesse de se

décharger sur l’AGEFIPH. L’insertion professionnelle ne pourra se réaliser que

si elle bénéficie d’une politique d’ensemble élaborée dans le cadre d’un schéma

directeur.

Pour leur part, les employeurs sont placés devant une double responsabilité.

D’abord, il leur revient, en veillant aux conditions de travail et à la sécurité,

d’avoir des actions visant à limiter les accidents du travail et les maladies

professionnelles. En un mot, les « producteurs de handicap », doivent d’abord

agir pour limiter cette production déshonorante. Ensuite, dans l’esprit de la loi, il

convient qu’ils aient une politique d’embauche non discriminatoire et de

maintien dans l’emploi de tous les salariés en inaptitude.

Pour les trois versants de la fonction publique, la CGT, a suggéré, en vain,

des procédures et des mesures ambitieuses permettant de contraindre l’Etat

employeur à respecter la loi en atteignant le quota d’emplois, car là est

l’essentiel. L’Etat chargé de veiller à l’application des lois devrait faire preuve

d’exemplarité.

Enfin, la CGT apprécie la proposition du mode de décompte unique des

bénéficiaires de l’obligation d’emploi, comme celle d’instaurer une obligation

légale de négocier. Par ailleurs, nous sommes attachés à la traduction de l’article

5 de la directive européenne dans notre législation.

Aujourd’hui, il n’est plus possible d’en rester à de bons sentiments. Les

habitudes, les appréhensions et les rejets doivent céder sous l’impulsion d’une

politique dynamique. Avec des moyens financiers conséquents, l’intégration

dans la cité progressera. Alors, à son tour elle facilitera l’intégration

professionnelle des personnes en situation de handicap. Pour nous, là est la clé

du progrès. Le groupe de la CGT a voté l’avis.

I - 51

Groupe de la CGT-FO

Le groupe Force ouvrière, promoteur du principe républicain d’égalité, ne

peut admettre que l’assignation à différence se soit banalisée. FO s’est toujours

engagée aux côtés des travailleurs handicapés dans la création et le

développement des institutions qui servent leurs intérêts. Tel est le cas de

l’AGEFIPH, dont la première présidente a été Paulette Hofman. Le groupe FO

souhaite que règne enfin la négation des différences et l’éradication de toutes les

discriminations.

Le rejet, l’indifférence, l’agression, la mise à distance, la disqualification,

sont des comportements auxquels il doit être mis fin. Dans toute société digne de

l’Humanité, aucun « apartheid » ne saurait se développer. 2003 est une année

remplie d’espoirs pour les personnes handicapées puisqu’elle est en même temps

année européenne et chantier prioritaire de la Présidence de la République.

Le moment est venu de se fixer des objectifs toujours plus ambitieux

comme celui d’une insertion professionnelle en milieu ordinaire généralisée de

manière à ce que chacun occupe la place qui lui revient dans notre organisation

sociale et puisse user pleinement de ses droits. Le projet d’avis va heureusement

et concrètement dans ce sens.

Le groupe Force ouvrière salue la vision d’ensemble du rapport,

notamment en ce qu’il synthétise exactement la situation complexe à laquelle

sont confrontées les personnes en situation de handicap aussitôt qu’elles agissent

pour s’insérer professionnellement.

S’agissant du projet d’avis, le groupe FO pense qu’il aborde de manière

directe et positive les problèmes posés et qu’il présente de façon concrète les

solutions adéquates.

Le groupe FO est d’accord pour placer au premier rang des préoccupations

sociales, la prévention du handicap par l’amélioration des conditions de travail et

de celles qui régissent la vie quotidienne et familiale. Il serait irresponsable, de

dissocier l’accès à un travail choisi de l’accessibilité aux transports, au logement,

à la médecine, à l’école, autrement dit à la vie de la cité. L’approche globale et

intégrée du handicap est la voie que notre société et ses décideurs doivent

privilégier.

Ce qui doit primer ce sont les aptitudes professionnelles de celui qui

postule à un emploi en milieu ordinaire de travail. Les aides techniques et

spécialisées doivent être disponibles pour que chaque personne en situation de

handicap puisse parfaire son adaptation au poste.

La formation a une fonction essentielle à remplir en faveur de ces

concitoyens. Beaucoup reste à faire pour permettre l’intégration scolaire des

enfants dans les classes élémentaires et secondaires. Il en va de même lorsqu’on

envisage l’adaptation de l’appareil de formation initiale et continue des adultes :

insuffisance de personnels spécialisés, manque de places en établissements

adaptés, de carences en moyens ambulatoires et matériels.

I - 52

Force ouvrière déplore le manque d’inspecteurs et médecins du travail. En

effet l’un des moyens de se préoccuper des handicaps, c’est de s’attacher à éviter

de « fabriquer » des handicapés.

Mettre l’accent sur l’optimisation des institutions représentatives du

personnel est une bonne chose, dans les limites de leurs prérogatives légales et

contractuelles.

La pratique de son activité professionnelle est souvent plus pénible pour

une personne handicapée que pour un salarié valide ce qui devrait être reconnu et

compensé socialement.

FO adhère aux propositions formulées en vue de simplifier, de clarifier et

de renforcer les modalités d’insertion dans les emplois publics et du secteur

privé, de maximiser l’obligation d’emploi, d’en appeler à l’ouverture du monde

de l’entreprise aux travailleurs handicapés ou de stimuler les personnes

handicapées, de finaliser leur orientation et leur reclassement professionnels.

Le groupe reprend à son compte la nécessité d’un volontarisme politique

passant par la définition d’orientations claires et la mobilisation plusieurs années

de suite, d’importants moyens financiers du budget de la nation.

La révision en 2003 de la loi d’orientation de 1975 en faveur des personnes

handicapées, pourrait prévoir d’améliorer sensiblement leur insertion

professionnelle.

Le groupe FO a approuvé le projet d’avis présenté.

Groupe de la coopération

Admettre parmi les fondements de la société le principe de l’égalité des

chances, c’est accepter de réunir les moyens de compenser les handicaps naturels

et accidentels. Il y va de la solidarité qui s’impose entre les membres d’une

même communauté sociale. Il y va aussi d’une liberté qui est d’autant moins

accessible qu’il y a dépendance.

Dans cette perspective, l’avis souligne à juste titre qu’il convient de passer

de la logique de tolérance et d’assistance à celle qui accepte les mesures

spécifiques de discrimination positive.

L’enjeu est de taille. En effet le nombre de personnes handicapées

augmente avec celui des accidents (travail, route, foyer...).

Les esprits ne sont pas toujours prêts à admettre déjà que la prise en charge

des personnes handicapées n’est pas de la seule responsabilité de la famille et

que la société a une action à mener pour leur permettre de bénéficier d’un cadre

de vie et d’un environnement professionnel adaptés. Les esprits ne sont pas prêts

à admettre encore que l’insertion se fait d’autant mieux qu’elle s’organise en

milieu ordinaire. Les personnes handicapées y nouent souvent des liens sociaux

et savent y faire reconnaître leurs compétences.

I - 53

Les enfants handicapés en école ordinaire acquièrent d’autant mieux les

fondamentaux dans une école ouverte à tous que les efforts de l’ensemble de la

communauté éducative sont à la hauteur de ceux que doit faire le jeune pour

combattre son handicap.

A juste titre et sur saisine gouvernementale, le Conseil économique et

social estime que le travail apparaît comme un des meilleurs facteurs d’insertion

sociale. Aussi faut-il déjà que les entreprises s’emploient à limiter les situations

d’handicap que constituent les obstacles (environnementaux, culturels, sociaux,

réglementaires) créés par la vie ordinaire. Elles doivent aussi savoir réunir les

conditions nécessaires à « l’équité d’emploi » y compris dans le cas du « travail

temporaire ».

Il y a encore du chemin à parcourir pour que les milieux professionnels ne

se défaussent pas de leurs obligations matérielles et morales en ce domaine par le

seul versement d’une contribution financière. Il appartient aussi à

« l’Etat-employeur » d’assumer la part d’exemple qui lui revient.

Puisque les entreprises s’inscrivent dorénavant dans la perspective générale

du « développement durable » elles n’ont que de bonnes raisons de considérer

que leur contribution à l’insertion des personnes handicapées relève de leur

responsabilité sociale.

Dans cette perspective, le groupe de la coopération soutient les

recommandations de l’avis en faveur du renouvellement du cadre de référence et

d’une loi-programme, portant rationalisation et amélioration des aides existantes.

Groupe des entreprises privées

Le groupe des entreprises privées félicite le rapporteur pour son ambition

sur ce sujet. L’insertion des personnes handicapées dans la vie sociale et

professionnelle constitue un enjeu pour la société.

L’avis a d’ailleurs le mérite de rappeler les obligations de l’Etat dans ce

domaine. Les entreprises ont pour leur part le rôle de développer l’activité

professionnelle des personnes handicapées, qui sont d’ailleurs une des

composantes du marché du travail. A l’aune de cet objectif, le simple respect du

principe d’équité doit à l’évidence les conduire à refuser toute discrimination en

matière d’embauche et de déroulement de carrière.

Les entreprises ne peuvent être accusées d’immobilisme. Elles s’acquittent

le mieux possible de ce qu’elles considèrent comme un devoir moral. Or, force

est de constater que l’objectif d’emploi de 6% de salariés handicapés, fixé

arbitrairement par la loi, ne peut pas toujours être atteint pour différentes raisons

tenant notamment aux caractéristiques de la population concernée. Par ailleurs, le

dispositif légal actuel comporte de telles restrictions qu’il ne permet pas aux

entreprises de se libérer de leur obligation en utilisant toutes les possibilités

d’action en faveur de l’emploi des handicapés qu’elles pourraient mettre en

oeuvre.

I - 54

En outre, la superposition des législations conduit à un manque de lisibilité

et à une insécurité juridique pour les entreprises. A l’étranger, une majorité de

pays, anglo-saxons et nordiques notamment, ont opté pour une démarche globale

de non-discrimination et d’égalité des chances, accompagnée d’un dispositif

d’incitation financière. Dans les pays qui ont conservé un système de quota, il

s’applique aux entreprises du secteur privé dans des conditions moins

contraignantes qu’en France, avec des seuils d’effectifs plus élevés, des

contributions plus faibles ou des quotas réservés au seul secteur public.

Nos entreprises sont confrontées à des difficultés importantes :

- les actions de la collectivité sur l’environnement global du milieu de

travail (intégration scolaire et universitaire, accessibilité des

transports et des bâtiments, aides techniques à la personne...) ne sont

pas à la hauteur des problèmes rencontrés. Ces lacunes de l’action

publique ajoutent aux difficultés des entreprises pour remplir leur

obligation ;

- le niveau de qualification des demandeurs d’emploi handicapés est

faible (85% d’entre eux ont un niveau de formation inférieur ou égal

au CAP). Les entreprises qui veulent embaucher rencontrent des

difficultés pour trouver des candidats correspondant au profil de leurs

offres ;

- les fonds collectés auprès des entreprises par l’AGEFIPH servent

souvent à financer des actions ou des structures éloignées des réalités

économiques et des besoins des entreprises. De plus, les pouvoirs

publics ont indûment transféré à plusieurs reprises sur le budget de

l’AGEFIPH des charges financières qui leur incombaient.

Ces différents éléments soulignent la nécessité d’une réforme d’ensemble

du dispositif, d’autant plus urgente qu’il est financé par la contribution

compensatoire versée par les entreprises. Une telle réforme serait cohérente avec

la politique de valorisation et de professionnalisation des actions conduites par

les entreprises en faveur de l’emploi des handicapés. Pour générer une réelle

dynamique d’emploi des personnes handicapées, le dispositif doit être selon nous

articulé autour de trois principes :

- une réelle maîtrise de l’affectation des flux financiers provenant des

entreprises ;

- un contrôle rigoureux de leur utilisation ;

- la fin du cumul des deux logiques actuelles (quota et nondiscrimination)

au profit d’une politique d’égalité des chances ;

Dans cette optique, la meilleure solution consisterait à :

- supprimer le quota, institué par la loi de 1987, pour le remplacer par

une incitation financière ou fiscale pour l’entreprise (allégement

fiscal ou crédit d’impôt), destinée à compenser les surcoûts induits

par l’emploi de salariés handicapés ;

I - 55

- parallèlement, mettre en place un dispositif d’accompagnement et de

valorisation de l’insertion des personnes handicapées dans les

entreprises.

Celui-ci devrait être confié à une association ou une fondation ad hoc qui

prendrait le relais de l’AGEFIPH, gérée par les entreprises elles-mêmes, et dotée

d’un conseil scientifique, composé de partenaires sociaux, de représentants des

personnes handicapées et de personnalités qualifiées. Cet organisme aurait pour

rôle de réaliser les études nécessaires et de soutenir financièrement les actions

innovantes en matière d’embauche, de formation professionnelle et de maintien

dans l’emploi des personnes handicapées.

Si notre groupe apprécie la volonté du rapporteur de vouloir simplifier les

différentes procédures et d’encourager une coordination entre les différents

partenaires territoriaux, il ne peut approuver en revanche les propositions faites

pour « optimiser » l’obligation d’emploi des handicapés.

Ces propositions sont en complet décalage avec la réalité des entreprises (et

le projet de réforme que nous proposons), et plus particulièrement sur les points

suivants :

- la suppression des professions exclues de l’obligation d’emploi ;

- l’adoption d’un mode unique de décompte des bénéficiaires ;

- l’instauration d’une obligation légale de négocier ;

- la contribution majorée pour les entreprises dont l’effort d’insertion

des personnes handicapées demeure inexistant sur longue période.

Le groupe des entreprises privées s’est abstenu.

Groupe des entreprises publiques

L’adaptation de la société aux besoins des personnes handicapées, ainsi que

le développement de moyens nouveaux pour assurer leur insertion

professionnelle est une obligation morale et sociale en même temps qu’une

responsabilité politique essentielle.

Jusqu’à aujourd’hui, cette insertion est loin d’être pleinement réussie.

La mobilisation des pouvoirs publics comme celle du monde économique

sont trop faibles. Le budget consacré en France au handicap est en sensible

réduction depuis 1985 et enfin, les modalités d’insertion sont loin d’être unifiées

selon qu’il s’agit du secteur public ou privé.

Le groupe des entreprises publiques partage donc la plupart des

conclusions de l’avis et notamment la nécessité d’un volontarisme fort, passant

par la définition d’orientations nouvelles et une véritable programmation

pluri-annuelle des actions à mener et des moyens financiers nécessaires. Tout en

regrettant que la rapporteure ne chiffre pas ces exigences, nous plaidons avec

conviction pour la rationalisation et l’amélioration des aides instituées.

I - 56

La lutte pour l’insertion est à mener sur de très nombreux terrains, ceux de

la cité, de l’urbanisme, des transports, trop souvent encore inaccessibles aux

handicapés, celui de la scolarisation. Celui de la cohérence de l’Etat, car trop

souvent, le parcours du travailleur handicapé se heurte à un maquis

d’organisations différentes, qui ont toutes des compétences multiples et

complémentaires, dans un univers de surcroît divisé entre public et privé.

L’idée d’unifier les modalités d’insertion dans l’emploi du secteur privé et

des fonctions publiques est donc essentielle ; l’adoption d’un mode de décompte

unique des bénéficiaires de l’obligation d’emploi l’est également. C’est pourquoi

il paraît nécessaire de penser l’insertion professionnelle dans le cadre d’un

schéma directeur, qui affine le rôle de la mission interministérielle aux personnes

handicapées et distingue les missions respectives de l’Etat et de l’AGEPIPH.

Notre groupe partage également la volonté d’optimiser le rôle des

partenaires sociaux en instaurant une obligation de négocier. Cependant à une

obligation légale, notre groupe préférerait une obligation conventionnelle. Mais

de toute façon cette obligation ne saurait remplacer l’importance, en amont, de la

formation et de la qualification des personnes en situation de handicap.

Il est possible de faciliter l’entrée des personnes handicapées dans le

monde de l’entreprise, possible de concilier un handicap avec une vie

professionnelle, propre à garantir non seulement une rétribution, mais surtout un

droit au bonheur. Le droit à la différence est une belle idée. Encore faut-il qu’il

soit reconnu dans les faits, et notamment dans le traitement réservé par la société

des bien-portants aux accidentés de la vie.

Le groupe des entreprises publiques a voté l’avis.

Groupe de la mutualité

L’effort d’insertion des handicapés en milieu ordinaire de travail, est, en

France, très insuffisant. Le rapport et le projet d’avis le font clairement

apparaître : l’objectif fixé par la loi de 1987 n’a pas été atteint car on estime les

effectifs d’handicapés en milieu de travail à 4 % seulement, au lieu des 6%

prévus, secteurs public et privé confondus... Et ce taux stagne depuis 10 ans ! En

outre, la représentation du travailleur handicapé que s’en font les chefs

d’entreprises qui n’en emploient pas, est particulièrement décalée par rapport à la

réalité en matière de compétences, de qualification et de motivation, d’esprit

d’équipe aussi, telles que les constatent les entreprises utilisatrices.

Pour combler cette insuffisance, il faut tout d’abord, comme le souligne

avec juste raison le projet d’avis, affirmer un volontarisme politique, aujourd’hui

inexistant, qui doit concrètement se traduire par une programmation

pluriannuelle de l’effort de la Nation et une amélioration de la loi de 1987. Il se

doit également d’affirmer le principe du droit à compensation des situations de

handicap, qui implique la création d’une allocation compensatrice unique

traduisant la volonté politique de «non discrimination», en donnant aux

personnes en situation de handicap le statut de citoyen à part entière.

I - 57

L’avis précise que la phase de préparation à l’insertion dans l’emploi, qui

inclut toutes les étapes de la formation professionnelle, mais aussi une prise en

charge globale et un soutien individualisé, est le facteur majeur d’une insertion

réussie. Le groupe de la mutualité approuve les principes qui sont adoptés pour

donner une forte impulsion à l’emploi des handicapés : privilégier l’insertion

professionnelle en milieu ordinaire dans le cadre d’une complémentarité entre

tous les dispositifs, développer systématiquement l’accès à l’information et

l’accès des personnes par la constitution de réseaux d’accueil institutionnalisés et

leur coordination avec les programmes départementaux, dont la mutualité a

expérimenté la pertinence sur le terrain.

Il importe également de renforcer l’obligation d’emploi par le

rapprochement des secteurs public et privé. Dans la pratique, l’AGEFIPH doit

être reconnue comme prestataire de services pour les administrations. Il est, par

ailleurs, justifié de pénaliser les entreprises dont l’effort d’insertion est

insuffisant et de valoriser celles dont l’action va au-delà de l’obligation légale.

Enfin, le groupe de la mutualité fait sienne la proposition visant à

développer les passerelles entre le milieu ordinaire et le milieu protégé en

facilitant les passages de l’un à l’autre.

Il a voté positivement.

Groupe des personnalités qualifiées

Mme Steinberg : « Le rapport et le projet d’avis qui vous sont présentés

aujourd’hui répondent à une saisine gouvernementale qui s’inscrit dans une

démarche européenne, initiée depuis la directive du 27 novembre 2000, et dans

une préoccupation grandissante dans notre pays : respecter chacune et chacun en

ce qu’il est, lui reconnaître sa spécificité, créer les conditions pour vivre dans la

dignité, disposer du droit à l’autonomie.

Le rapport et le projet d’avis prennent la question dans toute son ampleur et

sa complexité, sans s’autoriser des impasses, même si les préconisations émises

peuvent bousculer.

Ils se refusent aux solutions manichéennes, le « tout en milieu ordinaire »

opposé au « tout institutionnel ».

Ils invitent toutes les composantes de notre société à prendre la question

selon leurs rôles et leur positionnement, les pouvoirs publics, à tous les niveaux

de représentation de notre pays, les associations, la fonction publique comme les

entreprises privées et ils donnent a minima des pistes, plus souvent des objectifs,

et les étapes pour y parvenir, sans faire l’impasse sur les moyens de la mise en

œuvre.

Ils prennent le temps d’examiner tout ce qui fait obstacle à l’intégration

professionnelle en milieu ordinaire des personnes en situation de handicap, qu’il

s’agisse des phénomènes de rejet liés à la peur de la différence, ou à la peur de la

productivité moindre, sans taire l’hésitation des personnes concernées à franchir

I - 58

le pas de l’intégration en milieu ordinaire si le risque d’échec n’est pas mieux

assumé par la société.

Ils abordent clairement et sans tabou les mesures à prendre pour qu’un

travailleur handicapé ait aussi un déroulement de carrière et voit son efficacité

professionnelle rémunérée à proportion de la qualification du travail effectué.

Ils prennent le temps de montrer que l’enfer est pavé des meilleures

intentions, ce qui en l’occurrence se traduit quand des postes ont été identifiés

comme aménagés et qu’ils sont les seuls sur lesquels les personnes en situation

de handicap peuvent être placées, sans tenir toujours compte de ce que les

handicaps sont multiples et que chacun ne les vit pas à l’identique.

Une plus grande souplesse négociée entre partenaires sociaux et appuyée

par une réglementation cohérente permettrait à certains de pouvoir occuper des

emplois dont la définition n’a jusque là pas été retenue pour pouvoir être confiée

à une personne en situation de handicap.

Nuancés et sensibles, proches des réalités vécues sur le terrain, le rapport

comme l’avis remplissent leur fonction d’aide à la décision.

Puissent-t-ils être pris en compte et permettre aux personnes concernées,

aux associations et aux partenaires sociaux de trouver, dans des documents

transmissibles à tous, les engagements pris et le calendrier retenu pour les mettre

en œuvre.

Dans cet esprit et pour y contribuer, je voterai le projet d’avis ».

Groupe des professions libérales

Le groupe des professions libérales rend hommage à la qualité du travail

réalisé et à la générosité de l’avis.

Nul ne peut rester insensible à la situation des personnes handicapées a

fortiori lorsque dans une société trop souvent marquée par l’assistanat, elles

manifestent volonté et détermination en tout, et montrent une énergie personnelle

sans faille. Le groupe des professions libérales y ajoute l’espoir et la confiance

dans la vie, qui peuvent être ici justifiés par les progrès déjà réalisés ou à réaliser,

dans le domaine des technologies de la biologie et de la génétique, et les

immenses possibilités proposées de plus en plus par l’informatique.

Les professionnels libéraux pour qui l’effort individuel est une nécessité

absolue sont particulièrement sensibles à ce problème et ne peuvent que saluer la

générosité des propositions du projet d’avis.

Ils approuvent la recherche d’unité entre les régimes des entreprises

publiques et celui des entreprises privées. Ils estiment nécessaire un effort

important de formation, d’information et de sensibilisation à cette question…

mots clefs de l’avis.

I - 59

Toutefois, le groupe regrette quelque peu qu’aucune des préconisations

n’ait fait l’objet d’une évaluation financière. La période que nous traversons,

impose évidemment un équilibre entre une générosité qui ne peut qu’être

approuvée par tous et les contraintes économiques. L’avis aurait pu être empreint

de plus de réalisme. Il n’y a pas d’altruisme efficace, sans réalisme lucide.

S’agissant d’une question qui touche à la solidarité nationale, il serait

inéquitable et anti-économique d’en faire supporter le poids par les entreprises. Il

s’agit de charges qui doivent être supportées par la collectivité toute entière, au

nom de la solidarité nationale.

En outre, une fois encore, le groupe des professions libérales ne peut

qu’exprimer sa défiance à l’égard de toute contrainte réglementaire nouvelle.

C’est par la négociation et la contractualisation, la sensibilisation et la

persuasion, que doivent être recherchées les solutions.

Ici, comme presque toujours, c’est animée par un souci de juste mesure et

d’équilibre que doit cheminer notre action.

Saluant à nouveau l’humanisme manifesté par le rapporteur et approuvant

nombreuses des propositions formulées dans l’avis, le groupe des professions

libérales malgré quelques réserves exprimées ci-dessus, a voté l’avis.

Groupe de l’UNAF

L’avis présenté par Mme Lasnier a le mérite de mettre l’accent sur les

questions restées en suspens depuis l’adoption des lois de 1975 et 1987, ainsi que

des réformes préconisées par la loi du 2 janvier 2002. Le groupe de l’UNAF

remercie le rapporteur pour l’excellent travail conduit sur ce dossier.

Si l’adoption de ces lois s’est traduite par des avancées, force est de

constater – en cette année 2003 déclarée « Année Européenne du Handicap » -

qu’elles restent cependant très en retrait des objectifs fixés. Ainsi, les deux

grands axes contenus dans l’avis adopté par notre Assemblée en 1979 (dont le

rapporteur, M. Marcel Viot, appartenait à notre groupe), sont toujours

d’actualité : privilégier l’insertion professionnelle dans le milieu ordinaire de

travail ; éviter tout risque de ségrégation dans l’éducation, le travail, le logement,

les loisirs. Vingt-quatre ans après, la situation n’a guère évolué : le nombre de

personnes handicapées insérées dans le milieu ordinaire du travail ne dépasse pas

4 %.

Le groupe de l’UNAF se réjouit que les recommandations contenues dans

cet avis aient pour objet de relancer une politique ambitieuse pour l’intégration

des personnes handicapées dans le monde ordinaire du travail, et plus

globalement, dans la société. Il soutient les propositions de l’avis visant à :

faciliter l’accessibilité des personnes handicapées dans leur

environnement quotidien et dans la cité ;

I - 60

favoriser l’intégration des enfants handicapés en milieu scolaire

ordinaire. En effet, scolariser un enfant handicapé dans l’école du

quartier dès sa petite enfance, afin qu’il s’intègre dans la communauté

des enfants de son âge et qu’il y acquière les compétences nécessaires à

son projet d’insertion, est une réalité que tous les parents souhaitent

vivre ;

unifier les modalités d’insertion dans l’emploi entre le secteur privé et

les fonctions publiques ;

instituer une allocation compensatrice unique, individualisée, adaptée à

chaque situation, permettant à toute personne en situation de handicap

d’être effectivement un citoyen à part entière et lui donnant les moyens

de son autonomie ;

gérer l’adéquation de l’offre d’emploi et de la demande, en créant des

passerelles entre le milieu protégé et le milieu ordinaire. Notre groupe

demande qu’une réflexion et des initiatives soient entreprises en ce

sens ;

réexaminer l’ensemble du dispositif légal, afin de redéfinir un nouvel

équilibre susceptible d’optimiser l’application de la règle d’obligation

d’emploi et de promouvoir le recrutement de travailleurs handicapés.

Enfin, la conclusion de l’avis présenté par M. Viot prend toute sa

signification dans la situation économique et sociale de 2003 : « Le Conseil

économique et social considère que le contexte actuel de crise générale de

l’emploi (…) justifie, au nom même de la solidarité nationale et de la justice

sociale, des efforts encore plus soutenus en faveur des personnes handicapées,

tant il est vrai que le progrès social est une création continue dont les exigences

s’imposent avec d’autant plus de force que la situation générale est plus

difficile. »

Le groupe de l’UNAF s’est prononcé favorablement sur l’avis.

Groupe de l’UNSA

Les personnes en situation de handicap doivent faire l’objet de

discrimination positive pour pouvoir bénéficier des mêmes droits que la

personne valide. L’insertion professionnelle fait partie de ces droits.

Sans reprendre l’ensemble des propositions de l’avis, quelques

compléments peuvent être apportés.

Sur l’intégration scolaire, dire qu’elle demeure une exception ne

correspond pas à la réalité, bien qu’il reste encore beaucoup à faire. La volonté

politique de développer la scolarisation des enfants et adolescents s’est traduite

par plusieurs plans successifs dont l’avis fait état. L’UNSA partage les

interrogations quant aux éventuelles restrictions budgétaires qui pourraient les

obérer. L’UNSA s’était déjà prononcée dans le cadre de l’avis de Vincent

I - 61

ASSANTE pour que l’obligation d’intégration soit inscrite dans la loi, celle de

1989 se contentant de la « favoriser ». Elle regrette que l’avis ne soit pas plus

volontariste sur ce point.

Sur l’unification des modalités d’insertion dans l’emploi du secteur privé et

des fonctions publiques, l’UNSA approuve l’harmonisation des dispositifs, des

obligations y compris la contribution financière à appliquer en cas de

manquement à l’obligation d’emploi pour l’Etat-employeur. Elle s’était déjà

prononcée en ce sens en 2000.

Sur l’insertion professionnelle, l’UNSA partage l’ensemble des

préconisations en particulier :

- sur les réseaux de lieux d’accueil et d’information (avec une

permanence d’accueil physique) qui, avec une fonction de

coordination entre divers partenaires territoriaux, répondent à la

nécessité d’éviter démarches et déplacements pour les personnes en

situation de handicap. Un « référent » pour accompagner la personne

dans son parcours d’insertion aurait pu être proposé.

- sur le cumul de l’AAH avec les revenus salariaux, sur la garantie de

ressources basée sur le salaire réel et non plus le SMIC, la

compensation financière du travail à temps partiel : ces propositions

peuvent permettre d’éviter les ruptures dans les droits, ruptures

pouvant mettre ou remettre en cause l’insertion.

- sur les mesures pour l’amélioration de l’environnement de travail

avec la désignation d’un tuteur, avec un rôle déterminant dévolu au

médecin du travail (y compris pour la prévention), le rôle des

représentants syndicaux au sein de l’entreprise comme des partenaires

sociaux dans le cadre de négociations d’accords collectifs - l’UNSA

s’était déjà prononcée favorablement sur ce point lors du précédent

avis.

L‘UNSA considère que la reconnaissance de la pleine citoyenneté des

personnes en situation de handicap repose sur le respect des droits reconnus à

tous. L’insertion professionnelle en est un des aspects déterminants. C’est dans

cette reconnaissance que l’avis s’inscrit. L’UNSA l’a voté.

II - 1

RAPPORT

présenté au nom de la section du travail

par Mme Marie-Claude Lasnier, rapporteure

II - 2

II - 3

Par lettre en date du 15 novembre 2002, le Premier ministre a saisi le

Conseil économique et social de la préparation d’un rapport et d’un projet d’avis

sur « L’insertion professionnelle en milieu ordinaire des personnes en situation

de handicap ».

La préparation du rapport et du projet d’avis a été confiée à la section du

travail qui a désigné Mme Marie-Claude Lasnier comme rapporteure.

*

* *

En vue de parfaire son information, la section a successivement entendu :

- Mme Claudie Buisson, directrice générale de l’AGEFIPH,

accompagnée de M. Pierre Blanc ;

- M. Bernard Colonna d’Istria, sous directeur de la gestion des

ressources humaines à la DGAFP ;

- Mme Michèle Louet, COTOREP, DDTEFP d’Ille et Vilaine ;

- M. Yves Deniaud, coordinateur PDITH Ille et Vilaine ;

- M. Jean-François Ménard, animation du programme régional de

formation des personnes handicapées ;

- M. Vincent Delpey, sous directeur du développement de l’activité et

de l’emploi, DGEFP, ministère des affaires sociales, du travail et de

la solidarité ;

- M. Roger Aubert, président du réseau Ohé-Prométhée ;

- M. Armand Mella, vice-président du réseau Ohé-Prométhée ;

- M. Dominique Thévenet, directeur de Ohé-Prométhée Orléans-Loiret

- M. Gabriel Lunven, président de l’UNITH, président de Cap Emploi

Rhône-Alpes ;

- M. Franck Bleunven, secrétaire général de l’UNITH, directeur de Cap

Emploi Midi/Pyrénées.

La rapporteure a, par ailleurs, rencontré de nombreuses personnalités qui

ont bien voulu lui faire part de leurs réflexions sur ce sujet.

La section et la rapporteure tiennent à exprimer à tous leurs remerciements

pour leur apport aux travaux.

*

* *

II - 4

II - 5

INTRODUCTION

Les termes de « handicap » et de « personnes handicapées », ou encore,

pour faire nôtres ceux que Vincent Assante retient dans son rapport sur

Handicap et cadre de vie1 de « personnes en situation de handicap » sont

d’apparition récente, s’étant substitués au fil du temps à ceux « d’infirmes »,

« d’invalides » ou de « débiles ». Cette évolution sémantique suit dans le temps

celle du cours de l’acceptation du handicap par la société tout comme celle des

politiques nationales de prise en charge du handicap, un bref rappel de l’histoire

de leur construction permettant de mesurer les progrès accomplis et ceux restant

à réaliser.

Si le XVIIIè siècle a pour la première fois permis d’avancer que la personne

handicapée, sujet de droits, pouvait légitimement espérer de la société que celleci

la traite dans la dignité, il faudra attendre le XIXè siècle, les accidents du

travail engendrés par la société technique et industrielle émergente et la

multiplication des victimes des guerres, pour que l’Etat, guidé par le mouvement

associatif et social, s’engage progressivement dans le traitement des

manifestations du handicap. Les lois de 19752 et de 19873 marquent une seconde

étape d’importance, en renouvelant la vision du handicap et en redéfinissant le

cadre de la responsabilité nationale à l’égard des personnes handicapées.

La troisième grande période est celle qui s’ouvre aujourd’hui, à la faveur

de textes supra-nationaux prônant la pleine participation, la non discrimination et

la mise en œuvre du principe d’égalité des chances. Cette nouvelle étape passe

par une révolution culturelle permettant de changer le regard porté par chacun

sur les personnes handicapées, et entendre les aspirations exprimées en terme de

participation pleine à tous les domaines de la vie sociale. A ce titre, 2003,

retenue comme année européenne des personnes handicapées, devrait favoriser

une évolution et rendre possible le dépassement de principes basés sur les seules

valeurs de l’assistance, pour reconnaître, dans de nouveaux textes fondateurs,

une citoyenneté pleine et entière des personnes handicapées dans la société

L’amélioration de la situation des personnes vivant avec un handicap

constitue par ailleurs l’une des trois priorités affichées par le Président de la

République pour son quinquennat. Le gouvernement s’est ainsi engagé à inscrire

le projet de réforme de la loi d’orientation de 1975 à l’agenda du premier

semestre du Conseil des ministres, en vue d’un examen par le Parlement à

l’automne 2003. C’est donc dans un contexte particulièrement propice que prend

1 Cf. avis adopté par le Conseil économique et social le 13 septembre 2000 Situations de handicap et

cadre de vie, rapport présenté par Vincent Assante au nom de la section du cadre de vie.

2 Loi d’orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées et loi du 30 juin 1975

relative aux moyens des institutions sociales et médico-sociales.

3 Loi du 10 juillet 1987 en faveur de l’emploi des travailleurs handicapées.

II - 6

place la saisine gouvernementale, visant à voir définies les conditions d’une

meilleure insertion des personnes handicapées en milieu ordinaire de travail.

Sur les 5 millions de personnes se déclarant en France en situation de

handicap, on estime aujourd’hui à 840 000 la population active handicapée. Loin

de diminuer, la population des travailleurs handicapés en mesure de travailler ne

cesse d’augmenter, en raison du nombre croissant de victimes d’accidents ou de

maladies, auxquelles s’ajoutent les situations de pertes plus ou moins

importantes d’autonomie, liées au vieillissement de la population. Enfin et

paradoxalement, les progrès de la médecine sauvent de nombreuses vies

humaines mais le font parfois au prix de séquelles importantes pour les

individus, qui doivent être prises en compte dans le soutien des projets

personnalisés de retour vers l’autonomie.

Si l’on examine le taux d’emploi des entreprises et des administrations

publiques assujetties à l’obligation d’emploi prévue par la loi de 1987, il apparaît

que celui-ci stagne depuis maintenant plusieurs années autour des 4 %. Au delà,

l’examen des données statistiques indique qu’il faut se préparer à un

accroissement des demandeurs d’emplois handicapés, au vieillissement de la

population active et à l’augmentation de la prévalence du handicap liée à l’âge, et

enfin à l’évolution de la structure des emplois, passant notamment par une

élévation générale de la qualification des recrutements et une exigence

d’adaptabilité accrue des salariés.

De nombreux rapports ont été rédigés, dans le cadre du Conseil

économique et social et en d’autres lieux, qu’il conviendra de citer et de prendre

en compte, à la double fin d’examiner les évolutions intervenues depuis lors et

de s’en servir comme base pour l’analyse et la poursuite de la réflexion.

En effet, même si des progrès indéniables ont été réalisés depuis 1987 en

faveur de l’insertion en milieu ordinaire des personnes handicapées, la situation

mérite d’être réexaminée aujourd’hui, à l’aune de la responsabilité de la société

en général et des lieux de travail en particulier. Il s’agit de prendre en compte

l’aspiration croissante des personnes handicapées et des organisations et

associations qui les représentent, et désireuses de conduire à terme leur projet

personnel d’autonomie et d’intégration dans les structures de droit commun.

Si la première priorité en matière de handicaps est leur prévention, visant à

empêcher leur apparition ou à limiter leurs effets, il est tout aussi important, dès

lors que le handicap est présent, de considérer que l’emploi constitue un élément

essentiel dans la perspective d’une insertion sociale et citoyenne des personnes

handicapées.

L’ambition de ce rapport est donc de dresser un état des lieux passant par la

mesure des avancées rendues possibles grâce à des dispositifs normatifs et

incitatifs, qu’ils soient d’origine nationale ou supranationale ainsi que par une

présentation objectivée de la place réellement occupée par les personnes

handicapées dans les lieux de travail du secteur privé comme du secteur public.

II - 7

Cette photographie de l’existant doit permettre d’identifier et d’analyser

dans un second temps les obstacles de toutes natures qui demeurent dans

l’insertion des travailleurs vivant avec un handicap, en préalable à la mise en

évidence des principaux leviers de l’intégration et de l’usage qui devrait en être

fait pour mettre en œuvre de nouvelles avancées en direction des personnes

handicapées, et par leur intermédiaire, en faveur de la société toute entière.

II - 8

II - 9

TITRE I

L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION

DE HANDICAP EN MILIEU ORDINAIRE

DE TRAVAIL : ETAT DES LIEUX

II - 10

II - 11

CHAPITRE I :

LE HANDICAP : EVOLUTION DES CONCEPTS

ET TRANSCRIPTION JURIDIQUE

I - LES APPROCHES DU HANDICAP

A - LES DIFFERENTS TYPES DE HANDICAP

Qu’est-ce qu’une personne handicapée ?

Difficile de répondre à cette question tant les termes, peu et mal définis,

laissent place à nombre d’ambiguïtés, le concept même de handicap étant par

nature extrêmement variable selon les périodes et les lieux.

La définition de la notion de handicap et son acceptation évoluent en effet

dans le temps et l’espace. C’est ainsi que le terme de personne handicapée,

aujourd’hui entré dans le langage courant, a remplacé les qualificatifs d’infirmes,

d’anormaux, d’aliénés, de retardés, d’inadaptés, de débiles, tour à tour retenus

pour caractériser des catégories de handicaps et les personnes qui en étaient les

victimes.

L’évolution des comportements sociaux et des mœurs, en parallèle ou à la

faveur des avancées de la réglementation au profit des personnes handicapées, a

produit ses effets de manière lente et discontinue. En France comme dans les

autres pays occidentaux, les changements opérés au cours du XXè siècle sont

progressivement allés dans le sens de la reconnaissance de la citoyenneté des

personnes souffrant de handicaps, ainsi que dans la recherche des moyens de la

traduction réelle de celle-ci dans toutes les situations de la vie en société, d’ordre

culturel, économique ou social.

D’un point de vue social, le concept même de handicap ne peut être

appréhendé sur un mode univoque. En effet, la manière pour un individu donné

de vivre sa pathologie ou son handicap est pour partie liée au milieu dans lequel

il évolue, notamment défini par les conditions de la vie familiale, le type

d’habitat, le niveau socio-culturel et socio-économique, l’éducation initiale et la

formation, la législation en vigueur et le niveau de développement du pays.

Un même type de handicap peut de ce fait avoir des effets très différents en

fonction des personnes elles-mêmes, de leurs conditions de vie, ainsi que des

circonstances dans lesquelles elles l’acquièrent. Il est tout aussi important de

souligner que les handicaps eux-mêmes revêtent une diversité extrême. Bien audelàde

ce que les catégories et critères d’évaluation du handicap peuvent nous

enseigner, les situations de handicap dans lesquelles se trouvent les individus

rendent nécessaires pour eux-même et pour la société tout entière des modes de

prise en charge et d’accompagnement très différenciés, pensés et mis en œuvre

au cas par cas.

II - 12

Ces indispensables précautions de méthode étant prises, une analyse de ce

qui fonde le handicap peut être engagée. Cette recherche laisse apparaître

différentes catégories-types de handicaps, habituellement décrites selon leur

nature, de façon souvent incomplète et non limitative. Au surplus, ces types de

handicaps sont susceptibles de communiquer entre eux dans le temps, au regard

de l’évolution de certaines affections ou encore des effets en chaîne constitutifs

de certains handicaps :

- handicap physique : on classe sous ce vocable les handicaps moteurs

affectant des individus (personnes paralysées, amputées, ou ayant une

maîtrise partielle de leur motricité). Dans cette catégorie on retrouve

également des formes de handicaps physiques moins immédiatement

apparents, tels que les troubles musculo-squelettiques avérés

(lombalgies, tendinites, scolioses…), ou encore des handicaps

consécutifs aux manifestations de maladie telles que la myopathie ;

- handicaps sensoriels : ces formes de handicaps sont principalement

liées à la mal voyance et la cécité ou la mal entendance et la surdité,

d’autres sens pouvant également être touchés tels que l’odorat ou le

goût ;

- handicaps intellectuels et mentaux : ils regroupent en réalité deux

catégories bien distinctes tant par les troubles qu’elles entendent

couvrir que dans leurs manifestations ou leurs origines : sont ainsi

répertoriés l’ensemble des formes de déficit intellectuel, mais

également les difficultés et désordres psychiques et les

comportements déroutants perturbant la vie sociale des individus ;

- handicaps faisant suite à des maladies chroniques et invalidantes

(sida, rhumatismes, sclérose en plaques, diabète, allergies…).

S’agissant des « handicaps sociaux », il convient de procéder à une mise en

garde, dans la mesure où d’aucuns voudraient considérer les exclus et les

déshérités comme faisant partie de cette catégorie. De fait, il est patent que parmi

les moins favorisés, du fait de l’enchaînement des difficultés de la vie et

notamment d’une situation sociale très précaire, un certain nombre de personnes

voient leur santé s’altérer. Toutefois, il doit être clair qu’il s’agit de typologies de

populations différentes, et que le traitement des situations de désavantage qui

résultent de facteurs sociaux ou de l’existence d’un handicap relèvent de

politiques différenciées. On constatera à l’appui de cette observation que le

Code du travail a exclu depuis plus de 20 ans cette notion de « handicap social ».

B - LA CLASSIFICATION INTERNATIONALE

Les travaux du britannique Philip Wood constituent au début des années

quatre-vingts le fondement moderne de la Classification internationale des

handicaps (CIH). Elaborée à l’initiative de l’Organisation mondiale de la santé

(OMS) et adoptée par la France en 1988, cette classification est largement

retenue comme référence des nomenclatures statistiques sur le handicap.

II - 13

L’Union européenne, tout comme le Conseil de l’Europe, utilisent les définitions

de cette Classification internationale des handicaps. Mais la présentation trop

négative des aptitudes de la personne handicapée initialement proposée par la

CIH, ainsi que la place insuffisante accordée aux facteurs personnels ou

environnementaux ont rendu nécessaire sa révision. Réunissant soixante cinq

pays, celle-ci a débouché en 2001 sur l’actuelle Classification internationale du

fonctionnement du handicap et de la santé (CIF). Cette table renouvelle

l’approche du handicap, en introduisant dans l’analyse l’impact de

l’environnement social et physique sur le fonctionnement des personnes

handicapées.

La définition internationale distingue à cet égard trois notions :

- la déficience : c’est la perte ou le dérèglement d’une structure ou

d’une fonction physiologique, psychologique ou anatomique. Elle

correspond à l’aspect lésionnel du handicap. Exemple : un

paraplégique a une déficience motrice des membres inférieurs ;

- l’incapacité : elle résulte de la déficience. Il s’agit de toute diminution

ou perte de la capacité à exercer une activité considérée comme

normale pour un individu. Elle correspond à l’aspect fonctionnel du

handicap. Exemple : une déficience motrice des membres inférieurs

peut être responsable d’incapacité concernant la locomotion :

marcher, monter les escaliers… ;

- le handicap : c’est le désavantage dont souffre la personne à la suite

d’une déficience qui l’empêche de s’acquitter totalement ou

partiellement d’une fonction par ailleurs normale dans son cas,

compte tenu de l’âge, du sexe et de différents facteurs culturels. Il

correspond à l’aspect situationnel du handicap.

La classification souligne la disproportion fréquente existant dans la vie

courante entre l’incapacité entraînée par la maladie et le degré d’exclusion

(handicap) qui en résulte. Elle constitue à ce titre, bien qu’elle puisse être jugée

incomplète, amendable ou perfectible par certains, un instrument tout à fait

indispensable d’action et d’harmonisation des approches et des pratiques, de

mobilisation des spécialistes et de sensibilisation de l’opinion.

II - UNE PREOCCUPATION DE LONGUE DATE DES POLITIQUES

SUPRANATIONALES ET NATIONALES

A - LES POLITIQUES DES ORGANISMES A VOCATION INTERNATIONALE

L’insertion professionnelle des personnes handicapées en milieu ordinaire

de travail fait depuis longtemps l’objet de réflexions de la part des organisations

internationales. Leur action volontaire a notamment permis d’harmoniser la

terminologie et les concepts en vigueur, fondement à la structuration de modes

de prise en compte et d’intervention en faveur des personnes en situation de

handicap.

II - 14

Dans la période récente, les notions de discrimination positive ou d’égalité

des chances, de non-discrimination ou d’égalité de traitement tendent à

s’imposer comme autant de principes structurant l’action. Toutefois, il serait vain

d’ignorer que leur mise en oeuvre est susceptible de se heurter aux difficultés

générales du marché de l’emploi.

1. L’ONU et ses institutions spécialisées

1.1. L’ONU

C’est en 1957 que l’assemblée générale de l’Organisation des Nations

Unies (ONU) adopte sa première résolution en faveur des personnes

handicapées, suivie d’un deuxième texte en 1960, visant plus précisément

l’égalité des chances, et insistant sur la nécessité d’associer à la définition des

politiques et à leur mise en œuvre les représentants des personnes handicapées et

leurs familles. En 1975, la déclaration des droits des personnes handicapées est

adoptée, affirmant le droit des personnes à bénéficier de mesures leur permettant

d’acquérir la plus grande autonomie possible. L’année 1981 est consacrée année

internationale des personnes handicapées, avec pour thème directeur la « pleine

participation et l’égalité ». Un programme d’action mondial est mis au point à

cette occasion et décliné durant la décennie 1983-1992, dans lequel s’inscrit en

1982 une nouvelle résolution des Nations Unies en faveur des personnes

handicapées, suivie encore d’une résolution dans le même sens en janvier 2003.

Prévention des handicaps et mesures spécifiques pour promouvoir l’égalité

des chances, telles sont actuellement les lignes directrices des Nations Unies, qui

doivent permettre de dépasser le stade de l’assistance et de progresser dans la

reconnaissance d’une citoyenneté pleine et entière pour tous.

1.2. L’OIT

La conférence de l’Organisation internationale du travail (OIT) adopte de

son côté en 1955 une recommandation sur l’adaptation et la réadaptation

professionnelle des invalides, parcours qui doit être conçu comme « un parcours

continu et coordonné ». Ce texte insiste sur les liaisons à organiser entre les

intervenants et sur l’importance de la constitution d’une information préalable

très complète aux fins d’orientation. Il valorise les aptitudes et les capacités de

travail des intéressés. Le travail protégé doit, en outre, comporter des possibilités

d’adaptation professionnelle avec, chaque fois que possible, le transfert vers un

emploi normal. Les orientations développées par cette recommandation

demeurent toujours d’actualité.

En 1983, la conférence de l’OIT adopte une convention sur « la

réadaptation professionnelle et l’emploi des personnes handicapées ». La

convention met en exergue la nécessité d’une égalité de traitement et de chances

entre les travailleurs « ordinaires » et les personnes handicapées et ceux qui ne le

sont pas, ainsi qu’entre les travailleurs handicapés eux-mêmes. Elle définit la

nécessité d’une progressivité dans le déroulement des carrières des personnes

II - 15

handicapées. Elle propose de mettre sur pied des garanties effectives contre les

discriminations les plus courantes. Son travail se poursuit par la réflexion et la

capitalisation de bonnes pratiques, recueillies et formalisées dans un guide

pratique à destination des Etats et des acteurs de l’insertion, plus précisément à

destination des chefs d’entreprise.

2. L’OCDE

Les experts de l’Organisation de coopération et de développement

économiques (OCDE) mettent régulièrement en évidence dans leurs rapports les

processus d’exclusion touchant l’accès à la formation et à l’emploi de certaines

catégories défavorisées, au titre desquels se situent les personnes handicapées.

Les signataires des rapports sur l’intégration des adolescents handicapés, sur le

passage de l’école à la vie active ou encore sur l’intégration des adolescents

handicapés dans l’enseignement secondaire, portent dans leurs conclusions un

regard sur la réalité qui n’invite pas à l’optimisme.

En 1992, l’OCDE a procédé à une évaluation des politiques d’emploi des

handicapés dans quatorze Etats de la zone. Cette étude montre que de nombreux

pays sont conduits à réviser leur politique pour tenir compte des aspirations

nouvelles exprimées par la population handicapée. La tendance générale est au

désenclavement institutionnel, au développement des politiques actives de

l’emploi sous des formes adaptées et essentiellement en milieu ordinaire de

production et au renforcement d’actions diversifiées de formation en faveur des

personnes handicapées.

B - LA LEGISLATION EUROPEENNE ET SA MISE EN ŒUVRE PAR LES ETATS

MEMBRES

1. La législation européenne

1.1. Le Conseil de l’Europe

C’est dans ce cadre qu’est adoptée en mai 1950 une recommandation sur la

politique générale en matière de réadaptation des invalides, suivie d’une série de

textes plus spécifiques, tels que la Charte sociale, proclamant en 1961 le « droit

des personnes physiquement et moralement diminuées à la formation

professionnelle et à la réadaptation professionnelle et sociale ».

La résolution du 17 septembre 1984 vise « une politique cohérente en

matière de réadaptation des personnes handicapées », et prône un « processus

global et continu de réadaptation » aussi précoce et coordonné que possible.

L’indemnisation et la compensation financière de l’incapacité sont déclarées

insuffisantes, les personnes handicapées devant au-delàbénéficier de programmes

individualisés de réadaptation et d’intégration professionnelle et sociale.

Ce texte fourmille d’idées qui inspirent aujourd’hui les politiques

conduites. Il en va ainsi de l’évaluation des aptitudes, qui doit être périodique et

pluridisciplinaire, de la priorité donnée aux modes ordinaires de formation et de

II - 16

réadaptation, tout comme au travail en milieu ordinaire, le travail protégé

demeurant une solution pour ceux ne pouvant occuper un poste sur le marché du

travail de droit commun.

1.2. L’Union européenne

Tout d’abord, il y a lieu d’observer que l’intégration professionnelle et

sociale des personnes handicapées ne relève pas des compétences

communautaires originelles, ce qui n’a pas pour autant conduit l’Union à se

désintéresser de cette problématique.

La première résolution dans ce champs vise, en 1974, à la réalisation d’un

programme pour la réintégration professionnelle et sociale des handicapés.

Constatant que les personnes handicapées « supportent de manière inéquitable

les conséquences, en terme d’emploi, des difficultés économiques », elle est

suivie, en 1981, d’un programme d’action ainsi que de la création d’une division

spécialisée au sein de la Commission.

Une recommandation du Conseil vise en 1986 à l’élimination des

discriminations négatives, selon le principe du « traitement équitable » et à

l’institution d’actions positives, telle que les quotas d’emploi, les guides ou

codes de bonnes pratiques, ou encore les incitations financières à l’emploi des

handicapés en entreprise. Le premier programme Hélios I1 (1988-1992) vient en

appui de cette démarche, en développant les échanges et l’information et en

soutenant les innovations. Il sera reconduit dans le temps.

En 1989, la Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des

travailleurs proclame une nouvelle fois le droit des personnes handicapées à

bénéficier de mesures d’intégration professionnelle et sociale passant par la

formation professionnelle, l’ergonomie, l’accessibilité, la mobilité, les moyens

de transport et le logement.

Palliant l’absence de base juridique des traités originels de l’Union

européenne, le Traité d’Amsterdam marque en 1997 une réelle inflexion, en

donnant un premier cadre réglementaire à la lutte contre la discrimination, en

affichant sa volonté d’impulser et de coordonner les politiques suivies par les

Etats membres de l’Union. Une nouvelle résolution intervient dans ce contexte

en 1999 sur l’égalité de traitement en matière d’emploi des personnes

handicapées, et notamment de recrutement, de maintien dans l’emploi, et de

formation tout au long de la vie des personnes handicapées.

En 2000, la volonté politique d’intégration des personnes handicapées au

travers de l’emploi et de la formation se confirme et s’incarne dans des textes

ayant désormais force obligatoire pour les Etats membres. Fixant des exigences

minimales, la directive du 27 novembre 2000 donne la possibilité aux Etats

membres d’adopter ou de maintenir des dispositions plus favorables, sous

réserve de sa transposition avant la fin de l’année 2003. Elle propose un certain

1 Handicaped people in the Europe community Living Independantly in an Open Society.

II - 17

nombre de définitions, dont certaines, telles que celle sur l’égalité de traitement

ou les discriminations indirectes, pourront précisément être invoquées dans des

contentieux ultérieurs.

La directive s’appuie sur un nouveau programme d’actions pour la période

2001-2006, ainsi que sur la Charte des droits fondamentaux de l’Union

européenne de la fin de l’année 2000, dont certains articles fondent précisément

les droits des personnes handicapées, au travers des principes de nondiscrimination

et d’intégration. Enfin, l’année 2003 est choisie comme année

européenne des personnes handicapées, fournissant, avant l’adoption d’une

nouvelle directive, l’opportunité aux Etats membres de sensibiliser l’opinion sur

les handicaps, d’accroître la visibilité sociale des personnes touchées par un

handicap et de mettre en évidence les entraves auxquelles elles sont aujourd’hui

encore confrontées.

Les principaux axes du futur projet de directive visent précisément le droit

de vivre dans la dignité et le droit à l’autonomie. A ce titre, les Etats s’obligent à

favoriser la vie des personnes handicapées sur leur territoire, à leur assurer un

revenu décent ainsi qu’un logement adapté, et à renforcer l’accessibilité des lieux

publics. Le droit à l’éducation et à la formation en milieu ordinaire est également

posé : sont notamment visés l’accès à l’école ainsi qu’aux formations

universitaires, la formation des professionnels de l’éducation à l’accueil d’un

enfant handicapé. Enfin, l’accès à l’emploi en milieu ordinaire est privilégié, par

la recherche d’une égalisation des chances dans le recrutement et la formation,

des mesures de maintien dans l’emploi et des aménagements de poste, ainsi que

la participation des personnes handicapées et/ou de leurs représentants aux

instances les concernant.

La volonté de la Commission, à l’initiative de ce nouveau projet de

directive, est de promouvoir une coordination active des politiques nationales

mises en œuvre par chaque pays dans le cadre et avec les dispositifs qu’il définit

lui-même, dans le respect des grands principes posés par le traité, l’égalité de

traitement et la non-discrimination.

2. Les politiques conduites par les Etats membres de l’Union

européenne

2.1. Les principales approches du handicap et leur traduction dans les

politiques nationales

Deux approches caractéristiques ont pu être repérées au sein de l’Union,

comme elles peuvent plus généralement l’être dans les pays de la zone OCDE.

La première peut être qualifiée d’approche « anti-discrimination ». De

philosophie anglo-saxonne, elle postule un traitement de la question du handicap

au travers de la mobilisation des droits civils. Elle s’incarne dans les politiques

conduites en Grande-Bretagne, en Irlande, ou encore dans certains pays

scandinaves.

II - 18

Dans cette perspective, la société fournit un cadre législatif et judiciaire

garantissant l’accès à l’emploi en milieu ordinaire, ainsi que le maintien dans

l’emploi et la réparation en cas de discrimination avérée.

La seconde vise la mise en œuvre d’une égalité des chances réelles, et

trouve le plus souvent sa traduction dans l’instauration de quotas. Obligation est

faite par voie légale aux employeurs de prouver qu’un certain pourcentage de

leurs employés présente une situation particulière de handicap. L’Allemagne, la

France, l’Autriche, la Grèce, l’Italie et l’Espagne relèvent globalement de ce

second modèle.

Les mesures récemment édictées par l’Union européenne, dont

l’orientation philosophique semble relever de la mise en œuvre du principe de

non discrimination, prennent en considération les politiques conduites au plan

national et les motifs notamment culturels qui les fondent. Elles ne prohibent pas

les mesures de discrimination positive lorsque que ces dernières se justifient au

regard de certaines situations. Les Etats peuvent ainsi conserver ou adopter des

mesures pour faciliter l’intégration des personnes handicapées dans le monde du

travail.

Cette ligne de partage, illustrée par de nombreux travaux de recherche, met

en évidence des nuances au sein des nations européennes dans l’approche

théorique, mais surtout dans l’outillage des politiques mises en œuvre pour

prévenir et compenser les situations de handicap. On notera toutefois que ces

deux tendances se trouvent le plus souvent mêlées dans les faits.

2.2 Les leviers de l’action : une palette assez large d’outils mobilisés par

les Etats membres et quelques tendances observées

De nombreux outils sont mis en œuvre par les pays européens et font

l’objet d’une typologie, présentée dans un rapport établi en 2000 par la

Commission européenne1.

Dans la plupart des pays, les politiques conduites associent plusieurs

éléments : l’intégration dans le marché du travail, des mesures de lutte contre la

discrimination, et une réduction de la dépendance vis-à-vis des prestations. Les

années quatre-vingt dix ont à cet égard été marquées par une évolution

conceptuelle générale rejetant les mesures passives au profit de mesures actives

favorisant l’accès au marché du travail. Cette perspective met en jeu la capacité

d’insertion professionnelle, l’éducation et la formation, l’expérience

professionnelle, l’aide en matière de recherche et de demande d’emploi ou

encore le passage par des emplois de transition, permettant à des publics

spécifiques de se forger une expérience professionnelle sur un marché du travail

intermédiaire aux conditions adaptées.

Les mesures mobilisées par les Etats de l’Union peuvent être regroupées en

quelques grandes catégories.

1 L’étalonnage des performances des politiques de l’emploi pour les personnes handicapées, 2000,

commandé par la Direction générale emploi et affaires sociales de la Commission européenne.

II - 19

Elles comprennent toutes des mesures d’incitation, qui visent à améliorer

l’image des personnes handicapées au sein de la main d’œuvre, à la faveur de

campagnes de communication, de codes de bonnes pratiques, ou encore de

chapitres sociaux consacrés à ce thème dans les accords collectifs.

Les mesures visant au maintien dans l’emploi font l’objet, dans leur

principe, d’un intérêt croissant de la part des Etats. Mises en œuvre le plus en

amont possible des difficultés de reclassement, elles s’avèrent efficaces et moins

onéreuses que la réparation dans le cadre d’une réinsertion dans l’emploi.

Néanmoins, elles nécessitent, comme l’illustrent les pays scandinaves qui y ont

recours, l’existence d’une politique très élaborée de santé et de sécurité au

travail, afin de réduire dès l’origine le risque de maladies professionnelles et

accidents du travail.

Les subventions salariales sont utilisées de deux manières pour contribuer à

l’intégration des personnes handicapées sur le marché du travail. L’une consiste

à favoriser l’embauche en proposant une subvention couvrant les charges

sociales. L’autre est destinée à couvrir l’écart de productivité entre le travailleur

handicapé recruté et ses collègues qui ne le sont pas.

La réinsertion et le retour à l’emploi constituent également des éléments

importants des politiques menées en matière de handicap et d’emploi. Ils

empruntent des formes différenciées, selon qu’il s’agit de réinsérer une personne

dans un emploi en rapport avec ses capacités physiques et intellectuelles, ou

encore qu’est recherchée une nouvelle orientation professionnelle, pouvant

inclure des formations et la levée de certains problèmes exogènes d’insertion

professionnelle. Dans certains pays nordiques, cette recherche

d’accompagnement des potentialités et des aspirations des travailleurs

handicapés ouvre de réelles possibilités de traitement sur un pied d’égalité de

l’ensemble des travailleurs, en présence ou non de situations de handicap.

L’emploi protégé fait partie intégrante des mesures retenues par l’ensemble

des pays de l’Union. Dans certains pays, ce type de dispositif représente encore

une large part des mesures actives en faveur des publics présentant un handicap.

Toutefois, il convient d’observer que l’aspiration croissante des personnes

handicapées à une intégration dans des emplois dits non protégés conduit

généralement à réserver l’accès à une telle protection aux publics les plus

gravement atteints.

Il faut noter qu’existe une tendance générale dans les pays de l’Union à

rechercher une plus grande rentabilité des ateliers protégés, du fait d’un relatif

désengagement de l’Etat. Cette tendance explique leur orientation progressive

vers la logique de marché. Ceci peut apparaître paradoxale s’agissant de

structures dont la vocation sociale prime sur toute autre considération.

L’adaptation des postes de travail ainsi que de l’organisation du travail luimême

constituent des champs d’intervention mobilisés sous différentes formes,

allant de l’accès à l’aide pratique et aux adaptations aux modifications de

II - 20

l’organisation et de la structure de l’emploi, en passant par des aménagements

apportés au lieu de travail afin de le rendre accessible.

Si l’on se réfère à une autre étude, récemment réalisée sur le thème de

l’évaluation du handicap en Europe, on constate que si les systèmes européens

diffèrent dans le détail des dispositifs utilisés, ils sont sous-tendus par des

principes et des valeurs marqués par leur grande proximité. A cet égard, la charte

des droits fondamentaux de 2000 fait en quelque sorte office de texte « balai »

sur une question, désormais tranchée, du fonds commun à l’Europe de valeurs

humanistes.

On observe toutefois, s’agissant de « l’étalonnage » des pratiques

nationales, que la terminologie demeure un problème essentiel pour la

compréhension mutuelle par les Etats des politiques mises en œuvre. De ce point

de vue, la classification internationale des handicaps est d’un appui précieux

dans la démarche, fournissant une grille de comparaison de systèmes et de

mobilisation d’outils.

Il est ainsi intéressant de noter au terme de l’analyse un certain nombre de

grandes tendances, telles celles de mise en place de modes d’évaluation

valorisant les potentialités de la personne handicapée à côté des mesures plus

anciennes tendant à considérer les limitations pour envisager le déclenchement

de prestations. Enfin, on observe en Europe une tendance à mobiliser de plus en

plus des équipes pluridisciplinaires dans les processus d’évaluation, par

regroupement de professionnels dans le cadre de la redéfinition de stratégies plus

actives des Etats pour l’emploi et l’autonomie des personnes handicapées.

2.3 Une difficile comparaison des politiques européennes en faveur de

l’emploi des handicapés

En conclusion, si les principes d’actions et les valeurs qui les fondent

s’inscrivent dans une communauté de vue, les grandes catégories de mesures

mises en œuvre par les Etats membres, articulant de manière diverse la

formation, les incitations à l’embauche, les emplois protégés, les aides et

adaptations aux postes de travail, à la faveur de quotas ou de mesures proscrivant

toute discrimination, n’en restent pas moins dans la pratique difficiles à

comparer.

A cet égard, la stratégie européenne de l’emploi enclenchée en 1997, qui

incite de plus en plus à la comparaison des politiques conduites par les Etatsmembres,

renvoie à la difficulté intrinsèque de l’exercice, notamment due à une

absence de définition homogène des publics bénéficiaires pris en compte.

Chaque cas national, comme en atteste une étude réalisée en 2000 par le Centre

d’études et de l’emploi, est la résultante d’une combinaison entre une hiérarchie

de valeurs, des choix de protection sociale, de constructions institutionnelles et

d’actions d’acteurs sociaux particuliers.

C’est ainsi que les Pays-Bas ont une vision extensive du handicap, qui

couvre largement les situations d’inadaptation des travailleurs aux modifications

II - 21

des exigences économiques de l’appareil productif. De manière assez proche

dans ses effets, le cas britannique illustre le jeu de vases communicants opéré au

début des années quatre vingt dix entre le nombre de chômeurs indemnisés et

celui des bénéficiaires d’allocations d’invalidité permanente, qui a conduit à

« basculer » vers la solidarité nationale une partie de la population en attente sur

le marché du travail. Ces deux exemples rendent compte des obstacles à

l’étalonnage des politiques nationales, en l’absence d’indicateurs fiables et

communément acceptés.

La difficulté de collecte de données comparables sur la participation des

personnes handicapées au marché du travail est importante, du fait de définitions

du handicap hétérogènes, de politiques spécifiques interagissant avec des

politiques pour l’emploi, économiques ou sociales plus globales, et enfin du

caractère trop limité dans le temps des mesures spécifiques étudiées pour que

leur impact apparaisse clairement. Dès lors, la comparaison des effets respectifs

des politiques mettant l’accent sur les mesures anti-discriminations par rapport à

l’approche protectrice traditionnelle comme celle des quotas ne peut être

valablement menée à son terme.

De son côté, la Direction générale de l’emploi et des affaires sociales

souligne combien il est complexe de réunir à l’heure actuelle des statistiques

dressant un tableau clair de la situation des personnes handicapées sur le marché

du travail.

Selon les données d’Eurostat, 42 % des personnes handicapées occupent un

emploi, le taux d’emploi global de référence étant de 65 %. Les variations entre

les Etats membres sont assez importantes1. L’Espagne atteint un taux d’emploi

de handicapés de 24,7 %, contre 51,4 % en Allemagne, et 45,5 % en France.

Au total, si l’on suit les conclusions rendues sur ce thème par la

Commission consultative des droits de l’Homme en 2000 : « les attitudes

discriminatoires de la part des employeurs persistent, en dépit des dispositifs

légaux et de l’action constante des opérateurs de l’insertion ». La Commission

critique en outre, s’agissant de la législation française, « les nombreuses

possibilités formelles de se libérer largement de l’obligation légale par le

paiement libératoire d’une contribution, dénaturant l’esprit de la loi et faisant

d’une règle d’embauche l’exception ».

Au-delà, le constat d’ensemble des systèmes en vigueur dans les Etats2

membres tend à montrer que la situation de l’emploi des personnes handicapées

1 Etude de M.A. Malo et C. Garcia-Serrano, Analysis of unemployment status of the disabled

persons using ECHP, 1996.

2 Cf. Les documents de travail du Sénat, L’insertion des handicapés dans l’entreprise, série

Législation comparée n° LC 116, janvier 2003 et L’étalonnage des performances des politiques de

l’emploi pour les personnes handicapées, Emploi & affaires sociales, Commission européenne,

août 2000.

II - 22

en milieu ordinaire de travail demeure problématique quels que soient l’approche

politique ou les moyens mobilisés.

Des obstacles majeurs, déjà relevés en 19921, demeurent. Ainsi en est-il de

la situation générale de l’emploi et le chômage de longue durée, de la question de

la conception, de l'organisation ainsi que des mutations successives dans

l’organisation du travail, qui tendent à exclure les moins performants et les

moins formés ; l’absence de cohérence interne entre les politiques sanitaires et

sociales et les politiques du travail ; l’insuffisance de formation générale et

professionnelle des personnes handicapées ; la difficulté d’accès à l’information

et enfin le regard encore stigmatisant porté sur le handicap. Ces obstacles

semblent être autant d’éléments persistants, malgré une évolution positive dans

certains domaines, allant à l’encontre de l’intégration des travailleurs handicapés

en milieu ordinaire.

C - LA POLITIQUE NATIONALE

1. L’histoire de la construction de la notion de handicap en France

C’est sous l’angle de la réparation des conséquences des blessures de

guerre que la collectivité publique française a commencé à se préoccuper des

conséquences du handicap. Dans cet esprit, Louis XIV crée l’institution des

invalides pour héberger les vétérans devenus inaptes au travail.

Avant la première guerre mondiale, la loi de 1898 sur les accidents du

travail introduit l’idée du « reclassement, de la réadaptation, de la rééducation,

de la réinsertion et de la réintégration », en mettant à la charge de l’employeur

une assurance spécifique permettant le versement d’une indemnisation au titre

des infirmités acquises dans le cadre du travail.

En 1919, le ministère des anciens combattants met en place un barème

d’évaluation des handicaps subis par les victimes de la première guerre

mondiale, de manière à déterminer le montant de leur pension d’invalidité. Ce

barème a été utilisé jusqu’en 1993 comme référence pour l’évaluation du niveau

d’invalidité, y compris pour les invalides civils.

En 1924, la loi élargit à tous les infirmes civils les mesures de reclassement

des invalides de guerre et crée l’obligation d’emploi en faveur des militaires

titulaires d’une pension d’invalidité, des veuves et des orphelins de guerre.

La politique du handicap se construit progressivement au cours du

XXè siècle, par des innovations allant de l’assistance aux infirmes (1949) au

reclassement professionnel (1957). Parallèlement, la création en 1945 de la

sécurité sociale permet d’assurer l’ensemble des salariés contre les conséquences

1 Avis adopté par le Conseil économique et social le 10 juin 1992 sur Le potentiel productif des

personnes handicapées, conditions sociales et technologiques de sa valorisation, rapport présenté

par Thérèse Poupon au nom de la section du travail.

II - 23

de maladies et d’accidents non liés au travail mais les privant de leurs « capacités

de gains ».

La loi du 23 novembre 1957 aborde la question du reclassement du

travailleur handicapé, et utilise, pour la première fois, les termes de handicapés et

de travailleurs handicapés. Elle renforce également le dispositif de travail

protégé. Enfin, elle institue une obligation d’emploi à hauteur de 10 % des

effectifs des entreprises privées de 10 salariés et plus, qui ne sera en réalité

jamais appliquée.

2. Le rôle essentiel des associations

La guerre mondiale de 1914-1918 est à l’origine de la création des

premières associations de personnes handicapées entre 1920 et 1936.

Les associations de malades et de tuberculeux créent dès 1927, une

fédération des amicales de malades. Les associations de mutilés du travail se

regroupent en fédération nationale des mutilés du travail. Dès 1930, de

nombreuses associations d’aveugles, d’invalides civils, de paralysés très diverses

se créent. C’est vers 1933 qu’est fondée l’Association des paralysés et

rhumatisants (APR) qui deviendra l’Association des paralysés de France (APF).

Fin 1935, l’Union nationale des tuberculeux civils fonde la Ligue pour

l'adaptation du diminué physique au travail (L'ADAPT). En janvier 1937, des

militants, d’obédience communiste appartenant à l’Union nationale des

tuberculeux civils (UNTC), fondent la Fédération nationale des comités de

défense et d'amicales des malades et anciens malades de sanatoriums (FNCDA).

Cette initiative conduit les militants d’inspiration socialiste à se regrouper au sein

de la Fédération nationale des blessés du poumon et chirurgicaux (FNBPC).

L’UNTC fusionne avec la FNCDA pour constituer la Fédération nationale

de lutte antituberculeuse (FNLA). Plusieurs groupes fusionnent en 1945 pour

donner naissance à la Fédération nationale des malades (FNM), qui devient en

1953, la Fédération nationale des malades, infirmes et paralysés (FNMIP). En

1948, apparaissent les premières associations de parents d’enfants handicapés

mentaux, qui décident de se fédérer le 30 avril 1960 pour donner naissance à

l’Union nationale des amis et parents d'enfants inadaptés (UNAPEI). L’UNAPEI

a pour objectif de faire reconnaître les droits et les devoirs des personnes

handicapées mentales et de défendre leurs intérêts et ceux de leur famille.

Le phénomène des scissions et de créations nouvelles se poursuit. Des

fédérations anciennes ont changé de nom ou ont adapté leur action. Ainsi, la

Fédération nationale de lutte antituberculeuse est devenue l’Association des

malades et invalides (AMI). Depuis 1985, la Fédération nationale des mutilés du

travail s’intitule désormais Fédération nationale des accidentés du travail et des

handicapés (FNATH). Avec l’APF, s’est constitué le Comité d’entente des

« 29 » qui regroupe aujourd’hui une quarantaine d’associations, dont l’ADAPT,

l’UNAPEI… La FNATH, l’APAJH, la FAGERH et le GIHP ont constitué un

II - 24

collectif de travail, de réflexions et de revendication : le Comité d'études pour la

promotion des initiatives alternatives pour les personnes handicapées (CEPIAH).

Le mouvement associatif ne cesse de grandir et de se développer,

notamment dans le champ du handicap. Il est aujourd’hui présent dans toutes les

étapes des itinéraires d’insertion, qu’il s’agisse d’information, d’accueil,

d’orientation, de scolarisation, de formation, de placement ou d’hébergement…

Membres d’instances consultatives, gestionnaires d’établissement, prestataires de

services de proximité, les associations ont su s’adapter, diversifier leurs actions

et devenir ainsi les partenaires incontournables des pouvoirs publics, réels

médiateurs entre les personnes et les différents niveaux décisionnels de l’Etat.

Lieux de collaboration de bénévoles, de professionnels, d’experts, les

associations, par leur audace, leur créativité, se transforment parfois en

laboratoires de recherche, véritables creusets d’innovations. En ce sens, les

associations constituent un puissant levier des actions de la politique à mener en

faveur des personnes handicapées. Sans aucun doute, les pionniers ont-ils

contribué à faire évoluer les concepts, les représentations, la législation et à

impulser des initiatives internationales.

Les associations se sont structurées, ont développé leur professionnalisme,

tout en préservant leur rôle social de garant du respect des principes

fondamentaux que sont les droits au logement, à l’éducation, au travail, aux

ressources, à l’intégration sociale des personnes handicapées. Fondées sur ces

valeurs fortes, elles facilitent le passage vers le « monde » ordinaire et

inversement, se révélant alors vecteur de lien social, développant une approche

de l’intégration quelles qu’en soient les formes fondée sur l’idée de l’intégration

que toute personne handicapée a droit à vivre une vie sociale, familiale,

culturelle, professionnelle, compatible avec ses potentialités, souvent plus

importantes qu’on ne le pense.

3. Les principes généraux et leur transcription juridique

Les orientations politiques définies et mises en œuvre par la France ces

dernières décennies s’inscrivent dans le cadre des principes posés par les textes

de portée générale, adoptés au plan international pour garantir aux personnes

handicapées une réelle égalité des chances. Cette politique a pour objet de

développer leur autonomie, de favoriser leur insertion sociale et professionnelle

et de leur permettre d’exercer pleinement leurs droits de citoyens.

La loi du 30 juin 19751 ne donne aucune définition du handicap, mais

substitue la notion de solidarité nationale à celle d’assistance et tend à favoriser

l’intégration des personnes handicapées dans la société. Elle affirme dans son

article 1er : « la prévention et le dépistage des handicaps, les soins, l’éducation,

la formation et l’orientation professionnelle, l’emploi, la garantie d’un minimum

de ressources, l’intégration sociale et l’accès aux sports et aux loisirs du mineur

1 Loi d’orientation en faveur des personnes handicapées du 30 juin 1975.

II - 25

et de l’adulte handicapés physiques, sensoriels ou mentaux constitue une

obligation nationale pour assurer aux personnes handicapées toute l’autonomie

dont elles sont capables ». Cette loi crée par ailleurs les Commissions

départementales de l'éducation spéciale (CDES) ainsi que les Commissions

techniques d'orientation et de reclassement professionnel (COTOREP) , et met

en place les Equipes de préparation et de suite du reclassement (EPSR)1.

La loi du 10 juillet 1987 réforme l’obligation d’emploi des personnes

handicapées en substituant une obligation de résultats à une obligation

précédemment procédurale. L’obligation d’emploi de 6 % de travailleurs

handicapés s’applique à l’ensemble des entreprises de plus de 20 salariés, et

intéresse le secteur privé comme les administrations publiques. Elle crée un

fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées, qui sera géré

sous la forme d’une association agréée par le ministère chargé de l’emploi, et

prendra le nom d’Association pour la gestion du fonds pour l'insertion

professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH).

Plusieurs textes ont par la suite complété le dispositif législatif et

réglementaire des droits des personnes handicapées :

- la loi du 10 juillet 1989, en garantissant à chacun le droit à

l’éducation, affirme la priorité à l’intégration scolaire des jeunes

handicapés ;

- la loi du 12 juillet 19902 énonce le principe de non-discrimination des

candidats à l’emploi et des salariés notamment en raison de leur état

de santé ou de leur handicap et renforce le rôle du médecin du

travail ;

- la loi du 7 janvier 1991 protège les salariés du secteur privé victimes

d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. Elle leur

donne le droit au maintien dans l’emploi pendant la période

d’indisponibilité et limite le droit de l’employeur au licenciement

uniquement pour des motifs non liés à l’invalidité. Par ailleurs, il est

fait obligation à l’employeur de reclasser les salariés devenus inaptes

à occuper leur ancien poste ;

- l’article 32 de la loi du 31 décembre 1992 a pour objet d’assurer des

garanties de reclassement ou d’indemnisation aux salariés devenus

inaptes à leur emploi à la suite d’un accident ou d’une maladie

professionnelle ou non ;

- l’arrêté du 27 juin 1994 précise les dispositions destinées à rendre

accessibles les lieux de travail aux personnes handicapées (nouvelle

construction ou aménagement) en application de l’article R. 235-3-18

du Code du travail ;

1 Articles R. 323-33-12 et suivants du Code du travail.

2 Repris par l’article L. 122-45 du Code du travail sur la non-discrimination.

II - 26

- la loi du 2 janvier 2002, réformant l’une des deux lois de 1975,

relative aux moyens des institutions sociales et médico-sociales ;

- enfin, la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 vient

transposer en partie la directive européenne du 27 novembre 2000.

Dans son article 132, elle précise certaines conditions d’accès des

handicapés à l’emploi ainsi que les conditions de réalisation du quota

d’emploi de 6 % par les entreprises. Elle détaille les conditions dans

lesquelles les entreprises peuvent, à titre alternatif, s’acquitter de leur

obligation d’emploi en appliquant un accord collectif. Enfin, elle

modifie les règles relatives aux accessoires de salaires des travailleurs

handicapés employés par des ateliers protégés.

III - LE CADRE JURIDIQUE FRANÇAIS

A - LE CADRE LEGAL ET REGLEMENTAIRE ACTUEL

1. L’apport des lois de 1975 et de 1987

1.1. La loi d’orientation de 1975

Deux lois relative au handicap et à sa prise en charge ont été promulguées

en date du 30 juin 19751. L’une d’elles, portant orientation en faveur des

personnes handicapées unifie et tend à rationaliser les dispositifs antérieurs. Elle

pose les principes généraux qui constituent aujourd’hui, le cadre légal de l’action

des pouvoirs publics. Si elle ne donne aucune définition du handicap, elle en

confie en revanche la reconnaissance à des CDES et les adultes (COTOREP).

La CDES est reconnue compétente dans le domaine de la prise en charge et

du suivi des enfants et adolescents de 0 à 20 ans. Elle fixe le taux d’incapacité

permettant l’ouverture du droit à l’allocation d’éducation spéciale qui s’ajoute

aux prestations familiales de droit commun pour compenser les dépenses liées au

handicap de l’enfant. Par ailleurs, la CDES se prononce sur l’orientation de

l’enfant vers un établissement scolaire ou un établissement médico-social

d’éducation spéciale, qu’il s’agisse d’une prise en charge à temps complet, avec

ou sans hébergement, ou de l’accompagnement par un service médico-social

spécialisé.

La reconnaissance du handicap des adultes de 20 ans et plus est assurée par

la COTOREP. Cette commission fixe le taux d’incapacité permettant

l’attribution de prestations financières, versées sous conditions, notamment de

ressources. Elle reconnaît la qualité de travailleurs handicapés, qui permet aux

intéressés d’avoir accès aux dispositifs spécialisés d’aide à l’insertion

professionnelles et à la formation et ouvre aux entreprises le bénéfice des aides

1 La seconde loi du 30 juin 1975 est relative aux moyens des institutions sociales et médico-sociales,

et a été récemment réformée par la loi du 2 janvier 2002 relative à la rénovation de l’action sociale

et médico-sociale.

II - 27

liées à l’emploi des travailleurs handicapés. Elle oriente également les intéressés,

soit vers la formation ou l’emploi en milieu ordinaire ou en milieu protégé de

travail, soit enfin, en fonction de la gravité du handicap, vers des établissements

médico-sociaux.

1.2. De 1975 à 1987 : vers une obligation d’emploi

L’insertion dans le milieu ordinaire de travail constitue l’un des meilleurs

moyens au service de l’intégration professionnelle et sociale. La loi d’orientation

du 30 juin 1975, qui affirmait pourtant le droit à l’emploi des personnes

handicapées, favorisa davantage, dans les faits, le milieu protégé, présenté

comme une voie facilitant une future insertion professionnelle. Il faut noter que

le même jour est votée une loi sur les institutions sociales et médico-sociales,

organisant l’accueil et la prise en charge des personnes jugées trop handicapées

pour être susceptibles de s’intégrer en milieu ordinaire, et donnant à la première

de ces deux lois les moyens de son ambition.

On observera que ces deux textes législatifs, qui formaient en 1975 un

couple objectifs/moyens, ont fait l’objet, au moment de les réformer, d’une

dissociation, le texte relatif aux moyens des institutions sociales et médicosociales

ayant déjà fait l’objet d’une réforme en 2002, plus d’un an avant celle,

programmée, de la loi d’orientation précitée.

L’ensemble des études et rapports sur la politique d’insertion des personnes

handicapées, dont le rapport de Marcel Viot1, révèle que les mesures d’incitation

à l’embauche sont de faible envergure et que les systèmes d’aides aux entreprises

sont peu connus. Les structures de travail protégé ont peu à peu perdu leur

vocation de transition vers le milieu ordinaire de travail. Des initiatives locales

ou sectorielles existent, mais elles demeurent isolées et souffrent d’une

insuffisante coopération entre les différents acteurs concernés.

Face à des critiques nombreuses, émanant en particulier du milieu

associatif, les réflexions menées à partir du milieu des années quatre-vingts

aboutissent à la promulgation d’une loi le 10 juillet 1987, s’inscrivant dans la

continuité de la loi d’orientation de 1975 en ce qu’elle fait de l’intégration

professionnelle et sociale des personnes handicapées une priorité nationale.

Cette nouvelle loi prend place dans un paysage économique et social

marqué par un chômage important et le développement de formes de

reconnaissance juridique de la précarité de l’emploi : contrats à durée déterminée

et travail temporaire. Dans un contexte tendu du point de vue de l’emploi, la

personne handicapée à la recherche d’un emploi apparaît particulièrement

vulnérable.

Tendant à « créer une dynamique en faveur de l’accès à l’emploi (…) en

prenant en compte les contraintes économiques des employeurs et en les

associant pleinement à la politique qui leur est proposée », la loi remplace

1 Avis adopté par le Conseil économique et social le 14 mars 1979 sur L’insertion professionnelle

des handicapés, rapport présenté par Marcel Viot au nom de la section du travail.

II - 28

certaines dispositions législatives résultant des lois de 1924, 1957 et 1975. La loi

de 1987 présente un certain nombre de dispositions novatrices destinées à

promouvoir et faciliter l’intégration des personnes handicapées dans le milieu

ordinaire de production et ainsi renforcer les possibilités de participation des

personnes handicapées dans la vie économique.

La loi fusionne les régimes antérieurs d’obligation d’emploi et concerne à

la fois les secteurs privé et public. Le seuil d’effectif des entreprises privées

assujetties est relevé de 10 à 20 salariés alors que le quota est abaissé de 10 à

6 %. La loi substitue à une obligation de la procédure, une obligation de

résultats : les employeurs ne sont désormais plus tenus de définir préalablement

les postes offerts à des travailleurs handicapés ; ils recrutent les personnes

handicapées en fonction des critères de compétences et de contenu de postes

qu’ils déterminent librement. Enfin, en vue d’accroître les moyens consacrés à

l’insertion des personnes handicapées, est créé un fonds de gestion pour la

collecte des contributions financières versées par les entreprises.

2. Le statut du travailleur handicapé

2.1. Absence de définition du travailleur handicapé, RQTH et autres

régimes de reconnaissance

Il n’existe pas, dans la législation française, de définition juridique de la

personne handicapée. Cette notion diffère selon les dispositifs réglementaires et

les régimes prévoyant des mesures spécifiques en faveur de certaines catégories

de personnes ayant un handicap. C’est en effet au fil de l’histoire et des

législations qu’apparaissent successivement des notions et des régimes répondant

à des logiques différentes1..

S’il est vrai que le terme de travailleur handicapé recoupe généralement

celui résultant de l’action en reconnaissance de la COTOREP, il faut cependant

préciser qu’existent d’autres régimes de reconnaissance des personnes

handicapées, qui ne relèvent pas de cette commission.

a) Régime de l’invalidité

Aux termes de l’article L. 305 du Code de la sécurité sociale, l’invalidité

est définie comme une réduction stabilisée de la capacité de travail ne résultant

ni d’un risque professionnel, ni d’une blessure de guerre. Est reconnue invalide

la personne qui a perdu deux tiers au moins de sa capacité de travail dans la

profession qu’elle exerçait. La pension d’invalidité, dont le montant est estimé

selon le taux d’incapacité, est versée par le régime de sécurité sociale.

1 Cf. avis adoptés par le Conseil économique et social le 10 juin 1992 sur Le potentiel productif des

personnes handicapées, conditions sociales et technologiques de sa valorisation, rapport présenté

par Thérèse Poupon au nom de la section du travail et le 13 septembre 2000 Situations de

handicap et cadre de vie, rapport présenté par Vincent Assante au nom de la section du cadre de

vie.

II - 29

b) Régime des accidents du travail et des maladies professionnelles

Le régime des accidents du travail et des maladies professionnelles

s’appuie sur la notion de réparation d’une atteinte à l’intégrité physique et

psychique du salarié survenue pendant ou à l’occasion du travail. Il trouve sa

source légale dans la loi du 9 avril 1898, qui rompt avec la logique du Code civil

en instaurant un système différent du droit commun de la responsabilité civile et

en assurant l’indemnisation des victimes d’accidents du travail, en contrepartie

de leur incapacité de travail ou de leur invalidité.

Ainsi, tout accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail est

considéré, aux termes de l’article L. 411-1 du Code de la sécurité sociale comme

accident du travail, et ce, quelle qu’en soit la cause, en vertu d’une présomption

d’imputabilité.

Les prestations du régime général des accidents du travail et maladies

professionnelles se composent, au-delà du versement d’indemnités journalières,

d’une rente viagère fondée sur un taux d’incapacité permanente, exprimé en

pourcentage, tenant compte de divers paramètres dont la nature de l’infirmité,

l’état général de la personne, son âge, sa qualification professionnelle et des

conséquences de l’accident.

La victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle a

droit à la prise en charge totale des frais de rééducation professionnelle et de

reclassement, des frais de réadaptation. Enfin, la loi prévoit une obligation de

reclassement assortie le cas échéant d’une priorité d’accès aux actions de

formation.

c) Les mutilés de guerre et assimilés

Ce régime repose sur le principe de la solidarité nationale et de la dette de

la Nation envers les victimes de la Première guerre mondiale. Les blessures

contractées en temps de guerre ont ouvert aux militaires réformés un droit

d’accès à des emplois publics réservés, puis à la rééducation professionnelle et à

une pension spécifique, enfin à une obligation d’emploi par les entreprises du

secteur privé.

Le régime de pension des mutilés de guerre ne fait aucunement référence à

une inaptitude au travail, prenant en compte la gravité des blessures ou maladies

invalidantes, et leur caractère définitif.

d) Le régime de la reconnaissance de la qualité de travailleur

handicapé

Dans le domaine du droit du travail, « est considéré comme travailleur

handicapé toute personne dont les possibilités d’obtenir ou de conserver un

emploi sont effectivement réduites par suite d’une insuffisance ou d’une

diminution de ses capacités physiques ou mentales »1. Il convient à cet égard de

1 Article L. 323-10 du Code du travail.

II - 30

remarquer que ce texte ne définit pas véritablement le travailleur handicapé, mais

évoque uniquement les conséquences du handicap sur l’activité professionnelle.

C’est en fait à la seule COTOREP que revient la responsabilité de la

reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé1.

Il convient à ce sujet de souligner que, quel que soit le régime de

reconnaissance, faire reconnaître son handicap constitue une démarche

personnelle, volontaire et facultative, même si, on le verra tout au long de ce

rapport, la déclaration du handicap ouvre la possibilité de bénéficier d’aides,

notamment pour le maintien dans l’emploi ou la recherche d’un emploi.

2.2. Le travailleur handicapé, salarié ordinaire

Afin d’assurer aux personnes handicapées employées en milieu ordinaire la

meilleure insertion possible, le législateur a choisi de ne pas les placer dans une

situation particulière au regard de la législation du travail et de ne pas les

singulariser par un statut spécifique vis à vis des autres salariés.

Les salariés handicapés sont par conséquent considérés comme des

employés « ordinaires » notamment en ce qui concerne la durée du travail. Ils ne

disposent pas de droit spécifique, par exemple, pour l’accès au temps partiel.

Comme tout salarié, la personne en situation de handicap bénéficie du

principe de non discrimination2. L’employeur ne peut pas refuser d’embaucher

une personne en raison de son état de santé ou de son handicap (sauf inaptitude à

l’emploi constatée par le médecin du travail). Il ne peut pas davantage le

licencier pour ce motif. Cette égalité de traitement ne se limite pas au

recrutement mais s’étend à tous les aspects de la vie professionnelle.

L’embauche peut se réaliser par tout type de contrat (CDI ou CDD) mais aussi

par la voie de contrats réservés aux personnes rencontrant des difficultés

particulières d’insertion, comme le contrat emploi-solidarité ou le contrat

initiative emploi, les personnes handicapées faisant partie des publics prioritaires

visés par ces mesures.

Quelques règles particulières existent cependant, telle l’allongement de la

durée du préavis de licenciement, qui est doublé par rapport à la durée

normalement prévue par la loi ou la convention collective applicable, sans

toutefois excéder trois mois3.

Un autre point d’importance fait également l’objet d’une mesure

dérogatoire ; en effet, en principe, le salaire des travailleurs handicapés employés

en milieu ordinaire de travail ne peut être inférieur à celui prévu par la législation

ou les textes conventionnels.

1 A noter que la loi de 1987 sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés détermine de façon

extensive les personnes handicapées bénéficiaires du dispositif légal.

2 Article L. 122-45 du Code du travail.

3 Article L. 323-7 du Code du travail.

II - 31

Cependant, des abattements de salaires peuvent être opérés lorsque

l’intéressé a un rendement professionnel notoirement diminué.

2.3. Les ressources financières des personnes handicapées

a) Les ressources liées à une activité professionnelle

La garantie de ressources des travailleurs handicapés

Son principe est posé par la loi de 1975 : il est accordé à toute personne

handicapée exerçant une activité professionnelle, une garantie de ressources

provenant de son travail et destinée à lui assurer un revenu minimum garanti.

Sont concernés par cette garantie les salariés handicapés en milieu ordinaire de

production subissant un abattement de salaire ou ceux exerçant une activité en

ateliers protégés ou en centres d’aides par le travail.

Cette garantie est assurée par l’Etat1sous forme d’un complément qui

s’ajoute au salaire versé par l’employeur. Son montant est égal au salaire que

percevrait un travailleur valide effectuant la même tâche dans la limite de 100 %

à 130 % du SMIC pour les salariés en milieu ordinaire, de 90 % du SMIC en

atelier protégé et de 70 % en centre d’aide par le travail.

L’allocation compensatrice pour « frais professionnels »

Il s’agit d’une allocation d’aide sociale destinée à compenser les frais

supplémentaires engendrés par l’exercice d’une activité professionnelle. La

personne handicapée doit présenter un taux d’incapacité permanente d’au moins

80 %. Cette allocation est soumise aux mêmes conditions de ressources que

celles de l’allocation aux adultes handicapées.

Les frais concernés peuvent être habituels (transport, outillages…) ou plus

ou moins ponctuels (aménagement d’un véhicule, achat de matériels adaptés).

L’allocation se cumule le cas échéant avec l’Allocation aux adultes

handicapés (AAH) ainsi qu’avec toute autre prestation de vieillesse ou

d’invalidité.

Autres ressources liées à l’exercice d’une activité professionnelles

Un certain nombre de prestations annexes sont liées, pour les travailleurs

handicapés remplissant les conditions, à une insertion, à une réinsertion dans

l’emploi, ou encore à la prise en compte des années d’activité professionnelle.

On citera à ce titre la prime de reclassement, la subvention d’installation, la

pension d’invalidité, la rente d’accident du travail et la pension de retraite.

b) Les allocations non liées à l’exercice d’une activité professionnelle

L’allocation d’adulte handicapé

L’AAH est une prestation créée par la loi du 30 juin 1975, servie comme

une prestation familiale par les caisses d’allocations familiales ou de mutualité

sociale agricole. Elle est soumise à un certain nombre de conditions cumulatives,

1 A noter que cette prestation a été confiée à l’AGEFIPH en 1997.

II - 32

liées d’une part aux ressources de la personne handicapée1, d’autre part au

handicap ; elle est accordée aux personnes atteintes d’une incapacité permanente

d’au moins 80 % ou à celles ayant une incapacité permanente de 50 à 79 %,

reconnues par la COTOREP et dans l’impossibilité de se procurer du travail en

raison de leur handicap2. Son montant est égal au minimum vieillesse, soit

577,92 € par mois au 1er janvier 2003.

Elle ne se cumule pas avec les avantages vieillesse ou invalidité ni avec la

garantie de ressources.

L’aide forfaitaire en faveur de la vie autonome à domicile des personnes

adultes handicapées

Un arrêté du 29 janvier 1993 institue une aide forfaitaire d’un montant égal

à 16 % de l’AAH, généralement appelée « complément autonomie » ; elle est

destinée à permettre aux personnes adultes handicapées de couvrir les dépenses

supplémentaires qu’elles ont à supporter pour les adaptations nécessaires à une

vie autonome à domicile.

Pour en bénéficier, les personnes handicapées doivent notamment présenter

un taux d’incapacité ouvrant droit à l’AAH et bénéficier d’une aide personnelle

au logement3. La demande doit être effectuée directement auprès de la CAF qui

verse l’AAH.

L’allocation compensatrice pour aide d’une tierce personne

Il s’agit d’une allocation d’aide sociale destinée à favoriser le maintien à

domicile des personnes handicapées présentant un taux d’incapacité d’au moins

80 %, dont l’état nécessite l’aide effective d’une tierce personne pour un,

plusieurs ou la plupart des actes essentiels de la vie courante ; le montant de cette

allocation sera fonction de l’état de nécessité. Comme pour l’allocation « frais

professionnels », la demande est instruite par la COTOREP et versée par les

services de l’action sociale.

3. La place du travail protégé

On ne peut considérer l’insertion professionnelle des personnes

handicapées dans le milieu ordinaire de travail sans évoquer les liens ou les

interactions qui existent avec le secteur protégé. Les personnes étant, du fait de

leur handicap, dans l’incapacité de travailler à un rythme identique à un salarié

dit « valide », peuvent bénéficier d’une mesure dite de travail protégé, soit en

entreprise du milieu ordinaire ou Travail protégé en milieu ordinaire (TPMO),

soit encore dans une structure de travail protégé : atelier protégé, Centre d'aide

par le travail (CAT).

1 Handicapé vivant seul sans enfant à charge : 6 847,10 €/an, doublé pour les handicapés vivant en

couple, et majoré de 50 % par enfant à charge.

2 La Cour de cassation a considéré qu’une activité exercée au sein d’un CAT ne constitue pas un

emploi au sens de la loi et ne peut être opposée à une demande d’AAH.

3 A noter qu’existent en outre deux types d’allocation de logement, à caractère social et à caractère

familial.

II - 33

3.1. Le travail protégé en milieu ordinaire

Le Code du travail prévoit que des emplois à mi-temps ou des emplois dits

légers peuvent être attribués, sur avis de la COTOREP, aux personnes

handicapées qui ne peuvent être employées en raison de leur état physique ou

mental, soit à un rythme normal, soit à temps complet. Le TPMO autorise un

employeur à effectuer un abattement sur le salaire de la personne, après avis de

l’inspecteur du travail1 : un complément est alors versé par l’AGEFIPH au titre

de la Garantie de ressources du travailleur handicapé (GRTH) en milieu

ordinaire.

3.2. Les ateliers protégés et les centres d’aide par le travail

Créés pour servir, à terme, de transition vers une insertion professionnelle

en milieu ordinaire, les ateliers protégés et les centres d’aide par le travail

permettent aux personnes handicapées d’exercer une activité rémunérée dans des

conditions adaptées à leurs possibilités.

a) Les ateliers protégés2

Les ateliers protégés ont vocation à permettre aux travailleurs handicapés

d’exercer une activité salariée dans des conditions adaptées à leurs possibilités.

La capacité de travail des personnes admises en atelier protégé est en général au

moins égale à un tiers de celle d’un travailleur valide.

Les ateliers protégés constituent des unités économiques de production

tenues d’assurer leur équilibre financier tout en ayant la possibilité de percevoir

des subventions de fonctionnement allouées par le ministère chargé du travail.

L’emploi en atelier protégé est relativement faible. Les ateliers protégés et

les CDTD sont de véritables entreprises, soumises au droit des entreprises et au

droit du travail. Le salaire minimum est au moins égal à 90 % du SMIC ; il est

constitué, d’une part d’une rémunération du travail égale au moins à 35 % du

SMIC pris en charge par l’employeur et d’autre part, d’un complément de

rémunération pris en charge par l’Etat au plus égal à 55 % du SMIC.

b) Les Centres d’aide par le travail(CAT)3

Le CAT se définit à la fois comme une structure de mise au travail et

comme une structure médico-sociale menant des activités de soutien qui

permettent une insertion professionnelle à des personnes qui ne pourraient

trouver leur place en milieu ordinaire de travail. Ils sont juridiquement des

établissements sociaux et ne relèvent pas, à ce titre, du Code du travail, mais du

Code de la famille et de l’aide sociale. Ils sont sous tutelle de la DDASS, qui

contrôle leur gestion financière, administrative et médico-sociale.

1 L’abattement est fixé à 10 % maximum par rapport au salarie perçu sur un même poste si le salarié

a une RQTH de catégorie B et de 20 à 50 % pour une RQTH de catégorie C.

2 Art. L. 320-30 et L. 323-60 et suivants du Code du travail.

3 Références : articles 167 et 168 du Code de la famille, décret n° 77-1547 du 31/12/77 et circulaire

60 AS du 08/12/78.

II - 34

Contrairement aux travailleurs handicapés exerçant une activité

professionnelle au sein d’ateliers protégés, les personnes handicapées admises

dans des CAT n’ont pas la qualité de salarié et ne sont pas liés aux CAT par un

contrat de travail. La plupart des travailleurs handicapés en CAT sont déficients

intellectuels.

Travailler en CAT nécessite d’être reconnu travailleur handicapé et orienté

par la COTOREP, avoir une capacité de travail ou ne dépassant pas le tiers de la

capacité normale de travail ou présenter des difficultés d’adaptation en milieu

ordinaire ou en atelier protégé requérant des soutiens médico-sociaux ou

psychologiques.

La rémunération des travailleurs handicapés en CAT se compose d’un

minimum de 5 % du SMIC versés par le CAT, d’un complément de

rémunération versé par la DDTEFP, à hauteur de 50 % du SMIC, et, le plus

souvent, d’une AAH (allocation adulte handicapé) qui permet d’atteindre la

valeur du SMIC, voire 110 % de celui-ci quand la part versée par le CAT est

supérieure à 15 % du SMIC.

Les CAT ont connu un développement beaucoup plus important que les

ateliers protégés, en raison, pour partie, de leurs modalités de financement

respectives. En effet, la formule de l’attribution d’un budget global propre aux

CAT s’avère plus facile à gérer que celle reposant, pour les ateliers protégés, sur

l’attribution en fin d’exercice d’une subvention d’équilibre. Compte tenu du

nombre conséquent de places en CAT et de la répartition géographique inégale

des ateliers protégés, on observe une tendance des COTOREP, l’offre

conditionnant la demande, à privilégier les orientations vers les CAT, pour des

personnes dont on pourrait a priori penser qu’elles sont aptes à intégrer un atelier

protégé, si ce n’est le milieu ordinaire.

3.3. Du milieu protégé au milieu ordinaire

Afin de permettre une meilleure orientation à terme des personnes

handicapées vers le milieu ordinaire de travail, le législateur a prévu le principe

de « passerelles » entre le milieu protégé et les entreprises.

Ainsi, les personnes handicapées employées en atelier protégé peuvent être

mises à disposition par une entreprise dans le cadre d’un contrat de détachement,

après avis de l'inspection du travail et consultation du comité d'entreprise. Cette

mesure est destinée à favoriser l’intégration professionnelle des personnes

handicapées en milieu ordinaire, son objectif étant l’embauche éventuelle des

salariés1. C’est pourquoi, la convention conclue entre l’atelier protégé et

l’entreprise utilisatrice est d’une durée maximale d’un an, renouvelable.

En ce qui concerne les CAT, les personnes handicapées peuvent exercer

des activités à l’extérieur du centre dans la cadre d’un contrat de sous-traitance

ou de mise à disposition. Le contrat de sous-traitance n’est soumis à aucune règle

1 Art. D. 323-25-3 du Code du travail.

II - 35

de forme particulière, notamment quant à sa durée. En revanche, dans le cas

d’une mise à disposition, la durée maximale est fixée à un an ; au-delà son

renouvellement doit recueillir l’avis de la COTOREP.

B - L’OBLIGATION D’EMPLOI

1. Les entreprises du secteur privé

La loi institue, pour tout employeur d’au moins 20 salariés, l’obligation

d’employer une proportion de travailleurs handicapés correspondant à 6 % de

l’effectif total des salariés, dont les bénéficiaires sont énumérés à l’article L. 323-

3 du Code du travail.

1.1. Les bénéficiaires de l’obligation d’emploi

Y figurent en premier lieu les travailleurs handicapés reconnus par la

COTOREP, seul organisme habilité à procéder à cette reconnaissance. Toutefois,

l’obligation s’applique également à d’autres catégories de personnes, la loi

tendant à couvrir le plus largement possible la typologie des personnes en

situation de handicap.

Sont ainsi concernés :

- les victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles

ayant entraîné une incapacité permanente d’au moins 10 % et

titulaires d’une rente attribuée au titre du régime général de sécurité

sociale ou de tout autre régime de protection sociale obligatoire ;

- les victimes civiles d’attentats avec une incapacité permanente d’au

moins 10 % ;

- les titulaires d’une pension d’invalidité, à condition que leur

invalidité réduise d’au moins des 2/3 leur capacité de travail ou de

gain ;

- les anciens militaires et assimilés, titulaires d’une pension militaire

d’invalidité au titre du Code des pensions militaires d’invalidité et des

victimes de guerre ;

- les sapeurs pompiers volontaires victimes d’un accident survenu ou

d’une maladie contractée en service.

En outre, les veuves et orphelins de guerre sont également admis au

bénéfice de cette obligation d’emploi, sans lien direct avec une situation de

handicap au sens où l’entend le présent rapport.

Il convient à ce sujet de souligner la complexité et la confusion qui

résultent de l’articulation des différents bénéficiaires, relevant de régimes

différents d’invalidité, et d’insister sur le fait que certaines catégories ne

II - 36

présentent pas directement un handicap et sont pourtant intégrées dans les

bénéficiaires1.

De plus, les règles de cumuls entre prestations sociales et rémunération en

cas de reprise d’une activité salariée divergent selon les différents types de

régime. Ainsi, les mutilés de guerre conservent l’intégralité de leur pension ; de

la même façon, les victimes d’accidents du travail ou de maladies

professionnelles continuent de bénéficier de la totalité de leur rente. A l’inverse,

la pension versée aux invalides civils est en général suspendue ou supprimée en

cas de reprise d’une activité professionnelle ; néanmoins, la personne peut le cas

échéant bénéficier de droits à pension d’invalidité 1ère catégorie et poursuivre une

activité à temps partiel. Enfin, s’agissant de l’AAH, soumise à conditions de

ressources, elle est selon les cas réduite à due concurrence voire supprimée.

1.2. Le quota : la notion d’unités bénéficiaires

L’obligation d’emploi est définie en référence à un taux d’emploi de 6 %

de l’effectif salarié, calculé sur une base permettant de défalquer un certain

nombre de salariés relevant de professions exclues de l’obligation2. Pour

apprécier sa situation par rapport à ce quota, chaque entreprise procède non au

décompte de salariés handicapés, mais à celui « d’unités bénéficiaires ».

En effet, la loi tient compte du niveau d’employabilité des personnes

handicapées et des efforts faits par l’employeur pour favoriser l’emploi des

moins facilement insérables d’entre elles. Le calcul du quota d’emploi s’effectue

donc, non en tenant compte de l’individu salarié – le « bénéficiaire » - mais en

fonction de l’unité bénéficiaire, une unité de calcul intégrant les éléments de

faible employabilité que sont la lourdeur du handicap et l’âge, en plus du

parcours professionnel. Ces calculs se font aussi au prorata de la durée du

travail. Ainsi, un travailleur handicapé peut représenter jusqu’à 5,5 unités

bénéficiaires3.

Cette mesure, qui répond au souci du législateur de favoriser l’insertion

professionnelle des personnes les plus lourdement handicapées, et par voie de

conséquence, les plus éloignées de l’emploi, pose néanmoins question dans la

mesure où elle stigmatise le handicap et semble reléguer au second plan la

personne.

1.3. Les moyens de satisfaire à l’obligation

La loi de 1987 offre à l’employeur des solutions , qui s’avèrent autant

d’alternatives à l’emploi direct de travailleurs handicapés. En dehors de

1 Cf. point sur les différents régimes de reconnaissance.

2 En effet, certains emplois relevant de catégories considérés comme exigeant des conditions

d’aptitude particulières, sont exclus du calcul de l’effectif ouvrant l’obligation d’emploi. cf.

annexe 2 : Liste des emplois non décomptés dans l’effectif.

3 Les bénéficiaires de l’obligation d’emploi peuvent être décomptés au maximum à 5,5 unités pour

les personnes reconnues par la COTOREP, à 3,5 pour les accidentés du travail, et à 2 pour les

autres bénéficiaires. (art. D. 323-2 du Code du travail).

II - 37

l’embauche directe, l’entreprise peut en effet également satisfaire à l’obligation

légale en ayant recours à trois autres moyens, distincts mais pouvant être utilisés

ensemble, de façon complémentaire.

L’employeur peut en premier lieu faire appel aux structures de travail

protégé en passant auprès d’elles des contrats de sous-traitance ou de prestations

de services. Toutefois, cette disposition ne peut être utilisée que dans la limite de

la moitié du quota, afin de ne pas obérer la perspective de l’insertion des

personnes handicapées en milieu ordinaire de travail, mode privilégié reconnu

par la loi.

Par ailleurs, les employeurs peuvent s’acquitter en totalité de l’obligation

d’emploi en faisant application d’un accord de branche, d’entreprise ou

d’établissement, soumis à l’agrément de l’Etat, qui prévoit la mise en œuvre d’un

programme annuel ou pluriannuel en faveur des travailleurs handicapés.

L’employeur s’engage ainsi, pour une durée de 2 ou 3 ans, à favoriser l’emploi

de personnes handicapées ou à maintenir dans l’entreprise ses salariés victimes

d’un accident du travail ou qui développent un handicap.

Il convient de noter que la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002

a modifié les obligations relatives au contenu de ces accords collectifs.

Jusqu’alors, ils devaient comporter au moins deux des actions suivantes : plan

d’embauche en milieu ordinaire, plan d’insertion et de formation, plan

d’adaptation aux mutations technologiques et plan de maintien dans l’entreprise

en cas de licenciement. Ils doivent désormais, d’une part, définir obligatoirement

un plan d’embauche en milieu ordinaire et, d’autre part, prévoir au moins deux

autres actions.

Enfin, l’employeur peut, pour satisfaire à son obligation légale, verser à

l’AGEFIPH une contribution représentative des bénéficiaires qu’il aurait dû

employer. Le montant de la contribution est fixé en fonction de la taille de

l’entreprise et calculé par rapport au SMIC1.

Le contrôle du respect de cette obligation d’emploi se fait par le biais d’une

déclaration annuelle de l’employeur auprès de la DDTEFP sur les emplois

occupés par des personnes handicapées par rapport à l’ensemble des emplois

existants (DOETH) accompagnée de la justification d’une des possibilités légales

d’exonération de l’obligation d’emploi. En cas de non respect de l’obligation

légale, l’employeur encourt une pénalité, fixée à 125 % de la contribution

volontaire à l’AGEFIPH, recouvrée par le trésor public.

1 Le montant de la contribution est fixé à 300 fois le SMIC horaire pour les entreprises de 20 à 199

salariés, à 400 fois pour celles de 200 à 749 salariés et à 500 fois pour les effectifs supérieurs.

L’obligation s’apprécie au niveau de l’établissement. Cependant l’effectif de référence pour

déterminer le taux de la contribution est celui de l’entreprise dont relève l’établissement. La

contribution est calculée au prorata du nombre d’unités bénéficiaires manquantes, après prise en

compte des autres moyens de mise en œuvre de l’obligation.

II - 38

1.4. Les aides accordées aux entreprises

Le système d’aides financières au profit des entreprises est une mesure très

répandue dans la majeure partie des pays européens en vue de favoriser

l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Le bilan qui peut être fait

de l’utilisation de ces mesures en France apparaît mitigé, notamment en raison

du nombre de ces aides, de leur complexité et de l’insuffisante information sur

ces dispositifs.

On précisera en préalable que ces diverses aides ne sont attribuées que pour

l’accès à l’emploi ou le maintien de travailleurs handicapés, reconnus par la

COTOREP.

Sans chercher à présenter ces aides de façon exhaustive, on peut citer la

prime d’apprentissage pour la formation des apprentis handicapés, ou la

possibilité de procéder à une réduction du salaire de la personne présentant un

rendement notoirement insuffisant.

Par ailleurs, l’Etat peut accorder une aide financière aux employeurs en vue

de faciliter la mise ou la remise au travail de personnes handicapées en milieu

ordinaire : aides pour l’aménagement des postes de travail et des accès aux lieux

de travail (adaptation de machines ou d’outillage, installation d’équipements à

haute technicité spécialisés pour les personnes handicapées…), aides de

compensation des charges supplémentaires d’encadrement.

Les entreprises peuvent également bénéficier d’aides attribuées par

l’AGEFIPH, qui viennent en complément des aides versées par l’Etat ou par les

collectivités territoriales.

L’AGEFIPH prend ainsi en charge le surcoût lié au handicap à toutes les

étapes de l’insertion professionnelle. Elle développe dans ce cadre un

programme d’intervention de vingt mesures : bilan d’évaluation et d’orientation,

actions de formations, études, diagnostics et conseils permettant aux entreprises

de cerner leurs besoins en matière d’insertion ou de maintien dans l’emploi des

personnes handicapées, aides à l’apprentissage ou aux formations en alternance,

aménagement des situations de travail et accessibilité des lieux de travail,

subventions pour permettre le maintien dans l’emploi. Le montant des aides et

autres financements accordés par l’AGEFIPH en 2002 s’élève à 398 millions

d’euros.

Il convient à ce sujet de préciser que si l’obligation d’emploi posée par la

loi de 1987 concerne les seules entreprises employant 20 salariés et plus, les

aides de l’AGEFIPH sont ouvertes à l’ensemble des entreprises, quel que soit

leur effectif 1, à l’exclusion des fonctions publiques.

Enfin, l’aggravation de la situation du marché de l’emploi a conduit les

pouvoirs publics à instaurer des aides financières ou des exonérations de charges

1 Selon le rapport d’activité 2001 de l’AGEFIPH , les établissements de moins de 20 salariés sont

majoritaires, en réalisant plus de la moitié des recrutements bénéficiant d’aides ; leur part diminue

cependant régulièrement depuis 1997.

II - 39

sociales (contrats aidés) au bénéfice des employeurs qui embauchent certaines

catégories de salariés, au titre desquelles figurent les personnes handicapées, ce

qui représente 5, 7 millions d’euros en 2001.

2. Les fonctions publiques

L’obligation d’emploi instituée par la loi de 1987 s’applique également aux

fonctions publiques d’Etat, territoriale et hospitalière ainsi qu’à leurs

établissements publics. Cette obligation est, comme dans le secteur privé, fixée à

6 % de l’effectif total des agents, les administrations pouvant s’en acquitter

partiellement en passant des contrats de fournitures ou de prestations de services

avec les établissements de travail protégé. Cette obligation n’est, contrairement à

l’obligation pesant sur les entreprises du secteur privé, sanctionnée d’aucune

manière, pas plus qu’il n’est légalement prévu de mesures de contrôle.

Enfin, si la loi de 1987 s’applique aux trois fonctions publiques, les

modalités de sa mise en œuvre diffèrent de celles fixées pour le secteur privé.

Ainsi, les personnes handicapées ne sont pas comptabilisées selon le principe des

unités bénéficiaires ; par ailleurs, il n’existe pas d’emplois exclus du champ de

l’obligation d’emploi pour le décompte de l’effectif. Enfin, la loi n’institue

aucune contribution libératoire en cas de non satisfaction au principe du quota.

2.1. Le recrutement

S’agissant du recrutement, les personnes reconnues travailleur handicapé

par la COTOREP (ou titulaires d’une pension militaire, ou encore veuves ou

victimes civiles de guerre), peuvent intégrer la Fonction publique selon deux

modes d’accès : le concours ou le recrutement direct par contrat ayant vocation à

titularisation1.

a) Par concours

Il s’agit de la voie d’accès de droit commun, ouverte aux travailleurs

handicapés, avec la possibilité d’un recul de la limite d’âge maximum. Les

candidats peuvent bénéficier d’un aménagement pratique des épreuves du

concours (temps de composition plus long, matériels adaptés, assistance d’un

secrétariat). Les travailleurs handicapés peuvent déposer une demande auprès de

la COTOREP, afin que leur handicap soit reconnu compatible avec l’emploi

postulé, pour éviter un possible avis médical défavorable par la suite qui

s’opposerait à leur recrutement effectif.

1 A noter que la voie des emplois réservés, concernant un certain nombre d’emplois de catégorie B

et C des trois fonctions publiques, au bénéfice des personnes en situation de handicap, sous la

seule condition d’un contrôle du niveau de connaissance par examen, a tendance à tomber en

désuétude. Les emplois réservés sont de moins en moins nombreux, avec d’importants délais

d’attente.

II - 40

b) Par contrat

Le recrutement sur contrat est possible depuis 1987 pour les emplois de

catégorie C et depuis 1995 pour ceux de l’ensemble des catégories A et B 1.

Cette formule a été initiée par La Poste. Le recrutement s’opère sur la base d’un

contrat d’une année, renouvelable une seule fois, à l’issue duquel ils peuvent être

titularisés s’ils sont jugés aptes professionnellement à exercer les fonctions

occupées pendant la durée du contrat. Le candidat doit remplir les mêmes

conditions de diplômes que les candidats au concours correspondant à l’emploi

qu’ils occupent.

A noter qu’il s’agit d’un dispositif spécifique aux personnes handicapées

(contrat d’un an ouvrant droit à titularisation) qui doit être distingué des autres

possibilités de recrutement par contrat prévues dans certains cas : technicité ou

qualification particulières, besoins saisonniers ou occasionnel2... Dans tous les

cas, le recrutement par contrat, constitue un dispositif dérogatoire s’opposant au

principe d’égalité à l’accès aux emplois publics garanti par la voie du concours,

qui fonde le droit de la Fonction publique française.

Le déroulement de carrière des fonctionnaires handicapés s’effectue de la

même façon que celle des fonctionnaires appartenant au même corps et au même

grade, avec toutefois une priorité en cas de demande de mutation.

S’il appartient à chaque administration de financer l’aménagement des

postes de travail sur son propre budget de fonctionnement, un fonds

interministériel créé en 19983 a vocation à contribuer à la prise en charge

d’expérimentations en matière d’équipements et d’aménagements des postes de

travail, ainsi qu’à participer au financement d’actions d’accompagnements

engagées par les services pour l’intégration de leurs agents handicapés4.

2.2. Le maintien dans l’emploi

Lorsque l’état de santé d’un fonctionnaire ne lui permet plus d’exercer

normalement ses fonctions, ce dernier doit bénéficier de la procédure de

reclassement, avant toute éventuelle mise à la retraite pour invalidité.

Si l’état physique du fonctionnaire ne lui permet plus de remplir les

fonctions correspondant aux différents emplois de son grade, l’intéressé peut

présenter une demande de reclassement, dans un emploi d’un autre corps, par le

biais d’un détachement, s’il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions

correspondantes. L’administration est alors tenue de proposer plusieurs emplois

1 Articles 27 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la

Fonction publique de l’Etat et de la loi n° 86-33 sur la fonction publique hospitalière ; article 38 de

la loi n° 84-53 sur la fonction publique territoriale.

2 Articles 4 et 6 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la

fonction publique de l’Etat. Des dispositions analogues existent pour les fonctions publiques

territoriale et hospitalière.

3 Fonds interministériel d’aide à l’insertion des personnes handicapées dans la Fonction publique.

4 Le budget de ce fonds (2,3 millions d’euros) vient d’être triplé à partir de 2002, dans le cadre du

protocole d’accord signé avec des organisations syndicales le 8 octobre 2001.

II - 41

dans un délai maximum de trois mois suivant la demande de l’agent. Lorsque le

fonctionnaire est reconnu définitivement inapte à l’exercice d’un emploi public,

et ne peut être reclassé, il est mis à la retraite d’office pour invalidité.

Cependant, tout comme le secteur privé, le bilan de la politique menée par

la Fonction publique n’apparaît pas satisfaisant dans le domaine de l’insertion

des personnes handicapées. Ceci étant, tout comme dans le privé, une prise de

conscience de la nécessité de conduire une véritable politique et de mobiliser le

plus grand nombre de moyens se développe depuis quelques années. A cet égard,

on notera la mise en place, depuis 1995, de correspondants handicaps dans

chacune des administrations, chargé de faciliter l’insertion professionnelle des

agents handicapés, ainsi que l’existence d’un accord triennal conclu dans la

Fonction publique de l’Etat en 2001, dont les fondements et les perspectives

devront être analysés.

C - LES ACTEURS

La politique menée en direction des personnes handicapées est par nature

partenariale. Y contribuent notamment, comme l’affirme l’article 1er de la loi de

1975 d’orientation en faveur des personnes handicapées, « l’Etat, les collectivités

locales, les établissements publics, les organismes de sécurité sociale, les

associations (…) ».

Dans ce cadre, l’Etat a en charge de définir les axes de cette politique, de la

mettre en œuvre et de coordonner l’ensemble des acteurs qui y concourent. Au

niveau national, la mise en œuvre et le suivi des dispositifs d’insertion

professionnelle des publics en difficulté et des actions spécifiques en faveur de

l’emploi des personnes handicapées relèvent du ministère chargé du travail, en

association, le cas échéant, avec les services de l’administration chargée de

l’action sociale.

1. Un réseau d’acteurs mobilisables pour l’insertion professionnelle

Une multiplicité d’acteurs participent à l’insertion professionnelle des

personnes en situation de handicap et mettent en œuvre la politique d’obligation

d’emploi initiée par les pouvoirs publics.

C’est ainsi qu’ont été institués les Programmes départementaux d'insertion

des travailleurs handicapés (PDITH) fortement impliqués dans les dispositifs

d’insertion professionnelle. Contribuant à rendre plus lisibles pour les

travailleurs comme pour les entreprises les moyens existants mis en œuvre au

plan territorial, le PDITH crée une dynamique d’insertion, favorisant la

complémentarité des actions et des mesures, mettant en réseau des acteurs

jusqu’alors cloisonnés, et développant une politique d’information, de

communication et d’évaluation des l’ensemble des actions conduites sur le

territoire.

Figurent en premier lieu, parmi les acteurs mobilisés par la dynamique du

PDITH, le Service public de l’emploi mais également les DDASS-Etat, les

II - 42

collectivités territoriales, l’AGEFIPH et le réseau Cap Emploi, les organismes de

formation (de droit commun ou spécialisés), les associations et les organisations

professionnelles et syndicales.

Il n’apparaît pas utile de présenter de manière détaillée l’ensemble des

services et organismes intervenant dans le champ du travail des personnes

handicapées, le rôle des uns et des autres étant généralement connu. En revanche,

il semble nécessaire d’aborder de façon plus précise l’AGEFIPH, au regard de la

place particulière qu’elle occupe dans le cadre de cette politique.

1.1. L’AGEFIPH

Le législateur a entendu en 1987 confier à une association ad hoc la gestion

du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapée, chargée de

collecter les contributions annuelles des employeurs au regard de leur obligation

d’emploi. L’AGEFIPH intervient dans le champ des entreprises privées et des

établissements publics industriels et commerciaux.

L’AGEFIPH est juridiquement constituée en juillet 1988 et devient

opérationnelle en octobre 1989. Elle est gérée par un conseil d’administration

composé de quatre collèges : les organisations professionnelles d’employeurs,

les confédérations syndicales de salariés représentatives, les associations de

personnes handicapées à caractère national qui siègent au Conseil supérieur de

reclassement professionnel, et enfin de cinq personnalités qualifiées désignées,

pour trois d’entre elles, par chacun des trois collèges précités, et pour les deux

autres, par le ministre chargé du travail.

L’association a pour objet d’accroître les moyens consacrés à l’insertion

des personnes handicapées en milieu ordinaire. Les actions qu’elle finance n’ont

pas vocation à se substituer à celles résultant des missions propres de l’Etat en ce

domaine, même si ces actions s’ajoutent à celles financées par des aides

publiques pré-existantes.

Les ressources de l’AGEFIPH sont destinées à favoriser toutes les formes

d’insertion en milieu ordinaire. Elles sont, selon la loi, affectées à trois priorités :

- le surcoût des actions de formation lié au handicap (formation des

formateurs, mise en place d’actions de préformation au stade de la

rééducation fonctionnelle) ;

- les actions d’innovation et de recherche dans l’entreprise (adaptation

de l’outil et aménagement des postes de travail) ;

- la mise en œuvre de toute mesure nécessaire au suivi des travailleurs

handicapés dans leur insertion ou leur vie professionnelle

(développement des EPSR, primes d’incitation au recrutement…).

Son action est relayée au niveau local par le réseau Cap Emploi qui

regroupe les EPSR issues de la loi de 1975 en faveur des personnes handicapées,

et les Organismes d'insertion et de placement (OIP) issus de la loi de 1987 sur

l’insertion professionnelles des personnes handicapées. Aujourd'hui, l'ensemble

II - 43

des EPSR et des OIP, soit 118 structures, constitue le réseau Cap Emploi, cette

appellation commune permettant de repérer leur activité dans chaque

département, fédérées sous l’impulsion et avec le soutien de l’AGEFIPH.

1.2. Le réseau Cap Emploi

Le réseau Cap Emploi s’identifie par son action spécifique au service de

l’emploi des personnes handicapées en milieu ordinaire ; il agit en complément

de l’action des ANPE, avec des compétences distinctes plaçant au cœur de sa

mission la personne handicapée dans son projet d’intégration professionnelle, et

en privilégiant un accompagnement individualisé basé sur une approche

contractuelle.

Les Cap Emploi assurent la médiation entre l'entreprise et la personne

handicapée qu'ils amènent, en fonction de ses compétences et aptitudes, vers un

emploi durable. Leur mission est le placement des travailleurs handicapés en

milieu ordinaire de travail, mais également le suivi des personnes insérées et leur

maintien dans l’emploi. Outre le réseau de l’ANPE, ils travaillent en liaison

constante avec les COTOREP et l’ensemble des partenaires concernés (PDITH,

collectivités territoriales).

En 2001, le réseau Cap Emploi a accueilli environ 74 000 personnes

handicapées et a permis le recrutement d’un peu plus de 42 000 d’entre-elles. En

grande majorité, ces emplois sont durables (près des trois quarts sont des contrats

conclus pour une durée supérieure à douze mois). Par ailleurs, la moitié des

placements sont réalisés au sein d’entreprises de moins de vingt salariés,

pourtant non soumise à l’obligation légale d’emploi.

2. L’environnement immédiat du travailleur handicapé

Cependant, en parallèle à l’action et aux efforts menés au niveau territorial

par les pouvoirs publics et les autres acteurs de l’insertion des personnes

handicapées dans les entreprises, c’est au sein de l’entreprise elle-même que se

définissent et s’organisent les modalités de l’activité professionnelle de ces

salariés.

C’est en premier lieu sur l’employeur, qui dispose du pouvoir de

recrutement, que repose la démarche favorisant l’insertion professionnelle de la

personne handicapée. Par ailleurs, les délégués syndicaux, les délégués du

personnel, le Comité d’entreprise ont un rôle important pour l’insertion des

travailleurs handicapés, dans le cadre des missions dévolues par la loi

(négociation d’accords collectifs, suivi de l’obligation d’emploi…). Tout

employeur doit porter cette DOETH à la connaissance du CE ou à défaut des

DP1.

1 Article R. 323-10 du Code du travail.

II - 44

Cette déclaration est constituée de plusieurs documents :

- une première partie recense tous les salariés y compris ceux qui

relèvent des catégories exigeant des conditions d’aptitudes

particulières. Cet effectif est réparti par sexe et selon la nomenclature

des professions et des catégories socioprofessionnelles ;

- une deuxième partie permet de justifier de façon détaillée des

différents moyens de mise en œuvre de l’obligation d’emplois des

personnes handicapées ;

- une troisième partie sert à identifier les établissements dans le cas où

la déclaration annuelle est établie par le siège social de l’entreprise.

Le CHSCT a une mission prépondérante en matière de prévention des

risques professionnels sur la santé des salariés. Il est consulté sur les mesures

prises en vue de faciliter la mise au travail des personnes handicapées, sur la

reprise du travail ou le maintien dans l’emploi des salariés victimes d’un

accident du travail et notamment sur l’aménagement de leur poste de travail.

De son côté, le médecin du travail a vu son implication renforcée dans le

domaine de l’intégration des personnes handicapées en termes d’insertion, de

suivi et de maintien dans l’emploi. ; il est appelé à jouer un rôle important de

conseil tant auprès de l’employeur que des salariés et des représentants du

personnel, l’amélioration des conditions de travail dans l’entreprise, l’adaptation

des postes, des techniques et des rythmes de travail.

S’agissant enfin du rôle des associations, en vertu de l’article L. 323-8-7

du Code du travail, celles-ci, ayant pour objet principal la défense des intérêts

des personnes handicapées, peuvent exercer une action civile fondée sur

l’inobservation des prescriptions de la loi lorsque celle-ci porte sur un préjudice

certain à l’intérêt collectif qu’elles représentent.

II - 45

CHAPITRE II :

DONNEES QUANTITATIVES ET QUALITATIVES

I - AGE ET DEMOGRAPHIE DES PERSONNES HANDICAPEES

A - DANS LE SECTEUR PRIVE

1. Une majorité d’hommes et des travailleurs âgés

Dans la population des travailleurs handicapés bénéficiaire de la loi du

10 juillet 1987, les hommes sont sur-représentés (68 % fin 2000) par rapport à

l’ensemble des salariés (62 %). La proportion d’hommes varie toutefois selon la

catégorie de personnes handicapées considérée.

La quasi-totalité des mutilés de guerre ou assimilés sont des hommes. C’est

également le cas d’une grande majorité des victimes d’accidents du travail.

Parmi les personnes reconnues handicapées par la COTOREP, les hommes sont

également majoritaires mais de façon moins prononcée. En revanche, ils se

trouvent minoritaires s’agissant des invalides pensionnés. Au fil des années, cette

différence entre représentation des hommes et des femmes tend à s’atténuer avec

la décroissance des accidentés du travail, catégorie traditionnellement très

masculine.

La population des travailleurs en situation de handicap est également plus

âgée que la population active examinée globalement : 62 % des bénéficiaires

sont âgés d’au moins 40 ans.

2. Une majorité de bénéficiaires reconnus par la COTOREP

Il convient de rappeler en premier lieu que la COTOREP est divisée en

deux sections spécialisées, selon la nature de la décision à prendre. La majeure

partie de son activité concerne la seconde section. Elle doit notamment décider

du taux d’invalidité de la personne, de l’attribution de certaines allocations

(AAH, allocation compensatrice, allocation logement), de l’attribution de la carte

d’invalidité, de l’admission éventuelle de la personne dans un établissement

spécialisé lorsque le handicap est incompatible avec toute activité

professionnelle. Cette précision est importante pour mieux comprendre la

complexité et la quantité de décisions qu’une COTOREP doit prendre au cours

d’une année.

Deux groupes dominent la population des travailleurs handicapés. Les

personnes reconnues par la COTOREP : 59 % et les victimes d’accident du

travail ou de maladie professionnelle : 30 %.

II - 46

Sur les dix dernières années, les personnes handicapées reconnues par la

COTOREP sont devenues largement majoritaires parmi les bénéficiaires alors

qu’elles n’en rassemblaient que 32 % en 1990 contre 55 % pour les victimes

d’accidents du travail. Ce renversement s’est effectué sous le double effet de la

baisse des accidents du travail et de l’augmentation du nombre de demandes

déposées auprès des COTOREP et de la croissance des RQTH.

Graphique 1 : Répartition des travailleurs handicapés

bénéficiaires de la loi du 10 juillet 1987

selon le sexe et la catégorie de handicap fin 1998

0

10

20

30

40

50

60

70

80

90

100

Personnes

reconnues

handicapées par

la COTOREP

Personnes

victimes d'un

accident du

travail

Invalides

pensionnés

Mutilés de

guerre et

assimilés

Ensemble

Hommes Femmes

En %

Source : DARES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

3. Une ancienneté élevée dans l’emploi et dans les entreprises

L’ancienneté dans l’emploi des salariés handicapés est élevée : 64 %

d’entre eux ont au moins 10 ans d’ancienneté dans la même structure (à la fin

2000) contre 47 % pour l’ensemble des salariés. Leur ancienneté moyenne en

emploi est de l’ordre de 15 ans et ne présente guère de différence selon le sexe

(six mois de plus pour les hommes). Une ancienneté élevée et un âge moyen

également élevé témoignent de la faible mobilité professionnelle des travailleurs

handicapés.

II - 47

4. Une majorité d’ouvriers

Les salariés handicapés occupent majoritairement des emplois d’ouvriers,

le plus souvent peu qualifiés.

Graphique 2 : Répartition par catégorie socio-professionnelle

des travailleurs handicapés et de l'ensemble des salariés des établissements

assujettis à la fin 1998

0

5

10

15

20

25

30

35

40

Travailleurs handicapés Ensemble des salariés

Chef d'entreprise et cadres Professions intermédiaires Employés

Ouvriers qualifiés Ouvriers non qualifiés

En %

Source : DARES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

B - DANS LES FONCTIONS PUBLIQUES

1. Les traits dominants des travailleurs handicapés de la fonction

publique de l’Etat

Les caractéristiques de la population des travailleurs de la fonction

publique de l'Etat (FPE) restent relativement stables d’une année sur l’autre pour

ce qui concerne les différentes catégories de bénéficiaires. La proportion

d’agents victimes d’accidents du travail (accidentés et bénéficiaires d’une

allocation temporaire d’invalidité - ATI) fléchit régulièrement jusqu’en 1995 et

semble se stabiliser depuis (45,2 en 1994 contre 41,21 en 1999 et 44 % en 2000).

II - 48

Graphique 3 : Répartition par sexe et par catégorie des bénéficiaires

de la loi du 10 juillet 1987

au 31 décembre 1999

(population de référence)

0 10000 20000 30000 40000

Effectif des bénéficiaires

Handicapés COTOREP

ATI

Fonctionnaires inaptes et reclassés

Catégories de

bénéficiaires

Hommes Femmes inconnu

Source : DGAFP, bureau des statistiques des études et de l’évaluation - Enquêtes auprès des

directions de personnel.

2. Répartition par sexe et par catégorie de bénéficiaires de la loi de 1987

On constate une forte prédominance des hommes au sein de la population

des handicapés dans la fonction publique d'Etat (72,5 % des bénéficiaires).

D’une manière générale, la structure de répartition entre hommes et femmes

bénéficiaires de la loi de 1987 par catégories varie peu entre 1996 et 2000.

La proportion de travailleurs handicapés selon les catégories statutaires

demeure stable d’une année sur l’autre. Les emplois de catégorie C sont

largement majoritaires.

Cette répartition par catégorie et par sexe est à rapprocher de la répartition

selon ces mêmes critères de l’ensemble de ses agents titulaires de l’Etat (hors

éducation nationale) au 31 décembre 2000 : 45,45 % de femmes et 54,55 %

d’hommes1. Au sein de la population masculine des fonctionnaires titulaires de

l’Etat (hors éducation nationale) 22,44 % appartiennent à la catégorie A, 20,94 %

à la catégorie B et 56,62 % aux catégories C et D. Les femmes appartiennent

quant à elles pour 18,95 % d’entre elles à la catégorie A, pour 22,79 % à la

catégorie B et pour 60,24 % aux catégories C et D.

1 Source : La Fonction publique et la réforme de l’Etat, Rapport annuel mars 2001-mars 2002,

page 57.

II - 49

Tableau 1 : Taux d'emploi des bénéficiaires de l'obligation d'emploi

soumis aux dispositions de l'article L. 323-2 du Code du travail

Evolution 1987 - 2000

1987 1990 1995 1998 1999 2000

Fonction publique de l’Etat* 3,40 % 3,72 % 4,02 % 4,09 % 4,18 % 4,17 %

Fonction publique territoriale n.d. n.d. 5,00 % 5,12 % n.d. n.d.

Fonction publique hospitalière 3,00 % 6,08 % 4,94 % 5,73 % n.d. n.d.

n.d. : donnée non disponible.

* hors Education nationale

Source : Fonction publique de l’Etat : DGAFP, bureau des statistiques, des études et de l’évaluation,

enquêtes auprès des directions de personnel.

Fonction publique territoriale : direction générale des collectivités locales.

Fonction publique hospitalière : direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins.

Graphique 4 : Répartition par catégorie des bénéficiaires

de la loi du 10 juillet 1987 au 31 décembre 1999

(population de référence)

Handicapés COTOREP

18%

Accidentés du travail

4%

ATI

37%

Emplois réservés hors

COTOREP

20%

Fonctionnaires inaptes et

reclassés

21%

Source : DGAFP, bureau des statistiques, des études et de l’évaluation. Enquête auprès des directions

du personnel.

II - 50

II - L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

A - LES COTOREP ET L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES PERSONNES EN

SITUATION DE HANDICAP

Les COROTEP1, acteurs centraux du dispositif d’insertion professionnelle

des personnes handicapées, ont été créées par la loi d’orientation du 30 juin 1975

en faveur des personnes handicapées et inadaptées (l’annexe n° 2 décrit leurs

missions). En matière professionnelle, elles sont habilitées à statuer sur six

mesures : la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH),

l’Orientation professionnelle (ORP), l’Abattement des salaires (ABS), l’Emploi

dans la fonction publique (EPF), la Prime de reclassement (PRR) et la

Subvention d'installation (SUB).

1. La reconnaissances de la qualité de travailleur handicapé

En 2001, les COTOREP ont pris 281 000 décisions relatives à la

reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés et ont attribué ce statut à

234 000 personnes, soit un taux de réponse favorable de 83,5 %. Cette

reconnaissance permet à une personne handicapée d’être bénéficiaire de la loi du

10 juillet 1987 qui fait obligation aux établissements de 20 salariés et plus

d’employer des travailleurs handicapés à hauteur de 6 % de leur effectif assujetti.

La RQTH est une mesure graduelle. En dessous d’un certain seuil

d’incapacité, la COTOREP peut refuser une RQTH à un demandeur en estimant

qu’il a une « aptitude normale au travail ». Mais si le handicap de la personne est

tel qu’elle ne peut pas occuper un emploi, la COTOREP peut également

prononcer une inaptitude. En cas d’accord, la personne handicapée pourra

recevoir une RQTH de niveau « A » pour un handicap qualifié de faible (45 000

en 2001), de niveau B pour un handicap modéré (125 000) ou de niveau C pour

un handicap grave (64 000).

1 L’activité des COTOREP en 2001, Jean-Marie Chanut, Jacqueline Paviot, DREES, Document de

travail n° 42, décembre 2002.

II - 51

Graphique 5 : Répartition (en %) des personnes ayant obtenu en 2001

la RQTH selon son niveau

19%

54%

27%

Catégorie A Catégorie B Catégorie C

Source : DREES/Mission INSEE du Conseil économique et social.

Parmi les 234 000 demandes de RQTH favorablement accueillies, une

majorité (55 %) correspond à des premières demandes. La répartition entre les

catégories d’incapacité A, B et C varie selon que la demande est une première

demande ou un renouvellement. La part des catégories A et B dans l’ensemble

des demandes acceptées de RQTH est plus importante dans les premières

demandes que dans les renouvellements.

II - 52

Graphique 6 : Répartition des catégories de RQTH

selon le type de demande en 2001

0

10

20

30

40

50

60

70

Première demande Renouvellement Total

Catégorie A Catégorie B Catégorie C

En %

Source : DREES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

Enfin une disparité existe d’une COTOREP à l’autre dans la répartition des

accords selon les catégories A, B et C. Ainsi la part d’attribution de la catégorie

A dans les accords de RQTH est inférieure à 7,2 % dans un dixième des

COTOREP et supérieure à 32,7 % dans un dixième. Cette amplitude est

respectivement de 41,3 % à 68,4 % pour la catégorie B et de 12,4 % à 42,2 %

pour la catégorie C.

2. L’orientation professionnelle

En 2001, les COTOREP ont statué sur 195 000 demandes d’orientation

professionnelle et ont fourni un avis favorable à 151 000 d’entre-elles, soit un

taux d’accord de 77,5 %. Parmi ces accords, les renouvellements sont les plus

nombreux (52 %).

Les COTOREP ont ainsi orienté 19 000 personnes (soit 12 %) vers une

formation professionnelle, 80 000 personnes (soit 53 %) vers le milieu ordinaire

de travail et 52 000 (soit 35 %) vers le milieu protégé. Pour les premières

demandes, l’orientation en milieu ordinaire de travail est largement

prépondérante. Par contre, pour les renouvellements, les orientations vers le

milieu de travail protégé sont légèrement majoritaires.

II - 53

Graphique 7 : Répartition des orientations

selon le type de demande en 2001

0

10

20

30

40

50

60

70

80

Première demande Renouvellement Ensemble

Formation professionnelle Milieu de travail ordinaire Milieu de travail protégé

En %

Source : DREES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

Selon les départements, la répartition des orientations professionnelles

selon « formation professionnelle », « milieu ordinaire de travail» et « milieu

protégé de travail » est assez inégale. Ainsi, 10 % des COTOREP orientent

moins de 30 % des personnes vers le milieu ordinaire de travail mais il y en a

également 10 % qui orientent vers le milieu de travail ordinaire plus de 64,5 %

des personnes.

2.1. Orientation vers le milieu ordinaire de travail

Lorsque la COTOREP oriente vers le milieu ordinaire de travail, la

personne concernée est dans 44 % des cas en « recherche directe d’emploi » et

dans 21 % bénéficie d’« un maintien en milieu ordinaire ». Le type d’orientation

en milieu ordinaire varie peu que ce soit une première demande ou un

renouvellement. En 2001, les premières demandes sont majoritaires : 65 %.

II - 54

Graphique 8 : Répartition des orientations professionnelles

en milieu ordinaire selon le type d'orientation et le type de demande en 2001

0

10

20

30

40

50

Première demande Renouvellement Ensemble

Maintien en milieu ordinaire Recherche directe d'emploi avec EPSR

Recherche directe d'emploi Suivi EPSR

Autres

En %

Source : DREES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

Orientation vers le milieu protégé de travail

La majeure partie des travailleurs orientés vers le milieu protégé sont

accueillis en CAT. Le CAT se définit à la fois comme une structure de mise au

travail et comme une structure médico-sociale menant des activités de soutien.

En général, la capacité de travail des personnes admises en CAT ne dépasse pas

le tiers de celle d’un travailleur valide effectuant la même tâche.

Les ateliers protégés constituent des unités économiques de production. Ils

mettent les travailleurs handicapés à même d’exercer une activité salariée dans

des conditions adaptées à leurs possibilités. La capacité de travail des personnes

admises en atelier protégé est généralement au moins égale à un tiers de celle

d’un travailleur valide.

II - 55

Graphique 9 : Répartition des orientations milieu de travail protégé

selon le type d'orientation et le type de demande en 2001

0

10

20

30

40

50

60

70

80

Première demande Renouvellement Ensemble

Atelier protégé Centre d'aide par le travail Autre

En %

Source : DREES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

2.2. Orientation vers la formation

En 2001, presque la majorité des personnes orientées en formation l’ont été

en centre de rééducation professionnelle. Toutefois, lors d’une première

demande, c’est l’orientation en centre de pré-orientation qui est prépondérante.

Et ce n’est que pour les renouvellements que la décision en centre de rééducation

professionnelle est largement majoritaire.

II - 56

Graphique 10 : Répartition des orientations en formation en 2001

selon le type de formation et le type de demande

0

10

20

30

40

50

60

70

Première demande Renouvellement Ensemble

Centre de formation professionnelle Centre de pré-orientation

Centre de rééducation professionnelle Autres cas

En %

Source : DREESS / Mission INSEE du Conseil économique et social.

3. L’abattement de salaire

Afin de permettre à des travailleurs handicapés, dont la capacité de travail

est notablement diminuée du fait de leur handicap, d’occuper un emploi dans le

milieu ordinaire du travail, la COTOREP peut permettre aux employeurs de

rémunérer un travailleur handicapé à un salaire moindre qu’un travailleur valide.

En 2001, 3801 décisions ont été prononcées par les COTOREP dont 3 340 ont

été favorables soit un taux d’accord de 88 %.

Pour l’employeur, l’abattement est fixé dans les limites suivantes : 10 %

maximum par rapport au salaire perçu sur un même poste si le salarié a une

reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé de catégorie B et de 20 à

50 % pour une reconnaissance de catégorie C. En 2001, 78 % des accords

d’abattement de salaire ont été supérieur ou égal à 20 %. Pour le salarié,

l’abattement de salaire est compensé par un système de garantie de ressources

pris en charge par l’AGEFIPH dans les établissements privés et par l’Etat dans

les autres cas.

4. L’orientation vers un emploi de la Fonction publique

En 2001, les COTOREP ont pris 12 831 décisions relativement à l’emploi

dans la Fonction publique ; 7 556 décisions favorables ont été prononcées soit un

taux d’accord de 59 %. Cette mesure doit prendre fin et être remplacée par un

nouveau dispositif.

II - 57

5. Les primes de reclassement

En 2001, 2 237 personnes qui ont été reconnues travailleurs handicapés par

la COTOREP, qui ont suivi intégralement et dans de bonnes conditions un stage

de rééducation ou de formation professionnelle et qui n’ont pas droit à une autre

aide de même nature (pension d’invalidité, etc.), ont perçu une prime de

reclassement fixée en fonction de leurs ressources. Pour cette mesure, le taux

d’accord est de 91 % (2 447 demandes traitées).

B - LE CHOMAGE DES PERSONNES HANDICAPEES1

Si le taux de chômage de l’ensemble de la population active est de 9 %, il

s’élève à 14,7 % pour les personnes handicapées. De même, le taux d’activité de

la population active qui s’élève à 70 % n’est que de 45 % s’agissant des

handicapés.

Les demandeurs handicapés au regard de l’emploi sont dans une situation

plus difficile que l’ensemble des demandeurs d’emploi parce qu’ils sont plus

âgés et moins qualifiés. Leurs périodes de chômage sont très longues, en

particulier pour les handicaps les plus lourds et ces sorties tardives du chômage

s’accompagnent d’une très forte récurrence traduisant une forte précarité dans

l’emploi. L’amélioration qu’a connu le marché du travail entre 1997 et 2000 n’a

que tardivement bénéficié aux demandeurs d’emploi handicapés.

A la fin du mois de décembre 2001, 214 718 demandeurs d’emplois

handicapés (tous handicaps confondus) sont inscrits en catégorie 1, 2 ou 3.

Le handicap des demandeurs est dans la majorité des cas (près de 85 %)

reconnu par la COTOREP. En effet, près de la moitié des demandeurs d’emploi

handicapés ont un handicap de catégorie B (modéré et/ou durable), 20 % un

handicap de catégorie A (léger et/ou temporaire) et 15 % un handicap de

catégorie C (grave et/ou définitif)2.

1 Le chômage des personnes handicapées : portrait statistique, Claudine Souhami, Collection Les

essentiels, observatoire de l’ANPE, juin 2001.

2 Le reste des demandeurs d’emplois handicapés se répartissant entre les demandes en instance de

décisions de reconnaissance par la COTOREP, et les autres régimes de reconnaissance (mutilés de

guerre et assimilés, pensions d’invalidité et rentes d’accidents du travail)

II - 58

Graphique 11 : Demandeurs d'emplois handicapés

selon leur catégorie de handicap à la fin décembre 2001

0

10

20

30

40

50

60

Travailleurs

handicapés de

catégorie A

Travailleurs

handicapés de

catégorie B

Travailleurs

handicapés de

catégorie C

En instance de

reconnaissance

COTOREP

Mutilés de

guerre et

assimilés

Pensions

d'invalidité

Rente accident

du travail

En %

Champ : Demandeur d’emploi en fin de mois de catégories 1, 2 et 3 - France métropolitaine.

Source : ANPE/Mission INSEE du Conseil économique et social.

1. Une population très masculine

Les hommes sont majoritaires parmi les demandeurs d’emplois

handicapés (59 % à la fin décembre 2001) alors qu’ils sont minoritaires parmi les

demandeurs d’emplois qui ne sont pas handicapés (44 %). La proportion

d’hommes est particulièrement importante parmi les travailleurs handicapés de

catégorie C. Elle l’est également parmi les titulaires d’une rente pour accident du

travail.

2. Une population plus âgée que les demandeurs d’emplois non

handicapés

Les demandeurs d’emploi handicapés sont plus âgés que les demandeurs

d’emplois non handicapés : à la fin décembre 2001, un tiers d’entre eux ont ainsi

entre 40 et 49 ans contre 22 % pour les demandeurs d’emploi qui ne sont pas

handicapés. De même, 28 % des demandeurs d’emploi handicapés ont 50 ans et

plus contre 16 % pour les demandeurs non handicapés. Deux sous-populations

peuvent être distinguées. La moitié des demandeurs d’emploi titulaires d’une

pension d’invalidité ont 50 ans et plus. Les travailleurs handicapés de catégorie

C sont plus jeunes que les travailleurs handicapés de catégorie A et B ayant à peu

près le même profil sur ce point.

II - 59

Graphique 12 : Répartition des demandeurs d'emplois handicapés

et non handicapés selon leur âge à la fin décembre 2001

0

5

10

15

20

25

30

35

40

Demandeurs d'emploi handicapés Demandeurs d'emploi non handicapés

Moins de 25 ans 25 à 29 ans 30 à 39 ans 40 à 49 ans 50 ans et plus

En %

Champ : DEFM de catégorie 1, 2 et 3 / France métropolitaine.

Source : ANPE - PERSE / Mission INSEE du Conseil économique et social.

3. Un niveau de formation très faible

Les demandeurs d’emploi handicapés ont un niveau de formation très

faible : 85 % d’entre eux ont un niveau inférieur ou égal au CAP/BEP alors que

ce n’est le cas que de 66 % des demandeurs valides. Les titulaires d’une pension

d’invalidité et les travailleurs handicapés de catégorie C sont particulièrement

défavorisés.

II - 60

Graphique 13 : Répartition des demandeurs d'emploi

à la fin du mois de décembre 2000 selon leur niveau de formation

0

10

20

30

40

50

Demandeurs d'emploi handicapés Demandeurs d'emploi non handicapés

Niveau inférieur au CAP/BEP Niveau CAP/BEP

Niveau BAC Niveau supérieur au BAC

En %

Champ : DEFM de catégorie 1, 2 et 3/France métropolitaine.

Source : ANPE - PERSEE / Mission INSEE du Conseil économique et social.

4. Une moindre qualification

A la fois plus âgés et moins bien formés, les demandeurs d’emplois

handicapés ont une qualification plus faible que les demandeurs d’emplois ne

présentant pas de handicap. Presque la moitié de la population des demandeurs

d’emploi handicapés est composée d’employés non qualifiés (26 %) ou

d’ouvriers non qualifiés (21 %) contre moins d’un tiers pour les demandeurs non

handicapés. Les travailleurs handicapés de catégorie A ont presque les mêmes

qualifications que les travailleurs handicapés de catégorie B. Par contre, les

travailleurs handicapés de catégorie C sont dans une position plus défavorable :

56 % sont ouvriers non qualifiés (28 %) ou employés non qualifiés (28 %).

II - 61

Graphique 14 : Répartition à la fin du mois de décembre 2000

des demandeurs d'emploi selon leur qualification

0

10

20

30

40

50

Demandeurs d'emploi handicapés Demandeurs d'emploi non handicapés

Manœuvre et OS Ouvriers qualifiés Employés non qualifés

Employés qualifés AMT Cadres

En %

Champ : DEFM de catégorie 1, 2 et 3/France métropolitaine.

Source : ANPE - PERSEE / Mission INSEE du Conseil économique et social.

5. Des emplois à temps partiels recherchés

A la fin du mois de décembre 2001, 30 % des demandeurs d’emploi

handicapés de catégorie 1, 2 ou 3 sont à la recherche d’un emploi à temps partiel

(demande d’emploi en fin de mois de catégorie 2). Les demandeurs handicapés

recherchent d’autant plus un emploi à temps partiel que leur handicap est lourd.

6. Un chômage important de longue et de très longue durée

A la fin de décembre 2001, le chômage de longue durée (un an et plus)

touche presque la moitié des demandeurs d’emploi handicapés (46 %) contre un

peu moins d’un tiers pour les autres publics. Le chômage de très longue durée

(deux ans et plus) frappe également de façon très importante les demandeurs

d’emploi handicapés : 25 % d’entre eux y sont confrontés pour 15 % des

demandeurs d’emploi non handicapés. Pour les travailleurs handicapés, plus le

handicap est lourd, plus le chômage de longue durée est élevé.

II - 62

Graphique 15 : Répartition à la fin de décembre 2001

des demandeurs d'emploi en fin de mois selon la durée du chômage

0

10

20

30

40

50

60

Demandeurs d'emploi handicapés Demandeurs d'emploi non handicapés

Moins de 6 mois De 6 mois à 1 an Chômage de longue durée (plus d'un an)

En %

Champ : DEFM de catégorie 1, 2 et 3/France métropolitaine.

Source : ANPE - PERSEE / Mission INSEE du CES.

C - L’OBLIGATION D’EMPLOI DANS LE SECTEUR PRIVE ET LES FONCTIONS

PUBLIQUES

Depuis la loi du 10 juillet 1987, l’obligation d’emploi des travailleurs

handicapés s’applique aux établissements de 20 salariés ou plus, ainsi qu’aux

administrations relevant des trois fonctions publiques. En 2001, sur les 22 000

personnes handicapées occupant un emploi, environ un quart travaillent dans le

secteur public et un peu plus de la moitié (56 %) dans le secteur privé.

1. Le secteur privé

1.1. Dans le secteur privé, 75 % des établissements d’au moins 20

salariés sont assujettis à l’obligation légale

Au 31 décembre 2000, sur un total de 120 000 établissements comptant au

moins 20 salariés dans le secteur privé, 92 000 sont assujettis à l’obligation

d’emploi de travailleurs handicapés. Un quart des établissements se trouvent

donc dispensés de satisfaire à l’obligation légale. Parmi ces 28 000

établissements, certains le sont en raison de la date récente de leur création ou

d’un franchissement du seuil des 20 salariés inférieur à trois ans. D’autres le sont

également du fait qu’une fois déduit de leur effectif certains emplois « requérant

des conditions d’aptitudes particulières » et correspondant à des postes de travail

particuliers, ils se trouvent en réalité sous la barre des 20 salariés. Un tableau

II - 63

annexé au rapport dresse le spectre des professions exclues, de ce fait, de la mise

en œuvre de l’obligation de la loi de 1987.

S’agissant de l’emploi dans les établissements de moins de 20 salariés, on

rappellera que rien n’oblige ces employeurs à embaucher des travailleurs

handicapés. En effet, la loi de 1987 ne vise que les établissements de 20 salariés

et plus. De ce fait, les statistiques fiables pour cette catégorie d’établissements

font cruellement défaut. Toutefois, on estime à fin 2001, que sur les 1 389 012

établissements de moins de 20 salariés, employant 5 609 601 salariés, les

travailleurs handicapés représenteraient environ 122 000 personnes.

1.2. Un taux d’emploi stable de 4 % à la fin décembre 2000

L’indicateur habituellement retenu pour apprécier la manière dont les

établissements appliquent la loi est le taux d’emploi direct. Il rapporte le nombre

« d’unités bénéficiaires » à l’effectif d’assujettissement. A la fin décembre 2000,

les 92 000 établissements concernés représentaient une assiette

d’assujettissement de 7,38 millions de salariés après déduction des 456 000

emplois reconnus comme exigeant des conditions d’aptitudes particulières. Ces

établissements employaient 219 000 travailleurs handicapés, comptabilisés pour

un total de 302 000 unités bénéficiaires, après application des coefficients

pondérateurs réglementaires. Le taux d’emploi direct ainsi obtenu atteint les

4,1 %, niveau proche des années antérieures.

La comparaison du taux d’emploi direct à l’objectif légal de 6 % est

notamment biaisée du fait de l’application d’une règle, qui précise que le nombre

de personnes handicapées à employer est égal à 6 % de l’effectif arrondi à

l’entier inférieur. De ce fait, par exemple, une entreprise de 33 salariés présente

une obligation d’emploi égale à un salarié handicapé (6 % de 33 = 1,98 arrondi

à 1), soit un taux direct d’emploi de 3,3 %1.

1.3. Un établissement sur trois satisfait à son obligation par emploi direct

de salariés handicapés

Pour répondre à leur obligation et atteindre le taux fixé par la loi, les

établissements ont trois possibilités pouvant se combiner : l’emploi direct de

travailleurs handicapés, le recours à la sous-traitance avec le milieu protégé et le

versement d’une contribution à l’AGEFIPH. Ils peuvent également passer un

accord au niveau de l’entreprise ou de la branche. Un tiers des entreprises

assujetties remplissent leurs obligations par le seul fait d’employer directement

des personnes handicapées. A l’autre extrémité, 37 % des établissements

n’accueillent aucun travailleur handicapé. Enfin, 4 % des établissements se sont

engagés dans la voie de la négociation d’accords collectifs.

1 Dans ces conditions, le taux d’emploi réellement visé dans la loi est de 4,3 % pour les entreprises

de 20 à 49 salariés et de 5,4 % pour l’ensemble des établissements assujettis.

II - 64

Graphique 16 : Répartition des établissements assujettis

selon les modalités de réponse à l'obligation légale à la fin décembre 2000

0 5

10

15

20

25

30

35

40

Versement à

l'AGEFIPH

uniquement

Versement à

l'AGEFIPH

+ sous

traitance

Travailleurs

handicapés

+ sous

traitance

Travailleurs

handicapés

+ AGEFIPH

+ sous

traitance

Travailleurs

handicapés

+ AGEFIPH

Travailleurs

handicapés

seulement

Accords

En %

Source : DARES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

1.4. Des taux moyens d’emploi proches dans l’ensemble des

établissements, quelle qu’en soit la taille

On estime à fin 2000 que les établissements, indépendamment de leur

taille, ont des taux d’emploi de travailleurs handicapés assez proches, de l’ordre

de 4 % s’agissant des établissements de 20 à 49 salariés, de 4,5 % dans les

établissements de100 à 199 salariés et de 4 % dans les établissements de plus de

200 salariés.

1.5. Les taux d’emploi de travailleurs en situation de handicap différent

selon le secteur d’activité considéré

Les différences de taux d’emploi de travailleurs handicapés sont

prononcées entre secteurs d’activité, puisqu’ils vont de 8 % pour « la santé et

l’action sociale » à 1,5 % pour le « conseil et assistance ». De manière générale,

les secteurs ayant les taux d’emploi les plus élevés appartiennent à l’industrie et

aux services opérationnels et domestiques.

II - 65

Tableau 2 : Taux d'emploi des travailleurs handicapés à la fin 2000

Dans les dix secteurs employant le plus de personnes handicapées En %

Santé, action sociale

Production de combustibles et carburants, gaz

Industrie du bois et du papier

Construction

Métallurgie et transformation des métaux

Automobile

Industrie des équipements du foyer

Industries agricoles et alimentaires

Industries des composants électriques et électroniques

Agriculture, sylviculture et pêche

8,0

7,1

5,5

5,4

5,1

5,1

4,9

4,9

4,4

4,4

Dans les dix secteurs employant le moins de personnes handicapées

Edition, imprimerie, reproduction

Commerce et réparation automobile

Pharmacie, parfumerie, entretien

Hôtels et restaurants

Eau, gaz, électricité

Activités financières

Commerce de gros

Recherche et développement

Activités culturelles, récréatives et sportives

Conseil et assistance

3,0

3,0

2,9

2,9

2,7

2,7

2,5

2,4

2,2

1,5

Source : DARES, Déclaration obligatoire de travailleurs handicapés, 2000.

Deux constats peuvent éclairer les disparités sectorielles relevées. D’une

part, les taux d’emplois sont d’autant plus élevés que la concentration en ouvriers

est forte. A contrario, le taux d’emploi est d’autant plus faible que la part des

emplois très qualifiés (cadres et professions intermédiaires) est importante.

D’autre part, la fréquence des accidents du travail est plus élevée dans les

secteurs de l’industrie et de la construction qui présentent traditionnellement les

taux d’emploi les plus forts. Cette fréquence va de 3,4 accidents ayant entraîné

une incapacité permanente pour 1 000 salariés dans la métallurgie jusqu’à 8 pour

1 000 dans le bâtiment et les travaux publics.

A l’autre extrémité, on observe une fréquence d’accidents plus faible dans

les secteurs relevant de manière exclusive aux services. Ces secteurs présentent

des taux d’emploi de travailleurs handicapés généralement moins élevés : le

conseil, les services administratifs et financiers (0,8 accident pour 1 000), le

commerce non alimentaire (1,9 accidents pour 1 000), l’alimentation

(2,5 accidents pour 1 000). Sans doute ce constat peut-il, pour partie, s’expliquer

par la volonté d’entreprises appartenant à des secteurs « accidentogènes » de

reclasser et maintenir dans l’emploi les salariés devenus inaptes consécutivement

à un accident du travail ou à une maladie professionnelle.

II - 66

2. Les fonctions publiques

Si la loi du 10 juillet 1987 est applicable aux trois fonctions publiques dans

les mêmes conditions que le secteur privé, des données statistiques analytiques

font défaut pour mesurer précisément les taux d’emploi et présenter les

caractéristiques des secteurs concernés, des catégories de handicaps concernés,

ou encore de l’usage relatif de chacune des formules juridiques permettant aux

structures assujetties de se libérer de leur obligation.

La Direction générale de l’administration et de la Fonction publique fournit

néanmoins, dans son rapport du 3 décembre 2002 sur l’exécution de la loi n° 87-

517 du 10 juillet 1987 en faveur de l’emploi des travailleurs handicapées, les

statistiques suivantes. Le taux d’emploi qui en résulte, présenté en fonction des

données disponibles pour chacune des trois fonctions publiques s’établit comme

suit :

- Fonction publique de l’Etat 4,17 % au 31/12/2000

(hors éducation nationale)

- Fonction publique territoriale 5,12 % au 31/12/1998

- Fonction publique hospitalière 5,73 % au 31/12/1998

Ces données, qui excluent du calcul statistique l’éducation nationale, alors

même qu’elle représente à elle seule la moitié des effectifs de la Fonction

publique, peuvent être comparées sur une période allant de 1987 à 2000.

Au 31 décembre 2000, le nombre de bénéficiaires s’élève à 38 871, dont

605 « équivalents-bénéficiaires ». Les « équivalents bénéficiaires » sont calculés

à partir du montant des achats et marchés passés avec les établissements de

travail protégé1. On constate une légère baisse de ces achats entre 1999 et 2000.

Dans tous les cas, ces achats demeurent très faibles, et pour moitié attribuables à

La Poste.

Le taux d’emploi examiné par les administrations relevant de la fonction

publique de l’Etat fournit peu d’indications supplémentaires, les taux étant inclus

dans une fourchette allant de 1,4 % à près de 9 %, avec une mobilisation très

variable de la formule des marchés passés avec des établissements de travail

protégé.

D - LE TRAVAIL EN MILIEU PROTEGE

Il existait en France, fin 2001, 547 ateliers protégés agréés qui employaient

18 760 travailleurs handicapés, dont 25 % souffrant d’un handicap moteur.

Il y a en France environ 1 300 CAT qui accueillent 90 000 travailleurs

handicapés.

1 Le nombre des « équivalents bénéficiaires » est déterminé en application du décret n° 89-355 du

1er juin 1989. Ce nombre est obtenu en effectuant le quotient du montant TTC des achats effectués

pendant l’année par le traitement annuel minimum servi à un agent occupant un emploi à temps

plein au 31 décembre de l’année écoulée.

II - 67

III - UNE AUTRE APPROCHE DE LA SITUATION DES

TRAVAILLEURS EN SITUATION DE HANDICAP : L’ENQUETE

HID

On a vu que l’approche de la situation des personnes handicapées par

rapport au milieu professionnel ne permet pas d’avoir une vision globale en

raison de son aspect fragmentaire émanant de diverses sources administratives

dont les objectifs sont différents. En effet, est privilégiée selon le champ dans

lequel est situé l’enquête, la vision soit de la RQTH établie par les COTOREP,

soit de la population handicapée demandeur d’emploi, soit des bénéficiaires de

l’obligation d’emploi visés par la loi de 1987.

Ces sources fournissent des informations importantes mais insuffisantes

dans la mesure où elles portent sur des parties de la population totale (les

chômeurs par exemple) ou sur des flux. En effet, les COTOREP peuvent

indiquer une année donnée le nombre de personnes ayant reçu la qualité de

travailleurs handicapés mais sont dans l’incapacité de préciser le nombre total de

personnes qui à une date donnée bénéficient de cet avantage.

Une enquête réalisée par l’INSEE en décembre 1999, intitulée Handicapincapacité-

dépendance (HID) et effectuée auprès d’un échantillon de 16 945

personnes, présente l’avantage d’une vision globale de la population handicapée

et permet de parfaire la connaissance de ses relations avec le travail, l’emploi et

le chômage.

A - UN PEU PLUS DE 700 000 TRAVAILLEURS HANDICAPES

En décembre 1999, 718 000 travailleurs handicapés au sens de la loi de

juillet 1987 ont été dénombrés, soit un peu moins de 3 % de la population active

totale1. La très grande majorité de ces travailleurs handicapés bénéficient d’une

reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés.

1 L’emploi et le chômage des personnes handicapées en 1999, Selma Amira, Premières Synthèses

n° 44.3, de novembre 2001, ministère de l’emploi et de la solidarité.

II - 68

Tableau 3 : Les travailleurs handicapés à la fin de 1999

selon la situation par rapport à l'emploi

Titulaires

d’une RQTH

(COTOREP)

Accidentés

du travail

(IP de plus

de 10 %)

Invalides

pensionnés

Mutilés de

guerre et

assimilés

Reconnaissance

de handicap

non précisée

Ensemble des

travailleurs

handicapés

Milieu ordinaire 163 811 71 991 31 893 7 954 59 556 335 205

Milieu ordinaire de

l’administration

70 819

13 132

2 830

4 140

25 730

116 651

Milieu protégé 88 197 2 076 2 484 2 076 94 833

Total actifs occupés 322 827 87 199 37 207 12 094 87 362 546 689

Chômeurs 120 622 16 641 20 698 675 12 470 171 106

Total actifs 443 449 103 840 57 905 12 769 99 832 717 795

Source : DARES, Enquête INSEE, HIF 1999.

B - UNE MAJORITE D’ACTIFS OCCUPES DANS LE MILIEU ORDINAIRE

Les trois quarts des travailleurs handicapés, soit un demi-million de

personnes sont en emploi, dont 335 000 dans le secteur privé, en milieu

ordinaire, autour de 120 000 dans la Fonction publique, et près de 100 000 dans

le milieu protégé (centre d’aide par le travail et atelier protégé). La Fonction

publique, dans le cadre des « emplois réservés » et des concours administratifs

accueille dans des proportions assez proches des hommes et des femmes

handicapés, relativement diplômés. Le secteur privé, et tout particulièrement

l’industrie, emploie, en milieu ordinaire, une population plutôt masculine,

souvent ouvrière, dont le handicap est assez souvent consécutif à un accident du

travail. Chez ces salariés du privé, comme chez les fonctionnaires, les niveaux de

diplôme sont supérieurs à ceux des chômeurs handicapés. De son côté, le milieu

protégé reçoit une population moins âgée et surtout très peu diplômée.

II - 69

Graphique 17 : Répartition des travailleurs handicapés au titre de la loi

du 10 juillet 1987 selon leur catégorie et leur lieu d'emploi en 1999

0

20

40

60

80

100

Titulaires d'une

RQTH (COTOREP)

Accidentés du

travail (IP de plus

de 10 %)

Invalides

pensionnés

Mutilés de guerre

et assimilés

Milieu ordinaire Milieu ordinaire de l'administration Milieu protégé

En %

Source : DARES, Enquête INSEE - HID 1999 / Mission INSEE du Conseil économique et social.

C - DES CARACTERISTIQUES PARTICULIERES

De façon générale, la population des travailleurs handicapés présente des

caractéristiques très différentes de l’ensemble des actifs. Elle est plus masculine

avec deux tiers d’hommes contre 54 % pour la population active totale. Elle est

aussi plus âgée avec deux fois moins d’actifs de moins de 25 ans et plus d’actifs

de 50 ans et plus. Enfin, elle est peu diplômée et moins qualifiée.

II - 70

Tableau 4 : Les caractéristiques des travailleurs en situation de handicap

En pourcentage

Ensemble de

la population

active

Ensemble des

travailleurs

handicapés

Hommes

Femmes

54

46

67

33

Répartition par sexe

Ensemble 100 100

Moins de 25 ans

25 à 29 ans

30 à 49 ans

50 ans et plus

10

14

57

19

5

10

59

26

Répartition par âge

Ensemble 100 100

Indépendants

Cadres et professions

intermédiaires

Employés

Ouvriers

10

35

31

24

7

20

31

42

Répartition par

catégories sociales

Ensemble 100 100

Etudes supérieures

BAC

CAP - BEP

BEPC

CEP ou rien

26

14

32

7

21

12

10

31

4

43

Répartition par niveau

de formation

Ensemble 100 100

Source : DARES, Enquête INSEE - HID 1999.

D - UNE POPULATION TRES EXPOSEE AU CHOMAGE

Cumulant handicap, faible niveau de qualification et âge élevé, les

travailleurs handicapés sont très exposés au chômage : en décembre 1999, 24 %

des actifs handicapés se déclarent chômeurs contre 10,4 % pour l’ensemble des

actifs. Moins la personne est qualifiée, plus son handicap accroît le risque qu’elle

connaisse le chômage par rapport aux actifs non handicapés. Ainsi, les ouvriers

handicapés ont un taux de chômage nettement plus élevé que les ouvriers non

handicapés alors que pour les cadres et professions intermédiaires, cette

différence est moins marquée. Comme pour l’ensemble de la population active,

les femmes et les jeunes handicapés sont plus souvent au chômage. Le taux de

chômage varie également selon la catégorie de travailleurs handicapés.

II - 71

Graphique 18 : Taux de chômage des travailleurs handicapés

au titre de la loi du 10 juillet 1987 selon leur catégorie en décembre 1999

0

5

10

15

20

25

30

35

40

Titulaires d'une

RQTH (Cotorep)

Accidentés du

travail (IP de plus

de 10 %)

Invalides

pensionnés

Mutilés de guerre

et assimilés

En %

Source : DARES, Enquête INSEE HID 1999 / Missions INSEE du Conseil économique et social.

Enfin, le taux de chômage est également fonction de la lourdeur du

handicap : il atteint ainsi 31 % pour les personnes qui déclarent plus de deux

déficiences. Il dépend aussi de la nature de la déficience. Le chômage frappe par

exemple plus souvent les personnes qui déclarent une déficience motrice qui

affecte fortement leur mobilité que celles qui font état d’une déficience de la vue,

de l’ouïe ou de la parole.

1. Un million de personnes âgées de 20 à 59 ans ont la reconnaissance

qualité de travailleurs handicapés (RQTH)

En décembre 1999, selon l’enquête HID, 1,6 million de personnes

bénéficient de la RQTH. Parmi cette population, près de 60 % (soit un million)

sont âgés de 20 à 59 ans et sont donc susceptibles de se porter sur le marché du

travail. Les autres ont moins de 20 ans (114 000) ou 60 ans et plus (573 000).

Les principales caractéristiques de ces personnes bénéficiaires de la RQTH

et âgées de 20 à 59 ans sont déjà connues. Cette population est plutôt masculine

(à 57 %), âgée (un tiers de 50 ans et plus), faiblement diplômée (la moitié ont le

CEP ou rien).

II - 72

2. Plus de la moitié des titulaires d’une RQTH et âgés de 20 à 59 ans

sont inactifs

Plus de la moitié (53,9 %) des personnes âgées de 20 à 59 ans et titulaires

de la RQTH sont inactives. Les autres ont un emploi (33,7 %) ou sont au

chômage (12,4 %).

Les femmes sont plus souvent inactives que les hommes : 61 % contre

48,5 %. Par rapport à l’emploi, les femmes sont donc doublement pénalisées à la

fois parce qu’elles sont plus souvent en retrait du marché du travail mais

également parce qu’une fois présentes sur ce marché, elles sont plus souvent au

chômage que leurs homologues masculins.

Plus les personnes sont âgées, plus souvent elles sont inactives : 46 % des

30 à 49 ans sont dans ce cas contre 72 % pour les 50 ans et plus. De même, plus

le niveau de formation est faible, plus les personnes sont inactives : un tiers des

personnes ayant un BAC ou plus sont inactives alors que c’est le cas de la moitié

des personnes ayant un CAP ou un BEP.

La lourdeur du handicap est également un facteur important de retrait du

marché du travail. Plus les personnes sont lourdement handicapées, plus souvent

elles sont inactives. Par contre, pour les personnes qui sont sur le marché du

travail, la lourdeur du handicap influe de façon modérée sur le taux de chômage :

le taux de chômage des personnes n’ayant pas d’incapacité forte est de 25 %

tandis que celui des personnes ayant deux incapacités fortes ou plus est de 29 %.

Graphique 19 : Pourcentage de personnes inactives parmi les personnes âgées

de 20 à 59 ans et bénéficiaires de la RQTH

selon la lourdeur de leur handicap en décembre 1999

0

10

20

30

40

50

60

70

Pas d'incapacité forte 1 incapacité forte 2 ou plus incapacité fortes

En %

Source : DARES, Enquête INSEE - HID / Mission INSEE du Conseil économique et social.

II - 73

Enfin, le type de handicap joue également un rôle vis à vis de l’insertion

professionnelle : les personnes qui déclarent une déficience motrice sont moins

souvent inactives que les personnes qui déclarent une autre déficience.

3. Près de 500 000 personnes âgées de 20 à 59 ans sont victimes d’un

accident du travail ou invalides pensionnés ou mutilés de guerre

En décembre 1999, selon l’enquête HID, 1,5 million de personnes

bénéficient d’une reconnaissance administrative de leur handicap autre que la

reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés délivrée par la

COTOREP. Ces personnes sont des invalides pensionnés, des mutilés de guerre

ou des victimes d’un accident du travail. Parmi cette population, près d’un tiers

(soit 500 000 personnes) sont âgées de 20 à 59 ans et sont donc susceptibles de

se porter sur le marché du travail. 46 % de ces adultes âgés de 20 à 59 ans sont

inactifs.

II - 74

II - 75

TITRE II

CONSTATS ET ANALYSES

II - 76

II - 77

CHAPITRE I :

HANDICAP ET EMPLOI :

DES ASPIRATIONS NOUVELLES, DES EVOLUTIONS

A L’ŒUVRE, DES OBSTACLES RESTANT A LEVER

Avant de chercher à identifier les conditions de l’insertion dans l’emploi

des personnes handicapées, il est indispensable de regarder quelle est la

satisfaction des besoins essentiels des personnes, en commençant par ce qui fait

la base d’une vie quotidienne. En effet, si l’on n’est pas en capacité de sortir de

son lit le matin, il est difficile d’imaginer que l’on puisse avoir une place dans la

vie active.

En l’absence de soutien suffisant, les personnes handicapées peuvent

éprouver des difficultés majeures dans la maîtrise de leur propre existence et être

contraintes de réduire leurs besoins. Les efforts qu’elles doivent consacrer à

assurer leur quotidien peuvent alors s’avérer tout aussi pénibles qu’une journée

de travail. Et lorsque, faute de parvenir à une autonomie suffisante, l’existence

devient une suite d’attentes et d’obstacles à surmonter, l’action devient alors

impossible.

C’est dire si l’environnement médical et social est capital pour la personne

handicapée. Il ne suffit d’ailleurs pas de disposer d’un logement sans obstacle au

rez-de-chaussée d’un bâtiment. Encore faut-il que, plus généralement,

l’environnement soit dépourvu d’obstacle infranchissable. A cet égard, les

transports en commun, les services adaptés de transports individuels, les services

d’information et de soutien ou encore la possibilité d’être informé

personnellement, sous une forme technique appropriée, sont autant de conditions

préalables.

Ces observations doivent de plus être corrélées avec l’aspiration légitime,

croissante, des personnes handicapées à la citoyenneté, portée tant par les

individus concernés eux-mêmes que par les associations qui les représentent.

Longtemps, les associations historiquement présentes dans le secteur ont mis en

avant, pour des raisons médicales autant que sociales et sociétales, la protection

des personnes handicapées et notamment des enfants, estimant la perspective

d’un accès à l’autonomie trop incertaine. L’augmentation de l’espérance de vie

des personnes handicapées, à la faveur des avancées de la recherche

thérapeutique et des techniques médicales, a encouragé les positions désormais

plus ouvertes et la volonté intégratrice de certaines associations représentant les

personnes handicapées.

II - 78

I - DE L’ASSISTANCE A LA CITOYENNETE, LE DEFI DE LA PRISE

EN COMPTE DES SITUATIONS DE HANDICAP PAR LA SOCIETE

A - L’EVOLUTION CONTEMPORAINE DU CONCEPT DE HANDICAP

1. Des évolutions contemporaines significatives

La seconde partie du XXè siècle, et tout particulièrement ces dernières

années, ont connu des évolutions significatives des textes, qu’ils aient ou non

une portée normative. Leur inspiration commune vise désormais clairement la

reconnaissance pleine et entière par les sociétés des personnes en situation de

handicap.

Faisant sienne les orientations de l’ONU, l’Union européenne s’est depuis

1997 saisie, dans une démarche volontaire, de la question du handicap. L’article

13 du Traité d’Amsterdam indique à cet égard que l’Union peut prendre les

mesures nécessaires en vue de « combattre toute discrimination fondée sur le

sexe, la race ou l’origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap,

l’âge ou l’orientation sexuelle ».

Le premier cadre normatif est formé de la directive de juin 2000, qui

devrait être suivie en 2003 d’un nouvelle directive, dans le cadre de l’année

européenne des personnes handicapées, de la Charte des droits fondamentaux et

de la décision du Conseil du 27 novembre 2000, illustrant tous trois cette

inflexion de l’Union dans la prise en compte du handicap dans ses priorités.

Certains articles fondent assez précisément les droits des personnes

handicapées. Ainsi, l’article 21 pose le principe de non-discrimination et l’article

26 celui de l’intégration des personnes handicapées : « l’Union européenne

reconnaît et respecte le droit des personnes handicapées à bénéficier de mesures

visant à assurer leur autonomie, leur intégration sociale et professionnelle et

leur participation à la vie de la communauté ».

Ces mutations, qui viennent impacter les normes du travail des Etats de

l’Union, traduisent la volonté européenne de donner un caractère désormais

juridique au traitement des discriminations, tout en réalisant, grâce à la

consécration législative de la notion de discrimination indirecte, un véritable

changement de perspective.

Dans ce registre, la Commission européenne vient d’apporter son soutien

aux Nations Unies en faveur de l’adoption d’un instrument juridique

contraignant visant à garantir aux personnes handicapées une réelle « égalité de

jouissance des droits de l’homme ». Elle marque ainsi son attachement à

l’élaboration de règles visant à prohiber et prévenir les « discriminations non

conscientes ».

L’introduction de cette notion a en effet pour conséquence de permettre la

sanction de différences de traitement qui, bien qu’irréprochables en droit,

s’avèrent dans les faits génératrices d’inégalités. A lire ainsi la directive de

novembre 2000, la discrimination ne serait plus uniquement constituée d’actes

II - 79

ponctuels et intentionnels, elle serait également repérable objectivement,

indépendamment des auteurs et de leurs mobiles.

La France n’a à ce jour que partiellement transposé la directive de

novembre 2000, au travers de la loi sur la non discrimination du 16 novembre

2001 et la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002. Il lui appartient

encore de transposer, avant le mois de décembre 2003, l’article 5 de la directive,

aux termes desquels le fait de ne pas procéder à des aménagements de poste

raisonnables peut être constitutif d’une discrimination.

2. Une approche positive et environnementale des situations de

handicap

La distinction entre politiques anti-discriminatoires et politiques de

discriminations positives n’apparaît pas au fond être aujourd’hui le problème

crucial. Le sujet est davantage celui du choix de techniques et de modalités de

prise en compte du handicap par la société, en fonction de sa culture et de ses

pratiques de gestion des situations que d’un réel problème conceptuel.

A cet égard, la notion de non discrimination renvoie à un registre culturel

qui n’est pas historiquement le nôtre. Cependant, à terme, la France, à l’instar de

certains autres Etats membres, devrait faire siens les principes de la non

discrimination et saura ainsi les traduire dans des politiques ; le système des

quotas, retenu par la France ainsi que par d’autres pays de l’Union, permettra de

faire cohabiter les deux systèmes.

Si la distinction entre politiques anti-discriminatoires d’inspiration anglosaxonne

et les politiques conçues autour d’actions positives (quotas) ne constitue

pas la pierre angulaire du débat, la question des critères d’évaluation du handicap

et partant, sa classification, semblent en revanche mériter un examen plus

approfondi.

Pour les tenants d’une vision positive du potentiel des personnes

handicapées1, le reproche a pu être fait à l’OMS de classer les maladies comme

on classait les plantes au XVIIIè siècle, c’est à dire par genres, classes et espèces.

Cette approche, exclusivement médicale, utilise en effet un langage chosifiant et

négatif, qui n’opère pas une distinction suffisante entre la maladie (ou plus

généralement la cause du handicap) et ses conséquences pour l’individu en terme

d’autonomie et d’indépendance. L’évolution de la réflexion ces dernières années

a conduit certains médecins du travail et de spécialistes de la rééducation

fonctionnelle, dont le professeur Hamonet pour la France, à militer pour une

conception plus positive du handicap dans sa relation à la société.

On voit ainsi émerger un système d’évaluation des victimes, qui prolonge

la classification de Wood, en combinant l’approche internationale médicale et

organiciste avec une approche anthropologique et sociale. Des propositions de

1 Claude Hamonet, professeur de médecine, service de réadaptation et médecine physique, CHU

Henri Mondor Créteil, expert à l’OMS.

II - 80

« bon sens » en résultent, qui partent du postulat que le soin social est au moins

aussi important pour les personnes que le soin médical et que la première des

thérapie consiste, autant que faire se peut, à ne pas couper l’individu du milieu

naturel où il évolue (la famille, l’école, l’entreprise…). Elles visent, au travers de

grilles d’analyses pluridisciplinaires, à valoriser les potentialités des personnes et

à inverser la tendance naturelle à la stigmatisation des déficiences. Elles

incarnent la volonté d’éduquer autant que possible dans l’environnement

ordinaire, d’éviter par tous moyens et le plus précocement possible la

désinsertion, d’intégrer en milieu ordinaire de travail sous réserve des

adaptations de poste nécessaires.

B - LES REPRESENTATIONS DU HANDICAP ET DES PERSONNES HANDICAPEES

1. L’évolution des mentalités et des perceptions

Des difficultés demeurent néanmoins dans la traduction par la société des

droits formels en droits réels, en partie conditionnée par la perception qu’a la

société dans sa globalité du handicap. Intervenir en amont de la formation de ces

représentations nécessite une temporalité longue.

L’espoir d’une vie plus longue et surtout d’une meilleure qualité de vie

incite encore davantage les associations et les personnes handicapées à

revendiquer un accès à la vie de la cité, sans exclusive (santé, social, culture,

éducation, emploi).

Par ailleurs, le rôle des associations et des leaders d’opinion a été essentiel

dans ce domaine. La manifestation annuelle du Téléthon ou encore la sortie il y a

quelques années de films tel que Le huitième jour mettant en scène un jeune

trisomique, d’Elephant Man ou de Forrest Gump, ont certainement concouru

plus efficacement pour le changement de regard de la société et une meilleure

acceptation du handicap que de longs discours. Il n’en reste pas moins que les

réticences culturelles et sociales demeurent encore solidement ancrées dans la

société, ce qui justifie de maintenir le cap et de poursuivre régulièrement les

campagnes de sensibilisation, telles que celles mentionnées ci-dessus, ou encore

des manifestions plus larges comme l’année européenne des personnes

handicapées, ou plus spécialisées comme la semaine annuelle pour l’emploi des

personnes handicapées, dont les médias se font maintenant le relais actif.

Entre le moment où une société prend conscience d’un problème, celui où

elle décide de le traiter, et celui où elle se donne les moyens financiers, humains

et techniques de le faire, il peut se passer plusieurs décennies. En même temps,

on constate, sur un sujet tel par exemple que celui des machines dangereuses,

que l’édiction d’une norme d’application générale, émanant dans ce cas du

niveau européen, la détermination d’un cadre juridique et de délais précis pour sa

mise en œuvre ainsi que donnent des résultats intéressants, et permettent de

passer, sur un sujet donné, un cap significatif sur un temps relativement court.

II - 81

L’exemple illustre le fait qu’à la base, il est indispensable qu’existe une volonté

politique, et qu’il dépend de cette volonté d’accélérer les temporalités.

Il ne s’agit pas ici de noircir le tableau. En effet, la société française a déjà

beaucoup évolué dans sa perception et son acceptation du handicap, même si

d’autres pays, notamment nordiques, demeurent de ce point de vue une référence

et montrent une perspective. Témoigne de cette amélioration le fait que la France

adopte désormais des raisonnements utilisant un vocabulaire moins stigmatisant.

Celui-ci pourrait encore être amené à évoluer dans la cadre de la réforme de la

loi d’orientation de 1975, à l’instar de la récente refonte de la législation

allemande qui opte résolument pour une formulation positive des règles

applicables. Enfin, la France a par ailleurs besoin d’un changement de cap dans

le domaine de l’environnement, afin que la notion de citoyenneté devienne réelle

et non plus partiellement formelle.

2. La vision du handicap au sein des lieux de travail

Force est de constater que le monde de l’entreprise, et des lieux de travail

de façon générale, secteurs privé ou public, n’est guère plus spontanément enclin

que la société dans son ensemble à faire de l’insertion des handicapés une

priorité, même si les évolutions positives s’y produisent, dans les mêmes

conditions qu’au sein de la collectivité nationale.

Cette réticence se constate également de la part des employeurs comme de

la société dans son ensemble. Les obstacles évoqués le plus fréquemment pour

justifier de l’absence d’emploi direct sont liés à l’inadéquation des qualifications,

à une inquiétude face aux problèmes de relations professionnelles au sein de

l’entreprise, à la question de l’aménagement de poste, et à celle de la plus grande

fragilité supposée de l’employé, comme à la nécessité d’un encadrement

renforcé. Le problème de la mobilité physique est souvent évoqué, ainsi que le

souci des employeurs de recruter des personnes pouvant exercer des fonctions de

manière polyvalente.

A cet égard, une étude récente du Centre d'études et de recherches sur les

qualifications (CEREQ)1 tente une analyse qualitative des raisons invoquées à

l’appui des « pénuries de main d’œuvre ». A la question : « comment peut-il y

avoir pénurie de main d’œuvre lorsque plus de 9 % de la population active est

au chômage ? », les auteurs apportent des éléments de réponse qui renvoient aux

représentations en vigueur du fonctionnement du marché du travail. Selon le

CEREQ, la façon dont les demandeurs d’emploi perçoivent les métiers et les

secteurs d’activité, tout comme la représentation qu’en ont les entreprises du

travail peuvent gêner l’ajustement entre l’offre et la demande d’emploi.

Ce type de décalage entre représentation et réalité, qui illustre les limites de

la rationalité dans les processus de recrutement, vaut certainement de manière

accentuée dans la relation qu’entretiennent les employeurs avec leurs candidats

1 Etude n° 192 de décembre 2002, relative aux difficultés de recrutement : entre offre et demande

d’emploi, le choc des rationalités.

II - 82

en situation de handicap. Il se surajoute à des réticences, qui ont toutes leur

cohérence, mais qui s’annulent elles-mêmes dès lors que l’on envisage, dans une

rationalité retrouvée, la question de l’insertion professionnelle sous un angle

pragmatique. Il s’agit, pour chacune des situations concrètes, de trouver le bon

poste pour la personne au regard de son handicap et de ses capacités. Les

obstacles ne sont en effet pas tous les mêmes, les déficiences pouvant être

intellectuelles, mentales, physiques, sensorielles ou organiques, voire se cumuler,

le cas échéant.

Il n’est donc pas nécessaire pour satisfaire à l’obligation légale, de faire

preuve d’une compassion particulière, mais plutôt, avec l’aide de spécialistes de

l’orientation, de l’accompagnement et du suivi, de faire en sorte que chaque

travailleur, qu’elles que soient ses caractéristiques personnelles et celles de ses

handicaps éventuels, ait une chance de trouver un emploi au regard de ses

capacités.

Si l’on s’intéresse aux marges de progrès existantes, on observera qu’existe

vraisemblablement un manque de confiance réciproque entre les employeurs et

les personnes handicapées, due en partie à la méconnaissance des réalités et des

contraintes des uns et des autres. De nombreuses personnes handicapées

éprouvent des doutes par rapport à leurs capacités et ont une crainte de travailler

liée à la peur du regard des autres ou à l’intériorisation d’une forme

d’incompétence.

Par ailleurs, une fois recrutés et leur poste de travail adapté notamment du

point de vue notamment de son ergonomie, il peut arriver que certains

travailleurs handicapés, particulièrement performants dans l’exercice de leur

activité, puissent, plus encore que leurs collègues valides, éprouver des

difficultés ultérieures lors de la survenance de changements dans le process de

production ou dans l’organisation du travail.

D’une perception chargée en stéréotypes, les entreprises évoluent, certes

progressivement, vers une vision plus pro-active à l’égard de l’accueil des

personnes handicapées intégrées en leur sein. Elles admettent par l’exemple que

la différence n’est pas un obstacle à la compétence. Les campagnes de

sensibilisation conduites par les associations et notamment celles fédérées par

l’AGEFIPH, s’agissant du monde de l’entreprise, ont le mérite de faire prendre

conscience aux entreprises, en situation, de leur aptitude à intégrer

professionnellement ces publics. Enfin, l’année européenne du handicap pourrait

y apporter une contribution significative.

Moins relayées médiatiquement que celles conduites sous la férule et avec

l’appui de l’AGEFIPH, certaines expériences méritent d’être citées, en ce

qu’elles contribuent à améliorer dans les entreprises l’image du handicap. Il en

va ainsi de certaines entreprises de travail temporaire qui développent une

politique d’insertion de travailleurs en situation de handicap.

II - 83

Leur démarche est fondée sur la capacité des agences à faire la jonction

entre la demande de compétences des entreprises et les demandes d’emploi des

personnes en situation de handicap, avec l’appui le plus souvent d’un réseau de

chargés de mission pour l’accompagnement des entreprises et des agences.

Ces entreprises ont un rôle important à jouer dans la mesure où elles

apparaissent comme un vecteur d’insertion de ces personnes dans l’entreprise.

Elles fonctionnent en effet comme un sas en permettant aux personnes

handicapées d’avoir une première entrée dans l’entreprise, pouvant favoriser un

contrat plus durable ; elles amènent par ailleurs les employeurs à démystifier leur

représentation du handicap et de la personne handicapée et à considérer l’apport

de compétences répondant à leurs besoins.

C - UNE PERSISTANCE D’OBSTACLES OU « L’INACCESSIBILITE AU QUOTIDIEN »

A ce stade de la réflexion, on s’appuiera sur le rapport et l’avis du Conseil

économique et social porté par Vincent Assante, dans lesquels est mis l’accent

sur une série de causes de blocage, qui près de trois ans plus tard demeurent dans

l’état où le rapporteur a pu les analyser.

Pour lui, les retards et blocages en matière d’accueil et d’intégration des

personnes en situation de handicap présentent en France des causes sociétales

importantes. Il observe en effet que la société est organisée par et pour les

personnes valides, acceptant difficilement les particularismes, faisant

insuffisamment cas des innovations technologiques alors même qu’elles seraient

de nature à faciliter la vie de chacun, à commencer par les personnes

handicapées. Enfin, la volonté politique globale est insuffisamment inscrite dans

la réalité.

D’un point de vue institutionnel, l’auteur du rapport souligne la rigidité du

cadre législatif, la mise en place d’un système d’orientation et d’allocation peu

favorable à l’autonomie, une décentralisation et une répartition des compétences

conduisant à une dilution des responsabilités, à un brouillage des politiques et à

une déperdition d’énergie ; il indique par ailleurs que les financements ne

permettent pas les adaptations nécessaires pour remédier à la particularité de

chacune des situations de handicap.

S’agissant de l’environnement général, il convient d’affirmer que la qualité

de travailleur n’est pas dissociable de celle de citoyen, ce que Vincent Assante

nomme le difficile accès au droit commun ou encore « l’inaccessibilité au

quotidien », la cité n’étant aux termes de son raisonnement pas encore pensée

pour accueillir les personnes en situation de handicap.

Le présent rapport n’a pas vocation à reproduire l’intégralité de cette

réflexion récente. Cependant, tout comme les causes de blocage et de retard

développées précédemment, qui valent globalement aujourd’hui comme hier, il

semble nécessaire de rappeler avec régularité, chaque fois que l’occasion s’en

présente, que la question, certainement première, de l’accessibilité entendue

comme un vecteur fort d’appartenance à la société, est loin d’être réglée, alors

II - 84

même qu’elle présente un caractère déterminant dans l’accès à l’emploi en

milieu ordinaire comme dans d’autres domaines.

Par ailleurs, pour certaines personnes dont l’autonomie a été fortement

atteinte du fait du handicap, se pose la question de l’assistance, de façon

permanente ou non, d’auxiliaires de vie.

Urbanisme ségrégatif et logements peu ou non adaptables, transports

majoritairement inadaptés, difficultés d’accès au tourisme, à la culture et aux

loisirs, difficile intégration en milieu scolaire et universitaire ordinaire, outils

informatiques insuffisamment utilisés au service de ceux qui seraient le plus à

même d’en tirer un bénéfice immédiat, sont autant de facteurs d’exclusion sur

lesquels butent tous ceux qui s’attachent à favoriser l’insertion des personnes

handicapées dans l’univers de droit commun.

Comment, au cas particulier, prétendre accéder à un emploi en milieu

ordinaire sans un urbanisme, un logement et un mode de transport adaptés aux

besoins, ces différentes modalités devant en outre être pensées de concert.

Elargir les trottoirs d’une rue commerçante pour faciliter l’accès et le

déplacement de fauteuils roulants peut s’avérer sans effet si des rampes d’accès

aux commerces et autres bâtiments ne sont pas simultanément prévues.

Enfin, il convient de pointer que les personnes handicapées ne sont pas

suffisamment représentées dans les instances décisionnelles ou gestionnaires et

lorsqu’elles le sont, c’est le plus souvent par des personnes valides, même s’il ne

s’agit pas ici de minimiser l’investissement de ces représentants.

II - DE LA CITE A L’EMPLOI, LES LEVIERS DE L’INSERTION

PROFESSIONNELLE DES TRAVAILLEURS HANDICAPES

A - UN CONSTAT EN DEMI TEINTE

La loi de 1987 a été d’un grand apport pour l’intégration des personnes

handicapées dans le milieu ordinaire de travail. Les résultats constatés près de

16 ans après l’adoption de cette réglementation constituent la marque, très

positive et qu’il convient de ne pas sous-estimer, des avancées réalisées.

Toutefois, force est de constater que le taux d’emploi dans les entreprises comme

dans les fonctions publiques, stagne depuis plusieurs années autour de 4 %, sans

que l’on perçoive aujourd’hui comment, sans nouvelle intervention, il pourrait de

lui-même progresser.

De fait, il n’y a sans doute pas d’améliorations majeures à attendre du

système actuel, au-delàdu taux récemment atteint. Le système semble verrouillé

par la loi de 1987, ainsi que par ses décrets d’application, qui neutralisent le

système, à la faveur notamment des alternatives permettant aux employeurs de

s’exonérer de l’emploi direct de personnes handicapées dans les entreprises et les

administrations.

II - 85

A défaut de nouvelle mobilisation, une ligne de pente pourrait conduire à

un accroissement des fonds de l’AGEFIPH, sans que les axes d’une politique

publique globale n’apportent pour autant d’orientations précises. De fait, les

partenaires, sociaux et associatifs, pourraient continuer à définir seuls les

contours d’une politique nationale d’insertion des personnes handicapées dans le

secteur privé. Les fonctions publiques continueraient quant à elles à évoluer à un

rythme qui serait le leur, sans contraintes particulières et sans rendre réellement

de comptes.

Le nombre d’AAH servies pourrait augmenter arithmétiquement et le

nombre de places dans des structures de travail protégées croître, l’insuffisance

d’offres et l’inadaptation des qualifications des personnes handicapées se

présentant sur le marché du travail induisant des formes de réponses

traditionnelles, soutenues par une partie du mouvement associatif, souvent loin

des principes d’autonomisation des personnes et de participation pleine et entière

à la vie de la cité.

Ce scénario du statu quo se heurte à de nombreuses réticences, au titre

desquelles figure en bonne place la volonté croissante des personnes handicapées

et des associations qui les représentent, à bénéficier d’une véritable égalité

professionnelle, à travailler dans le milieu ordinaire plutôt que dans le milieu

protégé, et à être représentés dans des conditions satisfaisantes dans chacun des

lieux où se décident leurs conditions d’existence.

Si l’on regarde de plus près les conditions de la vie au travail des salariés

handicapés, un constat en demi teinte s’impose : plus que leurs collègues, les

travailleurs handicapés sont victimes de discriminations dans leur évolution

professionnelle. Une récente enquête conduite en 2000 par la Confédération

française démocratique du travail (CFDT) auprès de 1 500 salariés handicapés.

montre la faiblesse des augmentations de leur salaire, un contenu du travail ne

variant que marginalement année après année, un accès plus difficile à la

formation et aux postes de responsabilités, pour conclure à une évolution

professionnelle lente voire inexistante.

Si l’on se place maintenant du côté de la demande des employeurs, on

observe, s’agissant du secteur privé, que les entreprises de main d’œuvre

constituent les employeurs les plus importants des travailleurs handicapés. A cet

égard, on soulignera, même si ce phénomène est repérable pour l’ensemble des

salariés concernés, l’importance et la multiplication des mutations dans les

process de production. Ces mutations successives ne peuvent que laisser craindre

une baisse des besoins en main d’œuvre non ou faiblement qualifiée. C’est

pourquoi un certain nombre de leviers doivent être repérés et par suite mobilisés.

Enfin, il convient de pointer en regard de cette évolution une tendance

croissante parmi les employeurs à inciter des salariés présentant à un titre ou à un

autre un handicap à se faire reconnaître « Travailleur handicapé » par la

COTOREP. Or, il est patent que les salariés victimes d’accident du travail et (ou)

II - 86

vivant avec un handicap léger ne se reconnaissent pas forcément dans la

catégorie de travailleurs handicapés.

De toute évidence, ces salariés souhaitent que leur soit garantie la

discrétion en ce qui concerne leur handicap. Par ailleurs, on doit s’interroger sur

les raisons qui peuvent conduire l’ANPE, dans une circulaire diffusée en interne,

à recommander aux demandeurs d’emploi d’éviter d’évoquer leur handicap dans

le curriculum vitae et de rester prudent sur le sujet à l’occasion des entretiens

d’embauche. Cette liberté de choix du salarié, qui constitue un frein pour les

employeurs au regard du décompte des personnes recrutées ou maintenues dans

l’emploi en situation de handicap, doit néanmoins être préservée, afin de ne pas

risquer de verser dans de nouvelles formes de discriminations.

B - LES LEVIERS A MOBILISER

1. La formation initiale et la formation professionnelle

Dans le domaine de la formation initiale, on observera dans un premier

temps que l’intégration des enfants handicapés en milieu scolaire reste encore

insuffisante, et ce malgré les progrès rendus possibles par l’évolution des

mentalités et les lois successives : la loi d’orientation de 1975 marque sa

préférence pour l’accueil des enfants présentant un handicap, en milieu scolaire

de droit commun ; la loi d’orientation sur l’éducation de 1989 va plus loin en

indiquant qu’il convient de favoriser l’intégration scolaire.

De plus, par delà ce que le rapport Assante a pu exprimer en termes de

progrès à réaliser par l’Education nationale en direction des enfants connaissant

un handicap, il convient de noter l’existence dans les faits de deux mouvements

contradictoires, dont les effets, dans le meilleur des cas, s’annihilent.

D’un côté, les acteurs associatifs et institutionnels s’emploient, au cas par

cas et avec les difficultés que l’on sait, à rechercher et mettre en place les outils

d’une intégration, dès lors qu’elle est possible, dans les lieux « ordinaires » de

déroulement de la scolarité ; dans un même temps, on observe de plus en plus

fréquemment les effets numériques de l’orientation via les CDES vers

l’éducation spécialisée d’enfants que le système scolaire ne considère pas

suffisamment adaptés pour la poursuite d’un enseignement de droit commun.

Les enfants handicapés n’étant pas scolarisés par l’Education nationale

voient de fait largement obérées leurs chances d’accéder aux diplômes de

l’enseignement général et aux qualifications leur permettant d’intégrer le milieu

ordinaire de travail, voire même d’accéder aux structures de travail protégé,

ateliers ou centres d’aide par le travail.

Par ailleurs, une illustration supplémentaire de la relative insuffisance de

l’accompagnement des parcours universitaires des jeunes personnes handicapées

est fournie par la faiblesse du nombre d’aides octroyées par l’Etat à des étudiants

pour leur permettre d’aborder dans des conditions d’égalité d’accès les études

universitaires.

II - 87

Le niveau de formation des jeunes handicapés a néanmoins sensiblement

augmenté au cours de ces dernières décennies, notamment à la faveur des

progrès de la médecine et de l’augmentation de l’espérance de vie qui y est liée,

ouvrant de nouveaux horizons à des enfants qui précédemment n’accédaient que

très rarement à une vie adulte de qualité et au marché du travail.

S’agissant dans un second temps de la formation professionnelle initiale et

de la formation continue, le système français mobilise, en dehors des dispositifs

de droit commun, trois dispositifs spécifiques accessibles aux publics de

personnes handicapées : les centres de pré-orientation de l’AFPA, les centres de

formation d’apprentis adaptés et les classes d’éducation spécialisées aux centres

de rééducation professionnelle.

Le rapport du sénateur Paul Blanc1 sur la Compensation du handicap

déplore la faiblesse du nombre d’orientations des COTOREP vers ces dispositifs,

dont l’usage dans le parcours d’insertion demeure marginal, de l’ordre de 9 %

des décisions d’orientation en 2000. Cette faiblesse des orientations souligne,

selon l’auteur du rapport, « l’insuffisante prise en compte de cet impératif et

témoigne en réalité de l’inadaptation des dispositifs existants ».

Ces dispositifs sont marqués par la prépondérance des centres de

rééducation professionnelle et la faible ouverture des dispositifs ordinaires de

formation aux personnes handicapées. Institutions médico-sociales financées par

la sécurité sociale, ils ont pour but de dispenser des formations qualifiantes

destinées à favoriser l’insertion ou la réinsertion professionnelle des personnes

handicapées. Au nombre de 87 en France, ils comptent 10 000 places.

Différentes critiques leur sont formulés, au regard de leur faible articulation avec

le monde de l’entreprise et de l’inadaptation de certaines formations aux besoins

de recrutement des employeurs, mais également de leur inégale répartition

géographique et de leur capacité d’accueil insuffisante.

Paul Blanc pointe également que les dispositifs de droit commun ne sont

pas organisés de manière à compenser la faiblesse intrinsèque des dispositifs

spécialisés. L’accueil par l’AFPA de travailleurs handicapés en 2000 était en

effet de l’ordre de 1 % des publics accueillis ; la formation en entreprise reste

également marginale, alors même qu’elle serait de nature à mieux prendre en

compte les besoins de qualification et de compétence de ces dernières.

La complexité des dispositifs et l’absence d’un schéma d’ensemble

articulant les dispositifs ordinaires et les dispositifs spécifiques conduisent à ce

que les aides existantes ne soient pas mobilisées dans le cadre de parcours

cohérents. Il en va ainsi de l’accès des personnes handicapées à des dispositifs de

droit commun, et de l’insuffisante ouverture des lycées d’enseignement

professionnels et des centres de formation d’apprentis, alors même que des

places peuvent dans un même temps rester vacantes.

1 Rapport du Sénat n° 369, Commission des affaires sociales, 24 juillet 2002, Compensation du

handicap : le temps de la solidarité.

II - 88

Or, il est statistiquement prouvé que le niveau de formation influe sur

l’opportunité de trouver un emploi. L’une des conventions de l’OIT prévoit

d’ailleurs que pour une classe d’âge donnée – y compris les personnes

handicapées - l’intégralité des jeunes qui la compose doit se voir garantie au

moins une formation du second degré. Cette convention n’est pas suivie d’effet,

même dans les Etats l’ayant ratifiée.

En France, le tableau statistique montre que la majeure partie des personnes

handicapées présentes sur le marché du travail ont un niveau de qualification

égal ou inférieur au niveau cinq.

De plus, on note une relative inadaptation des politiques de formation aux

besoins des entreprises, pour partie liée au fait d’une conciliation imparfaite des

logiques des entreprises et de celles des personnes handicapées et des

associations qui oeuvrent, notamment via la formation, à leur insertion en milieu

ordinaire de travail.

S’agissant des fonctions publiques, il apparaît que le recrutement, qui

nécessite pour 2/3 des concours ouverts un niveau bac + 3, est dans les faits

réalisé à plus de 75 % à ce niveau d’études et de diplôme, privant d’accès aux

carrières administratives les candidats n’ayant pas les diplômes nécessaires.

Ce qui est vrai pour l’ensemble des postulants aux concours administratifs

l’est plus encore pour des personnes dont on sait qu’elles ont statistiquement un

niveau de diplôme inférieur à la moyenne. La question de la formation

professionnelle des personnes handicapées est donc centrale en terme

d’intégration en milieu ordinaire.

Or une bonne formation initiale, suivie d’une formation adaptée, qu’elle

soit professionnelle ou universitaire, donne les moyens de concourir sur le

marché du travail. On ne saurait trop insister sur le fait que la formation des

enfants handicapés avec les autres enfants les arment mieux dans ce dessein que

l’enseignement spécialisé mais isolé. Seuls ceux qui ont réellement besoin d’un

enseignement spécialisé pour apprendre devraient en bénéficier.

A l’avenir, les aptitudes sociales et la communication seront de plus en plus

une condition de la réussite sur le marché du travail. Il est difficile de les

assimiler si l’on vit et si l’on est formé isolément des autres. En particulier, les

handicapés, qui en raison de leur handicap éprouvent des difficultés de divers

ordres sur le plan social, sont plus encore que tout autre concernés par ce contact

quotidien avec la collectivité humaine.

II - 89

2. Le soutien des travailleurs handicapés dans leur insertion

professionnelle, l’aménagement des postes et le maintien dans

l’emploi

2.1. Favoriser l’insertion

D’un point de vue méthodologique, l’étude des conditions d’intégration en

milieu ordinaire de travail des personnes handicapées trouve sa limite dans le fait

que les types de déficiences des personnes concernées sont de nature très

différente, et que les handicaps qui en résultent par rapport à l’emploi, le cas

échéant, renforcent cette diversité.

A cet égard, seul un accompagnement individualisé des personnes

handicapées dans leur recherche d’emploi, à l’image de celui que proposent les

équipes spécialisées, fédérées au sein du réseau Cap Emploi, de type EPSR et

OIP, semble de nature à lever des difficultés qui en résultent dans l’appréciation

des potentialités dans la recherche d’un emploi. Plus récemment implanté, le

réseau Handicap et emploi, né de l’initiative du MEDEF et réalisé par les

MEDEF territoriaux, tente pour sa part de capitaliser les expériences et de mettre

en cohérence la politique entrepreunariale de recrutement de personnes

handicapées, tout en professionnalisant les chargés de mission nommés pour

mener des actions concrètes auprès des entreprises.

Cet accompagnement et ce suivi sont actuellement nécessairement

circonscrits dans le temps, du fait d’un financement limité pour chacune des

personnes. En moyenne, les chargés de mission du réseau Cap Emploi peuvent

être amenés à suivre jusqu’à 200 travailleurs handicapés sur une année, ce qui

représente une charge de travail importante d’autant que l’accueil et le suivi

d’une personne nécessitent le passage par différentes étapes, mises en évidence

par les professionnels de l’insertion :

- repérage des problèmes périphériques au handicap, tenant aux

revenus, à la famille, au logement. Cette phase est jugée essentielle,

dans la mesure où elle permet d’établir une qualité de contact

indispensable dans les étapes ultérieures ;

- construction d’un projet professionnel ou reconstruction d’un projet

avec l’intéressé, surtout lorsque le handicap arrive en cours de vie ;

- validation du projet professionnel et construction d’un parcours

passant par des allers et retours en l’entreprise ;

- recherche active d’emploi, en veillant à favoriser l’adéquation entre

l’offre et la demande ;

- période d’évaluation de la démarche et fin de l’intervention de Cap

Emploi.

II - 90

S’agissant de la réalité des passerelles entre le milieu ordinaire et le travail

en milieu protégé, on rappellera que celles-ci ont été conçues comme un moyen

pour les personnes handicapées d’accéder à une vie professionnelle prenant en

compte la spécificité de leur handicap, mais aussi comme une filière d’insertion

progressive vers le milieu ordinaire de travail.

Or, on constate que les passerelles entre milieu protégé et milieu ordinaire

ne fonctionnent pas comme elles le devraient. Les passages d’un secteur à l’autre

stagnent depuis de nombreuses années à moins de 1 %. Cette situation a pu faire

dire à certains que le milieu protégé est plus un refuge qu’un tremplin.

De plus, on observe que les parcours sont peu sécurisés. Une personne

handicapée bénéficiaire de l’AAH qui tente la voie de l’insertion en milieu

ordinaire de travail, prend le risque, si elle échoue dans sa tentative, de se voir

refuser l’AAH, les COTOREP tendant à considérer qu’ayant accédé une

première fois au marché du travail, elle n’a plus vocation à bénéficier de cette

allocation.

2.2. L’apport des personnes handicapées dans les collectifs de travail

Cette donnée mérite d’être prise en considération. La motivation et l’esprit

d’équipe sont le plus souvent présents, dès lors que le premier pas a été franchi

du recrutement de la personne handicapée. L’accueil d’une personne handicapée

peut de ce point de vue avoir un effet tout à fait bénéfique dans l’entreprise. Des

études ont montré que celles qui recrutent des travailleurs handicapés sont le plus

souvent satisfaites des performances de ces personnes. Elles leur reconnaissent

une plus grande motivation que les salariés valides et admettent, témoignages à

l’appui, que la présence des travailleurs handicapés a le plus souvent un effet

positif sur le travail de l’équipe1.

Au-delàdes aspects psychosociologiques, et de la solidarité qu’engendrent

ces processus d’intégration, il apparaît tout à fait évident que la réflexion sur

l’ergonomie des postes et les conditions de travail peut s’en trouver revitalisée.

Bien des obstacles auxquels sont confrontés les personnes handicapées à la

recherche d’un emploi ou sur le lieu de travail sont davantage dus aux barrières

physiques et sociales qu’à une incapacité réelle d’exécuter les tâches qui leur

sont confiées. Au final, l’intégration de travailleurs handicapés peut permettre,

par les adaptations de poste ou d’organisation du travail induits, d’aller dans le

sens d’une amélioration des conditions de travail plus générale et bénéfique à

tous.

1 Enquête Louis Harris réalisée en octobre 2002 dans le cadre de la semaine pour l’emploi,

commandée par l’AGEFIPH et l’ADAPH, auprès de 400 entreprises de plus de 10 salariés.

II - 91

2.3. Le maintien dans l’emploi

Sur ce point, on observera que si l’expression est souvent utilisée, il

n’existe pour autant pas de définition légale des termes : la notion juridique qui

s’en rapproche le plus étant le reclassement professionnel, dont les contours

apparaissent cependant beaucoup plus restrictifs. En effet, par reclassement

professionnel, on entend « prendre en compte la restriction de la capacité de

travail pour favoriser la poursuite du contrat de travail existant ».

La notion de maintien est plus vaste, et par-là même plus difficile à définir,

et on pourrait presque dire qu’il existe autant de définitions du maintien que de

pratiques de celui-ci. En effet, selon les structures en charge du maintien dans

l’emploi, l’approche du problème sera différente. Plus axée sur le maintien au

sein de la même entreprise, ou recherchant des solutions à l’extérieur, il existe

plusieurs façons d’aborder et de résoudre un maintien dans l’emploi, comme il

existe plusieurs acteurs autour de cette problématique.

Le maintien dans l’emploi présente l’avantage d’élargir le vivier de

travailleurs en conservant les personnes atteintes d’un handicap alors qu’elles

sont employées par l’entreprise. Pour cette dernière, une telle démarche permet

de continuer à bénéficier des compétences acquises par ces personnes et de leur

expérience, notamment par le biais de formations.

Toutefois, on ne doit pas ignorer que le maintien dans l’emploi des

personnes handicapées au-delàde 45 à 50 ans pose souvent problème dans les

situations concrètes. Il apparaît en effet que les personnes vivant avec un

handicap éprouvent statistiquement plus de difficultés à satisfaire à leurs

obligations d’emploi, du fait d’une fatigue importante ou encore de l’existence

de soins en parallèle à l’activité, qui peuvent aller croissants avec l’âge. Au-delà

de 50 ans, les chiffres montrent une sur-représentation des personnes à la

recherche d’un emploi à temps partiel ainsi que des retraits d’activité, spontanés

ou liés à la perte d’un emploi.

Les travailleurs handicapés sont plus fréquemment à temps partiel que les

autres salariés. Le handicap joue un rôle dans leur décision car le salarié

compose très souvent avec une plus grande fatigabilité.

Une autre explication peut venir du fait que, lorsqu’une entreprise souhaite

se mettre en conformité avec la loi sur l’obligation d’embauche de personnes

handicapées, un salarié à temps partiel « compte » autant qu’un salarié à plein

temps. Des entreprises augmentent donc leur embauche sans créer des postes à

temps plein.

II - 92

II - 93

CHAPITRE II :

UNE DISPERSION DES ENERGIES MOBILISABLES

La politique menée en faveur des personnes handicapées, et tout

particulièrement celle concernant leur insertion professionnelle, est par nature

partenariale, associant les pouvoirs publics, les organisations professionnelles et

syndicales et le milieu associatif.

Cette combinaison d’énergies, de compétences multiples et

complémentaires devrait être un formidable outil au bénéfice des personnes

handicapées. Toutefois, malgré les efforts et la bonne volonté manifeste de

chaque catégorie d’acteurs, cette multitude de partenaires qui devrait constituer

une véritable richesse, ne produit pas ses pleins effets en matière d’insertion

professionnelle des personnes handicapées.

Ainsi, les interventions des uns et des autres, qui fonctionnent de manière

fortement cloisonnée, souffrent d’un évident manque de coordination. Certes, au

fil des années, de nouveaux acteurs locaux, tels les PDITH ou encore les

Conseils départementaux consultatifs des personnes handicapées (CDCPH)1 ont

vu le jour, notamment pour améliorer la coordination des divers partenaires et le

suivi au niveau local des politiques en direction des personnes handicapées. Mais

les efforts entrepris demeurent insuffisants, en l’absence de présence

suffisamment marquée de l’Etat.

La politique du handicap, comme la plupart de celles mobilisant de

nombreux intervenants dans des domaines particuliers, avec des compétences

complémentaires, mais vers les mêmes objectifs, ne peut aboutir à des résultats

satisfaisants sans un chef d’orchestre impulsant, coordonnant et harmonisant,

dans un même ensemble, des participations de nature différente.

I - UN DESENGAGEMENT PROGRESSIF DE L’ETAT

A - UNE POLITIQUE SANS VISION GLOBALE NI VOLONTE AFFIRMEE

Depuis la mise en place du nouveau dispositif d’obligation d’emploi

instauré par la loi de 1987, on observe une nouvelle répartition des rôles entre les

différents acteurs concourant à la politique d’insertion professionnelle des

personnes handicapées.

C’est ainsi qu’on a pu constater une montée en charge de l’AGEFIPH alors

que dans le même temps, la place de l’Etat dans la définition et la mise en œuvre

des politiques spécifiques concernant l’insertion professionnelle des personnes

handicapées refluait progressivement.

1 Créés par la loi de modernisation social du 17 janvier 2002 et actuellement en cours d’installation.

II - 94

1. La montée en charge de l’AGEFIPH

Parmi les moyens offerts aux employeurs du secteur privé soumis à

l’obligation d’emploi1, figure le versement d’une contribution annuelle à un

fonds de gestion, l’AGEFIPH, qui a vocation à redistribuer les sommes

collectées sous formes d’aides et d’appuis en vue de promouvoir l’insertion

professionnelle des personnes handicapées en milieu ordinaire de travail.

Cette association est administrée par un conseil d’administration composé

des représentants des employeurs, des salariés et des associations de

handicapées, ainsi que de cinq personnalités qualifiées, trois désignées par les

trois premiers collèges, les deux autres l’étant par le ministre chargé du travail.

Le fait de confier la gestion d’un tel fonds, non à l’Etat, mais aux

partenaires sociaux résulte d’un choix délibéré du législateur de l’époque, justifié

par le fait que les sommes proviennent de la contribution des entreprises, l’Etat

contrôlant seulement la répartition et l’utilisations des fonds. Il ne s’agissait pas,

ainsi que cela ressort des débats parlementaires2 précédant l’adoption de la loi de

1987, d’une volonté de désengagement de l’Etat, les actions entreprises par

l’AGEFIPH étant des actions nouvelles en complément de celles déjà mises en

œuvre par les pouvoirs publics.

L’AGEFIPH occupe aujourd’hui une place centrale au sein des acteurs de

l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Elle est devenue un

organisme décisionnaire en matière de financement des actions engagées dans ce

domaine, compte tenu de l’importance des sommes collectées et de sa position

unique dans ce champ. Ses pouvoirs d’orientation et de définition de la politique

qu’elle entend mener sont naturellement exercés par la Conseil d’administration.

Au total, elle propose vingt mesures en direction des personnes handicapées et

des entreprises .

2. Un éloignement de l’Etat

Si de façon récurrente, l’Etat fait l’objet de critiques par rapport à

l’insuffisance de son rôle et de ses actions en matière de développement de la

formation initiale, d’accessibilité aux transports des personnes handicapées ou

encore en tant qu’employeur, on constate plus particulièrement depuis plusieurs

années, un désengagement de l’Etat3, marqué notamment sur le plan financier,

simultanément à la montée en charge de l’AGEFIPH.

1 Cf. partie sur la loi de 1987, pages 36 et 37.

2 JO Débats parlementaires, 19 mai 1987.

3 La Cour des comptes, dans son rapport établi pour l’année 2002, observe à ce titre que les

remarques qu’appellent de son point de vue les modalités de fonctionnement et de gestion de

l’AGEFIPH trouvent leur fondement dans une politique « publique qui souffre de l’absence de

volontarisme des pouvoirs publics ».

II - 95

A cet égard le rapport du sénateur Paul Blanc1, souligne que l’effort de la

Nation en matière de prestations sociales consacrées au handicap est en

diminution sur une longue période, passant de 2,1 % du PIB en 1985 à 1,7 % en

2001. Parallèlement, on observe que la part d’intervention de l’Etat, dans

l’ensemble du budget social du handicap, est également en décroissance au

regard de la part prise par la sécurité sociale ou les collectivités locales, qui

financent un certain nombre de prestations sociales.

En ce qui concerne plus précisément le domaine de l’insertion

professionnelle des personnes handicapées, cet éloignement peut être repéré de

différentes manières.

Cela est particulièrement vrai pour le complément de rémunération prévu

par la loi du 30 juin 1975 au titre de la garantie de ressources, permettant à toute

personne handicapée exerçant une activité professionnelle, qu’elles qu’en soient

les modalités, de bénéficier d’un revenu minimum garanti, versé par l’Etat. La

gestion et le financement de cette mesure ont été confiés à l’AGEFIPH par la loi

de finances de 19962, ce qui est contestable s’agissant du financement d’une

prestation légale.

De la même façon, l’Etat a en plusieurs étapes cessé de contribuer

financièrement au réseau Cap Emploi, qui fédère des organismes de placement

au service de l’emploi des personnes handicapées en milieu ordinaire et participe

pleinement aux missions de service public de l’emploi. Ces structures

associatives de niveau départemental regroupent des EPSR de type associatif

(Equipes pour la préparation et les suites du reclassement, issues de la loi de

1975 en faveur des personnes handicapées) et des OIP (organismes d’insertion et

de placement, issus de la loi de 1987 sur l’insertion professionnelle des

personnes handicapées).

S’agissant en particulier des EPSR, les subventions de l’Etat ont connu, au

milieu des années quatre-vingt-dix, une diminution sensible de l’ordre de 20 à

30 % ; en outre, une convention signée en 1994 entre l’Etat et l’AGEFIPH fixe

des objectifs de placement relativement contraignants qui conditionnent le

versement d’aides Etat/AGEFIPH.

Ainsi, si à l’origine ces organismes de placement étaient financés

majoritairement par l’Etat, à hauteur de 80 %, le reste étant pris en charge par les

conseils généraux, ils relèvent depuis 1999 du budget de l’AGEFIPH. A noter

qu’il existe aux côtés des EPSR de type associatif, des structures publiques de

même nature dont le nombre diminue chaque année.

1 Rapport du Sénat n° 369, Commission des affaires sociales, 24 juillet 2002, Compensation du

handicap : le temps de la solidarité.

2 Loi de finances du 30 décembre 1996.

II - 96

S’agissant plus précisément de la gestion des mesures du Plan d'action

personnalité pour un nouveau départ (PAPND) confiée par l’ANPE au réseau

Cap Emploi pour les personnes handicapées, on relèvera tout d’abord que les

1 200 professionnels animant ces structures n’ont guère été surpris des principes

de base qui encadrent le PAPND.

En effet, bien avant la mise en oeuvre du Plan d'aide au retour à l'emploi

(PARE), ces professionnels pratiquaient déjà la logique du projet personnalisé,

passant par un parcours progressif d'insertion, l'identification d'un référent et la

démarche d'accompagnement vers l'autonomie.

Pour autant, même si les résultats de cette prise en charge sont importants,

il convient de souligner que les modalités de saisie de données statistiques en

direction de l’ANPE et de contrôle de la part de cette dernière tendent à engorger

le quotidien des Cap Emploi.

Pour avancer vers de meilleurs résultats, il faut bien sûr améliorer la

formation des professionnels de l’insertion des Cap Emploi, spécialement en

matière informatique, mais il est sans doute plus nécessaire encore qu’il soit tenu

compte, plus que cela n’est le cas actuellement, du temps nécessaire pour

accompagner véritablement les demandeurs d'emploi en situation de handicap.

Or les dispositifs ANPE s’étalent sur une période de 6 mois, ce qui rend

impossible le fait d'aller avec les personnes accueillies au bout de la démarche

d'insertion.

Cet état de fait renvoie à la question de la mise en œuvre efficiente de l’une

des missions du service public de l'emploi. De plus et d’un point de vue

structurel, on est fondé à s’interroger sur les relations de sous-traitance qui

unissent l’ANPE et les Cap Emploi dans ce domaine.

On est alors loin de la démarche partenariale à laquelle aspirent les

professionnels de l’insertion, dans laquelle des conventions, signées localement

avec l’ANPE, permettraient de mieux identifier le nombre de personnes à

recevoir et les moyens en personnel devant y être consacrés, dans une cohérence

retrouvée avec l’AGEFIPH et l'ANPE.

Tableau 5 : Les financements des Cap Emploi

Cap Emploi 1998 1999 2000 2001

Nombre de structures 113 116 118 119

Financement (M€) 38 42 45 49

- dont Etat 8 8 - -

- dont AGEFIPH 27 30 42 46

- dont autres (département…) 3 4 3 3

Source : AGEFIPH et DGEFP.

* auxquelles s’ajoutent les EPSR publiques : 33 en 1998, 26 en 1999, 17 en 2000,

14 en 2001.

II - 97

De même, l’Etat a supprimé les subventions d’investissement et

d’équipement aux centres de rééducation professionnelle alors que la formation

est un problème crucial pour les travailleurs handicapés, confiant ce financement

à l’AGEFIPH.

Peuvent également témoigner de la moindre place de l’Etat dans la prise en

charge des dispositifs d’insertion et de formation des personnes handicapées, les

différentes conventions passées entre l’AGEFIPH d’une part et l’ANPE et

l’AFPA, d’autre part, avec des financements AGEFIPH.

Ainsi, progressivement, l’Etat semble avoir laissé à l’AGEFIPH sa

responsabilité, alors même que le législateur n’avait entendu confié que la

gestion des fonds collectés au titre de l’obligation d’emplois, pour des actions

venant en complément, et non en remplacement, de celles de l’Etat. Si le Conseil

d’administration de cette association peut légitimement définir les orientations

des politiques qu’il entend conduire en faveur de l’insertion professionnelle des

personnes handicapées en milieu ordinaire de travail, elles doivent néanmoins

trouver leurs fondements et leurs impulsions dans un cadre préalablement défini

par l’Etat, au regard des fonctions qui sont les siennes en matière de politiques de

l’emploi.

Le dernier rapport public de la Cour des comptes, rendu en janvier 2003,

souligne d’ailleurs, outre certains dysfonctionnements de l’AGEFIPH ellemême,

cette faible présence de l’Etat dans la conception et la mise en œuvre des

dispositifs, tout comme sa participation marginale au Conseil d’administration de

l’association. On peut en effet s’interroger sur cette apparente distanciation de

l’Etat par rapport à l’AGEFIPH, tout en distinguant leurs rôles et places

respectives dans la définition et la mise en œuvre d’une politique d’insertion des

personnes handicapées dans la sphère professionnelle.

On observera toutefois que l’Etat a récemment souhaité formaliser ses

relations avec l’AGEFIPH dans le cadre d’une convention quinquennale

d’objectifs conclue pour la période 1999-2003. Le contenu de cette convention

n’est néanmoins encadré par aucune orientation légale susceptible de renforcer la

portée des engagements réciproques et de donner plus de visibilité à la politique

menée en faveur de l’insertion professionnelles des personnes handicapées.

On peut enfin noter une tendance à la baisse des aides à l’emploi en faveur

des personnes handicapées. La diminution des contrats aidés financés par l’Etat,

dans une période de ralentissement du chômage, a entraîné naturellement la

diminution des possibilités qu’ils offraient aux personnes handicapées alors

même qu’ils constituent un moyen privilégié d’accès à un emploi en milieu

ordinaire. Or, le contexte actuel est à nouveau marqué par une reprise du

chômage, et partant, aggrave les difficultés des personnes handicapées sur le

marché de l’emploi.

II - 98

B - L’INSUFFISANCE DES MOYENS DE MISE EN ŒUVRE DE CETTE POLITIQUE :

L’EXEMPLE DES COTOREP

La politique décidée et impulsée par le gouvernement nécessite des moyens

permettant sa mise en œuvre de façon optimale. A cet égard, les COTOREP sont

des acteurs incontournables, au cœur du dispositif d’insertion des personnes

handicapées et ont un rôle central à travers leurs décisions de RQTH.

Depuis de nombreuses années les COTOREP connaissent d’importants

dysfonctionnements et font à ce titre l’objet de critiques régulières1.

C’est tout particulièrement le fonctionnement en deux sections distinctes,

l’une compétente pour la RQTH et l’orientation professionnelle, l’autre pour

l’attribution de différentes allocations, qui pose problème car relevant des deux

démarches fondamentalement différentes : prise en charge/assistance ou insertion

professionnelle. Cette division du travail, liée à une absence de coordination,

empêche toute approche globale de la situation de la personne.

C’est la raison pour laquelle le ministère des affaires sociales, du travail et

de la solidarité a engagé en 20022 une expérimentation, dans une dizaine de

départements pilotes, tendant à fusionner ces deux sections afin de permettre une

analyse globale de la situation de la personne. L’unification des deux secrétariats

des équipes techniques et des médecins devrait en effet aller dans le sens d’un

suivi plus cohérent des demandes et de l’élaboration d’un parcours personnalisé

avec les personnes concernées ; en particulier, elle devrait limiter le risque de

disparités constatées d’un département à l’autre, avec le renforcement de

médecins coordonnateurs. Cette démarche est appelée à être progressivement

généralisée à l’ensemble des COTOREP.

Par ailleurs, le fonctionnement des COTOREP rencontre d’importantes

difficultés face à l’accroissement du volume de son activité (+ 40 % sur la

période 1991-1999 – et cette tendance, loin de s’inverser, se confirme), alors que

dans le même temps, les effectifs des secrétariats a stagné, voire diminué. Il

paraît à ce sujet utile de préciser que ces commissions ont à traiter près d’une

quinzaine de décisions différentes : RQTH et classement en catégorie A, B ou

C ; orientation, autorisation des abattements de salaires, taux d’invalidité,

attribution des allocations, admission en établissement spécialisé mais aussi carte

d’invalidité, sans limite d’âge, cartes européennes de stationnement (ex. carte

GIC) et APA y compris pour des personnes de plus de 60 ans

Il résulte de cette multitude de dossiers de nature différente que la

COTOREP dispose au final de peu de temps à consacrer à l’orientation et au

reclassement professionnel des personnes handicapées alors que cette mission

constitue la finalité première de ses attributions.

1 Pour une analyse plus complète du fonctionnement des COTOREP, on se reportera au rapport de

la Commission des finances de l’Assemblée nationale sur L’indispensable réforme des COTOREP,

12 juillet 2000.

2 Circulaire n° 2002-114 du 27 février 2002 relative à la coordination des services pour les

personnes handicapées et à l’organisation des COTOREP.

II - 99

Il est à cet égard symptomatique que dans certaines COTOREP, la quasi

totalité des décisions d’orientation et de reclassement ne soit prises que sur

dossier sans entrevue avec la personne concernée.

Certains services, en revanche, comme dans le Val de Marne ou l’Ille et

Vilaine1 ont réussi à mettre en place un accueil personnalisé permettant entre

autre la rencontre avec une équipe pluridisciplinaire.

La mise en place d’un service d’accueil spécialisé permet ainsi de recevoir

les personnes demandeuses d’un reclassement professionnel en premier entretien

de manière à analyser leur parcours, connaître les relais qu'elles ont pu avoir

avant de faire une demande à la COTOREP et démystifier la problématique du

handicap. Cela permet aussi de nouer des contacts avec des partenaires qui ont

pu travailler avec ces personnes, par exemple les services du Revenu minimum

d'insertion (RMI) ou les missions locales, lesquels ont déjà une bonne

connaissance de celle-ci. Ces démarches permettent enfin de donner une

information la plus complète et la mieux adaptée à la personne dans le cadre de

sa recherche d’emploi.

S’agissant des médecins qui interviennent au sein des COTOREP, hormis

leur trop faible nombre2 et la faiblesse du montant des vacations qu’ils

perçoivent, on regrettera plus particulièrement la disparition de certaines

catégories de praticiens, tels les médecins du travail ou de la sécurité sociale dont

l’approche par rapport au milieu professionnel était grandement appréciable.

Enfin, l’une des critiques le plus fréquemment relevé concerne l’accueil et

l’information des personnes handicapées, qui malgré d’importants efforts en ce

domaine doivent encore être améliorés, notamment en termes d’accessibilité des

locaux, ou d’amplitudes des horaires d’ouverture des services au public.

On le voit, les nombreuses observations formulées dans les différents

rapports dont ont fait l’objet les COTOREP, appellent des réformes en

profondeur, qui au-delàde leurs aspects financiers, nécessitent une forte volonté

politique qui sera en débat à l’occasion des discussions sur la réforme de la loi

d’orientation du 30 juin 1975 et l’organisation et le fonctionnement des

COTOREP.

1 Cf. audition de Michèle Louet – COTOREP Ille et Vilaine du 29 janvier 2003 devant la section du

travail du Conseil économique et social.

2 554 en 1998, soit 187 en équivalent temps plein, chiffres cités dans le rapport de l’Assemblée

nationale sur l’indispensable réforme des COTOREP.

II - 100

II - LA NECESSITE DE COORDINATION D’UNE MULTIPLICITE

D’ACTEURS

Le fait que de nombreux acteurs oeuvrent pour favoriser l’insertion

professionnelle des personnes handicapées devrait a priori constituer une source

d’optimisation des actions entreprises, favoriser une plus-value dans la définition

et la mise en œuvre des politiques, et profiter aux publics pour lesquels elles sont

menées. Or, tel n’est pas le cas.

Si l’une des raisons le plus souvent évoquées est l’absence ou

l’insuffisance de coordination à tous niveaux, la multiplicité des intervenants

forme en outre un écran opaque, brouille la lisibilité des dispositifs mis en œuvre

et rend difficile l’identification du rôle de chacun, voire même parfois la simple

connaissance de son existence.

A - UNE COORDINATION INSUFFISANTE

Les pouvoirs publics en charge des actions en direction des personnes

handicapées ont toujours été confrontés aux difficultés de coordination de leurs

interventions. Cela est tout particulièrement vrai depuis la loi de 1975 qui tend à

prendre en considération la personne handicapée dans sa globalité et partant,

l’ensemble de ses besoins quels que soient l’origine, la nature et le degré du

handicap. Dès lors, les diverses approches se trouvent très liées entre elles : par

exemple, accès à l’emploi et accessibilité des transports ou des bâtiments, et

nécessitent des interventions de différentes administrations.

Conscient de ces difficultés, le législateur avait prévu, en 1975, la création

d’un comité interministériel de coordination en matière d’adaptation et de

réadaptation. Ce dernier n’a en réalité jamais véritablement été mis en œuvre, du

fait vraisemblablement de la lourdeur de sa composition.

La Cour des comptes, dans un rapport de 1993, constatait déjà « un

éclatement institutionnel » dans le champ de l’insertion professionnelle des

personnes handicapées et déplorait « l’absence manifeste de coordination et de

pilotage », aussi bien d’ailleurs au niveau central qu’au plan local. Il convient

d’insister à tous les niveaux sur la nécessité de définir les orientations générales

de la politique d’intégration des personnes handicapées, de donner l’impulsion et

de favoriser les liaisons entre les administrations, entre les différents partenaires.

S’agissant plus particulièrement de la politique en matière d’emploi des

personnes handicapées, il convient de relever qu’au seul niveau de

l’administration centrale, deux directions sont compétentes : c’est ainsi que

l’emploi en milieu ordinaire relève principalement de la DGEFP du ministère

chargé du travail alors que le secteur du milieu protégé est réparti entre cette

même direction pour les ateliers protégés et la Direction de l’Action sociale du

ministère chargé de la santé. Cette dyarchie se retrouve également au niveau des

services déconcentrés et tout particulièrement dans la gestion des COTOREP, ce

II - 101

qui est source d’un certain nombre de difficultés sur lesquelles il sera revenu plus

précisément.

Des instances consultatives composées entre autres de représentants des

pouvoirs publics, des organisations syndicales et patronales, des associations et

des organismes de sécurité sociale ont par ailleurs été mises en place :

- placé auprès du ministre chargé des affaires sociales, le Conseil

national consultatif des personnes handicapées, a une compétence

générale pour toute question sur la politique en direction des

personnes handicapées ;

- placé auprès du ministre chargé du travail, le Conseil supérieur pour

le reclassement professionnel et social des travailleurs handicapés, a

une compétence sur les questions de rééducation professionnelle et de

placement des travailleurs handicapés, de travail protégé, d’éducation

et d’adaptation au travail des enfants et adolescents handicapés.

En réponse à cette absence de coordination, on a de plus été conduit à la

création en 19951 d’un poste de Délégué interministériel aux personnes

handicapées afin de mobiliser et d’optimiser les actions des différents services et

administrations concernées à un titre ou à un autre pour favoriser l’insertion

professionnelle et sociale, notamment dans les domaines de l’intégration

scolaire, du maintien à domicile et de l’accessibilité à l’emploi et à la formation

professionnelle.

On est néanmoins fondé à s’interroger sur le fait qu’il soit placé sous la

responsabilité du Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, dépendant du

ministre de la Santé, et non auprès du Premier ministre.

B - UNE MULTIPLICITE D’OPERATEURS RENDANT DIFFICILEMENT LISIBLES LES

DISPOSITIFS

Plus de quinze ans après la promulgation de la loi de 1987, le taux

d’emploi direct de personnes handicapées stagne autour de 4 %, les entreprises

privilégiant les formules alternatives offertes par la loi elle-même. Ainsi 37 %

des entreprises assujetties à l’obligation d’emploi ne comptent pas de travailleurs

handicapés dans leur personnel.

Pourtant, nombreux sont les employeurs qui, à la faveur de campagnes de

sensibilisation ou pour d’autres raisons encore, se déclarent prêts à recruter, sans

toujours savoir comment procéder et auprès de qui s’adresser2. Il est vrai que

l’insertion professionnelle des personnes handicapées mobilise un grand nombre

d’acteurs au plan local et qu’il est peu aisé d’identifier le rôle de chacun. Cette

difficulté d’accès à l’information est accrue pour des PME et des TPE désireuses

d’effectuer un recrutement de travailleur handicapé et à la recherche d’une

information de premier niveau en la matière.

1 Décret n° 95-863 du 31 juillet 1995.

2 Cf. sondage Louis Harris précité.

II - 102

Du côté de l’individu en situation de handicap à la recherche d’un emploi

en milieu ordinaire de travail, le parcours nécessite également une information

minimum, qui n’est pas toujours facilement accessible.

1. Le service public de l’emploi

L’ANPE est directement identifiable en tant que structure pour la recherche

d’un emploi. L’accueil, l’information, l’orientation et l’aide au placement des

travailleurs handicapés font partie des missions de toutes ses agences locales.

Dans chaque département, un conseiller à l’emploi devrait être particulièrement

spécialisé sur l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés.

En revanche, d’autres structures publiques ou privées, également

susceptibles d’apporter leur concours aux personnes handicapées à la recherche

d’un emploi, semblent moins facilement repérables. A ce titre, les EPSR et les

OIP, associations départementales agréées, dont la vocation est de permettre

l’emploi et le reclassement des personnes handicapées avec un accompagnement

individualisé, participent pleinement à cette mission et interviennent en aval des

décisions de la COTOREP.

En relation avec les entreprises, ces équipes reçoivent, informent et

conseillent les travailleurs handicapés, et s’assurent après l’embauche de leurs

conditions d’insertion. Leur action, à la fois différente et complémentaire de

celle de l’ANPE, s'inscrit dans une logique territoriale de mise en cohérence des

interventions des différents partenaires en particulier dans le cadre des

programmes départementaux d'insertion des travailleurs handicapés et implique

des liens constants avec la COTOREP et l'ANPE.

Si en principe, les personnes qui s’adressent à la COTOREP pour une

reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et une recherche d’emploi

ont par cette voie connaissance des services de ces organismes, la question se

pose de la situation des autres personnes bénéficiaires de la loi de 1987,

accidentés du travail ou invalides civils qui ne passent pas par la COTOREP.

Afin de mettre en évidence la cohérence des interventions des EPSR et des

OIP et d’assurer une meilleure lisibilité de l’ensemble des aides existantes,

l’AGEFIPH a engagé une démarche en 2000 tendant à fédérer ces organismes et

à les réunir sous un label unique : le réseau Cap Emploi. Ce label permet ainsi à

la fois une meilleure identification des structures pour les employeurs et pour les

personnes handicapées et une information sur les dispositifs existants.

Par ailleurs, dans les contrats de progrès de l’AFPA et de l’ANPE, pour la

période 1999/2003, l’Etat a marqué sa volonté de voir les deux organismes

travailler sur la complémentarité de leurs offres de services au bénéfice des

demandeurs d’emploi. La complémentarité a notamment pour but d’assurer un

service continu et personnalisé aux demandeurs d’emploi : l’ANPE sur la

définition du projet professionnel et l’accès à l’emploi, l’AFPA sur l’accès à la

formation avec la définition d’un parcours de formation en adéquation avec le

projet professionnel et de renforcer les missions et les moyens du service public

II - 103

de l’emploi pour favoriser l’accès à l’emploi des publics prioritaires définis par

l’Etat et de permettre aux demandeurs d’emploi, devant acquérir ou remettre à

jour des compétences professionnelles, de bénéficier des formations qualifiantes

de l’AFPA.

2. Un effort de coordination : les PDITH

Depuis 1992, des Programmes départementaux d’insertion des travailleurs

handicapés (PDITH) coordonnent, sous l’autorité des préfets, l’action des

différents partenaires, publics et privés, agissant dans le domaine de l’insertion

professionnelle des travailleurs handicapés. Généralisés depuis 1999, ces

programmes mettent notamment en œuvre des actions d’orientation,

d’information, de sensibilisation et de maintien en milieu ordinaire, en assurant

l’articulation entre les dispositifs de droit commun et les dispositifs spécialisés.

Coordonnés par les DDTEFP, ces dispositifs ont pour objectif de

rapprocher les différents acteurs afin d’optimiser l’accompagnement des

personnes handicapées sur le marché du travail. L’action conjuguée de tous les

opérateurs de l’insertion se réalise à différents niveaux : information et

orientation en amont de l’insertion, accès des travailleurs handicapés à des

formations de droit commun, sensibilisation des entreprises locales au

recrutement des personnes handicapées, maintien dans l’emploi des salariés

victimes d’accidents du travail. De cette façon est mieux prise en compte, par

l’ensemble des acteurs de l’insertion, la globalité des problèmes d’intégration

professionnelle des personnes handicapées. Le comité de pilotage du PDITH

définit les objectifs pour chaque département. Selon les départements,

l’articulation avec le Cap Emploi s’effectue plus ou moins facilement.

Le coordinateur du PDITH d’Ille et Vilaine1 souligne ainsi les trois

principaux axes autour desquels se structurent ses actions. En premier lieu, il

s’agit de rendre le plus lisible possible l’ensemble du dispositif au service des

personnes et des professionnels et de faciliter la compréhension des moyens mis

à disposition sur le département ; il existe en effet une complexité dans le champ

de l’insertion professionnelle des personnes handicapées en termes d’articulation

entre les dispositifs de droit commun et les mesures plus spécifiques.

Il s’agit par ailleurs de créer une dynamique afin de faire inscrire la

problématique propre aux personnes handicapées dans les dispositifs en place,

par exemple, les commissions emploi et formation ou insertion par l’activité

économique ou encore le dispositif RMI, de rappeler sa priorité et la faire

ressortir au même niveau que celui que l’on peut trouver pour d’autres publics

prioritaires tels que les jeunes ou les femmes.

1 Audition du 29 janvier 2003 devant la section du travail du Conseil économique et social de

Michèle Louet, COTOREP, DDTEFP d’Ille et Vilaine, Jean-François Ménard, Programme de

formation des personnes handicapées (PRFPH) et Yves Deniaud, coordinateur PDITH pour l’Illeet-

Vilaine.

II - 104

Enfin, il s’agit de favoriser les complémentarités d’actions afin de faciliter

et de fluidifier le parcours d’insertion dans l’emploi de la personne handicapée

qui se trouve confrontée à un chaînage - préparation à l’emploi, formation,

recherche d’emploi, mise en situation dans l’entreprise et accompagnement -

qu’il faut articuler pour éviter les ruptures dans ce parcours.

3. Les sites pour la vie autonome, un pas vers le guichet unique ?

Le développement des moyens de compensation des incapacités est

indispensable pour offrir aux personnes handicapées qui le souhaitent la

possibilité de demeurer dans leur milieu ordinaire de vie grâce à des

aménagements de logement, des aides techniques ou des aides humaines

adaptées.

L'accès aux solutions de compensation des incapacités peut s’avérer

difficile pour les personnes handicapées. Les obstacles principaux tiennent à la

longueur des délais d'obtention de l'aide, à la charge financière parfois lourde

laissée à la personne handicapée, à la complexité administrative et financière des

dispositifs existants et à l'absence d'une évaluation médico-sociale des besoins

des personnes handicapées. L’assurance maladie ne rembourse que très

partiellement les matériels et équipements nécessaires, sur la base du Tarif

interministériel des prestations sanitaires (TIPS). Des financements

complémentaires sont possibles, mais ils doivent être sollicités auprès de divers

organismes, et notamment des mutuelles, des collectivités territoriales ou

d’associations. Cependant, l’information est dispersée et la personne handicapée

doit souvent effectuer de longues et nombreuses démarches avant d’obtenir

l’aide dont elle a besoin.

Afin de mobiliser les différents dispositifs existants au service du projet de

vie de la personne handicapée, les pouvoirs publics mettent en place, de manière

pragmatique et progressive, des sites pour la vie autonome. Il s’agit d’instaurer,

dans chaque département, un lieu unique de traitement des demandes des

personnes en situation de handicap. Le chargé de mission responsable du site

pour la vie autonome assure la coordination des interventions administratives,

techniques et financières des différents partenaires locaux. Une équipe

pluridisciplinaire, comprenant un médecin, un technicien du handicap et un

assistant social, évalue la situation de la personne et lui propose un plan d’aide

individualisé. Elle peut également préconiser des solutions dans le champ des

aides humaines et de l’aménagement du logement.

Les départements, les organismes de protection sociale, les mutuelles, les

associations participent, dans le cadre d’un comité départemental, à la définition

et à la mise en œuvre de ces dispositifs.

L’Etat a prévu de porter progressivement sa contribution financière

annuelle au fonctionnement des sites pour la vie autonome de 2,3 millions

d’euros en 2000 à 15,2 millions d’euros à partir de 2003, avec l’objectif d’un site

par département en 2003.

II - 105

Le bilan d’étape réalisé fin 2002 sur le fonctionnement et les moyens des

28 sites effectivement mis en place apparaît mitigé. « Là où se conjuguent les

bonnes volontés des différents partenaires et financeurs, le système fonctionne et

atteint ses limites »1. Les sites pour la vie autonome semblent en effet souffrir de

l’absence de cadre juridique définissant clairement leurs missions et les

modalités de prise en charge.

C - LES ASSOCIATIONS, ACTEURS ET PARTENAIRES

Les associations ont toujours joué un rôle important dans la prise en charge

des personnes handicapées et ont été à l’origine de nombreuses initiatives dans le

domaine de l’emploi.

Au-delàde celles dont les missions interviennent dans le champ du

placement et du reclassement professionnel et sont agréées à ce titre

(associations EPSR et OIP regroupés sous le label Cap Emploi), un grand

nombre de structures du milieu associatif interviennent dans ce domaine, parmi

leurs autres missions tendant à faire reconnaître la personne handicapée comme

citoyen à part entière auprès de ses différents interlocuteurs, dont les pouvoirs

publics.

Elles se sont généralement construites et organisées autour de la défense de

personnes présentant des handicaps de même nature (déficients visuels ou

auditifs, déficients intellectuels, paralysés…) ou encore des handicaps de même

origine (accidentés de la route, accidentés du travail).

Elles participent toutes, à leur niveau, et en fonction des moyens dont elles

disposent, à l’effort d’insertion sociale de la personne handicapée, notamment en

milieu professionnel, et mobilisent toutes leurs ressources dans cet apport

indispensable à la politique menée.

A cet égard, il convient de souligner que les associations plus directement

concernées, par les publics qu’elles fédèrent, par le milieu protégé de travail, ne

peuvent se voir placées en opposition à une insertion en milieu ordinaire ; elles

considèrent en effet l’insertion en milieu ordinaire comme la solution la plus

favorable à la personne handicapée, à la condition qu’elle soit adaptée à la nature

et au degré de handicap ainsi qu’à son environnement social.

1 Magazine Faire face, n° 607 de mars 2003, Vie autonome, du mieux mais…

II - 106

III - DES AIDES NOMBREUSES ET COMPLEXES

Ainsi que le souligne dans son rapport le sénateur1 Paul Blanc, l’obligation

nationale à l’égard des personnes handicapées doit trouver sa traduction dans la

compensation des désavantages liés au handicap ainsi que des frais qui en

découlent. Elle doit à ce titre rétablir l’égalité entre les citoyens valides et les

citoyens handicapés et favoriser, dans toute la mesure du possible, le maintien ou

l’insertion de ces derniers en milieu de vie ordinaire.

Dans ce cadre, les dispositifs d’aides et de prestations mobilisables en

faveur des personnes handicapées sont nombreux et complexes. La question reste

cependant posée de leur efficience en terme de compensation du handicap par

rapport à une approche que l’on pourrait davantage examiner sous l’angle de

l’assistanat. Paul Blanc relève à cet égard la multiplicité des aides et des

prestations sociales, ainsi que l’éventualité d’une juxtaposition de celles-ci. Ces

aides résultent en effet de l’accumulation de strates successives d’origines

diverses du système de protection sociale (accidents du travail, invalidité,

handicap…). Par ailleurs, leur niveau est jugé globalement insuffisant au regard

de l’importante charge financière qui pèse sur les personnes handicapées pour

surmonter les difficultés inhérentes à leur handicap.

Au-delàmême de ces remarques, on observe un déficit d’informations du

public (employeurs et personnes handicapées) auquel ces mesures sont destinées.

Plus significatif encore, les différents acteurs de la politique d’insertion

professionnelle avouent éprouver eux-mêmes des difficultés à se retrouver dans

le maquis de ces innombrables aides et prestations.

Il convient à cet égard de distinguer les aides dont peuvent bénéficier les

personnes handicapées, qu’elles soient ou non liées à l’exercice d’une activité

professionnelle, qu’elles soient ou non soumises à conditions de revenus, et

celles versées aux employeurs au titre d’un aménagement de poste ou de

l’embauche d’un salarié handicapé…2

Sans vouloir se livrer à une présentation détaillée de l’ensemble de ces

mesures, on placera la focale sur trois d’entre elles qui occupent, pour des

raisons diverses, une place d’importance dans le dispositif d’insertion

professionnelle des personnes handicapées : l’abattement de salaire, l’allocation

adultes handicapés et son articulation avec une rémunération, et enfin, l’aide à la

création d’entreprise.

1 Cf. rapport du Sénat n° 369, Commission des affaires sociales, sur Compensation du handicap : le

temps de la solidarité, juillet 2002.

2 Cf. annexe n° 4 sur le tableau synoptique des mesures et dispositifs d’accès et de maintien dans

l’emploi.

II - 107

A - L’ABATTEMENT DE SALAIRE

L’intervention de la secrétaire de la COTOREP d’Ille et Vilaine1 a été

l’occasion de souligner le problème posé par l’abattement de salaire dont peut

faire l’objet le travailleur handicapé, et le calcul du complément de salaire,

remboursé à l’employeur par l’AGEFIPH au titre de la garantie de ressources

dont bénéficie le salarié handicapé.

Cette mesure, destinée à favoriser l’embauche de personnes présentant un

handicap de catégorie B ou C, moins facilement « insérables » en milieu

ordinaire de travail, est dans les faits peu utilisée. A titre d’exemple, en 2001, la

COTOREP d’Ille et Vilaine n’a pas reçu plus de 90 demandes d’abattements de

salaires sur un total de près de 21 000 demandes.

On rappellera que des réductions de salaires peuvent sous certaines

conditions être autorisées lorsque le rendement professionnel du travailleur

handicapé, bénéficiant de la RQTH, est notoirement diminué. Ces abattements

sont limités à 10 % du salaire normalement alloué au travailleur valide

accomplissant la même tâche, pour les personnes relevant de la catégorie B et à

20 % pour celles de catégorie C, le classement en catégorie A (handicap léger)

ne permettant aucune diminution de salaire. Ils peuvent atteindre jusqu’à 50 %

du salaire dans le cas d’un salarié ayant un emploi de TPMO. Calculé par la

COTOREP, le montant de l’abattement est remboursé par l’AGEFIPH à

l’employeur. La règle veut en effet que l’employeur verse l’intégralité du salaire

dû au travailleur handicapé, et soit ensuite remboursé au titre de la subrogation

des droits.

Cette possibilité demeure cependant peu connue et d’une mise en œuvre

relativement complexe dans la mesure où deux bases de salaires différentes

servent de référence au calcul. En effet, si le montant de l’abattement est calculé

sur la base du salaire versé au travailleur valide accomplissant la même tâche2, le

complément de rémunération est en revanche déterminé par rapport à la garantie

de ressources égale au SMIC pour les salariés en TPMO, et à 130% du SMIC

pour les salariés en emplois ordinaires.

1 Audition du 29 janvier 2003 devant la section du travail du Conseil économique et social de

Michèle Louet, COTOREP, DDTEFP d’Ille et Vilaine.

2 Articles R. 323-59.1 et D. 323-12 du Code du travail.

II - 108

La formule de calcul du complément de rémunération (garantie de

ressources – salaire après abattement) aboutit dès lors à un résultat nul voire

négatif dans le cas où le travailleur handicapé occupe un emploi dont la

rémunération effective (salaire réel ou conventionnel) est supérieure à 1,3 SMIC.

Le fait d’asseoir le complément de rémunération sur la garantie de

ressources équivalant, selon les situations, à 100 ou 130 % du SMIC, peut

entraîner des effets pervers qui doivent être soulignés. Ainsi, des employeurs

peuvent être amenés à sous-évaluer le salaire d’embauche d’une personne

handicapée, parfois en contradiction avec la convention collective applicable.

D’un autre côté, le salarié bénéficiant d’une rémunération supérieure à 1,3 du

SMIC peut également subir une diminution de son salaire, l’abattement autorisé

par la COTOREP n’étant pas intégralement compensé par le complément de

rémunération.

Tableau 6 : Comparatif des dispositifs d'abattement de salaire

pour les emplois ordinaires et pour les emplois protégés dits « emplois légers »

Abattement de salaire

pour des emplois ordinaires

Abattement de salaire

pour des TPMO

Bénéficiaires

Personnes reconnues handicapées

par la COTOREP en catégorie B ou

C

Personnes reconnues handicapées

par la COTOREP qui ne peuvent

être employées en raison de leur

état, soit à un rythme normal soit à

temps complet.

Formalités

Décision de la COTOREP

Si le salaire ainsi réduit est

inférieur au SMIC, la décision est

prise :

- par le directeur départemental du

travail et de l’emploi si la réduction

n’excède pas 10 %,

- par le directeur régional dans le

cas contraire (réduction supérieure

à 10 %)

La liste des emplois protégés est

fixée par les services de l’emploi.

Le salaire minimum est fixé pour

chaque salarié par la DDTEFP sur avis

motivé de la COTOREP au vu d’un

rapport de l’inspection du travail.

Montant de

l’abattement

Maxi :

10 % du salaire* pour les

handicapés classés en catégorie B

20 % du salaire* pour les

handicapés classés en catégorie C

Maxi :

50 % du salaire*

Durée de

l’abattement

Durée déterminée :

A l’expiration de ce délai,

possibilité de demander la

reconduction ou la révision de la

décision d’abattement.

Période d’adaptation de 6 mois

maximum à l’issue de laquelle le

salaire minimum qu’il doit

percevoir est réexaminé

Garantie de

ressources

130 % du SMIC 100 % du SMIC

Complément de

rémunération

Complément de rémunération = garantie de ressources - salaire abattu

Le complément de rémunération est versé directement par l’employeur et

remboursé à celui-ci par l’AGEFIPH.

* Le salaire de référence est le salaire versé au travailleur valide accomplissant la même tâche.

Source : Liaisons sociales, octobre 2001, numéro spécial.

II - 109

Par ailleurs, l’application de cette mesure doit faire l'objet d'une enquête

préalable de l'inspection du travail. Or, cette démarche peut être perçue comme

un contrôle et mal vécue par des entreprises potentiellement intéressées, les

conduisant dans nombre de cas à y renoncer.

S’ajoutent à cela des délais de traitements très longs (demande de

l’employeur, instruction et calcul par la COTOREP, enquête de l’inspection du

travail…) qui ne permettent pas au dispositif de donner sa pleine efficacité, du

fait de sa faible réactivité. L’entreprise, qui souhaite légitimement connaître le

montant de l’aide auquel elle peut prétendre au moment de l’embauche du

salarié, peut dans certains cas renoncer à ce recrutement.

Ainsi, cette mesure, potentiellement intéressante en tant qu’outil favorisant

l’insertion en entreprise d’une personne handicapée, s’avère peu utilisée en

raison notamment d’un certain nombre de difficultés la rendant en partie

inadaptée.

B - L’ALLOCATION ADULTE HANDICAPE (AAH) ET SON CUMUL AVEC LE SALAIRE

La loi d’orientation du 30 juin 1975 prévoit le bénéfice d’un revenu

minimum garanti aux adultes handicapés qui se traduit par :

- soit l’AAH pour ceux qui ne peuvent exercer une activité

professionnelle (incapacité d’au moins 80 % ou de 50 à 79 % en cas

d’impossibilité, due à un handicap, de se procurer un emploi) ;

- soit la garantie de ressources pour les autres personnes handicapées

exerçant une activité professionnelle.

Il n’existe pas de possibilité de cumul de l’AAH avec la garantie de

ressources, et partant, avec la rémunération que peut percevoir un salarié

handicapé. En effet, dans la mesure où cette rémunération entraîne une

augmentation des ressources de l’allocataire, l’AAH, attribuée dans la limite

d’un plafond, est réduite à due concurrence, et voire même être supprimée.

Le caractère très restrictif des conditions d’attribution de cette AAH, et en

particulier les conditions de ressources qui l’assortissent, dissuade un nombre

non négligeable de personnes handicapées de s’engager dans la voie d’une

intégration professionnelle qui leur ferait perdre le bénéfice de l’AAH et des

avantages afférents.

Vincent Assante, dans son rapport sur « Situation de handicap et cadre de

vie » 1 souligne à cet égard que « les modalités d’attribution de l’allocation aux

adultes handicapés, notamment l’interdiction de cumuler un salaire avec les

allocations diverses et avantages fiscaux liés au handicap, ne facilitent pas la

recherche d’un emploi (…) ».

1 Cf. rapport précité.

II - 110

La personne handicapée peut en effet légitimement s’interroger sur la

pertinence d’exercer une activité professionnelle au regard de la perte de revenus

qui en découle. Cette opposition pose véritablement question, alors même que la

valeur du travail, en tant qu’élément fondamental d’insertion de la personne

handicapée au sein de la société, est reconnue par tous comme une évidence.

On ne peut que comparer ce dispositif avec la réforme dont le RMI a fait

l’objet, permettant le cumul dans certaines conditions et pour une durée

déterminée de cette allocation et d’un salaire, ou encore de la possibilité dont

bénéficient les personnes titulaires d’une pension d’invalidité de cumuler salaire

et pension pendant six mois, dans la limite du salaire qu’ils avaient avant leur

invalidité.

C’est cette contradiction et les difficultés qu’elle soulève qui a conduit

récemment des députés à déposer sur le bureau de l’Assemblée une proposition

de loi tendant à ne prendre en compte qu’une partie des ressources provenant du

travail de l’allocataire pour l’application du plafond de cumul1.

C - L’AIDE A LA CREATION D’ENTREPRISE

Dans le panel des aides dont peuvent bénéficier les personnes handicapées

en matière d’insertion professionnelle, les aides à la création d’entreprise

constituent des mesures largement méconnues, alors qu’elle présentent un intérêt

non négligeable.

En effet, au-delàdes aides publiques destinées aux créateurs d’entreprise

telles que les Aides aux chômeurs créateurs ou repreneurs d'entreprise (ACCRE),

l’Encouragement au développement des entreprises nouvelles (EDEN) ou le Prêt

à la création d'entreprise (PCE), deux types d’aides sont plus particulièrement

destinés aux personnes handicapées qui souhaitent s’engager dans la voie de la

création d’entreprise ou de l’activité libérale.

Une subvention d’installation, d’un montant maximal de 2 290 €, peut être

attribuée aux personnes ayant fait l’objet d’une orientation par la COTOREP

vers une activité indépendante ; elle est versée sur décision du préfet, après avis

motivé de la COTOREP, dans la limite des crédits délégués par le ministre

chargé du travail.

A cet égard, on signalera l’initiative prise par un certain nombre de

chambres de métiers dans le domaine de la création d’entreprises par des

personnes en situation de handicap. Dans le cadre de conventions passées avec

l’AGEFIPH, portant « accompagnement et suivi des porteurs de projets de

création d’activités par des personnes handicapées », le réseau des chambres de

métiers marque son attachement à la création et à la reprise d’entreprises par des

personnes handicapées.

1 Proposition de loi n° 493 du 18 décembre 2002 présentée par Georges Colombier, Guy Geoffroy et

plusieurs autres députés.

II - 111

Au-delàde ces expériences innovantes, l’AGEFIPH a mis en place une

mesure de « création d’activité », afin de favoriser les initiatives des personnes

handicapées qui créent leur propre emploi et de leur permettre de s’insérer

durablement dans le milieu professionnel. Elle propose ainsi aux demandeurs

d’emplois handicapés une subvention à la création d’entreprise, calculée en

fonction des besoins et des autres financements obtenus, plafonnée à 10 675 €.

Elle peut également être amenée à financer des prestations de conseils pour

accompagner les personnes handicapées tout au long de leur parcours :

diagnostic et montage du projet, démarrage et suivi des premières années de

l’activité ainsi qu’une formation en gestion.

Un bilan des actions réalisées dans ce cadre par l’AGEFIPH1 souligne

l’importance et l’intérêt de ce type de mesures. Les porteurs d’un projet de

création sont en général particulièrement motivés. Les nouvelles entreprises

créées présentent un taux de pérennisation toujours très supérieur à la moyenne

nationale et montrent un réel dynamisme (70 % des entreprises sont encore

actives après trois ans contre un peu plus de la moitié pour les autres entreprises

créées par des demandeurs d’emplois). Ainsi, en 2001, 2 257 créations d’activité

ont été enregistrées, en hausse de 10 % par rapport à l’année 20002.

Cette analyse témoigne, si besoin était, de la volonté et de la capacité des

personnes handicapées à être véritablement les acteurs de leur insertion, qu’il

s’agisse de la société comme du monde professionnel. A ce titre, la création

d’entreprise, dès lors qu’elle fait l’objet d’un réel soutien, peut constituer l’une

des voies efficaces vers l’insertion professionnelle.

IV - UNE PAUVRETE STATISTIQUE ET UNE EVALUATION QUASI

INEXISTANTE

Il a été souligné en première partie du rapport la difficulté qu’il y avait à

définir le handicap selon qu’on adopte une approche médicale, sociale ou

administrative. On achoppe sur ces mêmes difficultés pour appréhender la

population des travailleurs handicapés compte tenu également des multiples

législations et des régimes différents.

Sur le plan statistique, la connaissance générale du handicap et de la

population handicapée a été améliorée par l’enquête HID (Handicap-incapacitédépendance)

pilotée par l’INSEE. Néanmoins, en ce qui concerne la population

des travailleurs handicapés, les données apparaissent fragmentaires, varient

d’une source à une autre et ne sont pas aisément comparables, empêchant toute

vision globale satisfaisante. La question se pose dès lors de la pertinence et de

l’efficacité des politiques menées en direction de cette population finalement mal

connue et dont les besoins et motivations ne peuvent clairement être identifiés.

1 Rapport d’activité de l’AGEFIPH, année 2001.

2 Source : AGEFIPH.

II - 112

A titre d’illustration, la mobilisation des informations détenues par les

COTOREP est très insuffisante. Par exemple, il n’est pas actuellement possible

de connaître sur les dix dernières années la répartition des demandes de RQTH

ayant reçue une réponse favorable selon le type de demande (première demande

et renouvellement) alors que ces informations sont des données de gestion

instruites par les COTOREP. De façon plus surprenante encore, les COTOREP

ne sont pas aujourd’hui en situation de connaître à une date donnée le nombre de

personnes qui bénéficient d’une reconnaissance de la qualité de travailleur

handicapé . Elles manquent donc de statistiques de base sur les populations dont

elles ont la charge.

La Commission des finances de l’Assemblée nationale1 soulignait déjà en

2000 les insuffisances de leur application informatique qui ne permet de

connaître que le volume des demandes, les délais de traitement des dossiers…

Des efforts de modernisation ont été entrepris dans ce domaine mais s’inscrivent

nécessairement dans la durée, compte tenu de l’ampleur et du coût de

l’opération. On soulignera également l’absence d’outils objectifs d’évaluation du

handicap, entraînant des appréciations forcément différentes sur la nature et le

taux du handicap d’un département à l’autre ou encore en matière de suivi et

d’évaluation des décisions d’orientations prises par ces commissions.

Cela est vrai également pour le taux d’emploi des travailleurs handicapés,

indicateur essentiel au regard de la loi de 1987, qui continue d’être sujet à

caution quant à sa fiabilité statistique. Le rapport de la Cour des comptes 2002

précité souligne à ce sujet que cet état de fait témoigne de l’absence de volonté

des pouvoirs publics de « s’inscrire dans une logique volontariste ».

1 Mission d’évaluation et de contrôle, L’indispensable réforme des COTOREP, Rapport du 12 juillet

2000.

II - 113

CHAPITRE III :

AU COEUR DES LIEUX DE TRAVAIL, DES ACTEURS

ET UN POTENTIEL INSUFFISAMMENT EXPLOITES

I - UNE PROBLEMATIQUE COMMUNE AU SECTEUR PRIVE ET AUX

ADMINISTRATIONS PUBLIQUES…

A - UN CONTEXTE D’EMPLOI PARTICULIEREMENT DISCRIMINANT POUR LES

PERSONNES HANDICAPEES

Sur le marché de l’emploi, fondé sur la loi de l’offre et de la demande, la

demande excède à l’heure actuelle très largement l’offre. Ceux qui offrent des

emplois, qu’il s’agisse des entreprises privées et publiques, des collectivités

territoriales, ou des administrations, ont souvent des exigences d’autant plus

grandes, notamment en matière de qualification, que la main d’œuvre disponible

dépasse largement leurs besoins.

Les demandeurs d’emplois doivent donc satisfaire aux desiderata de leurs

employeurs potentiels, et acquérir un ensemble de compétences qui vont bien audelà

des stricts savoirs professionnels, et touchent à la personnalité, à la mobilité

à l’adaptabilité, à la disponibilité.

A l’inverse mais produisant les même effets, la rareté de l’offre conduit à

ce que les plus diplômés ou les plus qualifiés obtiennent, dans le secteur privé

comme dans la Fonction publique, des postes ou des emplois pour lesquels ils

sont en réalité surqualifiés ou surdiplômés.

Cela est d’autant plus vrai dans le secteur privé que les évolutions

politiques et économiques mondiales se couplent avec les évolutions

technologiques et la recherche de gains de productivité pour faire face à la

concurrence internationale. De son côté, le secteur public est lui même de plus en

plus soumis à une exigence de rentabilité ou tout du moins de plus grande

efficience.

Dans ce contexte, les travailleurs handicapés sont à l’évidence

désavantagés, puisque beaucoup d’entre eux subissent, du fait d’une diminution

de leurs capacités mentales et/ou physiques, une tendance à la marginalisation,

faute de disposer de réseaux de relations et d’information ou de savoir utiliser

ceux qui existent.

Par ailleurs, pour certains d’entre eux, se pose la question de l’aide ou de

l’assistance, en dehors et/ou au sein de l’entreprise, d’une tierce personne, qu’il

s’agisse d’auxiliaires de vie ou de tuteurs professionnels.

II - 114

B - L’IMPORTANCE DU ROLE DES ACTEURS INTERNES A L’ENTREPRISE OU A

L’ADMINISTRATION

Si le réseau des acteurs extérieurs joue à cet égard un rôle essentiel dans

l’information, l’orientation, la formation, et facilitent ainsi l’insertion, le

maintien ou le retour vers l’emploi des personnes handicapées, les acteurs de

premier niveau présents sur le lieu de travail, employeurs ou chefs de service,

représentants du personnel et médecins du travail, dans l’entreprise ou la

Fonction publique, n’en ont pas moins un rôle important à jouer.

Ils semblent en effet les plus à même d’appréhender de manière concrète la

question de l’insertion ou du maintien dans l’emploi de personnes handicapées,

et peuvent aider les salariés concernés à intégrer la structure ordinaire de travail

ou s’y maintenir après un accident ou une maladie venant perturber les équilibres

antérieurs et spécialement la place qui pouvait être la leur dans la production ou

l’activité.

Ces acteurs multiples ont sur d’autres sujets des habitudes de travail en

commun. A ce titre, ils s’informent, réalisent des expertises, dialoguent, se

concertent et négocient. Ils représentent donc un potentiel pour la prise en charge

de la question du handicap sur le lieu de travail.

Chacun d’entre-eux a en effet, de par les fonctions qu’il exerce dans la

structure, un rôle à jouer s’agissant de conseiller, suivre et accompagner les

personnes devenues inaptes à leurs fonctions antérieures comme d’accueillir les

demandes de personnes handicapées demandeurs d’emploi, faisant acte de

candidature et désireuses de mettre leurs compétences au service de la structure.

Les outils, la compétence et la légitimité institutionnelle doivent leur

permettre d’agir de concert, sur le lieu de travail, au service de l’insertion des

personnes handicapées. Les actions collectives et concertées peuvent prendre la

forme de plans d’action initiés par le chef d’entreprise ou le responsable

hiérarchique, ou encore émaner du service de médecine du travail. Elles peuvent

également résulter de négociations associant d’emblée les organisations

syndicales.

Ainsi que l’indique la première partie du rapport, le secteur privé et les

fonctions publiques, quoique régis l’un et l’autre par les mêmes principes posés

par la loi du 10 juillet 1987, ne sont dans les faits pas tenus par des obligations

de même nature. Le mode de décompte des bénéficiaires de l’obligation et

l’absence de possibilité pour la Fonction publique de réaliser son obligation par

la voie d’une contribution constituent les distinctions les plus notables dans la

mise en œuvre de l’obligation légale.

Par ailleurs, les différences structurelles qui prévalent à tous points de vue

entre le secteur privé et l’administration, justifient, afin d’éviter une présentation

commune qui serait par certains côtés artificielle, un exposé distinct s’agissant

du rôle et de la dynamique des acteurs au sein des deux secteurs.

II - 115

II - … POUR DES REALITES DIFFERENTES

A - LE SECTEUR PRIVE

1. L’employeur

La loi du 10 juillet 1987 demande aux établissements de 20 salariés et plus

de procéder à l’embauche d’un certain nombre de travailleurs handicapés. On

rappellera néanmoins les différentes possibilités permettant au secteur privé de

satisfaire à l’obligation, outre l’emploi direct de travailleurs handicapés, pour

souligner que la voie du versement direct de la contribution est retenue à titre

exclusif par 37 % d’entreprises.

C’est dire le chemin restant à parcourir pour permettre à une personne

handicapée d’intégrer le monde de l’entreprise, et la nécessité qui en découle de

continuer à s’attaquer aux idées reçues des uns et des autres, pour que le taux

d’emploi des personnes handicapées soit enfin atteint.

Pour les entreprises décidées à se conformer à l’obligation légale par le

biais de l’emploi direct de travailleurs handicapés, la première question réside

dans le choix d’un partenaire à même de les aider à trouver un ou des salariés

présentant le profil du (ou des) poste(s). Faut-il faire appel à l’ANPE, à Cap

Emploi, aux associations de personnes handicapées, à une agence d’intérim, et si

oui, dans quel ordre ? Il est en effet parfois difficile de se faire une idée précise

des organismes existants et plus encore de les mettre en œuvre. Dans un second

temps vient la question du choix des modalités d’association du personnel, au

travers de ses représentants.

2. Le représentant du personnel

Le rôle dévolu dans ce domaine aux délégués syndicaux, aux délégués du

personnel, aux membres du comité d’entreprise et du comité d’hygiène sécurité

et des conditions de travail consiste à intervenir à trois niveaux :

- soit pour prévenir la survenance d’un handicap ;

- soit pour favoriser le maintien dans l’emploi/dans l’entreprise ;

- soit pour obtenir l’embauche des travailleurs handicapés.

L’une des fonctions essentielles des représentants du personnel est d’agir

sur les conditions de travail. Dès lors que plus de 2 millions de salariés

perçoivent une rente, à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie

professionnelle, il convient de souligner l’importance et le rôle de la prévention

pour éviter l’apparition de pathologies, et la nécessité de développer la

coordination avec l’entreprise et les autres intervenants de la prévention. Plus la

vigilance sera forte en amont et plus le risque de « fabriquer » de nouveaux

handicaps faiblira.

II - 116

De par leurs missions générales ou spécifiques, les représentants du

personnel sont destinataires d’un certain nombre de documents que les

entreprises sont tenues, périodiquement de leur adresser pour information et/ou

pour consultation. Ainsi les membres du comité d’entreprise peuvent-ils avoir

une vision précise du nombre de travailleurs handicapés employés dans

l’entreprise : au travers du bilan social ou, dans les entreprises de moins de trois

cents salariés, du rapport annuel.

Par ailleurs, chaque entreprise de 20 salariés ou plus est tenue de remplir

une déclaration annuelle relative au nombre de salariés handicapés exerçant dans

l’entreprise, la DOETH. Cette déclaration annuelle, remise aux services de l’Etat

avant le 15 février de chaque année, peut constituer un moment privilégié

permettant au délégué syndical d’aborder avec l’employeur la question de

l’insertion des travailleurs handicapés.

En liaison avec le CHSCT, les membres du comité d’entreprise sont

consultés sur les mesures prises en vue de faciliter la mise ou la remise au travail

des salariés handicapés. Dans les entreprises employant au moins deux cents

salariés, la commission de formation est notamment chargée d’étudier les

problèmes spécifiques concernant l’emploi et le travail des handicapés .

Les délégués syndicaux sont également destinataires du projet de bilan

social. Munis de ces informations, ils peuvent interpeller l’employeur pour

négocier un accord annuel ou pluriannuel en faveur des handicapés. L’accord

peut permettre notamment d’impliquer l’ensemble des acteurs de l’entreprise.

Son contenu, s’il rentre dans le cadre de la loi de 1987 concernant l’obligation

d’emploi des personnes handicapées, doit correspondre à une démarche visant à

l’obligation de résultat.

De ce point de vue, on observera qu’il est sans doute dommage que

certaines entreprises fassent le choix de passer une convention directe avec

l’AGEFIPH, visant à faciliter et à organiser l’embauche ou le maintien dans

l’emploi de salariés vivant avec un handicap. En effet, quelle que soit la qualité

des plans et des actions qui en résultent, l’entreprise se prive de la richesse du

dialogue avec les organisations syndicales, et de l’effet démultiplicateur qu’une

telle association des acteurs peut avoir, à l’intérieur comme à l’extérieur de la

structure concernée.

3. Le médecin du travail

La réglementation applicable en termes de santé au travail ne présente pas

de références particulières au regard de la situation des salariés handicapés. C’est

ainsi que la loi de 1987 sur l’intégration des personnes handicapées ne précise

pas le rôle des médecins du travail, sans doute parce que l’ensemble de ses

actions va dans le sens de l’intégration : protéger le travailleur, évaluer son

aptitude médicale en fonction de son activité professionnelle, solliciter les

adaptations justifiées par son état de santé.

II - 117

Il peut donc être un acteur essentiel pour l’insertion ou le reclassement des

personnes handicapées. Mais il peut également être un agent de « désinsertion »,

car l’un de ses rôles est de constater l’aptitude ou la non-aptitude d’un salarié à

son poste de travail. Dans ce dernier cas, lorsque le médecin du travail prononce

une inaptitude au poste de travail, il doit accompagner son avis de propositions

telles qu’une mutation au sein de l’entreprise, ou une transformation de poste...

L’employeur est tenu de les prendre en considération, sauf à faire connaître les

motifs de son refus.

En dehors de la visite annuelle systématique organisée par le service de

médecine du travail, le médecin procède à la visite d’embauche, sollicitée par

l’employeur. Chaque fois que la situation le rend nécessaire (risque professionnel

inhérent au poste, état de santé du salarié demandant une surveillance

particulière…), la visite doit se faire avant l’affectation au poste de travail.

Par ailleurs, il apparaît que le médecin du travail a un rôle non négligeable

à jouer dans le cadre de la visite médicale de pré-reprise du salarié à la suite d’un

arrêt de travail. Cette visite, peu fréquente, présente pourtant un intérêt certain

dès lors qu’il est permis de supposer, notamment compte tenu des circonstances

qui ont précédé l’arrêt médical, que l’état de santé du salarié pourra avoir des

conséquences en termes d’aptitude et de retour sur le poste occupé. Elle permet à

cet égard d’anticiper sur les possibilités de reprises du travail pendant l’arrêt

maladie, en prenant les contacts nécessaires et en étudiant les mesures à

envisager. Cependant, cette visite de pré-reprise n’est pas automatique et n’a

aucun caractère obligatoire ; elle peut être sollicitée par le médecin conseil de la

Sécurité sociale, le médecin traitant ou le salarié lui-même. Il semble à ce titre

souhaitable que le médecin du travail puisse, en tant que de besoin, proposer

cette visite au salarié, en lui en présentant l’intérêt.

En articulation avec les représentants du personnel, qui peuvent le solliciter

à tous moments, il peut ainsi prévoir des mesures d’adaptation nécessaires pour

permettre le maintien de l’emploi. Cette démarche est judicieuse, dès l’instant où

une visite de pré-reprise permet d’anticiper ou de commencer à étudier les

conditions de retour en entreprise, si celles-ci paraissaient devoir être modifiées

pour des raisons médicales.

L’action du médecin du travail tend aujourd’hui, notamment, à favoriser la

reprise du travail et le maintien dans le poste du travail, dans la mesure où une

adaptation a été réalisée.

On le voit, les acteurs internes ont, chacun, un rôle primordial à jouer. On

constate également que la réussite d’un objectif d’insertion exige la mobilisation

et l’action commune de tous.

4. Les accords collectifs

La loi de 1987 a placé l’emploi des personnes handicapées dans le champ

des négociations collectives, incitant l’entreprise et les partenaires sociaux à

l’intégrer dans la gestion des ressources humaines. L’existence d’un accord de

II - 118

branche ou d’entreprise prévoyant la mise en place d’un programme en faveur

des travailleurs handicapés exonère l’entreprise de son obligation d’emploi, sous

réserve de la réalisation des actions prévues par cet accord. Ces actions pourront

ainsi être conçues en fonction du contexte propre à l’entreprise. Le fait d’être

inclues dans le cadre d’un accord permet une meilleure lisibilité de ces actions, à

l’intérieur et en dehors de l’entreprise.

L’accord peut être conclu au niveau de la branche, de l’entreprise, ou

encore à celui de l’établissement, et nécessite d’être agréé. S’agissant de l’accord

de branche, on note que celui-ci doit être proposé à l’agrément du ministre de

l’Emploi et de la solidarité qui le soumet en préalable à l’avis du Conseil

supérieur pour le reclassement professionnel et social des travailleurs

handicapés.

L’accord d’entreprise (ou de branche, ou d’établissement) peut contenir

diverses mesures concernant l’insertion des personnes handicapées dans le

milieu ordinaire de travail, parmi lesquelles le plan d’embauche en milieu

ordinaire, obligatoire depuis la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002,

mais aussi un plan d’insertion et de formation, un plan d’adaptation aux

mutations technologiques, un plan de maintien dans l’entreprise en cas de

licenciement.

On peut également trouver des actions concernant les relations de

l’entreprise avec le secteur du travail protégé et des mesures d’accompagnement,

des actions de type social telles que des prêts à taux préférentiel, des aides aux

enfants handicapés de salariés, ou encore des aides aux associations couvrant un

handicap spécifique.

Pour porter ses fruits, un accord doit être décliné sur le terrain, c’est-à-dire

être décomposé en sous-objectifs d’embauche par unités de production et de

services, voire même au niveau d’un atelier. Tout accord est un contrat

d’objectifs. Or, chacun sait combien il est difficile d’atteindre un objectif si

personne n’assume la responsabilité de la mise en œuvre, de la réussite ou de

l’échec.

C’est la raison pour laquelle la quasi-totalité des entreprises qui ont signé

un accord, ont mis en place une « Mission handicapés » . Constituée d’une ou

plusieurs personnes dotée(s) des pouvoirs et des moyens financiers nécessaires,

la mission est chargée de veiller à la bonne application des engagements

souscrits et d’en faciliter la réalisation et représente l’interlocuteur tant en interne

qu’en externe.

Le rôle des missions est d’informer, de sensibiliser les personnels et leur

hiérarchie, d’expliquer comment respecter les sous-objectifs, de vérifier leur

mise en œuvre et d’apporter toute assistance utile. C’est à eux qu’il appartient

donc de nouer les contacts nécessaires avec les acteurs associatifs ou

professionnels immergés dans le monde du handicap et les techniques de

reclassement, de façon à disposer d’un éventail d’interlocuteurs susceptibles de

favoriser, voire relayer, l’application de l’accord.

II - 119

La plupart des entreprises qui ont souscrit un accord, couplent les objectifs

auxquels elles ont souscrit avec la possibilité offerte par la loi de s’exonérer pour

la moitié de l’obligation d’emploi en fournissant des travaux de sous-traitance à

des centres de travail protégé. Dans ce cas, les accords sont donc partiels

puisqu’ils ne portent plus que sur le reliquat des sommes dues.

Les accords les plus efficaces ont eu des effets positifs pour un certain

nombre de travailleurs handicapés : certains ont été embauchés dans l’entreprise

signataire, d’autres ont bénéficié de formation qui leur ont ouvert des emplois,

d’autres ont eu du travail grâce aux contrats de sous-traitance passés avec le

secteur protégé.

A ce jour, environ 120 accords d’entreprise1 ont été signés ainsi que deux

accords de branche. Afin d’aider les entreprises et les partenaires sociaux dans

leur démarche contractuelle, la DGEFP (délégation générale à l’emploi et à la

formation professionnelle) a édité un guide méthodologique.

L’appui des partenaires sociaux est indispensable à la conclusion d’un

accord mais la réussite passe par l’engagement de tous sur le terrain. En général

conclus pour une durée de trois ans, les accords permettent d’élaborer une

planification, une organisation et un calendrier. Cela fait, et sur la base de

contrats annuels, il est souhaitable de confier à des entités clairement identifiées

et volontaires le soin de mettre en œuvre l’accord.

Les signataires de la convention collective de l’hospitalisation privée à but

non lucratif du 31 octobre 19512, couvrant le champ sanitaire et social, ont été

parmi les premiers à se saisir de la possibilité de conclure un accord de branche

en faveur de l’emploi des handicapés. Le 18 février 1991, la Fédération des

établissements hospitaliers et d'assistance privés à but non lucratif (FEHAP) a

conclu avec des organisations syndicales un premier accord pour la période 1991

– 1995. Etaient ainsi mis en œuvre six plans d’action, quatre prévus par la loi et

deux supplémentaires, l’un sur le travail protégé, l’autre sur le maintien dans

l’entreprise des travailleurs devenant handicapés. L’accord prévoyait ainsi en

particulier l’embauche de 1 000 travailleurs handicapés au cours de la période

des cinq années d’application, un volume de stages de formation et de stages de

découverte et de sensibilisation…

Les actions contenues dans l’accord, non prises en charge par des

dispositions législatives, réglementaires, ou conventionnelles, étaient financées

par un fonds mutualisé, alimenté par les établissements assujettis, adhérents de la

FEHAP, qui n’auraient pas rempli, en tout ou partie, leur obligation d’emploi.

Etait par ailleurs créée une association de gestion pour collecter les contributions

des établissements, mettre en œuvre et gérer les actions définies dans l’accord et

les décisions du comité paritaire de suivi.

1 Voir en annexe n° 5 la liste des accords collectifs.

2 Convention collective nationale des établissements privés d’hospitalisation, de soins, de cure et de

garde à but non lucratif.

II - 120

Par un avenant du 5 octobre 1995, cet accord a été renouvelé pour cinq ans,

pour la période 1996 – 2000, et intégré dans la convention collective de 1951. Ce

second accord a repris l’accord initial en tenant compte de diverses évolutions et

fixait deux objectifs :

- porter à 7 % le taux d’obligation d’emploi des travailleurs handicapés

dans les établissements de la FEHAP ;

- créer, dans les cinq ans, 700 contrats à durée indéterminée pour les

travailleurs handicapés.

Un nouvel accord pour une nouvelle période de cinq ans, 2001 – 2005

négocié en mars 2000, a été signé en mai de la même année avec un champ

d’application élargi puisque la Croix-Rouge française et le Syndicat national des

associations pour la sauvegarde de l'enfant à l'adulte (SNASEA) ont adhéré à ce

texte et rejoint le dispositif et les engagements définis, dans le cadre d’une

association ad hoc « OETH » . Ce sont désormais plus de 4 700 établissements

employant près de 221 000 salariés (179 000 ETP) dont 7 000 travailleurs

handicapés, qui sont concernés par ces dispositions.

Ce nouvel accord reprend le précédent en l’ajustant pour, en particulier,

tenir compte du départ à la retraite, d’ici cinq ans, de 30 % des travailleurs

handicapés des établissements soumis à la convention, soit 1500 personnes. Il

prévoit donc leurs remplacements et 250 embauches supplémentaires pour

atteindre un taux d’emploi de 6 % hors Contrat emploi solidarité (CES) et 7 %

CES compris.

Le faible nombre d’accords amène toutefois à s’interroger sur la place et la

portée que peuvent avoir d’une part, la négociation collective et d’autre part, les

actions d’information portant sur le handicap. La centaine d’accords conclus

mériterait une attention particulière aussi bien sur leur origine, leur contenu que

leur mise en oeuvre.

Ils peuvent en effet apporter un éclairage sur les facteurs à mobiliser pour

aboutir à l’embauche de travailleurs handicapés et aider d’autres entreprises au

vu des expériences qui pourraient être transposables. Sur un plan plus général, la

négociation sur un tel sujet, amène à interroger de façon raisonnée les conditions

de travail dans l’entreprise et à entrer de fait dans une démarche plus globale de

prévention.

Par ailleurs, si l’on cherche à déterminer qui des employeurs ou des

organisation syndicales est le plus souvent à l’origine de l’initiative d’une

négociation , force est de constater que dans 90 % des cas, c’est l’employeur qui

impulse la démarche. La contrainte que fait peser sur lui l’obligation d’emploi

posée par la loi est certainement une des principales raisons qui motive cette

démarche. Cependant, au delà, on doit convenir que beaucoup reste à faire pour

informer les partenaires sociaux, en particulier sur les solutions alternatives au

versement de la contribution légale.

II - 121

B - LES FONCTIONS PUBLIQUES

1. Une prise en compte récente de la problématique de l’insertion des

personnes handicapés

L’ensemble de la Fonction publique (Etat, territoriale et hospitalière) est

soumis à l’obligation d’emploi de personnes handicapées prévue par la loi de

1987. Les trois fonctions publiques ne contribuent pas à l’AGEFIPH en cas de

non-respect du quota de 6 % mais disposent depuis trois ans du bénéfice d’un

fond interministériel, renforcé par le protocole du 8 octobre 2001 et permettant

de financer des expérimentations ou des accompagnements des personnes

handicapées dans leur travail (aménagements, aides, formation…).

Le calcul de l’obligation d’emploi ne s’effectue pas de la même manière

que dans le secteur privé : en particulier, le secteur public ne calcule pas son

obligation sur la base des Unités bénéficiaires proratisées (UBP). Ainsi, aucune

majoration ne s’applique en fonction de la gravité du handicap ou de l’âge du

travailleur handicapé, chaque bénéficiaire de la loi de 1987 compte pour une

seule unité dans la fonction publique.

De plus, les administrations ne peuvent exclure de leur effectif

d’assujettissement certaines catégories de personnels comme le font les

établissements d’au moins 20 salariés du secteur privé et semi-public.

Depuis la loi de 1987 qui impose à tout employeur d’embaucher au moins

6 % de travailleurs handicapés, la fonction publique de l’Etat peine à satisfaire à

cette obligation et ce pour deux raisons essentielles : d’une part, le mode de

recrutement par concours des agents publics ; d’autre part, l’insuffisance des

moyens que se sont donnés les ministères pour répondre à cette obligation. Le

protocole d’emploi des travailleurs handicapés dans la Fonction publique de

l’Etat

La signature du protocole sur l’emploi des travailleurs handicapés dans la

fonction publique de l’Etat le 8 octobre 2001 marque un tournant dans la prise en

compte par l’Etat employeur et les fédérations syndicales de fonctionnaires de

leur responsabilité au regard de l’insertion des travailleurs handicapés. Cet

accord, qui ne vise encore que la fonction publique de l’Etat, a le mérite de

permettre de formuler des réponses à ces deux blocages en développant le

recrutement par voie contractuelle des travailleurs handicapés et en donnant un

signe politique à l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique

de l’Etat.

II - 122

1.1. Quatre grands axes

Afin d’augmenter le recrutement de travailleurs handicapés dans la

fonction publique d’Etat, un protocole a été conclu le 8 octobre 2001 entre le

gouvernement et cinq organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CTFC,

UNSA, FSU). Il comporte quatre types de mesures :

- améliorer la formation et le reclassement : améliorer le dispositif de

préparation des concours pour permettre l’accès aux concours

(recrutement normal) ; généraliser le mode de recrutement contractuel

(avec titularisation à l’échéance d’un an) qui se substitue à la

procédure qui permettait précédemment d’accéder aux emplois

réservés ; favoriser le reclassement des fonctionnaires devenus

inaptes physiquement en cours de carrière ;

- améliorer la formation continue et les conditions de travail : favoriser

l’accompagnement de l’insertion ; garantir de meilleures conditions

de travail, avec le recours à des spécialistes tels que l’ANACT ou

l’AGEFIPH ; compenser financièrement le passage à temps partiel

pour des raisons de santé ;

- améliorer les procédures spécifiques : renforcer le Fonds

interministériel pour l’insertion des travailleurs handicapés qui est

presque triplé passant de 2,3 millions d’euros à 6,5 millions d’euros

en 20021 et qui finance des expérimentations ou des

accompagnements des personnes handicapées dans leur travail

(aménagements, aides, formation…) ; faciliter les autorisations

d’absence pour les parents d’enfants handicapés ;

- mettre en place des plans triennaux de développement de l’emploi et

d’insertion des travailleurs handicapés : ces instruments comporteront

des objectifs chiffrés de recrutement et les moyens nécessaires pour y

parvenir ; par ailleurs, un groupe de suivi de l’insertion des

travailleurs handicapés sera mis en place pour agréer et évaluer les

plans pluriannuels de développement de l’emploi des travailleurs

handicapés.

1.2. Le Fonds interministériel pour l’insertion des personnes handicapées

dans la Fonction publique

Ce Fonds, créé en 2000, a pour vocation de prendre en charge un certain

nombre d’expérimentations faites en matière d’équipements et d’aménagements

de poste de travail des personnes handicapées, d’aides dans la vie

professionnelle. Il a aussi pour vocation de contribuer au financement des

différentes actions d’accompagnement à l’insertion des travailleurs handicapés,

notamment aux actions de sensibilisation et de formation.

1 Pour mémoire, 398 millions d’euros ont été collectés par l’AGEFIPH en 2002.

II - 123

Ces crédits viennent compléter les actions ministérielles, sans se substituer

à elles. Le Fonds est placé auprès du Premier ministre. Il complète l’action du

Fond interministériel pour l’accessibilité aux personnes handicapées des locaux

recevant du public.

1.3. Les plans triennaux

Le plan triennal que chaque ministère doit élaborer constitue l’outil

permettant d’augmenter le recrutement des personnes handicapées dans

l’administration.

A partir d’un bilan de la situation propre à chaque ministère,

l’administration gestionnaire doit faire apparaître le nombre d’emplois retenus

pour un accès prioritaire des personnes handicapées avec des objectifs chiffrés de

recrutement et le moyen à mettre en œuvre pour y parvenir (par exemple

mobilisation de l’ANPE ou des équipes spécialisées dans le placement de

travailleurs handicapés) pour susciter des candidatures en rapport avec les postes

réservés, notamment en catégories A.

En outre, les plans déterminent les objectifs annuels en terme

d’amélioration des conditions d’accessibilité des locaux, d’adaptation de postes

de travail et des fonctions, des partenariats avec les centres de travail protégé,

d’accueil de stagiaires handicapés et de formation. Les moyens de recrutement

seront répartis entre les diverses voies d’accès à la fonction publique : concours,

reclassement, recrutement par voie directe (recrutement contractuel).

Un groupe de suivi, associant les partenariats sociaux doit être chargé de

l’agrément de ces plans, de leur évaluation et de la définition des mesures

découlant de cette évaluation. Ces mesures comportent deux aspects : d’une part,

la mise en réserve ou le report d’une partie des emplois réservés aux travailleurs

handicapés non pourvus, d’autre part, une contribution au fonds interministériel

des travailleurs handicapés.

1.4. Bilan et perspectives du protocole conclu en 2001

Force est de constater que la signature du protocole n’a pas été suivie par

un engagement particulier des pouvoirs publics dans sa mise en œuvre. Le bilan

2002 du protocole est donc très réduit ; on observera à ce sujet que le Comité de

suivi du protocole n’a à ce jour pas encore été réuni, alors même que le protocole

précise qu’il devrait avoir lieu « au moins 2 fois par an ».

Des efforts ont néanmoins été entrepris. Les moyens du fonds

interministériel pour l’insertion des travailleurs handicapés ont été presque

triplés de 2001 à 2002 (6,5 millions d’euros) et ont été reconduits à ce même

niveau en 2003. Cependant, en l’absence de bilan d’utilisation de ce fonds, il

n’est pas possible de savoir si ces crédits ont été utilisés et de quelle façon, et

s’ils s’avèrent suffisants.

II - 124

Par ailleurs, les plans triennaux que chaque ministère devait élaborer pour

le 31 décembre 2001 ne sont pas toujours pas rédigés, sauf rares exceptions1, et

ce qui l’ont été n’ont fait l’objet d’aucune discussion avec les organisations

syndicales.

1 Ministère des affaires sociales, du travail et de la solidarité, Ministère de l’intérieur, de la sécurité

intérieure et des libertés locales.

II - 125

CONCLUSION

Au terme de l’analyse, il apparaît que l’emploi en milieu ordinaire de

travail des personnes en situation de handicap continue de se heurter à un certain

nombre d’obstacles. Au-delàde l’affirmation de principes émancipateurs que la

société française fait progressivement siens, les obstacles à une insertion réelle

des personnes en situation de handicap tiennent principalement à la faible

accessibilité de la cité et de ses multiples lieux de vie « ordinaires », à une

qualification souvent trop faible ou inappropriée des personnes, et enfin à une

traduction insuffisante dans la pratique de recrutement des employeurs, de la

nécessité d’intégrer dans les lieux de travail les personnes handicapées, en

mobilisant les aides disponibles pour adapter les postes aux déficiences qu’elles

présentent.

Il découle de ces carences, auxquelles s’ajoute l’implication décroissante

de l’Etat postérieurement aux lois de 1975 et de 1987, que l’insertion des

personnes handicapées dans tous les lieux de la cité et plus précisément sur les

lieux de travail du secteur privé et des administrations publiques, marque le pas

depuis plusieurs années et pourrait reculer mécaniquement si des mesures ne sont

pas prises rapidement pour enrayer ce phénomène.

On constate aujourd’hui encore qu’il n’est pas entré dans les habitudes des

employeurs de recruter, à qualification égale, des travailleurs handicapés. Au

delà, dans l’hypothèse même où les compétences des travailleurs handicapés sont

supérieures à celles des travailleurs valides, il semble encore que repousser la

candidature d’un travailleur handicapé soit une démarche plus simple que d’avoir

à rechercher une tâche adaptée à ses capacités ou d’aménager le poste de travail à

la nature de son handicap.

Le contexte de la mondialisation de l’économie, examiné sous l’angle de

ses conséquences sur l’organisation des structures de production, les exigences

de productivité accrues, les mutations fréquentes des process, ou l’organisation

des temps, semble de nature à perturber le processus d’intégration des personnes

handicapées en milieu ordinaire de travail, rendant durablement plus complexe

dans le secteur privé la volonté d’atteindre l’objectif assigné d’accès équitable de

tous à l’emploi. De leur côté, les administrations publiques, pour lesquelles

l’argument de la mondialisation n’apparaît pas comme le plus pertinent, ont dans

les récentes décennies vu le niveau requis d’accès aux emplois qu’elles

proposent augmenter sensiblement, accentuant progressivement le décalage

existant entre les pré-requis à l’embauche et le niveau moyen de qualification des

personnes handicapées.

Enfin, force est de constater que la multiplicité des acteurs et des dispositifs

concourant à la traduction de l’objectif d’emploi des personnes handicapées n’est

pas actuellement, sur le terrain de la mise en œuvre des politiques, gage d’une

totale efficacité. De même, le niveau de réflexion et de prise en charge de cette

II - 126

question par les acteurs internes à l’entreprise n’a pas encore atteint celui qui

pourrait être le sien.

Pour faire changer de manière significative le cours des choses et faire

évoluer les pratiques de recrutement direct en milieu ordinaire, une volonté

politique forte est nécessaire, conforme à la définition que pouvait en donner

Roosevelt dans un discours résumant en son temps la philosophie du New Deal :

« user activement des instruments et compétences exécutives au lieu d’attendre

(…) que les lois de l’économie réalisent les objectifs du gouvernement ».

Pourquoi ne pas faire nôtres ces propos et établir un véritable programme

en faveur des personnes handicapées, fort et volontaire, mobilisant de façon

particulière moyens et acteurs sur plusieurs années ?

Le contexte du déroulement de l’année européenne du handicap ainsi que

la réforme, ouverte dans le cadre de l’un des trois chantiers présidentiels, de la

loi d’orientation du 30 juin 1975, constituent pour la France une opportunité à

saisir. Elle doit en effet être l’occasion de formuler des orientations éclairant les

politiques conduites dans ce domaine dans les prochaines années et montre le

cap d’une vision renouvelée de la société, permettant l’égal accès et la

participation de chacun à son fonctionnement.

II - 127

ANNEXES

II - 128

II - 129

Annexe 1 : Approche monographique de quelques systèmes nationaux

d’insertion des handicapés en entreprise au sein de l’Union européenne

Une étude interne du Sénat1 analyse les principales mesures prises dans

plusieurs pays européens (Allemagne, Danemark, Espagne, Italie, Pays-Bas et

Royaume-Uni) pour promouvoir l’insertion des handicapés dans l’entreprise.

Dans son étude, publiée en janvier 2003, la Division des études de législation

comparée des affaires européennes du Sénat fait dans un premier temps le point

sur la législation en vigueur en France.

Pour chacun des pays retenus dans l’étude, trois aspects sont

successivement examinés :

- les obligations des employeurs à l’égard des handicapés ;

- les aides apportées aux entreprises qui emploient des handicapés2 ;

- le statut particulier des handicapés dans l’entreprise.

L’examen des dispositions étrangères laisse apparaître un clivage entre

certains pays (Allemagne, Espagne et Italie) qui, comme la France, créent une

obligation d’emploi des handicapés applicables à toutes les entreprises d’une

certaine taille et ceux (Danemark, Pays-Bas, Royaume-Unis) qui privilégient

l’élimination des discriminations dont les handicapés peuvent être victimes sur le

lieu de travail.

Les systèmes de quota (fondés sur des principes de l’égalité des

chances ou les discriminations positives)

Dans ce cadre figurent l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, qui ont créé une

obligation d’emploi des handicapés. Dans ces trois pays, les entreprises - quel

qu’en soit leur statut - dont l’effectif dépasse un certain seuil, fixé

respectivement à vingt, cinquante et quinze salariés, ont l’obligation de réserver

une fraction de leurs postes de travail à des handicapés.

Cette fraction est de 5 % en Allemagne et de 2 % en Espagne, tandis

qu’elle varie en Italie en fonction de l’effectif de l’entreprise pour atteindre 7 %

lorsque l’employeur a plus de cinquante salariés.

Dans ces trois pays, les employeurs qui n’emploient pas le contingent de

handicapés prévu par la loi doivent verser une contribution de substitution à un

fonds, public ou privé, qui finance des actions en faveur de l’insertion

professionnelle des handicapés.

En Espagne et en Italie, cette possibilité est réservée aux employeurs qui

disposent d’un certificat de l’administration attestant que leur entreprise ne peut

pas employer directement des salariés handicapés.

1 L’insertion des handicapés dans l’entreprise, Les documents de travail du Sénat, Série Législation

comparée, janvier 2003.

2 Les barèmes indiqués sont ceux de l’année 2002.

II - 130

En Espagne, le paiement de cette contribution peut être remplacé par

l’emploi indirect : l’employeur signe un contrat de fournitures de biens ou de

services avec un centre de travail protégé ou avec un handicapé qui exerce son

activité professionnelle sous forme libérale.

Dans ces trois pays, l’obligation d’emploi des handicapés n’exclut pas

l’existence de diverses mesures (prise en charge de dépenses d’adaptation,

réduction des charges sociales) destinées à inciter les entreprises à recruter des

handicapés.

Les systèmes de non discrimination (fondés sur les principes de

l’égalité de traitement)

Le Danemark, les Pays-Bas, le Royaume-Uni entrent dans cette seconde

catégorie et mettent l’accent sur l’élimination des discriminations dont les

handicapés peuvent être victimes dans l’entreprise, afin de leur assurer une réelle

égalité de traitement.

Pour cela, les trois pays étudiés recourent à des moyens plus ou moins

directs : le Danemark, le Royaume-Uni cherchent à compenser les difficultés que

les handicapés rencontrent sur le marché de l’emploi, tandis que les Pays-Bas ont

opté pour une politique purement incitative à l’égard des employeurs.

La priorité d’emploi dans le secteur public est particulièrement mobilisée

par le Danemark. Dans ce pays, la loi cherche à pallier les difficultés que les

handicapés rencontrent sur le marché de l’emploi du fait de leur handicap. C’est

la raison pour laquelle, dans la mesure où ils remplissent les conditions requises

pour occuper les postes vacants, les handicapés bénéficient d’une priorité

d’emploi dans le secteur public.

Cette mesure diffère de l’obligation générale d’emploi des handicapés en

vigueur en Allemagne, en Espagne et en Italie, car elle ne bénéficie qu’aux

handicapés qui possèdent la qualification nécessaire. Il s’agit donc d’une

disposition visant à l’élimination des discriminations.

Au Royaume-Uni, les entreprises qui emploient au moins quinze personnes

doivent respecter la loi sur l’interdiction de toute discrimination fondée sur le

handicap.

En matière d’emploi, ces dispositions se traduisent par une double

obligation : les employeurs doivent à la fois traiter la situation des personnes

handicapées candidates à un emploi ou salariées de la même façon qu’ils traitent

les autres candidatures, mais également adapter les conditions de recrutement et

de travail à la situation particulière des handicapés.

La seconde obligation ne s’impose qu’à partir du moment où le handicap

est connu de l’employeur. Elle est dans les faits appliquée en fonction des

circonstances. En effet, l’adaptation du poste de travail, qui peut consister en un

aménagement des locaux, en un assouplissement des horaires, en une

modification des procédures de recrutement ou en la mise à disposition d’un

auxiliaire, ne peut pas être mise en œuvre de la même façon dans toutes les

II - 131

entreprises. Elle dépend notamment de la situation financière, des effectifs et du

secteur d’activité.

Les Pays-Bas mettent en œuvre une politique purement incitative. La loi

néerlandaise sur la réintégration professionnelle des handicapés prévoit en effet

qu’une obligation d’emploi des handicapés puisse être introduite par voie

réglementaire. Cette clause constitue en quelque sorte une menace pour le cas où

les entreprises ne feraient pas les efforts nécessaires pour employer suffisamment

de salariés handicapés.

Le dispositif en vigueur comprend à cet égard plusieurs mesures

particulièrement incitatives. Ainsi, le recrutement ou le reclassement de salariés

handicapés entraîne d’importantes réductions des cotisations sociales dues au

titre de l’assurance invalidité et de l’assurance chômage.

Les employeurs bénéficient de plusieurs autres types d’aides : subvention

pour compenser les surcoûts entraînés par l’embauche de salariés handicapés,

possibilité d’embaucher un handicapé à l’essai pendant six mois sans le payer, la

collectivité lui versant une allocation d’intégration qui complète les prestations

financières auxquelles il a droit en tant que handicapé.

II - 132

Annexe 2 : Obligation d’emploi : liste des emplois non décomptés

dans l’effectif

Catégories d’emplois exigeant des conditions d’aptitude particulière 1

Numéro de la

nomenclature

Intitulé de la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles –

emplois salariés d’entreprise

389 b Officiers et cadres navigants techniques et commerciaux de l’aviation civile

389 c Officiers et cadres navigants techniques de la marine marchande

480 b Maîtres d’équipage de la marine marchande et de la pêche

526 e Ambulanciers

533 a Pompiers

534 a Agents civils de sécurité et de surveillance, excepté les gardiens d’usine et les

gardiens de nuit

546 a Contrôleurs de transports (personnels roulants)

546 d Hôtesses de l’air et stewards

546 e Autres agents et hôtesses d’accompagnement (transports, tourisme)

553 b Vendeurs polyvalents des grands magasins

624 d Monteurs qualifiés en structures métalliques

621 a Chefs d’équipe du gros oeuvre et des travaux publics

621 b Ouvriers qualifiés du travail du béton

621 c Conducteurs qualifiés d’engins de chantiers du bâtiment et des travaux publics

621 e Autres ouvriers qualifiés des travaux publics

621 g Mineurs de fond qualifiés et autres ouvriers qualifiés des industries d’extraction

(carrières, pétrole, gaz...)

632 a Maçons qualifiés

632 c Charpentiers en bois qualifiés

632 e Couvreurs qualifiés

641 a Conducteurs routiers et grands routiers

641 b Conducteurs de véhicules routiers de transport en commun

643 a Conducteurs livreurs, coursiers

651 a Conducteurs d’engins lourds de levage

651 b Conducteurs d’engins lourds de manœuvre

652 b Dockers

654 b Conducteurs qualifiés d’engins de transport guidés (sauf remontées mécaniques)

656 b Matelots de la marine marchande

656 c Capitaines et matelots timoniers de la navigation fluviale

671 c Ouvriers non qualifiés des travaux publics et du travail du béton

671 d Aides-mineurs, ouvriers non qualifiés de l’extraction

681 a Ouvriers non qualifiés du gros oeuvre du bâtiment

691 a Conducteurs d’engins agricoles ou forestiers

692 a Marins pêcheurs et ouvriers de l’aquaculture

La définition est donnée par la nomenclature (ESE) : « Elle est exclusive de toute interprétation

et limitative. Aucune assimilation à des catégories existant dans cette nomenclature (reprise à

l’article D. 323-3 du Code du travail) ni aucun ajout ne peuvent être effectués ».

Toutes précisions peuvent être fournies par la Direction départementale du travail, de l’emploi et

de la formation professionnelle auprès de laquelle peut être obtenue cette nomenclature.

1 Décret n° 2003-369 du 18 avril 2003 modifiant la liste des catégories d’emploi exigeant des

conditions d’aptitude particulières non décomptées dans l’effectif des salariés mentionné au

premier alinéa de l’article L. 323-1 du Code du travail annexée à l’article D. 323-3 du Code du

travail.

II - 133

Annexe 3 : Le décompte des unités supplémentaires

Pour les travailleurs handicapés reconnus par la COTOREP

moins de 25 ans plus de 50 ans En fonction de l’âge

+ 0,5 + 0,5

Catégorie B Catégorie C En fonction de l’importance du handicap

+ 0,5 + 1,5

500 heures de formation ou plus En fonction de la formation en entreprise

+ 0,5

En fonction du placement antérieur : à compter de l’année d’embauche et de

manière permanente

- atelier protégé, centre de distribution de travail à

domicile, centre d’aide par le travail, institut

médico-professionnel

+ 1

l’année d’embauche et l’année suivante

- centre de formation professionnelle + 0,5

Pour les accidentés du travail et victimes de maladies professionnelles

66,66 % à 85 % plus de 85 % En fonction du taux d’incapacité permanente

+ 0,5 + 1,5

Pour l’ensemble des bénéficiaires en CDI

l’année de début du CDI et l’année suivante En fonction de l’année d’embauche

+ 1

II - 134

Annexe 4 : Tableau synoptique des mesures et dispositifs d’accès et de maintien

dans l’emploi

Les besoins Nature des principales actions Partenariat et sources

de financement

Mobilité - permis de conduire VL - AGEFIPH

Aide trajet domicile/travail - acquisition de véhicule

- aménagement de véhicule

- transport adapté

- auxiliaire professionnel

- Conseil général

- AGEFIPH

Aide aux personnes - interprète pour malentendants

- prise de notes pour étudiants

malentendants

- aide technique : matériels

pour étudiants malvoyants

- prothèse

- fauteuil roulant

- CPAM : prestations

légales et extra-légales

- mutuelle

- Conseil général

- AGEFIPH (à partir de 16

ans et pour études en

milieu scolaire non

spécialisé)

Evaluation des compétences - bilan de compétences

- formation

- DDTEFP, Conseil

régional

- AGEFIPH

- FONGECIF

- budget formation

entreprise

Formation professionnelle (préqualifiante

et qualifiante)

- bourse d’études

- formation

- tutorat en entreprise

-ASSEDIC, ANPE,

DDTEFP, Conseil

régional

AGEFIPH

Prime à l’apprentissage et à

l’alternance ; prime à

l’insertion

- incitation financière à

l’embauche (en complément

des aides publiques) pour

l’employeurs

- prime salarié

- ANPE, DDTEFP

- AGEFIPH

Aménagement du poste de

travail

- aménagement du poste -AGEFIPH (sur les éléments

composant le handicap)

Accessibilité du poste de travail - permettre l’accès au poste de

travail

- AGEFIPH (au-delà des

obligations légales de

l’employeur)

Sous-productivité - garantie de ressources des

travailleurs handicapés

(abattement de salaire) en

milieu ordinaire de travail

- auxiliaire professionnelle

- AGEFIPH

- COTOREP

Création d’activité - conseil et accompagnement

du créateur

- formation à la gestion

d’entreprise

- financement des

investissements liés à la

création

- banques, DDTEFP, ADIE

- fonds locaux d’aide au

projets

- AGEFIPH

II - 135

A

ccessibilité au lieu de travail - toutes conditions pour

mobilité aisée et en sécurité

- étude de faisabilité et

travaux sur circulation

- sanitaires

- parking, rampe d’accès

- équipement de sécurité

- AGEFIPH (au-delà des

obligations légales de

l’employeur)

Adaptation à une nouvelle

situation de travail et de

formation

- formation sur le poste

(tutorat)

- formation par organisme

(interne et externe)

- temps partiel aménagé (« mitemps

thérapeutique ») conçu

dans une optique de

convalescence (temporaire)

sur décision du médecin

conseil CPAM

- CRPE (Contrat de

rééducation professionnelle

chez l’employeur)

- budget formation

entreprise

- FONCECIF

- AGEFIPH

- CPAM

Source : Guide de l’insertion professionnelle des personnes handicapées, Région Nord - Pas-de-

Calais.

II - 136

Annexe 5 : Tableau récapitulatif des accords d’entreprise, d’établissements

et de branche agréés en vigueur en faveur de l’emploi des personnes handicapées

(bilan à jour au 19 décembre 2002)

Raison sociale Date

de début

Date

de fin

Aéroports de Paris 01/01/01 31/12/03

Air France 01/01/00 31/12/02

Alcatel Cit 01/01/01 31/12/03

Alstom Power Hydro 01/01/01 31/12/02

Arc International 01/01/01 31/12/03

Ascometal Allevard 01/01/00 31/12/02

Association d’entraide des polios et des handicapés 01/01/02 31/12/06

Association des pupilles de l’enseignement public du Cher 01/01/00 31/12/02

Association interprofessionnelle Nord France 01/01/00 31/12/02

Atral 01/01/01 31/12/02

Auchan France 01/01/02 31/12/04

Autoroutes du Sud de la France 01/01/01 31/12/03

Axa Assurances 01/01/00 31/12/02

Banque de France 01/01/00 31/12/02

Banque Scalbert Dupont 01/01/02 31/12/04

Becton Dickinson France SA 01/01/03 31/12//05

Biomerieux SA 01/01/00 31/12/02

Boiron SA 01/01/02 31/12/04

Caisse d’épargne des Pays de la Loire 14/06/01 13/06/03

Caisse nationale de Crédit Agricole 01/01/01 31/12/03

CAP Gemini Ernst & Young France division Rhône Alpes 01/01/02 31/12/04

Carrefour France 01/01/02 31/12/04

Casino France 01/01/00 31/12/02

CNP Assurances 01/01/01 31/12/03

Commissarait à l’Energie Atomique - Etablissement de

Grenoble

01/01/02 31/12/04

CIC Lyonnaise de Banque 01/01/01 31/12/03

Decathlon 01/01/02 31/12/04

Eads Launch Vehicules - Eads LV 01/01/02 31/12/04

Electricité de France - Centre nucléaire de production

d’électricité de Saint-Alban, Saint-Maurice

01/01/02 31/12/04

II - 137

Electricité de France - Centre nucléaire de production de

Chinon

01/01/02 31/12/04

Electricité de France et Gaz de France 01/01/02 31/12/04

Electricité de France - Production Transport, Unité de

production Alpes

01/01/02 31/12/04

Eurocopter 01/01/01 31/12/03

European Synchrotron Radiation Facility 01/01/02 31/12/04

Eurotunnel Services GIE 01/01/02 31/12/04

Fédération des établissements hospitaliers et d’assistance

privés à but non lucratifs

01/01/01 31/12/05

Finaref 01/01/01 31/12/03

Flunch 01/01/01 31/12/03

Groupe Thalès 01/01/01 31/12/03

Hewlett Packard France - Etablissements internationaux 01/01/02 31/12/04

IBM France 01/01/00 31/12/02

Institut Français du Pétrole 01/01/00 31/12/02

Institut Max Von Laue - Paul Langevin 01/01/02 31/12/02

Institut Pasteur 01/01/00 31/12/02

Irisbus France 01/01/01 31/12/03

Kiabi Europe 01/01/02 31/12/03

Laboratoires Pierre Fabre 01/01/00 31/12/02

MGE Ups Systems 01/01/01 31/12/03

Mutuelle Assurance des commerçants et industriels de

France

01/01/00 31/12/02

Peugeot Citroën Automobiles SA 17/03/02 17/02/05

Playtex France SA 01/01/00 31/12/02

Port autonome de Dunkerque 01/01/00 31/12/02

Régie autonome des transports parisiens 01/01/01 31/12/03

Renault véhicules industriels 01/01/02 31/12/04

Roche diagnostics France 01/01/02 31/12/04

Schneider Electric Industries SA 01/01/01 31/12/03

Société nationale des chemins de fer français 01/01/02 31/12/02

Soitec 01/01/02 31/12/04

Supermarchés Atac 01/01/01 31/12/03

Supermarchés Match 01/01/01 31/12/03

Thalès 01/01/01 01/01/03

Thalès Air Défense SA 01/01/01 31/12/03

II - 138

Thalès ATM SA 01/01/01 31/12/03

Thalès Communication SA 01/01/01 31/12/03

Thalès Engineering et Consulting 01/01/01 31/12/03

Thalès Faceo Systems/PM 01/01/01 31/12/03

Thalès Freigt et Logistics 01/01/01 31/12/03

Thalès Industiral Services 01/01/01 31/12/03

Thalès Information Systems SA 01/01/01 31/12/03

Thalès International 01/01/01 31/12/03

Thalès Naval - France SA 01/01/01 31/12/03

Thalès Navigation SA 14/01/01 14/01/03

Thalès Siège - Thalès Research and Technologies (TRT) 01/01/01 31/12/03

Thalès Technologies et Services 01/01/01 31/12/03

Total Fina Elf 01/01/01 31/12/02

Annexe 6 : Parcours de la personne de la demande RQTH à l’emploi

Sans suite Apte Inapte

Décision d'orientation

Evaluation

(Structures innovantes)

Centre de rééducation professionnelle

ou de réadaptation professionnelle

Mission ordinaire

Placement

Milieu protégé

Formation professionnelle

Pré-qualification et qualifiante

Accompagnement suivi

Centre de préorientation

Misson :

Favoriser l'insertion

professionnelle

Mission :

Favoriser

l'insertion sociale

COTOREP

COmmission Technique

d'Orientation et de REclassement

Professionnel

Recherche

d'emploi

Maintien

dans l'emploi

Section emploi

Reclassement professionnel Section aides financières

Dossier d'une "demande d'une personne adulte handicapée" en lien avec médecin traitant

Décision d'attribution

- Allocation Adulte Handicapé

(AAH)

- Allocation Compensatrice Tierce

Personne (ACTP)

- Carte européenne de stationnement

Placements :

- foyers occupationnels

- foyers d'hébergement

- maison d'accueil spécialisé

- foyers double tarification

- SACAT

ANPE ADIPH 35

CAP EMPLOI

Atelier protégé

---------------------

Centre d'Aide par

le Travail

(CAT)

Reconnaissance de la Qualité

de Travailleur Handicapé

Catégorie A-B-C

Fixation du taux

d'incapacité : %

II -139

II - 140

Annexe 7 : La mise en oeuvre de l’obligation légale de 1987 dans la Fonction

publique : le plan triennal de développement de l’emploi et de l’insertion des

travailleurs handicapés au ministère de la Justice 2002 - 2005

Dans le cadre du protocole d’accord signé pour l’ensemble de la Fonction

publique, le ministère de la Justice met en œuvre une série de mesures destinées

à l’accueil de 6 % de travailleurs handicapés, tout en poursuivant l’effort

d’amélioration des conditions de travail et d’intégration de ces agents.

Les perspectives

La loi de programme 2003 – 2007 prévoit 200 créations d’emploi chaque

année, toutes directions confondues. Cependant, pour des raisons tenant à la

nature des fonctions exercées, les corps des surveillants de l’administration

pénitentiaire et des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse ne

peuvent être soumis à l’obligation d’emploi de personnes handicapées. Les

fonctionnaires devenus inaptes à l’exercice de leurs fonctions en cours de

carrière et qui nécessitent un reclassement professionnel ou un aménagement de

poste sont prioritaires sur un recrutement externe et sont comptabilisés dans les

6 % de travailleurs handicapés.

Les deux corps précités représentant environ la moitié des agents du

ministère de la Justice, on peut prévoir en conséquence un recrutement de

personnes handicapées globalement égal à 100 personnes par an, empruntant

d’une part le biais du recrutement contractuel et d’autre part celui des emplois

réservés et des concours.

Les moyens financiers

Le ministère a consacré en 2002 plus de 150 000 € à l’insertion et

l’intégration des agents handicapés. En 2003, cette somme sera portée à

200 000 €. Il est en outre prévu d’augmenter régulièrement ce fonds afin de

satisfaire aux besoins en aménagement de poste des nouveaux arrivants, les

ressources du fonds interministériel ne devant être utilisées que pour des actions

d’innovation.

II - 141

Annexe 8 : Liste des personnalités rencontrées ou consultées 1

M. Vincent Assante, rapporteur de l’avis Situations de handicap

et cadre de vie adopté par le Conseil

économique et social le 13 septembre 2000

M. Arnaud de Brocca, assistant de direction à la FNATH

(Fédération nationale des accidentés du

travail)

M. Olivier Dehaene, service juridique AFM (Association

française contre les myopathies)

M. Marc Dupont, président du centre technique national

d’études et de recherches sur les handicaps et

les inadaptations

M. Joseph Fricot, ancien vice-président de l’APF (Association

des paralysés de France)

M. Gérard Fuchs, conseiller confédéral à la CGT en charge de

l’activité Salariés handicapés

M. Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes

handicapées

M. Patrick Gros, directeur général de la Ligue Havraise

Professeur Claude Hamonet, professeur de réadaptation médicale,

université Paris XII Val-de-Marne

M. Frédéric Lefret, responsable des relations institutionnelles,

SNAPEI (Syndicat national des associations

des parents et amis de personnes handicapées

mentales gestionnaires d’établissements et de

services spécialisés)

M. André Loubière, directeur à l’AFM(Association française

contre les myopathies)

Mme Marie-Thérèse Poupon, rapporteur de l’avis Le potentiel productif

des personnes handicapées, conditions

sociales et technologiques de sa valorisation

adopté par le Conseil économique et social le

10 juin 1992

1 Liste par ordre alphabétique avec l’indication des fonctions exercées au moment du contact ou de

l’entretien.

II - 142

M. Pierre Matt, président de la SNAPEI (Syndicat national

des associations des parents et amis de

personnes handicapées mentales

gestionnaires d’établissements et de services

spécialisés)

Mme Catherine Martin, directeur de l’emploi à la direction des

relations sociales du Medef

M. Pascal Michel, directeur Cap Emploi du Calvados

M. Jacques Ravot, directeur technique national chargé de

l’emploi et de la formation professionnelle,

association des paralysés de France

M. Marcel Royer, secrétaire nationale à la FNATH (Fédération

nationale des accidentés du travail)

Mme Marie Dominique Soumet, directrice de projets au ministère de la

Justice, secteur ressources humaines et

dialogue social ; ancienne chef de projet à la

mission d’appui au fonctionnement des

COTOREP

M. Michel Van Daeledirecteur Cap Emploi de l’Eure

M. Dominique Velche, chargé de recherches au centre technique

national d’études et de recherches sur les

handicaps et les inadaptations

M. Alain Vitard, directeur Cap Emploi de la Ligue Havraise

II - 143

TABLE DES SIGLES

AAH : Allocation aux adultes handicapés

ABS : Abattement des salaires

ACCRE : Aides aux chômeurs créateurs ou repreneurs d'entreprise

AGEFIPH : Association pour la gestion du fonds pour l'insertion

professionnelle des personnes handicapées

AMI : Association des malades et invalides

APF : Association des paralysés de France

APR : Association des paralysés et rhumatisants

CAT : Centre d'aide par le travail

CDCPH : Conseil départemental consultatif des personnes handicapées

CDES : Commission départementale de l'éducation spéciale

CEPIAH : Comité d'études pour la promotion des initiatives alternatives

pour les personnes handicapées

CEREQ : Centre d'études et de recherches sur les qualifications

CES : Contrat emploi solidarité

CIF : Classification internationale du fonctionnement du handicap et de

la santé

CIH : Classification internationale des handicaps

COTOREP : Commission technique d'orientation et de reclassement

professionnel

DOETH : Déclaration obligatoire de l’emploi des travailleurs handicapés

EDEN : Encouragement au développement des entreprises nouvelles

EPF : Emploi dans la fonction publique

EPSR : Equipe de préparation et de suite du reclassement

FEHAP : Fédération des établissements hospitaliers et d'assistance privés à

but non lucratif

FNATH : Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés

FNBPC : Fédération nationale des blessés du poumon et chirurgicaux

FNCDA : Fédération nationale des comités de défense et d'amicales des

malades et anciens malades de sanatoriums

FNLA : Fédération nationale de lutte antituberculeuse

FNMIP : Fédération nationale des malades, infirmes et paralysés

FPE : Fonction publique de l'Etat

GRTH : Garantie de ressources du travailleur handicapé

HID : Handicap incapacité dépendance

L'ADAPT : Ligue pour l'adaptation du diminué physique au travail

OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques

OIP : Organismes d'insertion et de placement

OIT : Organisation internationale du travail

II - 144

OMS : Organisation mondiale de la santé

ONU : Organisation des Nations Unies

ORP : Orientation professionnelle

PAPND : Plan d'action personnalité pour un nouveau départ

PARE : Plan d'aide au retour à l'emploi

PCE : Prêt à la création d'entreprise

PDITH : Programmes départementaux d'insertion des travailleurs

handicapés

PRR : Prime de reclassement

RMI : Revenu minimum d'insertion

SNASEA : Syndicat national des associations pour la sauvegarde de l'enfant à

l'adulte

SUB : Subvention d'installation

TIPS : Tarif interministériel des prestations sanitaires

TPMO : Travail protégé en milieu ordinaire

UBP : Unité bénéficiaire proratisée

UNAPEI : Union nationale des amis et parents d'enfants inadaptés

UNTC : Union nationale des tuberculeux civils

II - 145

LISTE DES ILLUSTRATIONS

Tableau 1 : Taux d'emploi des bénéficiaires de l'obligation d'emploi

soumis aux dispositions de l'article L. 323-2 du Code du

travail Evolution 1987 - 2000......................................................49

Tableau 2 : Taux d'emploi des travailleurs handicapés à la fin 2000 .............65

Tableau 3 : Les travailleurs handicapés à la fin de 1999 selon la situation

par rapport à l'emploi...................................................................68

Tableau 4 : Les caractéristiques des travailleurs en situation de handicap.....70

Tableau 5 : Les financements des Cap Emploi...............................................96

Tableau 6 : Comparatif des dispositifs d'abattement de salaire pour les

emplois ordinaires et pour les emplois protégés dits « emplois

légers » ......................................................................................108

Graphique 1 : Répartition des travailleurs handicapés bénéficiaires de la loi

du 10 juillet 1987 selon le sexe et la catégorie de handicap fin

1998.............................................................................................46

Graphique 2 : Répartition par catégorie socio-professionnelle des travailleurs

handicapés et de l'ensemble des salariés des établissements

assujettis à la fin 1998 .................................................................47

Graphique 3 : Répartition par sexe et par catégorie des bénéficiaires de la loi

du 10 juillet 1987 au 31 décembre 1999 (population de

référence).....................................................................................48

Graphique 4 : Répartition par catégorie des bénéficiaires de la loi du 10

juillet 1987 au 31 décembre 1999 (population de référence).......49

Graphique 5 : Répartition (en %) des personnes ayant obtenu en 2001 la

RQTH selon son niveau...............................................................51

Graphique 6 : Répartition des catégories de RQTH selon le type de demande

en 2001 ........................................................................................52

Graphique 7 : Répartition des orientations selon le type de demande en 2001 ..53

Graphique 8 : Répartition des orientations professionnelles en milieu

ordinaire selon le type d'orientation et le type de demande en

2001.............................................................................................54

Graphique 9 : Répartition des orientations milieu de travail protégé selon le

type d'orientation et le type de demande en 2001........................55

Graphique 10 :Répartition des orientations en formation en 2001 selon le

type de formation et le type de demande .....................................56

Graphique 11 :Demandeurs d'emplois handicapés selon leur catégorie de

handicap à la fin décembre 2001 .................................................58

Graphique 12 :Répartition des demandeurs d'emplois handicapés et non

handicapés selon leur âge à la fin décembre 2001.......................59

Graphique 13 :Répartition des demandeurs d'emploi à la fin du mois de

décembre 2000 selon leur niveau de formation ...........................60

II - 146

Graphique 14 :Répartition à la fin du mois de décembre 2000 des

demandeurs d'emploi selon leur qualification .............................61

Graphique 15 :Répartition à la fin de décembre 2001 des demandeurs

d'emploi en fin de mois selon la durée du chômage ....................62

Graphique 16 :Répartition des établissements assujettis selon les modalités de

réponse à l'obligation légale à la fin décembre 2000 ...................64

Graphique 17 :Répartition des travailleurs handicapés au titre de la loi du 10

juillet 1987 selon leur catégorie et leur lieu d'emploi en 1999 ....69

Graphique 18 :Taux de chômage des travailleurs handicapés au titre de la loi

du 10 juillet 1987 selon leur catégorie en décembre 1999...........71

Graphique 19 :Pourcentage de personnes inactives parmi les personnes âgées

de 20 à 59 ans et bénéficiaires de la RQTH selon la lourdeur

de leur handicap en décembre 1999.............................................72

 

III

SOMMAIRE

Pages

AVIS adopté par le Conseil économique et social au

cours de sa séance du mercredi 28 mai 2003 .......... I - 1

INTRODUCTION...............................................................................................3

CHAPITRE I : CONSTATS ET ANALYSES.................................................7

CHAPITRE II : REPENSER L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES

PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP ...............11

I - LES PRINCIPES ET LEUR TRADUCTION

INSTITUTIONNELLE....................................................................11

A - GARANTIR LA PARTICIPATION PLEINE ET ENTIERE DES

PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP DANS LA

SOCIETE ...........................................................................................11

1. Affirmer avec force les valeurs et les principes qui fondent une

approche intégrée du handicap.......................................................11

2. La nécessité d’un volontarisme politique fort, passant par la

définition d’orientations et la programmation pluriannuelle de

l’effort de la Nation........................................................................13

B - DECLINER CES PRINCIPES ET RENFORCER LEUR

EFFECTIVITE: LES PREALABLES A L’ACTION ........................14

1. L’environnement physique et intellectuel : rendre accessible la

cité..................................................................................................14

2. Mettre en œuvre un plan pluriannuel de scolarisation pour tous ....15

C - CLARIFIER ET RENFORCER L’ARCHITECTURE

INSTITUTIONNELLE ......................................................................16

1. Unifier les modalités d’insertion dans l’emploi du secteur privé

et des fonctions publiques ..............................................................17

2. Penser l’insertion professionnelle dans le cadre d’un schéma

directeur .........................................................................................19

3. Optimiser le rôle des partenaires sociaux .......................................21

II - FACILITER LE PARCOURS D’INSERTION DES

PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP EN MILIEU

ORDINAIRE DE TRAVAIL...........................................................23

A - UN PRINCIPE : LE DROIT A COMPENSATION..........................23

B - AUTOUR DE L’INSERTION PROFESSIONNELLE :

L’INFORMATION, L’EVALUATION, L’ORIENTATION............24

IV

1. L’information et l’accueil des personnes en situation de

handicap .........................................................................................24

2. Permettre une véritable évaluation des potentiels de la personne

en situation de handicap et favoriser l’orientation et le

reclassement professionnel ............................................................25

C - FORMER ET QUALIFIER ...............................................................26

III - STIMULER L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION

DE HANDICAP................................................................................28

A - DYNAMISER LA RECHERCHE D’EMPLOI.................................28

B - OUVRIR LE MONDE DE L’ENTREPRISE « ORDINAIRE » .......29

C - CONCILIER HANDICAP ET ACTIVITE PROFESSIONNELLE ..31

D - AMELIORER L’ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL ....................33

E - OPTIMISER L’OBLIGATION D’EMPLOI......................................35

CONCLUSION..................................................................................................37

ANNEXE A L’AVIS..........................................................................................39

SCRUTIN............................................................................................................39

DÉCLARATIONS DES GROUPES...................................................................41

RAPPORT présenté au nom de la section du travail

par Mme Marie-Claude Lasnier, rapporteure......II - 1

INTRODUCTION...............................................................................................5

TITRE I L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE

HANDICAP EN MILIEU ORDINAIRE DE TRAVAIL : ETAT

DES LIEUX .......................................................................................9

CHAPITRE I : LE HANDICAP : EVOLUTION DES CONCEPTS ET

TRANSCRIPTION JURIDIQUE.........................................11

I - LES APPROCHES DU HANDICAP ..............................................11

A - LES DIFFERENTS TYPES DE HANDICAP...................................11

B - LA CLASSIFICATION INTERNATIONALE .................................12

II - UNE PREOCCUPATION DE LONGUE DATE DES

POLITIQUES SUPRANATIONALES ET NATIONALES .........13

A - LES POLITIQUES DES ORGANISMES A VOCATION

INTERNATIONALE .........................................................................13

1. L’ONU et ses institutions spécialisées ...........................................14

2. L’OCDE .........................................................................................15

V

B - LA LEGISLATION EUROPEENNE ET SA MISE EN ŒUVRE

PAR LES ETATS MEMBRES ..........................................................15

1. La législation européenne...............................................................15

2. Les politiques conduites par les Etats membres de l’Union

européenne .....................................................................................17

C - LA POLITIQUE NATIONALE.........................................................22

1. L’histoire de la construction de la notion de handicap en France...22

2. Le rôle essentiel des associations ...................................................23

3. Les principes généraux et leur transcription juridique....................24

III - LE CADRE JURIDIQUE FRANÇAIS ...........................................26

A - LE CADRE LEGAL ET REGLEMENTAIRE ACTUEL .................26

1. L’apport des lois de 1975 et de 1987..............................................26

2. Le statut du travailleur handicapé...................................................28

3. La place du travail protégé .............................................................32

B - L’OBLIGATION D’EMPLOI ...........................................................35

1. Les entreprises du secteur privé......................................................35

2. Les fonctions publiques..................................................................39

C - LES ACTEURS .................................................................................41

1. Un réseau d’acteurs mobilisables pour l’insertion

professionnelle ...............................................................................41

2. L’environnement immédiat du travailleur handicapé .....................43

CHAPITRE II : DONNEES QUANTITATIVES ET QUALITATIVES ....45

I - AGE ET DEMOGRAPHIE DES PERSONNES

HANDICAPEES...............................................................................45

A - DANS LE SECTEUR PRIVE............................................................45

1. Une majorité d’hommes et des travailleurs âgés ............................45

2. Une majorité de bénéficiaires reconnus par la COTOREP.............45

3. Une ancienneté élevée dans l’emploi et dans les entreprises..........46

4. Une majorité d’ouvriers..................................................................47

B - DANS LES FONCTIONS PUBLIQUES...........................................47

1. Les traits dominants des travailleurs handicapés de la fonction

publique de l’Etat...........................................................................47

2. Répartition par sexe et par catégorie de bénéficiaires de la loi de

1987 ...............................................................................................48

II - L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE

HANDICAP ......................................................................................50

A - LES COTOREP ET L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES

PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP.............................50

1. La reconnaissances de la qualité de travailleur handicapé..............50

VI

2. L’orientation professionnelle..........................................................52

3. L’abattement de salaire...................................................................56

4. L’orientation vers un emploi de la Fonction publique....................56

5. Les primes de reclassement ............................................................57

B - LE CHOMAGE DES PERSONNES HANDICAPEES.....................57

1. Une population très masculine .......................................................58

2. Une population plus âgée que les demandeurs d’emplois non

handicapés......................................................................................58

3. Un niveau de formation très faible .................................................59

4. Une moindre qualification..............................................................60

5. Des emplois à temps partiels recherchés ........................................61

6. Un chômage important de longue et de très longue durée..............61

C - L’OBLIGATION D’EMPLOI DANS LE SECTEUR PRIVE ET

LES FONCTIONS PUBLIQUES.......................................................62

1. Le secteur privé ..............................................................................62

2. Les fonctions publiques..................................................................66

D - LE TRAVAIL EN MILIEU PROTEGE............................................66

III - UNE AUTRE APPROCHE DE LA SITUATION DES

TRAVAILLEURS EN SITUATION DE HANDICAP :

L’ENQUETE HID............................................................................67

A - UN PEU PLUS DE 700 000 TRAVAILLEURS HANDICAPES .....67

B - UNE MAJORITE D’ACTIFS OCCUPES DANS LE MILIEU

ORDINAIRE......................................................................................68

C - DES CARACTERISTIQUES PARTICULIERES.............................69

D - UNE POPULATION TRES EXPOSEE AU CHOMAGE ................70

1. Un million de personnes âgées de 20 à 59 ans ont la

reconnaissance qualité de travailleurs handicapés (RQTH)...........71

2. Plus de la moitié des titulaires d’une RQTH et âgés de 20 à 59

ans sont inactifs..............................................................................72

3. Près de 500 000 personnes âgées de 20 à 59 ans sont victimes

d’un accident du travail ou invalides pensionnés ou mutilés de

guerre .............................................................................................73

TITRE II CONSTATS ET ANALYSES .........................................................75

CHAPITRE I : HANDICAP ET EMPLOI : DES ASPIRATIONS

NOUVELLES, DES EVOLUTIONS A L’ŒUVRE, DES

OBSTACLES RESTANT A LEVER....................................77

I - DE L’ASSISTANCE A LA CITOYENNETE, LE DEFI DE LA

PRISE EN COMPTE DES SITUATIONS DE HANDICAP

PAR LA SOCIETE ..........................................................................78

VII

A - L’EVOLUTION CONTEMPORAINE DU CONCEPT DE

HANDICAP .......................................................................................78

1. Des évolutions contemporaines significatives................................78

2. Une approche positive et environnementale des situations de

handicap .........................................................................................79

B - LES REPRESENTATIONS DU HANDICAP ET DES

PERSONNES HANDICAPEES.........................................................80

1. L’évolution des mentalités et des perceptions ................................80

2. La vision du handicap au sein des lieux de travail..........................81

C - UNE PERSISTANCE D’OBSTACLES OU

« L’INACCESSIBILITE AU QUOTIDIEN » ...................................83

II - DE LA CITE A L’EMPLOI, LES LEVIERS DE

L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES

TRAVAILLEURS HANDICAPES.................................................84

A - UN CONSTAT EN DEMI TEINTE..................................................84

B - LES LEVIERS A MOBILISER.........................................................86

1. La formation initiale et la formation professionnelle .....................86

2. Le soutien des travailleurs handicapés dans leur insertion

professionnelle, l’aménagement des postes et le maintien dans

l’emploi..........................................................................................89

CHAPITRE II : UNE DISPERSION DES ENERGIES MOBILISABLES 93

I - UN DESENGAGEMENT PROGRESSIF DE L’ETAT................93

A - UNE POLITIQUE SANS VISION GLOBALE NI VOLONTE

AFFIRMEE ........................................................................................93

1. La montée en charge de l’AGEFIPH..............................................94

2. Un éloignement de l’Etat................................................................94

B - L’INSUFFISANCE DES MOYENS DE MISE EN ŒUVRE DE

CETTE POLITIQUE : L’EXEMPLE DES COTOREP.....................98

II - LA NECESSITE DE COORDINATION D’UNE

MULTIPLICITE D’ACTEURS....................................................100

A - UNE COORDINATION INSUFFISANTE.....................................100

B - UNE MULTIPLICITE D’OPERATEURS RENDANT

DIFFICILEMENT LISIBLES LES DISPOSITIFS..........................101

1. Le service public de l’emploi .......................................................102

2. Un effort de coordination : les PDITH.........................................103

3. Les sites pour la vie autonome, un pas vers le guichet unique ?...104

C - LES ASSOCIATIONS, ACTEURS ET PARTENAIRES...............105

VIII

III - DES AIDES NOMBREUSES ET COMPLEXES ........................106

A - L’ABATTEMENT DE SALAIRE...................................................107

B - L’ALLOCATION ADULTE HANDICAPE (AAH) ET SON

CUMUL AVEC LE SALAIRE ........................................................109

C - L’AIDE A LA CREATION D’ENTREPRISE ................................110

IV - UNE PAUVRETE STATISTIQUE ET UNE EVALUATION

QUASI INEXISTANTE.................................................................111

CHAPITRE III : AU COEUR DES LIEUX DE TRAVAIL, DES

ACTEURS ET UN POTENTIEL INSUFFISAMMENT

EXPLOITES.........................................................................113

I - UNE PROBLEMATIQUE COMMUNE AU SECTEUR

PRIVE ET AUX ADMINISTRATIONS PUBLIQUES… ..........113

A - UN CONTEXTE D’EMPLOI PARTICULIEREMENT

DISCRIMINANT POUR LES PERSONNES HANDICAPEES.....113

B - L’IMPORTANCE DU ROLE DES ACTEURS INTERNES A

L’ENTREPRISE OU A L’ADMINISTRATION.............................114

II - … POUR DES REALITES DIFFERENTES................................115

A - LE SECTEUR PRIVE .....................................................................115

1. L’employeur .................................................................................115

2. Le représentant du personnel........................................................115

3. Le médecin du travail ...................................................................116

4. Les accords collectifs ...................................................................117

B - LES FONCTIONS PUBLIQUES ....................................................121

1. Une prise en compte récente de la problématique de l’insertion

des personnes handicapés.............................................................121

CONCLUSION................................................................................................125

ANNEXES........................................................................................................127

Annexe 1 : Approche monographique de quelques systèmes nationaux

d’insertion des handicapés en entreprise au sein de l’Union

européenne....................................................................................129

Annexe 2 : Obligation d’emploi : liste des emplois non décomptés dans

l’effectif ........................................................................................132

Annexe 3 : Le décompte des unités supplémentaires......................................133

Annexe 4 : Tableau synoptique des mesures et dispositifs d’accès et de

maintien dans l’emploi .................................................................134

Annexe 5 : Tableau récapitulatif des accords d’entreprise, d’établissements et

de branche agréés en vigueur en faveur de l’emploi des personnes

handicapées (bilan à jour au 19 décembre 2002)..........................136

IX

Annexe 6 : Parcours de la personne de la demande RQTH à l’emploi ...........139

Annexe 7 : La mise en oeuvre de l’obligation légale de 1987 dans la Fonction

publique : le plan triennal de développement de l’emploi et de

l’insertion des travailleurs handicapés au ministère de la Justice

2002 - 2005...................................................................................140

Annexe 8 : Liste des personnalités rencontrées ou consultées .......................141

TABLE DES SIGLES .....................................................................................143

LISTE DES ILLUSTRATIONS.....................................................................145

I - 1

AVIS

adopté par le Conseil économique et social

au cours de sa séance du mercredi 28 mai 2003

I - 2

I - 3

Par lettre en date du 15 novembre 2002, le Premier ministre a saisi le

Conseil économique et social d’un rapport et d’un avis sur « L’insertion

professionnelle en milieu ordinaire des personnes en situation de handicap » 1.

La préparation de ce rapport et de cet avis a été confiée à la section du

travail qui a désigné Mme Marie-Claude Lasnier comme rapporteure.

*

* *

INTRODUCTION

Dans le même temps où l’Assemblée générale des Nations Unies fête le

10è anniversaire des règles relatives à l’égalité des chances des personnes

handicapées et où le Conseil de l’Union européenne consacre « 2003 Année

européenne du handicap », l’actualité nationale met en lumière la problématique

du handicap au travers différentes initiatives.

Le président de la République a en effet entendu placer son mandat sous le

signe de la réalisation de trois grands chantiers : la lutte contre le cancer, la

sécurité routière et l’insertion des personnes handicapées, manifestant l’intérêt

que la communauté nationale doit porter à des questions qui nous concernent

tous. Par ailleurs, l’avant-projet de loi réformant la loi d’orientation de 1975 est

inscrit à l’agenda du conseil des ministres, illustrant la volonté de nouvelles

avancées dans la prise en charge et l’intégration sociale des personnes en

situation de handicap.

Ces dernières années, notre Assemblée a consacré une série de travaux au

thème des conditions d’existence et d’insertion professionnelle des personnes

handicapées. Témoignent notamment de cette préoccupation constante :

L’insertion professionnelle des handicapés présenté par Marcel Viot en 1979 ;

Le potentiel productif des personnes handicapées présenté par Thérèse Poupon

en 1992 ; ou encore Situations de handicap et cadre de vie présenté par Vincent

Assante en 2000.

Au-delà des réflexions conduites au sein du Conseil économique et social,

un certain nombre de rapports, d’études, d’enquêtes et d’audits, ont été réalisés

ces vingt dernières années sur la question du handicap dans son rapport à la

société. On soulignera notamment la récente contribution de la psychanalyste

Julia Kristeva, formulée dans une Lettre au président de la République sur les

citoyens en situation de handicap ou encore le rapport du sénateur Paul Blanc sur

la Compensation du handicap.

1 L’ensemble du projet d’avis a été adopté au scrutin public, par 130 voix et 22 abstentions (voir le

résultat du scrutin en annexe)

I - 4

Estimant la mobilisation des pouvoirs publics comme celle du monde

économique trop faibles et les efforts réalisés encore inégaux au regard de

l’importance des enjeux liés à l’insertion, le présent avis entend, en s’appuyant

sur les travaux réalisés par le Conseil et sur les suites qu’ils ont reçus - dans la

définition des politiques publiques comme dans les pratiques - porter le regard

sur les obstacles qui persistent en matière d’insertion professionnelle en milieu

ordinaire de travail, ainsi que sur les voies possibles d’une amélioration

significative de la situation.

Le présent avis se donne pour objectif de contribuer à ce débat de société

en proposant une nouvelle lecture du handicap et des conséquences sociales qui

en découlent pour les personnes concernées. Il vise dans cette perspective à

fournir une série de repères et d’outils mobilisables dans l’action, face à la

multiplicité des structures et des dispositifs existants au service de l’insertion

professionnelle des personnes en situation de handicap.

De manière plus précise et faisant sienne les récentes préconisations du

Conseil portant sur les « Situations de handicap et cadre de vie », notre

Assemblée souhaite contribuer à ouvrir plus largement le cadre ordinaire de vie

aux personnes handicapées et à leur famille. Le présent avis s’inscrit résolument

dans le prolongement de ces principes. Il reprend notamment à son compte la

notion de « personnes en situation de handicap », plus dynamique et en prise

avec la réalité que celle de « personnes handicapées », même si cette dernière

demeure présente dans le langage courant. De cette définition renouvelée dépend

en effet une responsabilité actualisée de la société et du politique à l’égard de

l’adaptation des structures aux besoins particuliers de cette population et la

réduction par tous moyens des situations de handicap.

Dans cet esprit, considérant que malgré d’indéniables avancées, les

mesures prises jusqu’alors n’ont pas permis de faire aboutir les objectifs

poursuivis, le Conseil souhaite que l’année européenne du handicap constitue

l’occasion de lancer une nouvelle phase de réflexion et de mobilisation, passant

par la réforme du cadre juridique tout comme par ses conditions de mise en

œuvre et notamment sa programmation.

Toutefois, au-delà de l’indispensable action des pouvoirs publics, c’est à

l’ensemble des acteurs de la société qu’il appartient de se saisir concrètement de

la question, afin de prévenir et réduire plus efficacement les handicaps, mais

aussi de favoriser un accès réel à la vie de la cité plaçant au premier rang la mise

en œuvre d’une politique volontaire d’insertion dans l’emploi ordinaire des

personnes en situation de handicap. La question de cette insertion professionnelle

apparaît plus que jamais comme un défi pour les décennies à venir. Ce dernier

doit d’autant plus être relevé que la pyramide des âges des salariés handicapés va

aller en s’accentuant avec les prévisions de départs massifs à la retraite,

cumulées au fait que le nombre de personnes en situation de handicap s’accroît

chaque année de plusieurs dizaines de milliers.

I - 5

Le Conseil entend, à la lumière de tous ces éléments, mettre en évidence

une série de préalables comme l’indispensable fondement des mesures ciblées

destinées à accroître significativement et durablement l’effort d’insertion des

personnes handicapées en milieu ordinaire de travail.

I - 6

I - 7

CHAPITRE I :

CONSTATS ET ANALYSES

Si l’on devait dresser à grands traits le portrait type de la personne en

situation de handicap, apparaîtrait plutôt un homme, âgé de quarante ans et plus,

peu qualifié, et rencontrant, au-delà des obstacles liés à un environnement

général insuffisamment adapté, des difficultés spécifiques dans l’accès à la

formation et à l’emploi. Le niveau de qualification moyen observé est en effet

inférieur ou égal au CAP/BEP, cette qualification pouvant en outre être devenue

inadaptée avec le temps. D’un point de vue statistique, le risque de se trouver à la

recherche d’un emploi est de 26 %, contre 9 % pour la population française

totale, et pour une durée en moyenne deux fois plus importante.

Le travailleur en situation de handicap a en règle générale une ancienneté

élevée dans son emploi. C’est ainsi que 66 % des personnes exerçant en milieu

ordinaire ont une ancienneté supérieure à 10 ans. La faible mobilité

professionnelle se conjugue avec une tendance à exercer à temps partiel et à un

retrait précoce du marché du travail. Ces quelques différences illustrent la

fragilité rencontrée par les personnes en situation de handicap sur le marché de

l’emploi ainsi que les difficultés qu’elles rencontrent au regard des exigences de

compétitivité formulées au sein des structures de travail.

Il existe une grande diversité de catégories de travailleurs en situation de

handicap, que les statistiques générales ne permettent pas de prendre en compte.

Par ailleurs, si l’image du fauteuil roulant, de la canne blanche ou encore celle de

la trisomie 21 dominent encore les perceptions collectives et cristallisent

certaines formes de rejet et d’exclusion, ces stéréotypes tendent aujourd’hui à

s’atténuer à la faveur de campagnes de sensibilisation régulières relayées par les

médias.

Aux déficiences motrices, il convient d’ajouter les déficiences

intellectuelles, mentales ou sensorielles, les troubles du comportement, les

pathologies allergiques liées au travail, les syndromes directement ou

indirectement liés à l’épuisement professionnel, les maladies évolutives

progressivement invalidantes ou encore les handicaps associés. Quel que soit

leur mode d’acquisition du handicap, ces travailleurs présentent néanmoins un

trait commun : 90 % d’entre eux font l’objet d’une reconnaissance par la

COTOREP de la qualité de travailleur handicapé.

On estime habituellement la population active handicapée à 840 000

personnes. 622 000 exercent une activité professionnelle, dont 100 000 dans le

milieu protégé. Ces derniers, qui accèdent à l’emploi par le biais des ateliers

protégés ou des Centres d’aide par le travail, ont dans les faits tendance à y

demeurer. 219 000 personnes handicapées sont inscrites à l’ANPE, ce nombre

étant en progression constante. En dépit d’une augmentation de l’embauche dans

I - 8

la dernière période de croissance économique qu’a connue la France, on constate

en effet que les travailleurs en situation de handicap ont profité relativement

moins de l’embellie que d’autres catégories de salariés. Il y a donc lieu de

s’inquiéter tout particulièrement dans des périodes de dégradation de la

conjoncture.

Près de 16 ans après la promulgation de la loi de 1987, dont le but premier

était de favoriser le recrutement par les entreprises et les administrations de

personnes en situation de handicap, à hauteur d’au moins 6 % de leurs effectifs,

ces objectifs sont loin d’avoir été atteints. En effet, tant dans le secteur privé que

dans les fonctions publiques, force est de constater qu’après une période de

mobilisation initiale en faveur du recrutement de personnes en situation de

handicap, on dépasse aujourd’hui difficilement un taux de 4 % d’emploi direct et

indirect, ce taux surestimant au demeurant le nombre de personnes physiques

réellement insérées dans la vie professionnelle. De manière plus préoccupante

encore, on constate une stabilisation de ce taux depuis maintenant près de 10 ans.

D’un point de vue qualitatif, on observe que la présence de travailleurs en

situation de handicap est d’autant plus importante que la concentration en

ouvriers est forte dans le secteur concerné. Ceci s’explique en partie par le fait

que ces secteurs d’activités, au regard de conditions de travail particulières et

difficiles, produisent statistiquement un plus grand nombre de pathologies et de

maladies professionnelles. Une autre explication, en lien avec la précédente, tient

à une politique de maintien dans l’emploi de travailleurs devenus inaptes du fait

d’accidents ou de maladies professionnelles contractées dans l’exercice de leurs

fonctions.

Examinée au regard de la taille des entreprises, on constate qu’encore trop

souvent les structures de taille moyenne se libèrent de leur obligation sous la

forme d’une contribution à l’AGEFIPH ou encore par la conclusion d’accords

collectifs, cette formule autorisant une plus grande souplesse dans la mise en

œuvre de l’obligation. Ainsi, outre quelques grandes entreprises développant une

politique active dans ce domaine, on observe que ce sont les PME, l’artisanat et

spécialement les entreprises de moins de 20 salariés qui ont le plus fréquemment

recours au recrutement de personnes handicapées. Environ 80 000 d’entre elles,

pourtant non soumises à l’obligation légale, comptent au moins un salarié

handicapé dans leurs effectifs, pour un total qui dépasse les 120 000 salariés en

situation de handicap. Enfin, on note que l’Etat employeur ne présente pas,

toutes fonctions publiques confondues, un taux d’emploi de personnes en

situation de handicap supérieur à celui du secteur privé. Au-delà de ces

considérations générales, il est de plus difficile, en l’absence de données

parfaitement fiables et exhaustives, de dresser le spectre de l’emploi de

personnes handicapées dans les administrations, le cas de figure le plus

problématique étant celui de l’Education nationale, pour lequel les statistiques

font totalement défaut, alors même qu’il représente l’employeur le plus

important dans la sphère étatique.

I - 9

Au-delà de ces données chiffrées, c’est la représentation même du handicap

par les employeurs qui semble souvent décalée par rapport à la réalité des

situations de travail des salariés. Ainsi, on observe que la compétence des

personnels en situation de handicap est mise en valeur par les entreprises qui les

recrutent, alors que celles qui n’ont pas franchi le pas continuent de mettre en

avant les difficultés matérielles liées au recrutement d’une personne handicapée.

Il ressort à cet égard d’un sondage réalisé par l’institut Louis Harris en

octobre 2002 pour l’AGEFIPH et l’ADAPT, que 87 % des chefs d’entreprise

employant des personnes en situation de handicap sont satisfaites de leur

décision, et diffusent autour d’eux une image positive de ces travailleurs. Ces

responsables louent leur motivation, leur esprit d’équipe, et leurs qualités de

contact et d’intégration. Le sondage met en évidence l’existence d’un lien entre

le respect et la place accordée par la société dans son ensemble aux personnes en

situation de handicap, et la part que les employeurs potentiels, publics et privés,

peuvent prendre dans le recrutement de travailleurs en situation de handicap.

Mais encore faut-il, pour que le discours se modifie, que les aménagements de

poste nécessaires aient pu être réalisés, à la faveur des aides techniques et

financières existantes. Le principal obstacle à lever, en préalable à une réflexion

sur les dispositifs actuels et la mise en synergie des acteurs, reste donc celui du

regard que la société, et au cas d’espèce l’entreprise et l’administration, portent

sur le handicap.

Face à ces constats, on doit souligner l’importance de la phase de

préparation à l’insertion dans l’emploi, pour les personnes concernées comme

pour les structures susceptibles de faire appel à leurs compétences. Ainsi la

pertinence de l’orientation des personnes, la qualité du soutien apporté ainsi que

celle de l’adaptation du poste de travail et de la préparation des collectifs de

travail, constituent autant d’exigences fondamentales pour la réussite et la

pérennisation de l’emploi. Un certain nombre d’opérateurs, coordonnés dans le

cadre des Programmes départementaux d’insertion des travailleurs handicapés

(PDITH) sont depuis des années inscrits dans cette dynamique. A l’interface

entre les demandeurs d’emploi, les employeurs et les financeurs, ces

programmes départementaux interviennent notamment avec le réseau des Cap

Emploi, dont l’action se situe au cœur du processus d’insertion. Ce réseau

financé par l’AGEFIPH élabore des parcours d’insertion individualisés qui

prennent en compte les potentialités des personnes et mobilisent une palette

diversifiée d’outils.

La formation professionnelle initiale et continue constitue l’un des moyens

mobilisés en priorité dans la perspective d’une insertion dans l’emploi. Elle

permet aux personnes handicapées, plus que d’autres touchées par les aléas et la

sélectivité du marché du travail, d’acquérir des connaissances, d’accéder à une

qualification et de suivre l’évolution des techniques. Au-delà de ces missions de

base, la formation professionnelle peut véritablement jouer pour les personnes en

situation de handicap un effet démultiplicateur d’insertion. Celle-ci ne sera

néanmoins pleinement réussie qu’à la condition d’être prise en charge de

I - 10

manière globale, dans une continuité de l’approche et à la faveur d’un soutien

individualisé des projets des personnes, leur permettant de rencontrer les besoins

des employeurs du secteur privé comme du secteur public en terme de

compétences et de savoir-faire.

I - 11

CHAPITRE II :

REPENSER L’INSERTION PROFESSIONNELLE

DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

I - LES PRINCIPES ET LEUR TRADUCTION INSTITUTIONNELLE

A - GARANTIR LA PARTICIPATION PLEINE ET ENTIERE DES PERSONNES EN

SITUATION DE HANDICAP DANS LA SOCIETE

1. Affirmer avec force les valeurs et les principes qui fondent une

approche intégrée du handicap

Les manifestations qui jalonnent le déroulement de l’année européenne du

handicap ainsi que l’accent mis en 2003 sur la lutte contre le handicap dans le

cadre des chantiers présidentiels, présentent l’avantage de focaliser l’attention

sur des sujets de société qui restent le plus souvent méconnus du grand public.

On peut de ce point de vue espérer que l’année 2003 constitue une occasion de

rappeler les valeurs humanistes qui fondent notre République. On est également

en droit d’attendre que cette période de médiatisation du sujet permette, à la

faveur de campagnes de sensibilisation et au travers d’un débat public,

d’actualiser, de formaliser et de valoriser un certain nombre de principes.

Rendre effectif le droit à l’égalité de traitement et à la non

discrimination

L’être humain a droit de voir reconnue sa dignité, quelles que soient les

particularités qui sont les siennes et le handicap auquel il doit faire face. Ses

droits fondamentaux sont les mêmes que ceux de l’ensemble des citoyens, même

si leur exercice dépend de conditions extérieures sur lesquelles il n’a pas une

totale maîtrise. Le devoir de la société est donc, au-delà de la mise en oeuvre du

principe de non-discrimination, de soutenir les citoyens qui la composent, au

regard de leur état de faiblesse et des difficultés qu’ils rencontrent dans leur

accès à la cité. La diversité des situations et des projets doit donc être prise en

compte et accompagnée, grâce à des modes de compensation adaptés.

Il convient de sortir de la logique de tolérance et d’assistance qui a

longtemps prévalu, tout en préservant le droit à la réparation qu’elle a permis de

construire, pour s’inscrire désormais dans une logique d’égalité de traitement

réaffirmant le principe de non-discrimination. Ce dernier principe ne peut, en

France et en l’état actuel des mentalités et des pratiques, se suffire à lui seul.

Notre pays ne peut durablement faire l’économie de mesures spécifiques de

discrimination positive, qu’illustre la politique des quotas dans le domaine de

l’emploi, même si l’ambition devrait être qu’ils deviennent inutiles.

I - 12

S’appuyer sur les acquis des textes législatifs antérieurs pour aborder

une nouvelle étape dans le processus d’intégration sociale

Les deux lois promulguées 1975, fondatrices de la prise en charge du

handicap, ont permis d’affirmer pour la première fois dans notre pays un devoir

de solidarité de la Nation envers les personnes handicapées. Elles conservent de

ce point de vue toute leur utilité. Il est toutefois possible et nécessaire

aujourd’hui d’aller plus loin, pour ériger en principe l’intégration de tous au sein

de la cité, quels que soient la nature ou le degré du handicap. On observe en effet

encore, près de trente ans après la promulgation de ces deux lois, des

phénomènes de relégation d’une partie des citoyens en situation de handicap.

Ces situations sont pour partie induites par la distinction entre le monde protégé

et le monde ordinaire. Cette séparation est parfois vécue dans ses effets comme

un facteur de clivage. Elle ne semble plus aujourd’hui totalement en phase avec

les besoins de notre temps, ce qui justifierait pour notre Assemblée qu’une

réflexion spécifique et plus approfondie lui soit consacrée.

Témoigne de l’évolution des perceptions et des besoins ce que les

personnes en situation de handicap elles-mêmes expriment aujourd’hui, relayées

par les associations qui les représentent et les professionnels qui travaillent à leur

contact. Elles aspirent à se voir reconnues et considérées comme des citoyens à

part entière, manifestent un désir d’intégration et d’accès aux responsabilités

dans la vie sociale, politique et culturelle. Parmi ceux de nos voisins d’Europe du

nord susceptibles de nous éclairer par les politiques d’intégration sociale qu’ils

conduisent, la Suède vise notamment, dans son actuel plan d’action, à substituer

à la notion de « patient » celle de « citoyen », son ambition étant d’aller plus loin

dans la suppression des obstacles qui empêchent les personnes en situation de

handicap de participer pleinement à la vie de la société.

Ainsi, sans nier la nécessité de maintenir, et sans doute de renforcer à

chaque fois que cela s’avère nécessaire, les structures adaptées de prise en charge

du handicap, le moment semble aujourd’hui venu d’inverser la dialectique, de

donner une nouvelle concrétisation au «vouloir vivre ensemble » et de considérer

que l’intégration dans le milieu de vie et de travail ordinaire doit désormais être

posée comme la règle, et l’accueil spécialisé et protégé l’exception.

Placer la prévention au cœur du dispositif en veillant à l’amélioration

des conditions de travail

Il semble nécessaire de rappeler, une fois encore, le caractère de causes

nationales des trois chantiers que représentent la prévention du cancer, la lutte

contre l’insécurité routière et l’intégration des personnes en situation de

handicap. Il est, à cet égard, indispensable dans une vision globale et cohérente

de la société, que l’approche préventive soit reconnue comme prioritaire en

matière de maladie et de handicap, qu’il s’agisse bien entendu du cancer, des

accidents de la route, mais aussi des pathologies et accidents d’origine

professionnelle, dont on a montré qu’ils étaient particulièrement importants dans

un certain nombre de secteurs d’activités.

I - 13

Mettre en œuvre les mesures permettant de générer, notamment sur

les lieux de travail, moins de handicap ; compenser par tous moyens celui-ci

lorsqu’il advient ; reconnaître les personnes en situation de handicap

comme des citoyens à part entière, telles sont les valeurs auxquelles le

Conseil entend se référer en permanence dans la formulation de

propositions touchant à l’aspect plus particulier de l’insertion

professionnelle des personnes en situation de handicap en milieu ordinaire

de travail.

2. La nécessité d’un volontarisme politique fort, passant par la

définition d’orientations et la programmation pluriannuelle de

l’effort de la Nation

Les deux lois promulguées en 1975, complémentaires dans leurs

approches, fondent la politique en faveur des personnes en situation de handicap.

L’un de ces deux textes, traitant des institutions sociales et médico-sociales, a été

réformé par la loi du 2 janvier 2002. Ce texte a pour ambition de rénover l’action

sociale et médico-sociale, et concerne dans sa mise en œuvre près de 22 000

établissements, 400 000 salariés et plus d’un million de personnes accueillies. On

peut s’étonner du calendrier retenu pour la réforme de ces deux textes législatifs.

En effet, le projet de réforme actuellement mis en chantier visera quant à lui les

orientations de l’intervention des pouvoirs publics pour les dix à vingt années à

venir. Il aurait sans doute été préférable, dans une logique d’efficacité de

l’action, que la loi d’orientation générale intervienne chronologiquement avant

celle concernant des moyens spécifiques à mettre en œuvre.

S’agissant du fond, la France consacre la solidarité nationale et prône

l’intégration au travers de ces deux lois de 1975, et vise plus précisément

l’insertion professionnelle dans celle de 1987. Du point de vue des principes, ces

textes demeurent pour le Conseil d’une parfaite actualité. En revanche, notre

Assemblée constate que notre pays a pris un retard important dans la mise en

œuvre de ces dispositions. Il en va ainsi de l’environnement général comme des

dispositifs spécifiques de prise en charge de certaines formes de déficiences. Ce

retard, couplé à une certaine forme de désengagement, sur lequel l’avis reviendra

ultérieurement, vaut également en ce qui concerne les transferts de charge du

budget social de l’Etat vers l’AGEFIPH, ou encore les responsabilités de l’Etat

employeur.

Le budget consacré en France au handicap est significatif, ce qui n’est

contesté par personne, et représente 24 milliards d’euros par an, ainsi que

l’indique en juillet 2002 le rapport du sénateur Paul Blanc. La réflexion conduite

par le Conseil économique et social ne lui permet pas d’avancer de

recommandations chiffrées relatives au montant du budget jugé nécessaire.

Néanmoins, constatant que l’effort de la Nation a sensiblement diminué au fil

des ans, passant de 2,1 % du PIB en 1985 à 1,7 % en 2001, notre Assemblée fait

siennes les recommandations du parlementaire pour considérer que la Nation

devrait se fixer un objectif de rattrapage immédiat de cet écart. Celui-ci

I - 14

correspondrait actuellement à quelque 6 milliards d’euros supplémentaires en

année pleine, qui pourraient utilement être consacrés au financement des mesures

que porte le présent avis.

Vers une véritable programmation pluriannuelle

Le Conseil, à la lueur des enjeux de l’insertion des personnes en situation

de handicap, considère que les pouvoirs publics doivent aujourd’hui raisonner en

terme de programmation plutôt qu’en terme de loi d’orientation ou de loi cadre,

quitte à différer de quelques mois le débat et le vote du projet de modernisation

de la loi d’orientation de 1975. Le délai supplémentaire accordé à cette réflexion

aurait, en outre, l’avantage de permettre l’intégration d’éventuelles dispositions

réformant la loi de 1987. En effet, si les principes posés en 1975 et 1987

n’apparaissent pas devoir être totalement reconsidérés aujourd’hui, la force d’une

loi de programmation sur une loi cadre serait à bien des égards supérieure.

Empruntant à la logique de la planification, elle permettrait de répondre aux défis

de la garantie d’accès de tous à tous les lieux de la vie en société, en allouant à

chacun des objectifs poursuivis les moyens pluriannuels particulièrement

nécessaires à leur mise en œuvre.

B - DECLINER CES PRINCIPES ET RENFORCER LEUR EFFECTIVITE: LES PREALABLES

A L’ACTION

1. L’environnement physique et intellectuel : rendre accessible la cité

L’article 49 de la loi d’orientation du 30 juin 1975 pose les modalités de

l’insertion dans la vie sociale. Ainsi, « les dispositions architecturales et

aménagement des locaux d’habitation et des installations ouvertes au public (…)

doivent être tels que ces locaux et installations soient accessibles aux personnes

handicapées ». Ce même article prévoit que des modalités pratiques seront

définies par voie réglementaire, marquant le caractère contingent de leur mise en

œuvre. Le bilan des lois de 1975, décevant en ce qui concerne le domaine de

l’intégration sociale, doit conduire à donner aux principes posés une plus grande

matérialisation. Ainsi, il convient de s’engager, aux termes d’une planification

pluriannuelle de l’effort, dans la définition d’un plan d’action concernant à titre

principal l’urbanisme, l’habitat et les transports. Il apparaît en effet essentiel que

les personnes en situation de handicap soient reconnues et prises en compte dans

la diversité de leurs besoins d’aménagements, tant physiques que technologiques,

culturels ou sociaux.

Accélérer l’effort d’adaptation de l’urbanisme, du logement et des

transports

Notre Assemblée s’inscrit pleinement dans les préconisations de son avis

relatif aux « Situations de handicap et cadre de vie » et insiste sur le fait que leur

mise en oeuvre contribuerait de manière significative à rendre à la ville sa

dimension d’accueil de tous ses habitants, quelles que soient leurs différences.

Un effort conséquent d’adaptation de l’urbanisme apparaît donc nécessaire pour

I - 15

donner un contenu réel et durable à la notion d’accessibilité. Un certain nombre

de communes de taille diverse conduisent en effet des politiques d’envergure,

dont le contenu pourrait sans doute être mieux valorisé et capitalisé au profit

d’autres centres urbains. Au-delà d’expériences significatives mais encore

insuffisamment répandues, la législation relative à la voirie et au cadre bâti doit

être mise en œuvre effectivement, et la réalisation d’aménagements spécifiques

encadrée dans des délais précis.

De même, l’accès au logement constitue pour les personnes en situation de

handicap l’un des fondements de l’autonomie, de la vie citoyenne et de

l’intégration sociale. Notre Assemblée insiste également sur la nécessité de

poursuivre les efforts déjà entrepris permettant de rendre les transports

accessibles à tous, la réalisation de cette condition étant indispensable pour que

se concrétise l’insertion professionnelle de ces personnes dans des structures de

production ordinaires, quelle qu’en soit la situation géographique.

Favoriser un développement des nouvelles technologies au service de

l’autonomie

Le Conseil économique et social tient enfin à souligner que les évolutions

constantes de la technologie, et notamment les avancées de la bureautique,

doivent permettre aux personnes en situation de handicap de recouvrir une part

plus ou moins importante d’autonomie. La recherche-développement doit être

poursuivie dans ce domaine, et des débouchés systématiquement recherchés en

terme d’équipements, individuels et collectifs. Il va de l’intérêt de la collectivité

tout entière de favoriser ces inventions, destinées à titre premier à réduire les

situations de handicap, mais dont on a pu mesurer par le passé qu’elles

facilitaient de fait rapidement la vie de tous.

2. Mettre en œuvre un plan pluriannuel de scolarisation pour tous

Dans un rapport rendu public en octobre 2002, le CESR de Franche-Comté

indique que malgré les recommandations formulées en 1999 dans le cadre du

plan Handiscol, l’intégration scolaire de l’enfant handicapé dans une école de

proximité, bien qu’elle soit reconnue comme optimale pour une majorité

d’enfants, demeure une exception. Si de louables efforts ont été entrepris pour

intégrer individuellement ou collectivement les enfants handicapés dans les

écoles, qu’il s’agisse de classes d’intégration scolaire pour les écoles primaires,

d’unités pédagogiques d’intégration pour les collèges, ou encore, dans le secteur

médico-éducatif, d’instituts médico-éducatifs, d’instituts médico-pédagogiques,

et d’instituts médico-professionnels, force est de constater que le nombre de

places disponibles demeure insuffisant, la répartition géographique des centres

par trop inégale, et les personnels spécialisés en nombre trop faible au regard des

besoins.

I - 16

Favoriser l’intégration des enfants en milieu scolaire ordinaire…

Il semble donc nécessaire pour notre Assemblée que les projets

gouvernementaux ne soient pas obérés par des restrictions budgétaires. Le plan

sur cinq ans, présenté par le ministre de l’Education nationale vise en effet à

augmenter le nombre de postes d’enseignants spécialisés, à préparer les

enseignants à l’accueil d’enfants handicapés, enfin à prévoir tant la

démultiplication des auxiliaires d’intégration scolaire que leur affectation

prioritaire auprès des enfants intégrant le milieu éducatif ordinaire. Pour le

moins, la réalisation de ce plan, « occasion d’une merveilleuse leçon

d’instruction civique » pour reprendre les termes employés par Luc Ferry,

ministre chargé de l’Education nationale, conditionne pour notre Assemblée la

réussite de l’intégration sociale et l’insertion future dans des emplois qualifiés

des jeunes générations.

… sans dénier aux institutions spécialisées leur complémentarité

Pour autant, la mise en œuvre du principe d’intégration des personnes en

situation de handicap dans des structures ordinaires afin de favoriser leur

participation pleine et entière dans la vie de la cité ne doit pas, pour notre

Assemblée, conduire à dénier l’intérêt des structures spécialisées ou des

modalités adaptées de prise en charge. Lorsqu’elles s’avèrent indispensables, au

regard de la nature et du degré de handicap, les classes et dispositifs de formation

adaptés, les foyers, le milieu protégé de travail doivent continuer à avoir droit de

cité.

Le Conseil recommande à cet égard qu’un effort plus systématique soit fait

en matière d’intégration de ces structures spécifiques dans la cité : les classes

adaptées pourraient ainsi prendre naturellement place au sein des structures

éducatives ordinaires, les centres de formation d’apprentis spécialisés être plus

souvent rattachés aux centres de formation d’apprentis ordinaires, et enfin le

milieu de travail protégé mieux articulé avec le milieu de travail ordinaire, dans

des conditions qui demandent à être précisées.

C - CLARIFIER ET RENFORCER L’ARCHITECTURE INSTITUTIONNELLE

La politique menée pour les personnes en situation de handicap, et tout

particulièrement en faveur de leur insertion professionnelle, est par nature

partenariale. Elle combine l’action des pouvoirs publics, du monde associatif et

des organisations professionnelles et syndicales. Dans les faits, cette

combinaison de compétences multiples et complémentaires, qui devrait

constituer une véritable richesse au profit des personnes en situation de handicap,

se heurte trop souvent à des cloisonnements et souffre d’un manque de synergie.

Il s’ensuit une dispersion des énergies mobilisables, préjudiciable à la réalisation

des politiques engagées. Cet état de fait est, en outre, renforcé par la co-existence

de systèmes différents pour le secteur privé et les fonctions publiques.

I - 17

Il convient dès lors d’une part de rapprocher les secteurs public et privé en

matière d’obligation d’emplois posée par la loi. Il est également nécessaire de

raisonner en termes de schéma directeur afin de donner cohérence et cohésion

aux différents volets des politiques initiées et de renforcer ou d’optimiser dans

certains cas le rôle des partenaires sociaux, acteurs à part entière des démarches

engagées.

1. Unifier les modalités d’insertion dans l’emploi du secteur privé et des

fonctions publiques

Le secteur privé et les trois fonctions publiques, quoique également régis

par l’obligation d’emploi issue de la loi de 1987, ne sont dans les faits pas tenus

par des engagements de même nature. En particulier, le mode de décompte des

bénéficiaires de la loi et l’absence de possibilité pour les fonctions publiques d’y

satisfaire par la voie d’une contribution constituent les distinctions les plus

notables entre les deux secteurs. Si certaines spécificités des fonctions publiques

semblent justifier des particularismes dans la mise en œuvre de la loi de 1987, il

n’en demeure pas moins que la séparation actuelle opérée tend dans les faits à

opposer les deux secteurs en défaveur des personnes en situation de handicap.

Une simplification des dispositifs serait de ce point de vue souhaitable et

apparaîtrait comme positive du point de vue de leur lisibilité comme de leur

efficacité. Il convient donc de se situer dans la perspective d’une harmonisation

progressive des dispositifs, en faisant en sorte que les conditions de prise en

charge et l’effectivité des mesures d’insertion professionnelle soient analogues

quels que soient les secteurs considérés.

1.1. Opérer le rééquilibrage des conditions d’insertion des personnes en

situation de handicap par les fonctions publiques et le secteur privé

Le Conseil considère que les personnes en situation de handicap doivent se

trouver à égalité de droits et de moyens d’accès, quel que soit le secteur

d’activité professionnelle où elles souhaitent exercer : secteur privé ou secteur

public.

a) L’AGEFIPH, prestataire de services pour les administrations

Au regard du mode d’intervention de l’AGEFIPH, de sa capacité

d’ingénierie et des savoir-faire développés et enrichis depuis sa création ou

encore de son organisation en réseau et au plan local, rien ne devrait s’opposer

d’un strict point de vue de la logique fonctionnelle à ce que l’association étende

son domaine d’intervention aux administrations publiques, à la condition que

cela puisse être réalisé dans le cadre d’une démarche concertée de

contractualisation, l’AGEFIPH étant alors clairement identifiée dans un rôle de

prestataire de services auprès de l’Etat. Il est en effet nécessaire d’être très précis

dans les modalités concrètes car une défiance vis-à-vis de l’Etat existe dans ce

domaine. Celle-ci est liée au fait que les pouvoirs publics n’ont pas tenu leurs

engagements financiers et ont transféré successivement à l’AGEFIPH la charge

I - 18

de la garantie de ressources et le financement des EPSR et OIP, regroupés sous

le label Cap Emploi.

b) Un organisme para-public pour les fonctions publiques

Les administrations publiques des trois secteurs se sont dotées d’un fonds

interministériel qui représente 6,5 millions d’euros. Certaines administrations

telles que le ministère de la Justice ou encore celui des Finances développent des

politiques volontaristes mettant en jeu des lignes de crédits pérennisées dans le

temps. Dans la perspective de renforcer l’efficacité de l’action de l’Etat quels

que soient les secteurs ou départements ministériels concernés et de rendre

symétriques les efforts du public et du privé, le Conseil préconise que

l’Etat-employeur aligne les moyens alloués à l’insertion et au maintien dans

l’emploi des personnes en situation de handicap sur les obligations auxquelles

sont soumises les entreprises du secteur privé. En cas de manquement à son

obligation d’emploi, il devrait ainsi contribuer auprès d’un organisme de même

nature que l’AGEFIPH, disposant de moyens d’action analogues, ayant une

vision sur l’ensemble du champ et pouvant agir en direction des trois fonctions

publiques en matière d’insertion professionnelle en milieu ordinaire de travail.

A cet égard, le précédent de l’ANFH dans la fonction publique hospitalière

pour les besoins de la mise en œuvre de la loi de 1971 sur la formation

professionnelle, pourrait utilement être étudié. La mise en place d’un organisme

de ce type, abondé par le budget des trois fonctions publiques et doté d’un

conseil d’administration associant les employeurs, les associations et les

organisations syndicales, aurait l’avantage de permettre une mise à niveau de

l’engagement des départements ministériels sur la question de l’emploi des

personnes en situation de handicap, de préciser et rapprocher les données

statistiques, et d’avancer dans la voix de la définition et de la mise en œuvre

d’une politique cohérente et partenariale, inscrite dans la durée. Il serait

souhaitable qu’une fois instituée, la structure puisse tisser des liens fonctionnels

avec l’AGEFIPH et bénéficier ainsi de l’expérience acquise pour parvenir plus

rapidement à maturité.

1.2. Adopter un mode de décompte unique des bénéficiaires de

l’obligation d’emploi

L’une des difficultés rencontrées dans le domaine de l’insertion

professionnelle des personnes en situation de handicap tient au fait que les

données de la sphère privée et de la sphère publique ne peuvent faire l’objet

d’aucune véritable comparaison. L’une des raisons tient à la différence existant

dans le mode de décompte des bénéficiaires de l’obligation d’emploi et de la

notion d’unités bénéficiaires. Pour le secteur privé sont en effet intégrés dans le

mode de décompte des éléments tenant à l’employabilité au regard de la lourdeur

du handicap, de l’âge et du parcours professionnel. C’est ainsi qu’un travailleur

en situation de handicap peut représenter jusqu’à 5,5 unités bénéficiaires.

I - 19

Cette modalité de proratisation n’est pas applicable aux administrations

publiques. De plus, si elle répond au souci du législateur de favoriser l’insertion

professionnelle des personnes les plus lourdement handicapées et par voie de

conséquence les plus éloignées de l’emploi, elle pose néanmoins question dans la

mesure où elle stigmatise le handicap et relègue la personne au second plan

derrière son taux proratisé de handicap.

Le Conseil propose par conséquent d’adopter un mode unique de décompte

applicable à tous les secteurs établi en fonction du nombre réel de personnes

employées, quel que soit l’importance du handicap ou encore l’âge du salarié.

Cette modification, qui a l’avantage de rendre comparable les taux d’emploi des

secteurs privés et publics, doit néanmoins s’accompagner d’une réflexion sur les

solutions financières permettant, par une prise en charge modulée des frais

engagés, d’encourager l’effort des employeurs en faveur des personnes en

situation de handicap important, dans le secteur privé comme dans le secteur

public.

Sur un autre plan, se pose la question de l’existence de professions exclues

par décret du décompte des effectifs des entreprises privées, paradoxale en

regard du nombre relativement important de travailleurs handicapés recrutés

dans ces emplois. Ce point mériterait d’être abordé plus avant dans le cadre

d’une réflexion globale que le Conseil appelle de ses vœux et qui devrait

s’appuyer sur les diverses composantes de l’obligation d’emploi pour en

optimiser les effets.

2. Penser l’insertion professionnelle dans le cadre d’un schéma

directeur

Le Conseil considère que la mise en œuvre des politiques engagées en

faveur des personnes en situation de handicap ne peut être véritablement

efficiente sans la définition d’un schéma directeur, gage de la mise en cohérence

des interventions et du rôle de chacun des acteurs, au plan national comme au

niveau territorial.

Repositionner la mission interministérielle aux personnes handicapées

Au niveau central, lieu de définition des orientations et des politiques

publiques, notre Assemblée considère qu’il convient que les structures de l’Etat

repositionnent la mission interministérielle actuellement rattachée au secrétariat

d’Etat aux personnes handicapées, afin que celle-ci dispose de véritables

pouvoirs de coordination de l’action des différents ministères concernés par

l’intégration des personnes handicapées dans la cité et dans l’emploi. La

délégation interministérielle devrait donc être rattachée directement auprès des

services du Premier ministre. Ce niveau devrait être chargé de coordonner la

réflexion conduisant à la fin 2003 à la transposition en droit français de l’article

5 de la directive européenne du 27 octobre 2000, relative à l’égalité de traitement

en matière d’emploi et aux aménagements raisonnables des postes de travail qui

en découlent.

I - 20

Distinguer les rôles et missions respectifs de l’Etat et de l’AGEFIPH

Depuis la mise en place du nouveau dispositif d’obligation d’emploi

instauré par la loi de 1987, on constate une montée en charge progressive de

l’AGEFIPH alors que dans le même temps, la place de l’Etat dans la définition et

la mise en œuvre de politiques spécifiques concernant l’insertion professionnelle

des personnes handicapées reflue progressivement. Ainsi, la gestion et le

financement du complément de rémunération prévu au titre de la garantie de

ressources, prestation légale versée initialement par l’Etat, sont-ils confiés depuis

1997 à l’association. De la même façon, le financement des associations de

placement au service de l’emploi des personnes handicapées, fédéré au sein du

réseau Cap Emploi, est passé progressivement de la charge de l’Etat à celle de

l’AGEFIPH. Peuvent également témoigner de la moindre place de l’Etat dans la

prise en charge des dispositifs d’insertion et de formation des personnes

handicapées, les différentes conventions conclues entre l’AGEFIPH d’une part,

et l’ANPE et l’AFPA d’autre part, en particulier pour la gestion du PAPND dans

le cadre du PARE pour les demandeurs d’emplois. Le rapport de la Cour des

comptes rendu public en janvier 2003 souligne d’ailleurs cette faible présence de

l’Etat dans la conception et la mise en œuvre des dispositifs en faveur de

l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

Sans mettre en cause les équilibres construits, le Conseil estime donc

nécessaire, afin d’optimiser leurs interventions, de clarifier les responsabilités

respectives de l’Etat et de l’AGEFIPH. Il semble en effet important que l’Etat se

ré-implique dans son rôle d’impulsion, de pilotage, de contrôle et d’évaluation

des politiques ayant trait à la prise en charge et à l’insertion des personnes en

situation de handicap. A ce titre, le Conseil supérieur du reclassement

professionnel, placé auprès du ministre en charge du travail, qui associe les

partenaires sociaux, les associations représentatives des personnes en situation de

handicap et les organismes de sécurité sociale, devrait retrouver dans le domaine

de la définition des politiques une place supérieure à celle qui lui est

actuellement dévolue. L’AGEFIPH doit pour sa part être confortée dans la

mission qu’elle exerce dans le champ de l’insertion professionnelle des

personnes en situation de handicap. Le Conseil entend à cet égard réaffirmer la

légitimité du Conseil d’administration de l’AGEFIPH à définir et mettre en

œuvre de manière autonome sa stratégie.

Conforter les programmes départementaux d’insertion des travailleurs

handicapés

Initiés en 1992 et généralisés en 1999, les PDITH constituent des

dispositifs départementaux, intégrés à la mise en œuvre de la politique de

l’emploi, organisant la cohérence et la complémentarité des institutions et des

opérateurs de l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap

par l’animation d’un partenariat local. Ils mettent notamment en œuvre des

actions d’orientation, d’information, de sensibilisation et de maintien en milieu

ordinaire, en assurant l’articulation entre les dispositifs de droit commun et les

I - 21

dispositifs spécialisés. Outils indispensables de l’action territoriale, ils créent une

dynamique favorable à l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

Notre Assemblée estime indispensable de réaffirmer et de conforter cette

fonction de tête de réseau et de coordonnateur des PDITH, pour fédérer plus

efficacement les énergies disponibles au service de l’objectif poursuivi. Il

n’apparaît toutefois pas souhaitable d’inscrire ce dispositif dans un cadre trop

formel, afin de lui conserver souplesse et réactivité, permettant une adaptation

aux réalités et à la variété des contextes locaux.

Recentrer les COTOREP sur leurs missions originelles

Acteurs incontournables, les COTOREP jouent un rôle central au travers

des décisions de Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH).

Depuis de nombreuses années, ces commissions connaissent d’importants

dysfonctionnements, régulièrement soulignés. Ils font actuellement l’objet de

débats dans le cadre des travaux engagés sur la réforme de la loi d’orientation du

30 juin 1975. Sans s’engager sur le fond des discussions relatives aux missions et

au fonctionnement des COTOREP, notre Assemblée considère néanmoins que

ces réflexions ne doivent pas faire l’impasse sur un point nodal du

fonctionnement des COTOREP. En effet, ces services sont confrontés à un fort

accroissement du volume de leur activité, de l’ordre de 40 % sur la période

1991-1999, correspondant à près d’une quinzaine de décisions différentes :

RQTH et classement en catégorie A, B ou C ; orientation, autorisation des

abattements de salaires, taux d’invalidité, attribution des allocations, admission

en établissement spécialisé mais aussi carte d’invalidité, sans limite d’âge, cartes

européennes de stationnement (ex. carte GIC) et APA y compris pour des

personnes de plus de 60 ans.

Le Conseil économique et social considère ainsi qu’il est indispensable que

l’activité des COTOREP soit recentrée sur l’orientation et le reclassement

professionnels des personnes en situation de handicap, finalité première de leur

mission, les autres attributions pouvant être valablement exercées par d’autres

institutions sociales, étatiques ou relevant des collectivités territoriales. Il

convient enfin de doter ces commissions de moyens financiers et matériels

nécessaires à leur fonctionnement et de remédier à leur sous-encadrement

chronique.

3. Optimiser le rôle des partenaires sociaux

Le Conseil économique et social considère que l’ensemble des acteurs,

pouvoirs publics ou organismes privés, concourant à l’insertion professionnelle

des personnes en situation de handicap constituent un formidable potentiel dont

les ressources doivent être davantage mobilisées. Les partenaires sociaux

apparaissent occuper un rôle tout à fait important qui doit aujourd’hui être

encouragé. L’analyse des résultats de l’obligation d’emploi des personnes en

situation de handicap fait en effet apparaître que ce thème est peu investi par les

partenaires sociaux dans les négociations collectives. Le nombre des accords

I - 22

conclus sur ce sujet reste limité (un accord de branche et une centaine d’accords

d’entreprise ou d’établissement en vigueur en janvier 2003) alors que cette voie

constitue l’un des moyens offerts par la loi pour satisfaire à l’obligation

d’emploi, selon des modalités choisies et négociées, dans le cadre d’un

programme annuel ou pluriannuel en faveur de l’accès ou du maintien dans

l’emploi des personnes en situation de handicap.

Instaurer une obligation légale de négocier

Le Conseil considère qu’il est nécessaire d’aller plus loin que la loi de 1987

et de s’engager à développer la négociation collective sur un thème dont

l’histoire nous apprend qu’il est spontanément peu abordé par les acteurs

sociaux.

Sur un sujet aussi sensible, il doit être envisagé d’étendre l’obligation

légale de négocier au champ des conditions de travail et d’emploi des personnes

en situation de handicap, tant au niveau des branches professionnelles et des

entreprises que dans les fonctions publiques. Une telle mesure permettrait

d’inscrire véritablement cette problématique dans le champ de la politique

contractuelle et d’en faire un élément de dialogue social. En effet, la négociation

sur les conditions d’insertion dans le milieu de l’entreprise de personnes en

situation de handicap présente un intérêt global. Vecteur de dynamisation du

dialogue social, elle amène à interroger ou ré-interroger les conditions de travail,

la santé et la sécurité au travail dans l’entreprise et à s’engager dans une

démarche plus globale de prévention, profitable à l’ensemble de la collectivité de

travail.

Des obligations légales de même nature existent déjà pour les entreprises

privées en ce qui concerne les salaires, l’égalité professionnelle ou les

classifications, assorties d’une périodicité variant entre l’année et cinq ans.

L’obligation légale de négociation pourrait donc être fixée à échéance triennale,

en cohérence avec la durée moyenne des accords conclus en application de la loi

sur l’obligation d’emploi.

Articuler la négociation d’accords collectifs avec la mise en œuvre de

conventions employeur/AGEFIPH

Un certain nombre de grandes entreprises et d’organisations

professionnelles signent directement des conventions avec l’AGEFIPH, en

préalable à la mise en œuvre de plans d’actions en faveur des personnes

handicapées. Il semble dommage qu’une telle démarche n’associe pas les

organisations syndicales et entre ainsi en concurrence avec les accords collectifs

prévus au titre de l’obligation d’emploi. L’entreprise se prive de ce fait de la

richesse d’un dialogue avec les syndicats, ainsi que de l’intéressant effet

démultiplicateur que peuvent avoir les relations sociales dans ce domaine.

I - 23

Le Conseil préconise dès lors d’étudier l’articulation optimale de ces

dispositifs, dont les logiques s’avèrent complémentaires. Il pourrait ainsi être

envisagé que toute convention signée entre un chef d’entreprise ou une

organisation professionnelle et l’AGEFIPH s’appuie sur l’information préalable

systématique des représentants du personnel.

II - FACILITER LE PARCOURS D’INSERTION DES PERSONNES EN

SITUATION DE HANDICAP EN MILIEU ORDINAIRE DE TRAVAIL

Les difficultés auxquelles les personnes en situation de handicap se

heurtent dans leur vie quotidienne, en vue de faire valoir leurs droits, d’obtenir

des renseignements, des conseils, sont également très fréquentes dans les

démarches entreprises par celles qui souhaitent pouvoir exercer une activité

professionnelle. La multiplicité d’acteurs, de structures et d’aides contribue à

entretenir une vision opaque du système.

Le Conseil considère qu’il importe de mettre en œuvre les moyens de

donner lisibilité et efficacité à toutes les étapes du parcours d’insertion

professionnelle des personnes en situation de handicap, en mettant en évidence

les points de passage «obligés » et en favorisant la définition de parcours sans

aller et retour inutiles.

A - UN PRINCIPE : LE DROIT A COMPENSATION

Il convient au préalable de poser, dans le cadre d’une approche globale de

la personne, le droit à compensation des situations de handicap, quelles qu’en

soient la nature, l’origine ou l’importance. L’obligation nationale à l’égard des

personnes handicapées doit en effet trouver sa traduction dans la compensation

des désavantages qui y sont liés, afin, comme le déclare le sénateur Paul Blanc,

« de rétablir l’égalité entre citoyens « valides » et citoyens « handicapés » et de

favoriser, dans toute la mesure du possible le maintien de ces derniers en milieu

de vie ordinaire ». Le développement des moyens de compensation des

incapacités est en effet indispensable pour offrir aux personnes qui le souhaitent

la possibilité de demeurer dans leur milieu ordinaire de vie grâce à des

aménagements de logement, des aides techniques ou des aides humaines

adaptées et permettre, à celles qui le souhaitent, d’envisager plus sereinement

leur insertion dans le monde professionnel.

Mise en place d’une prestation à vocation générale, garantissant une

compensation adaptée aux besoins de chacun

Il existe une grande diversité d’aides, aux origines et aux sources de

financement diverses, complexes à mobiliser et marquées dans certains cas par

leur incapacité à répondre à la totalité et à spécificité des besoins exprimés. De

plus, il apparaît qu’une partie des aides attribuées constituent, de par leur

conditionnalité, un frein à l’insertion ou à la réinsertion professionnelle.

I - 24

Le Conseil soutient la proposition de création d’une allocation

compensatrice unique, individualisée, adaptée à chaque situation, permettant à

toute personne en situation de handicap d’être effectivement un citoyen à part

entière et lui donnant les moyens de son autonomie. Au-delà, la compensation

des coûts supplémentaires supportés par les personnes en situation de handicap

pour les aider dans leurs activités et pour faciliter leur mobilité doit être

maintenue lorsqu’elles occupent un emploi.

B - AUTOUR DE L’INSERTION PROFESSIONNELLE : L’INFORMATION,

L’EVALUATION, L’ORIENTATION

1. L’information et l’accueil des personnes en situation de handicap

Notre Assemblée considère que les mesures à mettre en œuvre dans ce

domaine ne peuvent trouver de réalisation effective sans une redéfinition

préalable des rôles et des compétences des différents acteurs et une articulation

des structures placée sous le contrôle des pouvoirs publics.

Un réseau de lieux d’accueil et d’information, proche du terrain et

clairement identifiable

Pour notre Assemblée, la facilitation de l’accès à l’information n’implique

pas, par principe, la création d’un lieu unique fortement institutionnalisé.

L’ambition devrait au contraire être celle d’instituer un réseau de lieux d’accueil,

susceptible de simplifier les démarches administratives et améliorer

l’information, dans une approche globale de la personne en situation de handicap

et par des moyens d’interventions adaptés.

Notre Assemblée considère que ce réseau devrait être créé en prenant appui

et en abondant les crédits actuellement dévolus aux sites pour la vie autonome.

Mobilisant et renforçant les équipes déjà constituées dans cette perspective, le

lieu d’accueil territorialisé serait au carrefour de l’ensemble des structures

spécialisées intervenant dans le champ. Il serait chargé, à l’échelon du

département, de réunir, inventorier, actualiser et mettre en forme les informations

disponibles, notamment sur les services et organismes susceptibles d’une part

d’assurer la diffusion d’une information de premier niveau, et d’autre part

d’approfondir celle-ci en fonction des demandes émises.

Une fonction de coordination entre divers partenaires territoriaux

Le Conseil recommande d’articuler ce réseau avec les PDITH. Face

communicante des programmes départementaux en direction des personnes en

situation de handicap et des employeurs, il serait chargé de la réalisation,

l’actualisation et la diffusion d’un guide d’accueil pour les personnes en situation

de handicap ainsi que d’un guide à destination des employeurs. Cette structure

pourrait, en outre, grâce à l’établissement de la cartographie des dispositifs

spécifiques et des structures habilitées pour suivre les parcours individualisés,

permettre d’orienter le public vers le service le plus à même de répondre à leurs

attentes. Ce lieu d’accueil devrait, sur le modèle des centres d’information et de

I - 25

documentation pour la jeunesse, proposer une permanence d’accueil physique,

doublée d’un accueil téléphonique et d’un portail télématique permettant l’accès

aux données, informations et structures habilitées.

2. Permettre une véritable évaluation des potentiels de la personne en

situation de handicap et favoriser l’orientation et le reclassement

professionnel

Décloisonner les approches pour mieux évaluer les potentiels

L’orientation et le reclassement professionnel font l’objet de démarches

cloisonnées de la part d’une multiplicité d’acteurs. Le Conseil considère que cet

état de fait est préjudiciable à la réalisation de l’objectif d’insertion. Il préconise

le décloisonnement des dispositifs existants afin de parvenir à un travail en

réseau et à une architecture simplifiée, dans laquelle les personnes concernées

par une situation de handicap se retrouveront plus facilement. Le réseau

d’accueil territorialisé préconisé par notre Assemblée vise à permettre une

orientation de premier niveau dans la diversité des circuits, qui débouche

naturellement sur l’étape d’évaluation et d’orientation des personnes désireuses

de s’intégrer dans le monde du travail.

Evaluer les handicaps et les potentialités en préalable à l’engagement du

parcours d’insertion professionnelle

Notre Assemblée estime que les COTOREP doivent s’engager dans un

travail de réflexion, centré autour de la préoccupation de l’insertion

professionnelle des publics et des projets de parcours pouvant être élaborés. A ce

titre, un outil renouvelé permettant l’appréciation et l’évaluation du handicap

pourrait être institué, sur la base des travaux de l’OMS et des prolongements que

certains chercheurs et médecins leur ont donnés, tels que le Professeur Hamonet.

L’expérience des équipes labellisées des sites pour la vie autonome mis en

place depuis 2002 dans certains départements, pourrait à ce titre être mise à

profit, au regard de leur fonctionnement pluridisciplinaire comme de leur savoir

faire en terme d’évaluation des potentiels des personnes. Il s’agit en effet de

s’engager pour l’avenir dans l’évaluation des potentiels des personnes plus que

dans celle des inaptitudes, et de rendre possible, par une approche personnalisée

de moyens humains d’écoute et d’expertise, la mise en perspective des besoins et

des aspirations individuels et des facteurs environnementaux. Il importe enfin de

doter ces structures d’outils permettant d’établir un suivi de la personne dans son

parcours professionnel.

Il appartient par ailleurs aux COTOREP de connaître quantitativement et

qualitativement les décisions prises et de procéder à leur évaluation. La

définition et l’actualisation par les acteurs locaux ainsi que par les autorités de

tutelle nationales d’une doctrine d’emploi de ces structures doit également

permettre d’éviter une trop grande divergence dans les décisions d’un

département à l’autre.

I - 26

Enfin, notre Assemblée recommande une simplification des différentes

procédures en ce qui concerne les personnes en situation de handicap candidates

à un emploi dans l’une des fonctions publiques, et notamment de mettre un terme

aux formations de type « COTOREP spéciales fonctions publiques », qui

surajoutent leur action à celle des services d’évaluation et d’orientation de droit

commun.

C - FORMER ET QUALIFIER

L’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap est

conditionnée par un ensemble de mesures dont la formation professionnelle

constitue l’un des atouts majeurs. L’obtention d’un emploi de qualité est en effet

étroitement liée à l’accès aux structures d’éducation et de formation permettant

l’acquisition des savoirs, l’amélioration et le développement des compétences

professionnelles. Or, un certain nombre de barrières compromettent souvent

l’intégration des personnes en situation de handicap au marché du travail. Par

ailleurs, les problèmes rencontrés par les travailleurs handicapés se cumulent

souvent dans les faits, spécialement dans un contexte de chômage et d’exclusion.

Ces difficultés touchent au bas niveau de formation initiale ou professionnelle, à

une succession de périodes d’inactivité, et aux contraintes inhérentes à toute

réorientation de carrière.

Favoriser l’adéquation des besoins des entreprises et les formations

dispensées

L’inadéquation entre les exigences du marché du travail, et notamment leur

expression au plan territorial, et le niveau de formation des travailleurs ou des

demandeurs d’emploi handicapés représentent l’un des principaux obstacles dans

l’accès à l’emploi. Notre Assemblée recommande de mettre en adéquation les

formations dispensées avec les besoins de compétences et de qualification,

actuels et futurs des entreprises, en favorisant les démarches d’anticipation

conduites avec les organismes relevant des branches professionnelles, et

notamment les OPCA, les organisations syndicales et professionnelles et enfin

les régions, acteurs importants de la politique de formation. La signature

d’engagements tripartites (Etat, région, AGEFIPH), dans le cadre de

programmes régionaux de formation, pourrait dans cette perspective être

envisagée dans toutes les régions afin de faciliter la formation professionnelle

des personnes en situation de handicap.

Evaluer les dispositifs de formation accessibles aux personnes en

situation de handicap et revoir la complémentarité des formations

ordinaires et des dispositifs spécialisés

Sur la base du constat que le dispositif actuel de formation des travailleurs

handicapés ne couvre pas la totalité des besoins recensés, notamment en terme de

proximité et de réponses apportées aux besoins de qualification des entreprises,

notre Assemblée considère à cet égard qu’il serait nécessaire d’évaluer les

formations spécifiques et leur articulation avec les formations organisées dans le

I - 27

milieu ordinaire et faisant l’objet de conventions particulières pour les personnes

en situation de handicap. Il apparaît par ailleurs à l’analyse que les dispositifs ne

sont pas suffisamment mobilisés dans leur complémentarité, et que les

formations ordinaires ne sont pas toujours mises à profit. Sans aller jusqu’à

établir un quota en matière de places de formation, le Conseil souligne l’intérêt

qu’il y aurait à prévoir la réservation de places dans les organismes de formation

ou dans l’enseignement professionnel.

Enfin, notre Assemblée considère indispensable de multiplier les actions de

pré-orientation et de pré-qualification, visant à compenser l’absence des

prérequis nécessaires à l’élaboration d’un projet professionnel ou à l’entrée en

formation qualifiante, et de développer les formations qualifiantes et

professionnalisantes, en particulier pour les niveaux V.

Faire de la formation professionnelle des personnes en situation de

handicap une priorité permanente de l’entreprise

L’accès à la formation, notamment pour ceux, encore nombreux parmi les

personnes en situation de handicap, qui n’ont pas le niveau requis pour engager

une formation qualifiante, reste problématique. Notre Assemblé considère qu’il

convient de penser un dispositif qui allie formation préalable et formation en

cours d’emploi, pour laquelle l’entreprise elle-même a un rôle central à jouer.

La formation professionnelle doit être une priorité d’action, notamment

inscrite dans le plan de formation des entreprises et des administrations. A la

faveur d’un partenariat associant les représentants du personnel, la direction et

l’encadrement, elle doit permettre aux travailleurs handicapés comme aux autres

salariés d’acquérir sous une forme adaptée mettant à profit les nouvelles

technologies, de nouvelles compétences ouvrant des perspectives d’évolution de

carrière. A cet égard, la consultation annuelle du comité d’entreprise sur la

formation professionnelle et l’évolution de l’emploi et des qualifications doit

permettre de prendre en compte l’expression de ces besoins spécifiques. Les

déroulements de carrière doivent également faire l’objet d’une attention

particulière, afin que les salariés en situation de handicap ne restent pas

enfermés, du fait des aménagements éventuels opérés, dans certains types de

fonctions ou encore à des niveaux de responsabilités inférieurs à leur

qualification, à leurs compétences et à leur expérience professionnelle.

Diversifier les modalités de mise en situation professionnelle dans le

cadre d’une orientation et d’un suivi personnalisés

Notre Assemblée recommande la mise en œuvre de parcours d’orientation

et de suivi personnalisés, rendant possible la prise en compte de la spécificité de

chaque situation de handicap en aménageant les modalités de la formation

(accueil à temps partiel ou discontinu) et de validation de la formation. Dans

cette perspective, la modulation du parcours de formation doit être si nécessaire

privilégiée, la réalisation de bilans de compétences et l’individualisation des

parcours de formation constituant de ce point de vue des pistes intéressantes.

I - 28

Au-delà, le Conseil considère qu’il est nécessaire de diversifier les

modalités de mise en situation professionnelle des stagiaires, qu’ils soient primodemandeurs

d’emploi ou dans une démarche de réinsertion professionnelle

(stages en entreprise, formations en alternance, chantiers-école). Il s’agit ainsi

d’adapter les modalités de la formation aux contraintes liées au handicap, qui

peuvent passer par du temps partiel, et en tout état de cause par la prise en

compte des temps de soins.

III - STIMULER L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE

HANDICAP

A - DYNAMISER LA RECHERCHE D’EMPLOI

Optimiser les réseaux Cap Emploi et ANPE

L’ANPE et les structures du réseau Cap Emploi, associations fédérées par

l’AGEFIPH, agissent de façon complémentaire dans le domaine de la recherche

d’emploi pour les personnes en situation de handicap vers le milieu ordinaire de

travail. Les Cap Emploi s’identifient par leur action spécifique plaçant au cœur

de leur mission la personne dans son projet d’intégration professionnelle ; ils ont,

à ce titre, développé un savoir-faire certain dans l’élaboration des parcours

d’insertion des travailleurs handicapés et l’accompagnement vers l’emploi

durable en milieu ordinaire, l’appui aux entreprises d’accueil et l’intervention sur

des situations individuelles de maintien dans l’emploi. La création du PARE et la

mise en œuvre du PAP (Projet d’action personnalisé) qui en découle a, en outre,

conduit l’ANPE à confier aux Cap Emploi, familiarisés avec la pratique du suivi

individualisé, l’accompagnement des demandeurs d’emplois reconnus

handicapés.

Le Conseil reconnaît tout l’intérêt que représente, pour la personne en

situation de handicap, l’élaboration d’un véritable parcours d’insertion

professionnelle et ne peut qu’encourager la mise en commun de compétences et

de savoir-faire, tout en recherchant la meilleure articulation possible des offres

de services de l’ANPE et de Cap Emploi. Les difficultés pratiques qui résultent

de cette co-traitance, tant en matière d’insuffisance de ressources humaines que

de problèmes plus techniques liés à l’existence de deux bases de données

informatiques distinctes et non compatibles, devraient toutefois être rapidement

résolues afin d’optimiser l’action conjuguée de ces services. Le rapprochement

des deux réseaux ANPE/Cap Emploi doit en outre permettre de mobiliser un

véritable partenariat au profit des demandeurs d’emploi handicapés et de

développer un réseau avec les entreprises et le milieu associatif afin de pouvoir

rapprocher les demandes d’emplois ou de formation avec les propositions et les

besoins de compétences des entreprises.

I - 29

Enfin, si l’ANPE est directement identifiée comme faisant partie du

service public de l’emploi, les Cap Emploi sont en revanche moins facilement

repérables. Il semble utile par conséquent de diffuser largement, dans tous lieux

publics appelés, à un titre ou à un autre, à accueillir des personnes en situation de

handicap, des informations sur ce réseau associatif et ses ressources dans le

domaine de l’insertion professionnelle et de l’aide à la recherche d’un emploi.

Renforcer les dispositifs d’appui à la création d’entreprise

On observe que les personnes en situation de handicap qui s’inscrivent

dans un projet de création d’entreprise ou d’exercice d’une activité libérale sont

en général particulièrement motivées et ont le plus souvent des taux de réussite

supérieurs à ceux des personnes valides. Cette analyse témoigne, si besoin était,

de la volonté et de la capacité des personnes handicapées à être véritablement les

acteurs de leur insertion, qu’il s’agisse de la société comme du monde

professionnel. A ce titre, la création d’entreprise, dès lors qu’elle fait l’objet d’un

réel soutien, peut constituer l’une des voies efficaces vers l’insertion

professionnelle.

Le Conseil souhaite en conséquence que les dispositifs d’appui à la

création d’entreprise soient renforcés et facilités à l’égard des personnes

handicapées. A cet effet, devraient notamment être étudiés les prêts sans intérêt,

les avances remboursables ou des différés d’amortissement, ainsi que la

possibilité de leur faire bénéficier d’un tutorat renforcé dans le cadre de la reprise

d’entreprise.

B - OUVRIR LE MONDE DE L’ENTREPRISE « ORDINAIRE »

Développer des passerelles entre milieu ordinaire et milieu protégé en

instaurant un droit au retour

Afin de permettre, à terme, une meilleure orientation des personnes en

situation de handicap vers le milieu ordinaire de travail, le législateur a prévu le

principe de « passerelles » entre le milieu protégé et les entreprises, que ce soit

dans le cadre de contrats de détachement d’une année pour les salariés des

ateliers protégés, ou dans le cadre de contrats de sous-traitance ou de mise à

disposition pour les CAT, l’objectif étant l’embauche éventuelle des salariés.

Cependant, dans les faits, le milieu protégé demeure davantage un refuge pour

les personnes handicapées qu’une filière d’insertion progressive vers le milieu

ordinaire.

Le Conseil n’entend évidemment pas opposer milieu ordinaire et milieu

protégé ; les personnes en situation de handicap n’ont pas toutes vocation à

exercer une activité professionnelle ordinaire avec les contraintes, notamment de

rentabilité ou d’autonomie, qui y sont attachées. Il n’en demeure pas moins

qu’un nombre non négligeable de personnes en situation de handicap travaillant

au sein d’ateliers protégés, voire de CAT, présentent les aptitudes requises pour

pouvoir intégrer dans certaines conditions, entre autres d’encadrement et de

I - 30

suivi, des lieux de travail ordinaires. Outre le fait que des ateliers protégés et des

CAT souhaitent conserver dans leurs effectifs les personnes présentant le

meilleur niveau de productivité, le principal frein à cette possible évolution

réside dans le fait que la personne en situation de handicap ne bénéficie d’aucune

possibilité de réintégrer son ancienne structure en cas d’échec, les places étant en

quelque sorte contingentées. Le risque d’une telle démarche étant trop élevé,

rares sont donc celles qui osent franchir le pas.

Il conviendrait par conséquent de permettre à la personne en situation de

handicap de réintégrer son ancien poste de travail dans l’hypothèse où la

tentative d’une activité en milieu ordinaire ne s’avèrerait pas concluante. Cette

proposition soulève évidemment un certain nombre de difficultés importantes sur

le plan de la gestion et du fonctionnement des établissements du milieu protégé,

notamment en termes de financement et de budget. Le Conseil estime toutefois

qu’une réflexion de fond engagée sur cette question serait profitable tant aux

personnes en situation de handicap qu’à l’ensemble de la collectivité.

S’inspirant d’initiatives locales, notre Assemblée ne peut qu’encourager le

développement de démarches tendant à une intégration progressive du travailleur

en milieu ordinaire de travail. De fait, l’alternance de périodes dans l’entreprise

ordinaire et de retours au sein de l’établissement de travail adapté, assortie d’un

accompagnement particulier facilitant le relais entre les deux structures, semble

être de nature à permettre une adaptation progressive de la personne en situation

de handicap dans son nouvel environnement ainsi que l’identification de

difficultés particulières auxquelles les réponses appropriées pourraient être

apportées le plus en amont possible.

Redécouvrir les vertus du TPMO : développer et favoriser le recours

aux emplois adaptés en milieu ordinaire de travail

Le travail protégé en milieu ordinaire est une mesure médiane entre les

deux systèmes « classiques » que sont l’entreprise ordinaire et les structures

adaptées (ateliers protégés et centres d’aide par le travail) et s’adresse, selon le

Code du travail, aux personnes dont la capacité de travail nécessite un emploi

léger ou à temps réduit, sur décision de la COTOREP. Elle constitue une

véritable opportunité pour intégrer des personnes présentant des handicaps

relativement importants dans le monde professionnel en répondant à la demande

de ceux qui refusent l’intégration en milieu protégé, qui souhaitent évoluer du

milieu ordinaire au milieu protégé ou de ceux, trop nombreux, qui se trouvent

sans solution en milieu protégé, faute de place. Or, force est de constater que ce

dispositif est quasiment tombé en désuétude, en raison principalement de sa

totale méconnaissance par les employeurs, voire même par certains acteurs de

l’insertion. En outre, il se heurte à la difficulté d’identifier au sein des entreprises

les postes précisément concernés et d’en établir la liste sur laquelle doivent se

fonder les orientations formulées par les COTOREP.

I - 31

Le Conseil demeure cependant persuadé que le TPMO, par l’alternative

qu’il propose entre les milieux ordinaire et protégé, est de nature à répondre tant

aux préoccupations des employeurs qu’à celles des personnes en situation de

handicap, et à favoriser une insertion durable de ces dernières dans le monde

professionnel. Il convient par conséquent d’étudier les moyens de développer et

de favoriser le recours aux emplois adaptés en milieu ordinaire de travail,

terminologie qu’il apparaît judicieux de retenir en remplacement de celle de

TPMO.

Faciliter l’entrée des personnes en situation de handicap dans le monde

de l’entreprise

Le premier obstacle -et le plus important- à l’insertion professionnelle

d’une personne en situation de handicap réside dans la difficulté à parvenir à une

première mise en situation professionnelle, à une première entrée effective au

sein de l’entreprise. A cet égard, on observe de façon assez générale que la

personne qui parvient, pour une raison ou une autre, à franchir ce cap, bénéficie

beaucoup plus facilement, par la suite, de la possibilité d’intégrer l’entreprise de

façon plus durable. C’est ainsi que les stages de formation professionnelle, les

contrats à durée déterminée, les contrats aidés, ou encore les missions d’intérim

apparaissent comme des vecteurs non négligeables d’insertion dans l’entreprise.

En fonctionnant comme un sas, ces dispositifs permettent en effet aux personnes

en situation de handicap d’avoir une première entrée dans l’entreprise, pouvant

favoriser par la suite un contrat pérenne. Ils amènent par ailleurs les employeurs

à démystifier leur représentation du handicap et de la personne handicapée et à

considérer l’apport de compétences répondant à leurs besoins.

Dès lors, il convient de mobiliser de façon optimale ces dispositifs, en

ouvrant davantage et en facilitant leur accès aux personnes en situation de

handicap, étant toutefois rappelé que le contrat à durée indéterminée doit en tout

état de cause demeurer le principe et l’objectif à atteindre dans les meilleures

conditions possibles.

C - CONCILIER HANDICAP ET ACTIVITE PROFESSIONNELLE

Permettre le cumul de l’AAH avec les revenus salariaux

En l’état actuel de la réglementation sur l’AAH, soumise à conditions de

ressources, la personne en situation de handicap qui souhaite exercer une activité

professionnelle perd le bénéfice de cette allocation ainsi que d’autres aides qui en

découlent (allocation compensatrice pour tierce personne, par exemple) et des

avantages afférents, notamment des exonérations fiscales telles que taxe

d’habitation ou redevance télévisuelle. Le caractère très restrictif des conditions

d’attribution de cette AAH dissuade ainsi un nombre non négligeable de

personnes handicapées de s’engager dans la voie d’une intégration

professionnelle au regard de la perte de revenus qui en découle. Cette opposition

pose véritablement question, alors même que le travail est reconnu par tous

comme élément fondamental d’insertion de la personne au sein de la société.

I - 32

En conséquence, notre Assemblée propose de s’inspirer du dispositif mis

en œuvre pour le RMI, autorisant le cumul dans certaines conditions et pour une

durée déterminée de cette allocation et d’un salaire. En outre, il serait souhaitable

de permettre, en cas de ressources supérieures au plafond pendant un temps

donné, une simple suspension du versement de l’AAH, tout en garantissant à

l’allocataire le maintien des droits ouverts.

Repenser la garantie de ressources en la basant sur le salaire réel et non

plus sur le SMIC

Les salariés en situation de handicap bénéficiant de la RQTH peuvent, dans

certaines conditions, voir leur rémunération faire l’objet d’un abattement en cas

de rendement professionnel notoirement diminué. Ces abattements sont limités à

10 % du salaire normalement alloué au travailleur valide accomplissant la même

tâche, pour les personnes relevant de la catégorie B et à 20 % pour celles de

catégorie C. Si cette formule est potentiellement intéressante en tant qu’outil

favorisant l’insertion en entreprise d’une personne handicapée, elle pose

cependant problème dans la mesure où deux bases de salaires différentes servent

de référence au calcul. En effet, le montant de l’abattement est calculé sur la base

du salaire versé au travailleur valide accomplissant la même tâche, alors que le

complément de rémunération est déterminé par rapport à la garantie de

ressources égale au SMIC pour les salariés en TPMO, et à 130% du SMIC pour

les salariés en emplois ordinaires.

La formule de calcul du complément de rémunération (garantie de

ressources – salaire après abattement) aboutit dès lors à un résultat nul, voire

négatif dans le cas où le travailleur handicapé occupe un emploi dont la

rémunération effective (salaire réel ou conventionnel) est supérieure à 1,3 SMIC.

Ce plafond s’oppose à la prise en compte effective de qualifications supérieures

et interdit toute perspective d’évolution de salaire et de carrière. Il semble donc

souhaitable à notre Assemblée que soient étudiées toutes les solutions permettant

au travailleur handicapé de bénéficier d’un complément de salaire basé sur le

salaire réel.

Compenser financièrement le travail à temps partiel

L’exercice d’une activité professionnelle à temps complet peut s’avérer

plus ou moins compatible avec certains handicaps. La fatigabilité en résultant,

conduit des travailleurs handicapés à rechercher, par défaut, des emplois à temps

partiel, et donc, une plus faible rémunération.

Il pourrait dès lors être utilement envisagé une possibilité de compensation

financière garantissant à la personne, souffrant d’un handicap rendant difficile un

travail à plein temps, le bénéfice d’une rémunération suffisante, en s’inspirant

des modalités du mi-temps thérapeutique prescrit à la suite de congés de longue

maladie. Le recours au temps partiel devrait être adapté s’agissant des personnes

en situation de handicap en prenant plutôt en compte une notion de temps de

travail allégé. La souplesse apportée rendrait ainsi possible l’exécution d’autres

durées de travail que le seul mi-temps, notamment dans le cadre des mi-temps

I - 33

thérapeutiques. Ce même principe d’aménagement du temps de travail pourrait

également être retenu pour permettre au salarié de concilier, lorsque son état de

santé l’exige, périodes de soins et activité professionnelle.

D - AMELIORER L’ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL

Sensibiliser à l’accueil et à l’insertion de la personne en situation de

handicap : l’équipe de travail

La réussite de l’insertion professionnelle d’une personne en situation de

handicap dans une entreprise ne peut se réaliser sans l’adhésion des autres

salariés et, au-delà, à leur participation. Bien préparer l’intégration d’un nouveau

collègue présentant un handicap en associant l’ensemble de l’équipe de travail à

ce projet permet d’éviter les difficultés relationnelles ou matérielles,

généralement liées à des préjugés ou à une sous-estimation de la personne.

Notre Assemblée considère ainsi que toute démarche de recrutement d’une

personne handicapée doit s’accompagner du souci de sensibiliser et d’impliquer

l’ensemble de l’équipe de travail. Il s’agit notamment de donner à chacun

l’occasion d’exprimer ses interrogations, voire ses inquiétudes, et de lever

certains présupposés. L’organisation d’une réunion préalablement à la prise de

fonctions du nouveau salarié, constitue un moyen de construire en commun la

réussite du parcours d’insertion de la personne et de créer une dynamique

favorable. En particulier, les personnels d’encadrement apparaissent occuper une

place importante dans la mise en œuvre d’un projet d’insertion en impulsant et

fédérant l’implication de l’équipe de travail. A ce titre, leur rôle est d’autant plus

essentiel dans des entreprises de taille importante, qu’il permet d’établir une

relation de proximité que le chef d’entreprise, bien qu’à l’origine du recrutement,

ne peut assurer.

Aider et accompagner la personne en situation de handicap : le tuteur

Au-delà, il apparaît souhaitable qu’une personne soit plus particulièrement

chargée de faciliter l’intégration de son collègue handicapé tant sur le plan

relationnel que sur celui concernant plus directement les conditions pratiques

d’exercice de son emploi. La désignation d’un tuteur, à titre provisoire ou de

façon plus permanente, au sein de l’équipe de travail est de nature à aider

efficacement à l’intégration professionnelle au quotidien en tant que relais dans

les diverses démarches que la personne est amenée à effectuer, et d’aide et de

conseil en matière professionnelle mais également comme médiateur, le cas

échéant, en cas de difficultés rencontrées.

Le Conseil incite au développement des pratiques mises en place dans

certaines entreprises tendant à formaliser cette mission d’aide et

d’accompagnement de la personne handicapée. Confiée à des salariés motivés,

cette fonction constitue un facteur déterminant de réussite de la démarche

d’insertion professionnelle. Toutefois, se pose la question du coût que représente

pour les employeurs l’instauration de tuteurs à l’insertion professionnelle au sein

d’une entreprise, en termes de temps consacré à cette mission comme de

I - 34

diminution de productivité qui en résulte. L’AGEFIPH finance ponctuellement et

sous certaines conditions, l’intervention d’auxiliaires professionnels. Une

réflexion devrait être engagée sur les modalités d’un financement durable, au

titre de la solidarité nationale, de la charge financière représentée par ces

fonctions de tutorat.

Par ailleurs, il convient de soulever plus généralement la difficulté à

laquelle sont confrontées les personnes dont le handicap requiert l’assistance

d’une tierce personne pour tout ou partie des activités de la vie quotidienne, et

donc également pour leur activité professionnelle. Il s’agit en effet de concilier

les droits aux congés annuels de ces auxiliaires de vie et la poursuite de l’activité

professionnelle de la personne handicapée pendant cette absence. Cette situation

dépasse le seul cadre de l’insertion professionnelle mais demande cependant

qu’une réflexion plus globale sur les conditions d’exercice des missions de ces

professionnels soit engagée.

Anticiper pour maintenir dans l’emploi : le rôle déterminant du médecin

du travail

Le médecin du travail constitue un acteur de premier plan en particulier

pour favoriser le maintien dans l’emploi des salariés handicapés ou dont l’état de

santé est susceptible de s’aggraver et d’avoir des conséquences sur le maintien

dans le poste occupé. Les visites médicales annuelles ou plus fréquentes dans le

cadre de surveillance particulière requise par certaines fonctions ou par l’état de

santé du salarié permettent le cas échéant de prévenir des situations

problématiques au regard de l’aptitude du salarié à exercer un emploi considéré.

Le médecin du travail apparaît toutefois isolé dans la prévention et la prise en

charge médicale des salariés, alors que, dans un nombre non négligeable de cas,

la possibilité d’échanges avec d’autres acteurs du corps médical, médecins

généralistes, hospitaliers, de la sécurité sociale, permettraient d’anticiper

d’éventuelles difficultés.

Notre Assemblée propose d’étudier des solutions de nature à faciliter un

échange d’informations entre les services médicaux concernés, tout en veillant

au respect du secret médical. En particulier, il pourrait être envisagé de prévoir

un volet spécifique du formulaire d’arrêt du travail destiné au médecin du travail,

dès lors que cet arrêt de travail peut avoir des conséquences en termes d’aptitude

et de retour sur le poste occupé, et notamment dans le cadre d‘un accident de

travail. Les observations et avis du médecin prescripteur de l’arrêt permettraient

au médecin du travail, en toute connaissance de cause, d’anticiper, pendant

l’absence du salarié, sur les possibilités de reprise du travail en prenant les

contacts nécessaires et en étudiant les mesures à envisager.

Par ailleurs, la question du maintien dans l’emploi se pose de façon accrue

pour les salariés victimes d’un accident du travail. Le médecin du travail, en lien

avec les différents opérateurs, devrait mettre à profit la période d’absence du

salarié pour rechercher les solutions pratiques permettant de régler en amont les

I - 35

problèmes d’inaptitude ou d’inadaptation, démarche qui nécessite des durées

variables, parfois très longues.

Il apparaît dès lors judicieux d’instaurer une procédure donnant la

possibilité au médecin conseil de la sécurité sociale de décaler la date de reprise

du travail lorsque les délais s’avèrent trop courts pour organiser des conditions

favorables de retour dans l’entreprise, ou à l’inverse de prévoir une reprise

anticipée pour une formation éventuelle quand celle-ci se présente.

Optimiser les lieux d’informations et de discussions institutionnels : les

institutions représentatives du personnel

Dans le cadre de leurs attributions, les représentants du personnel et les

délégués syndicaux disposent de moyens leur permettant de prendre part à

l’effort d’insertion professionnelle des entreprises et de s’inscrire dans les

politiques menées par les employeurs dans ce domaine. Il importe, pour notre

Assemblée, que ces moyens puissent produire leurs pleins effets. Il convient

donc de veiller à ce que les dispositions réglementaires prévoyant l’information

ou la consultation des différentes institutions représentatives du personnel (DP,

CE, CHSCT) soient véritablement appliquées et ne demeurent pas purement

formelles, et que de leur côté, les membres de ces instances s’investissent dans

ce domaine. Il convient de rappeler que le CE, consulté chaque année sur

l’obligation d’emploi à laquelle est soumise son entreprise, doit pouvoir

utilement avoir connaissance des déclarations annuelles afin de s’assurer des

conditions d’application de cette obligation et de la politique menée au sein de

l’entreprise. Par ailleurs, les délégués syndicaux ont un rôle important à jouer en

tant qu’acteur à part entière de la négociation d’entreprise, d’une part par leur

capacité d’initiative pour engager des discussions sur le thème de l’insertion

professionnelle des personnes handicapées, d’autre part, dans le cadre du suivi

des accords de branches et/ou d’entreprises conclus le cas échéant.

E - OPTIMISER L’OBLIGATION D’EMPLOI

Réenvisager le niveau du quota au regard de la suppression des

professions exclues de l’obligation d’emploi

Le Conseil est attaché au principe du quota d’emploi, fixé à 6 % par la loi

de juillet 1987. Une telle mesure d’action positive trouve légitimement sa place

aux côtés du principe général de non discrimination, dans le cadre de politiques

volontaristes menées en faveur des personnes en situation handicap. Une

réflexion pourrait être menée dans un cadre plus global sur le niveau de ce quota,

intégrant la notion d’unités bénéficiaires et celles des professions exclues de

l’obligation d’emplois.

Sur ce dernier point, notre Assemblée considère que l’existence d’un

certain nombre de professions exclues, définies en raison de conditions

d’aptitudes particulières incompatibles avec la présence d’un handicap, se justifie

difficilement et mérite pour le moins d’être réexaminée. Si de telles exclusions

ne sauraient interdire d’emblée à toute personne handicapée l’accès à un des

I - 36

emplois visés, il reste que nombre de ces emplois font partie des professions

exclues alors que celles-ci bénéficient majoritairement des différents dispositifs

d’aides mis en place par l’AGEFIPH.

Il convient dès lors de réexaminer l’ensemble du dispositif légal et ses

différentes composantes afin de redéfinir entre elles un nouvel équilibre de

nature à optimiser la règle d’obligation d’emploi et de parvenir à davantage de

recrutement de travailleurs handicapés sur le marché du travail.

Envisager une contribution majorée pour les entreprises dont l’effort

d’insertion des personnes handicapées demeure inexistant sur longue

période

Plus d’un tiers des entreprises soumises à la loi de juillet 1987 n’emploient

aucun travailleur handicapé et se libèrent de l’obligation légale par le seul

versement d’une contribution à l’AGEFIPH, solution alternative à l’emploi

direct prévue par la loi. Or, si la loi offre des moyens supplétifs de satisfaire à

l’obligation d’emploi, c’est bien cependant le recrutement direct de salariés

handicapés qui constitue la finalité même du dispositif et vers lequel tous les

efforts doivent être mobilisés.

Afin d’inciter les entreprises à s’engager plus avant dans la voie du

recrutement direct des personnes en situation de handicap, notre Assemblée

propose que le montant de la contribution volontaire soit majoré progressivement

pour les entreprises dont l’effort effectif d’insertion professionnelle des

personnes en situation de handicap demeure inexistant sur une période

déterminée, en l’absence d’embauches directes, de mise en œuvre d’un accord

collectif ou de recours à des contrats de sous-traitance avec des structures du

milieu protégé.

Reconnaître les entreprises qui portent leur effort au-delà de l’obligation

légale

A l’inverse, et pour répondre au même souci de rendre la loi plus efficiente

au profit des personnes en situation de handicap, il conviendrait d’envisager

l’instauration de mesures d’aides fiscales ou d’exonération de charges à l’égard

des entreprises qui portent leur effort au-delà de l’obligation légale en matière de

recrutement direct de travailleurs handicapés, tout en s’assurant d’une certaine

pérennité des contrats conclus afin de limiter les risques découlant de l’effet

d’aubaine que peuvent représenter ces mesures.

Enfin, il pourrait être envisagé de valoriser les politiques volontaristes

menées par un certain nombre d’entreprises. A cet égard, en raison de l’impact

de telles démarches en termes d’image et de perception du public, l’effort mené

par les entreprises et mesuré en termes de réalisations concrètes pourrait

constituer un des critères retenus par les agences de notation sociale.

I - 37

CONCLUSION

Le chemin conduisant à l’emploi des personnes en situation de handicap

reste difficile et semé d’embûches, alors qu’elles ont en théorie les mêmes droits

que l’ensemble des citoyens. La lutte pour la prévention du handicap et sa prise

en charge dans la perspective d’une réduction réelle des inégalités constituent

pour notre Assemblée la base de toute réflexion et toute action dans ce domaine.

Toutefois, notre société s’ouvre peu à peu à la différence, notamment à la

faveur de la mobilisation des associations. Si l’on constate encore l’expression

de préjugés et de tabous, parmi les employeurs comme parmi les salariés, de

nouveaux objectifs semblent néanmoins pouvoir être atteints, dès lors que l’on

s’attache à réduire le décalage existant entre les principes et valeurs auxquels

notre société contemporaine adhère et la faiblesse des moyens de leur mise en

œuvre.

Les axes prioritaires de la réforme doivent pour le Conseil concerner en

premier lieu, à la faveur d’une loi de programmation, la rationalisation et

l’amélioration des aides instituées, dans une cohérence institutionnelle renforcée.

Ils doivent également viser, au service des personnes concernées, la formation et

la qualification professionnelle ainsi que l’accompagnement dans la recherche de

l’emploi.

Il s’agit en définitive de donner pour les décennies à venir une impulsion

renouvelée, dont les effets concernent tant les entreprises privées que le secteur

public et qui bénéficie à l’ensemble de notre société.

Le Conseil économique et social entend, par le renouvellement du cadre de

référence qu’il propose et le changement de regard qu’il peut favoriser,

contribuer à promouvoir une société plus fraternelle et plus citoyenne.

I - 38

I - 39

ANNEXE A L’AVIS

SCRUTIN

Scrutin sur l’ensemble du projet d’avis

Nombre de votants...............................152

Ont voté pour.......................................130

Se sont abstenus.....................................22

Le Conseil économique et social a adopté.

Ont voté pour :

Groupe de l'agriculture - MM. Baligand, Bastian, de Benoist,

Jean-Pierre Boisson, Bros, Despey, Ducroquet, Ferré, Giroud, Le Fur, Marteau,

Mme Méhaignerie, MM. Pinta, Rousseau, Sander, Thévenot, Vasseur.

Groupe de l'artisanat - M. Arianer, Mme Bourdeaux, MM. Buguet, Gilles,

Kneuss, Perrin, Teilleux.

Groupe des associations - MM. Bastide, Coursin, Mmes Jacqueline

Mengin, Mitrani.

Groupe de la CFDT - Mme Battut, MM. Boulier, Bury, Denizard, Heyman,

Mme Lasnier, M. Lorthiois, Mme Lugnier, MM. Mennecier, Moussy,

Mmes Paulet, Pichenot, MM. Quintreau, Rousseau-Joguet, Toulisse,

Vandeweeghe.

Groupe de la CFE-CGC - MM. Bonissol, Chaffin, t’Kint de Roodenbeke,

Walter.

Groupe de la CFTC - MM. Deleu, Naulin, Picard, Mmes Prud’homme,

Simon, M. Vivier.

Groupe de la CGT - M. Alezard, Mmes Bressol, Crosemarie,

MM. Decisier, Demons, Forette, Mme Hacquemand, MM. Larose, Le Duigou,

Mme Lemoine, MM. Masson, Rozet.

Groupe de la CGT-FO - MM. Bailleul, Bellot, Bouchet, Gamblin,

Mme Hofman, MM. Jayer, Pinaud, Reynaud, Sohet.

Groupe de la coopération - Mme Attar, MM. Fosseprez, Grave,

Philippe Mangin, Marquet, , Segouin, Verdier.

Groupe des entreprises publiques - MM. Ailleret, Brunel, Chauvineau,

Mme Cotta, MM. Gadonneix, Martinand.

Groupe des Français établis hors de France, de l'épargne et du logement

MM. Dehaine, Gérard.

I - 40

Groupe de la mutualité - MM. Caniard, Chauvet.

Groupe de l'outre-mer - Mmes Jaubert, Tjibaou.

Groupe des personnalités qualifiées - MM. Bennahmias, Bichat, Bonnet,

Brard, Mmes Braun-Hemmet, Brunet-Léchenault, MM. Cannac, Debout,

Dechartre, Duharcourt, Mmes Elgey, Anne-Catherine Franck, MM. Gentilini,

Maffioli, Motroni, Pasty, Piazza-Alessandrini, Pompidou, Didier Robert,

Mme Rossignol, MM. Roussin, Schapira, Souchon, Mme Steinberg, M. Teulade,

Mme Wieviorka.

Groupe des professions libérales - MM. Chambonnaud, Salustro.

Groupe de l'UNAF - MM. Bouis, Edouard, Guimet, Laune,

Mmes Lebatard, Petit.

Groupe de l’UNSA - MM. Mairé, Masanet.

Se sont abstenus :

Groupe des entreprises privées - MM. Bernard Boisson, Cerruti, Chesnaud,

Freidel, Pierre Gauthier, Ghigonis, Gorse, Lebrun, Leenhardt, Marcon, Noury,

Pellat-Finet, Pinet, Roubaud, Scherrer, Séguy, Pierre Simon, Didier Simond,

Sionneau, Talmier, Tardy, Veysset.

I - 41

DÉCLARATIONS DES GROUPES

Groupe de l’agriculture

Le milieu rural et le milieu agricole ont très tôt pris conscience de

l’importance d’une insertion professionnelle réussie des personnes handicapées.

Sur les 1 300 CAT et les 532 ateliers protégés existant en France, plus de 200

présentent des activités agricoles, employant 10 000 travailleurs handicapés.

Cette expérience nous amène aujourd’hui à pousser plus avant notre

réflexion en faveur des personnes en situation de handicap, afin qu’elles trouvent

une place légitime au sein de notre société.

Le milieu professionnel protégé ne doit pas être coupé de la vie

ordinaire. Il ne doit pas demeurer un refuge mais, au contraire, être une

étape dans la progression vers l’entreprise ordinaire. Cela suppose

l’établissement de passerelles entre le milieu protégé et le milieu

ordinaire de travail. Des initiatives individualisées doivent être

encouragées dans le sens d’une complémentarité des parcours pour la

personne handicapée, prévoyant toutefois la réversibilité des choix en

cas de difficulté d’intégration dans le milieu ordinaire de travail.

De nouvelles formes d’insertion professionnelle, charnières entre le travail

protégé et le travail en milieu ordinaire peuvent constituer une solution d’avenir.

La Mutualité sociale agricole (MSA) est favorable à la création de CAT « hors

murs », en s’appuyant notamment sur les branches professionnelles agricoles et

sur le réseau SOLIDEL (association créée en 1992 sous l’égide de la MSA pour

répondre aux problématiques inhérentes à l’insertion des travailleurs handicapés

en milieu rural, qui accueille 1 750 adultes handicapés). Ces projets sont

particulièrement pertinents dans des activités agricoles demandant beaucoup de

main d’œuvre de type maraîchage, horticulture, arboriculture.

De telles initiatives ne doivent toutefois pas conduire à éluder la question

de la formation qui demeure un élément tout à fait essentiel du parcours

professionnel de la personne. De l’accès aux structures d’éducation et de

formation dépend souvent l’obtention d’un emploi stable et de qualité. Il

pourrait, à cet égard, être intéressant de conventionner des ateliers protégés

comme centres de formation.

Comme tout un chacun et comme tout citoyen de notre pays, la

personne en situation de handicap doit pouvoir mener une vie autonome

et décente. Cela pose la question de la compensation des conséquences

des handicaps.

Le niveau de vie moyen de la personne handicapée montre combien la

création d’une prestation de compensation du handicap est nécessaire. Une telle

prestation permettrait à toute personne (que le handicap intervienne à n’importe

I - 42

quel âge de la vie, y compris donc pour les personnes âgées dépendantes),

d’évoluer dignement dans le milieu de son choix : milieu ordinaire, milieu

protégé, domicile ou établissement, école ou entreprise …

Il s’agit ici de reconnaître pleinement un risque dont la prise en charge

pourrait relever de la solidarité nationale.

Groupe de l’artisanat

En recommandant de revoir, une fois pour toute, l’approche du handicap en

passant d’une logique d’assistance à une logique d’intégration et de citoyenneté,

cet avis redonne l’espoir à tous ceux et celles qui vivent aujourd’hui très mal leur

différence et attendent beaucoup de la reconnaissance et du plein exercice de

leurs droits dans l’égalité.

S’agissant plus spécifiquement de la question de l’emploi, pour contribuer

réellement à la réduction des inégalités de traitement dont pâtissent encore

malheureusement les personnes en situation de handicap, il est de toute évidence

que le passage par des établissements spécialisés doit rester l’exception ou à tout

le moins transitoire.

Par ailleurs il faut régler préalablement les problèmes d’accessibilité,

condition première de l’insertion professionnelle, clarifier un certain nombre de

dispositifs aujourd’hui des plus confus et assurer au mieux leur diffusion sur

l’ensemble du territoire.

Compte tenu des disparités de traitement entre le secteur privé et le secteur

public, le groupe de l’artisanat partage la proposition d’unifier les modalités

d’insertion dans l’emploi, quel que soit le secteur d’activité. Par contre, l’idée

louable d’adopter des modes de décompte unique quel que soit le handicap lui

paraît aller à l’encontre du but recherché. Il est en effet illusoire de penser que les

employeurs pourront embaucher davantage de personnes en handicap lourd, en

considérant les difficultés de gestion et le supplément de charges financières que

cela engendre.

Au regard des efforts importants et historiques de contribution du secteur

de l’artisanat à l’insertion professionnelle de personnes en situation de handicap,

sans y être soumis par la loi, il va de soi que sa préférence va à l’incitation plutôt

qu’à toute nouvelle obligation légale en la matière ou encore de remise en cause

des quotas.

C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, il a souhaité retirer la mention des

conventions signées entre l’AGEFIPH et les chambres de métiers, pour éviter

tout risque d’interprétation. En effet, les chambres de métiers n’étant pas des

partenaires sociaux, leurs actions volontaristes ne peuvent entrer en concurrence

avec des accords collectifs prévus au titre de l’obligation d’emploi, mais sont au

contraire à citer comme réussite en matière d’intégration.

A titre d’exemple, grâce à l’appui de l’AGEFIPH et la volonté politique du

conseil régional des Pays de Loire, ce sont près de 300 jeunes en situation de

I - 43

handicap qui ont pu être acceptés en 2002/2003 dans les centres de formation

d’apprentis de la région. Ils bénéficient d’aménagements de postes, de soutiens

pédagogiques spécifiques ou de mesures d’accompagnement psychosocial et

participent activement à la vie des entreprises locales associées à ces dispositifs

de formation en alternance.

D’autres régions ou départements sont même allés encore plus loin dans

l’innovation en organisant des échanges de jeunes déficients intellectuellement

dans le cadre du programme européen Interreg entre la Somme, l’Angleterre et

l’Espagne.

Cette mobilisation spontanée, qui conforte la philosophie de l’avis d’une

intégration en milieu ordinaire de travail et de formation, mérite certains

assouplissements en matière de réglementation et surtout d’être davantage mise

en valeur.

Le groupe de l’artisanat entend par-là faire évoluer le contrat

d’apprentissage pour le rendre accessible aux adultes en situation de handicap.

Cela implique notamment de supprimer la limite d’âge de 26 ans, d’étendre la

durée du contrat d’apprentissage, d’adapter les rythmes de l’alternance et de

revoir le financement des coûts induits par l’adaptation du poste de travail à la

personne et par la fonction de tuteur.

Enfin, en matière de promotion de ces initiatives, le réseau territorialisé

aurait tout à gagner d’associer l’ensemble des acteurs tels que les chambres

consulaires et les organisations professionnelles en leur donnant les moyens

suffisants de poursuivre leur action.

Malgré ces quelques réserves, le groupe de l’artisanat a voté cet avis qui

défend la dignité des personnes en situation de handicap.

Groupe des associations

De nombreux rapports et avis, y compris de notre assemblée, ont contribué

à mieux faire comprendre combien il est nécessaire que les personnes

handicapées puissent s’intégrer chaque fois que c’est possible en milieu

ordinaire.

Cependant, le présent l’avis apporte des éclairages nouveaux sur leur

situation, et propose, pour l’insertion en milieu professionnel ordinaire, des

solutions innovantes et réalistes. Ainsi donc, il préconise de considérer comme la

règle l’intégration dans le milieu de vie et de travail ordinaire, et comme

l’exception l’accueil en milieu spécialisé et protégé.

Toutefois, l’avis n’oppose pas le milieu spécialisé au milieu ordinaire en

matière de travail, et insiste plutôt sur l’importance des passerelles entre les

deux. Elle souligne à ce propos la nécessité de rendre possibles, le cas échéant,

des retours du milieu ordinaire au milieu spécialisé et protégé ; ce qui demande

évidemment des ajustements qu’elle n’esquisse pas et sur lesquels il nous faudra

porter de nouvelles réflexions.

I - 44

Nous approuvons l’ensemble de ses propositions et estimons que trois

sujets soulignés par l’avis constituent des préalables à toute intégration : la

scolarisation et la formation initiale de tous les enfants et de tous les jeunes,

l’information, la formation continue des adultes.

Concernant l’information, l’avis propose un réseau de lieux d’accueil et

d’information proches du terrain et clairement identifiables. La création de tels

lieux permettrait une approche globale de la personne en situation de handicap.

L’avis les situe au niveau des départements. Nous savons que ces derniers

peuvent couvrir des réalités très différentes, en particulier dans la région

parisienne. Nous soutenons donc la proposition de décliner la mise en place - à

l’image des centres d’information jeunesse - en antennes implantées au plus près

des personnes, et doublant ces permanences d’un accueil téléphonique et d’un

portail télématique.

L’avis préconise l’harmonisation des obligations d’emploi de ces personnes

entre les trois fonctions publiques et les entreprises privées. Bien évidemment,

nous appuyons ce souhait avec force.

Un point a été à juste tire mis en exergue : la reconnaissance du droit

citoyen des personnes handicapées. Le texte souligne le rôle des associations

comme moteur d’accélération de la prise de conscience par l’opinion. Cette prise

de conscience doit porter sur tous les compartiments de la vie de la personne en

situation de handicap, et aussi de la vie de son entourage. Qu’il s’agisse du

logement, de l’emploi, de l’intégration à la vie culturelle, sociale, politique, les

associations ne se bornent pas à la prise de conscience, mais contribuent dans

leurs activités à la prise en charge et à l’intégration.

Pourtant, il reste beaucoup à faire. Dans le cadre de l’aménagement de

l’espace privé et public, des transports, etc., des actions doivent être engagées

pour permettre réellement l’accès aux loisirs et aux vacances.

L’avis ne pouvait aborder en détail - sans être hors sujet - le cas des

auxiliaires de vie. Indispensables au quotidien des personnes en situation de

handicap, ces auxiliaires, lorsqu’ils (ou elles) sont salarié(é)s, ont souvent des

fonctions aussi diverses que la toilette, le ménage, les achats, les démarches, la

prise de notes… Leur formation, leur statut, les modalités de leurs congés… tout

ceci nécessite la réflexion globale que l’avis demande. Il rappelle aussi que 2003

est « l’année européenne du handicap », ce qui rend d’autant plus urgent de

transposer en droit français la Directive européenne d’octobre 2000 qui traite de

cette question. Nous pensons nous aussi que les recommandations de l’avis

prendront leur plein effet si nous gardons présente à l’esprit cette dimension

européenne, dans la perspective d’une harmonisation par le haut. Le groupe a

voté l’avis.

I - 45

Groupe de la CFDT

Optimiser l’obligation d’emploi en milieu ordinaire des personnes en

situation de handicap est un des objectifs que la CFDT s’est fixé pour donner à

chacun, avec ses potentialités, le droit d’accéder à un travail décent, garant de la

reconnaissance de sa citoyenneté.

Dans le cadre d’une grande enquête menée depuis plusieurs années et

intitulée « Le travail en questions », la CFDT, soucieuse de comprendre les

diversités et les attentes de tous les salariés, s’est attachée à aller à la rencontre

de celles et ceux en situation de handicap. 1 500 d’entre eux se sont ainsi

exprimés. Ils affirment avec force leur exigence d’être traités à égalité avec les

autres salariés. Ils ne veulent plus être assistés. Ils veulent être enfin considérés

comme tous les autres salariés, reconnus pour leurs qualités professionnelles.

Cette haute exigence de dignité nous a interpellés.

Le présent avis est arrivé aux mêmes constats. Après avoir étudié les

obstacles récurrents à l’insertion rencontrés par les personnes en situation de

handicap, l’avis avance une série de propositions devant permettre de franchir

une étape significative dans le chemin qui mène à l’égalité de tous.

Plus particulièrement l’avis met l’accent sur l’impérieuse nécessité pour

l’Etat de s’impliquer totalement dans cette démarche. Seule une volonté politique

forte permettra de dépasser les frilosités, les réticences encore trop souvent

présentes.

Ainsi l’avis préconise-t-il la création d’un organisme analogue à

l’AGEFIPH et abondé par l’Etat permettant aux entreprises publiques de réaliser

pleinement les objectifs contenus dans la loi de 1987.

De même, considère-t-il nécessaire de rationaliser le système de prise en

charge et d’accompagnement des personnes handicapées, pour lui rendre force et

cohérence. Pour ce faire il suggère de renforcer les Programmes départementaux

d’insertion des travailleurs handicapés (PDITH) et de recentrer les COTOREP

sur leurs missions originelles.

Ou encore, insiste-t-il sur l’instauration d’une obligation légale de négocier

dans les branches et/ou les entreprises, du secteur privé comme du secteur

public, mettant l’accent sur le rôle dynamique que doivent développer les

partenaires sociaux.

Les nombreuses propositions de l’avis ne visent pas à révolutionner

l’existant, mais à le faire évoluer pour en accroître l’efficacité. Il doit permettre

aux personnes en situation de handicap de trouver toute leur place dans le monde

du travail et d’être enfin des salariés comme les autres.

La CFDT, forte de son expérience, partage cette volonté d’impulsion

renouvelée.

La CFDT a voté l’avis.

I - 46

Groupe de la CFE-CGC

Aujourd’hui, plus d’un tiers des entreprises soumises à l’obligation

instituée par la loi du 10 juillet 1987 n’emploient aucun salarié handicapé. Le

taux d’emploi direct et indirect de personnes handicapées en milieu ordinaire de

travail stagne à 4 % depuis près de 10 ans.

Les obstacles persistent donc en matière d’insertion professionnelle en

milieu ordinaire de travail. Et cela en dépit de la volonté du législateur, malgré

l’importance des moyens financiers qui y ont été consacrés et les multiples

structures spécialisées mises en place dans l’aide à l’insertion professionnelle des

personnes handicapées.

Dans l’avis sur «Les situations de handicap et cadre de vie » présenté par

Vincent Assante le 13 septembre 2000, le CES avait déjà jugé « décevant » le

résultat des politiques menées en faveur de l’intégration des personnes

handicapées. Pourtant, ce qui caractérise le mieux l’intégration, c’est bien

l’insertion professionnelle en milieu ordinaire de travail.

L’avis expose parfaitement les préalables à l’insertion professionnelle en

milieu ordinaire. Il s’agit de l’accessibilité de tous à l’environnement physique et

intellectuel et de l’intégration scolaire de proximité privilégiant l’implantation

des structures adaptées au sein même des structures ordinaires. Il n’oublie pas

l’accès à l’information et à une formation professionnelle qualifiante adaptée aux

besoins actuels et futurs des entreprises.

Afin de pallier le déficit d’information des personnes et des employeurs,

l’animation d’un réseau de lieux d’accueil réunissant des professionnels de

l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap, proche du

terrain et clairement identifiable, est souhaitée par notre groupe.

De même, afin de changer le regard sur l’employabilité des personnes

handicapées, leur orientation et leur reclassement doivent reposer sur une étude

approfondie de leurs potentialités réalisée par une équipe pluridisciplinaire

labellisée. Et ceci en totale concertation avec les intéressés.

Les personnes en situation de handicap se heurtent à d’innombrables

difficultés dans leur vie quotidienne. L’avis affirme, dans un premier temps, que

« l’obligation nationale à l’égard des personnes handicapées doit trouver sa

traduction dans la compensation des déficiences qui sont liées au handicap »

quelles qu’en soient la nature, l’origine ou l’importance. L’avis propose alors la

création d’une allocation compensatrice unique, individualisée, adaptée aux

besoins de chacun permettant à toute personne en situation de handicap d’être

effectivement un citoyen à part entière et lui donnant les moyens de son

autonomie.

Or, cette notion de besoins est sujette à une appréciation subjective. Elle est

donc susceptible d’engendrer des inégalités. De plus, si l’un des éléments retenus

pour définir les besoins est le non-travail et donc l’absence de revenus salariaux,

I - 47

son attribution pourrait constituer un frein à l’insertion professionnelle, ce que

vous dénoncez.

Le groupe de la CFE-CGC pense que cette allocation de compensation

relève de la solidarité nationale et trouve son fondement même dans la

compensation d’une inégalité de fait indépendante des revenus patrimoniaux ou

salariaux de la personne.

A côté de cette allocation, il convient, comme le propose l’avis, de financer

les coûts supplémentaires supportés par les personnes handicapées pour les aider

à pallier les difficultés qu’elles rencontrent lors de leurs différentes activités et

pour faciliter leur mobilité, par le biais notamment d’aides techniques ou

humaines. Ceci même lorsqu’elles occupent un emploi.

L’avis énonce d’autres propositions concernant les aides financières qui

occupent une place importante dans le dispositif d’insertion professionnelle des

personnes handicapées.

Afin que la conclusion de contrats de courte durée ne puissent léser

financièrement la personne, notre groupe est favorable à la proposition de cumul

de l’allocation pour adulte handicapé avec des revenus salariaux. Le groupe de la

CFE-CGC considère qu’il convient d’encourager toutes les voies d’entrée en

entreprise, afin d’enrichir l’expérience professionnelle de la personne et

d’aboutir, in fine, à la conclusion d’un CDI.

L’avis propose, par ailleurs, une compensation financière garantissant à la

personne, souffrant d’un handicap rendant difficile un travail à plein temps, le

bénéfice d’une rémunération suffisante. Notre groupe soutient cette démarche.

Un autre axe fort des propositions du projet d’avis réside dans le souci d’un

rééquilibrage entre les fonctions publiques et le secteur privé passant par une

obligation de contribution de l’Etat employeur en cas de non-respect de ses

obligations.

Cette proposition, en faveur d’un libre choix de la personne en situation de

handicap quant à son orientation, lui garantirait l’égalité de traitement entre le

secteur public ou privé. Dans un souci de lisibilité, le groupe de la CFE-CGC est

en faveur de l’homogénéisation entre le secteur public et privé du décompte des

personnes handicapées agents ou salariés.

L’avis met en avant le rôle déterminant des acteurs au sein de l’entreprise.

Les cadres occupent une place importante dans la mise en oeuvre d’un projet

d’insertion. Ils sont chargés de veiller à l’adhésion de l’ensemble de l’équipe de

travail et à son implication dans la réalisation optimale de l’insertion

professionnelle d’un collègue handicapé. Bien entendu, les institutions

représentatives du personnel et la médecine du travail sont également des acteurs

essentiels pour l’insertion ou le reclassement des personnes en situation de

handicap.

I - 48

S’agissant de la mise en œuvre des modalités de l’obligation d’emploi, le

groupe de la CFE-CGC estime comme vous qu’il est nécessaire de maintenir tant

que cela sera nécessaire, une discrimination positive sous la forme d’un quota.

Le groupe de la CFE-CGC est favorable à la suppression des unités bénéficiaires

ainsi qu’à la liste des catégories d’emploi exigeant des conditions d’aptitude

particulières fortement discriminatoire.

Pour le groupe de la CFE-CGC, la priorité doit être donnée à l’embauche

directe et au maintien dans l’emploi, en limitant davantage les possibilités de

remplir autrement l’obligation.

Notre groupe est favorable au développement de négociations dans les

branches ou les entreprises sur les conditions de travail et d’emploi des

personnes handicapées. Cela permettrait de favoriser le dialogue autour de cette

thématique, à condition que ces négociations aboutissent à des résultats probants

en terme d’emploi, fixant des objectifs précis et chiffrés d’embauches ou de

maintien dans un calendrier déterminé.

Aussi, le groupe de la CFE-CGC adhère pleinement aux propositions

concernant l’optimisation de l’obligation d’emploi permettant aux entreprises

d’agir elles-mêmes sur le taux en fonction de leur implication sur l’emploi des

personnes handicapées rendant les entités actrices et responsables dans le

processus d’insertion.

Enfin, parce que l’insertion se construit chaque jour, et qu’aucune raison

objective ne justifie qu’il existe des discriminations dans leurs évolutions

professionnelles, le groupe de la CFE-CGC revendique un déroulement de

carrière similaire entre salariés handicapés et valides qui se traduit par un égal

accès à la formation professionnelle continue et à la prise de responsabilités.

Le groupe de la CFE-CGC a voté l’avis.

Groupe de la CFTC

Bon nombre de personnes handicapées souhaitent et peuvent exercer une

activité. C’est pour elles une question d’indépendance financière, de droit au

travail, de reconnaissance. C’est pour notre pays un devoir de donner un contenu

à la belle notion d’égalité professionnelle. Pour la CFTC, l’intégration passe par

un changement des mentalités à l’égard des personnes handicapées. Et pour cela,

l’éducation des citoyens, des salariés, des chefs d’entreprise et pour commencer

des enfants et de leurs enseignants s’impose.

Notre système éducatif a pour mission d’accueillir tous les enfants. Pour

réussir, les enseignants devront suivre un module de formation sur l’insertion

d’enfants handicapés à l’école. Ils pourront recevoir l’aide des auxiliaires

d’intégration scolaire qui devront être ajoutés aux actuels personnels éducatifs.

Pour le groupe de la CFTC, il est aussi important que l’éducation spécialisée

continue d’exister pour ceux qui ne pourront pas suivre une scolarité normale. Et

I - 49

dans ce sens, il pense qu’il n’est pas souhaitable de reproduire le modèle

d’intégration à l’italienne.

Mais la formation ne se limite pas à l’école. Notre groupe rappelle que la

CFTC est fortement attachée à la formation tout au long de la vie. Un handicap

peut arriver à n’importe quel moment. Aussi, les formations professionnelles

proposées aux personnes handicapées ne doivent plus se limiter aux niveaux IV

et V. Il est aussi nécessaire d’élever le niveau de formation professionnelle en

centre de reclassement professionnel car les besoins existent et l’image des

personnes handicapées en découle aussi.

Pour la CFTC, l’architecture institutionnelle peut être clarifiée. Il importe,

à cet égard, de veiller à ce que les conditions d’insertion des personnes en

situation de handicap soient les mêmes partout, que l’employeur soit public ou

privé. Notre groupe est particulièrement attaché à la possibilité offerte aux

personnes handicapées de bénéficier de passerelles entre le milieu ordinaire et le

milieu protégé de travail, instaurant un droit à l’expérience.

La CFTC approuve aussi, sur le terrain de la négociation collective,

l’inscription des conditions de travail et d’emploi des personnes handicapées

dans le registre de l’obligation légale de négocier. Lors de la préparation de la loi

du 10 juillet 1987, la CFTC avait préconisé le développement de la négociation

paritaire d’entreprises et de branches pour l’insertion des personnes handicapées.

Le patronat y était favorable. Malheureusement, le législateur avait

insuffisamment repris cette orientation. Nous maintenons que cet engagement

des partenaires sociaux est une condition indispensable au succès de l’insertion

professionnelle en entreprise.

Nous rappelons que les organisations syndicales ont un rôle à jouer dans la

prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles avec le

médecin du travail. Le groupe de la CFTC approuve la proposition concernant la

consultation pour avis des organisations syndicales lors de la préparation d’une

convention conclue entre une entreprise et l’AGEFIPH.

Le groupe de la CFTC a voté l’avis.

Groupe de la CGT

Le caractère concret et précis donne à l’avis une qualité capitale pour

parvenir à une réelle insertion des personnes en situation de handicap en milieu

ordinaire de travail.

L’expression « personne en situation de handicap » exprime la philosophie

générale du texte. En abandonnant la qualification de « handicapé » nous

rejetons une forte charge discriminante et plaidons pour l’égalité de traitement.

Si nous sommes suivis, notre société devrait, peu à peu, assumer ses

responsabilités pour répondre à ses obligations et rompre avec le renvoi à la

charité.

I - 50

Certes, les lois de 1975 et de 1987 ont permis d’initialiser un processus, de

mettre en place des structures qui ont contribué à sortir les personnes

handicapées de leur isolement, de leur marginalité. Mais, nous sommes au 21ème

siècle et les personnes en situation de handicap méritent beaucoup plus

d’engagements de la part de la société.

A notre avis, seule une insertion professionnelle massive dans le milieu

ordinaire de travail leur ouvrira largement la voie de la dignité, de l’égalité et les

sortira de leur exclusion. Certes, ce défi est ambitieux mais notre société

moderne a les moyens de s’y attaquer. Encore faut-il qu’elle en ait la volonté

politique. Car, force est de constater, qu’en dix ans, les nombreuses propositions

émises par notre Assemblée, en dépit de leur pertinence, n’ont pas été suivies

d’effets.

Pour les salariés en situation de handicap, travailler relève trop souvent de

l’exploit physique. Les aménagements dans la ville et sur les lieux de travail

doivent être plus significatifs. Les salariés handicapés plus souvent chômeurs ont

une raison supplémentaire d’aspirer à de nouvelles sécurités professionnelles

telles celles revendiquées par la CGT.

Il est essentiel que l’Etat prenne toutes ses responsabilités et cesse de se

décharger sur l’AGEFIPH. L’insertion professionnelle ne pourra se réaliser que

si elle bénéficie d’une politique d’ensemble élaborée dans le cadre d’un schéma

directeur.

Pour leur part, les employeurs sont placés devant une double responsabilité.

D’abord, il leur revient, en veillant aux conditions de travail et à la sécurité,

d’avoir des actions visant à limiter les accidents du travail et les maladies

professionnelles. En un mot, les « producteurs de handicap », doivent d’abord

agir pour limiter cette production déshonorante. Ensuite, dans l’esprit de la loi, il

convient qu’ils aient une politique d’embauche non discriminatoire et de

maintien dans l’emploi de tous les salariés en inaptitude.

Pour les trois versants de la fonction publique, la CGT, a suggéré, en vain,

des procédures et des mesures ambitieuses permettant de contraindre l’Etat

employeur à respecter la loi en atteignant le quota d’emplois, car là est

l’essentiel. L’Etat chargé de veiller à l’application des lois devrait faire preuve

d’exemplarité.

Enfin, la CGT apprécie la proposition du mode de décompte unique des

bénéficiaires de l’obligation d’emploi, comme celle d’instaurer une obligation

légale de négocier. Par ailleurs, nous sommes attachés à la traduction de l’article

5 de la directive européenne dans notre législation.

Aujourd’hui, il n’est plus possible d’en rester à de bons sentiments. Les

habitudes, les appréhensions et les rejets doivent céder sous l’impulsion d’une

politique dynamique. Avec des moyens financiers conséquents, l’intégration

dans la cité progressera. Alors, à son tour elle facilitera l’intégration

professionnelle des personnes en situation de handicap. Pour nous, là est la clé

du progrès. Le groupe de la CGT a voté l’avis.

I - 51

Groupe de la CGT-FO

Le groupe Force ouvrière, promoteur du principe républicain d’égalité, ne

peut admettre que l’assignation à différence se soit banalisée. FO s’est toujours

engagée aux côtés des travailleurs handicapés dans la création et le

développement des institutions qui servent leurs intérêts. Tel est le cas de

l’AGEFIPH, dont la première présidente a été Paulette Hofman. Le groupe FO

souhaite que règne enfin la négation des différences et l’éradication de toutes les

discriminations.

Le rejet, l’indifférence, l’agression, la mise à distance, la disqualification,

sont des comportements auxquels il doit être mis fin. Dans toute société digne de

l’Humanité, aucun « apartheid » ne saurait se développer. 2003 est une année

remplie d’espoirs pour les personnes handicapées puisqu’elle est en même temps

année européenne et chantier prioritaire de la Présidence de la République.

Le moment est venu de se fixer des objectifs toujours plus ambitieux

comme celui d’une insertion professionnelle en milieu ordinaire généralisée de

manière à ce que chacun occupe la place qui lui revient dans notre organisation

sociale et puisse user pleinement de ses droits. Le projet d’avis va heureusement

et concrètement dans ce sens.

Le groupe Force ouvrière salue la vision d’ensemble du rapport,

notamment en ce qu’il synthétise exactement la situation complexe à laquelle

sont confrontées les personnes en situation de handicap aussitôt qu’elles agissent

pour s’insérer professionnellement.

S’agissant du projet d’avis, le groupe FO pense qu’il aborde de manière

directe et positive les problèmes posés et qu’il présente de façon concrète les

solutions adéquates.

Le groupe FO est d’accord pour placer au premier rang des préoccupations

sociales, la prévention du handicap par l’amélioration des conditions de travail et

de celles qui régissent la vie quotidienne et familiale. Il serait irresponsable, de

dissocier l’accès à un travail choisi de l’accessibilité aux transports, au logement,

à la médecine, à l’école, autrement dit à la vie de la cité. L’approche globale et

intégrée du handicap est la voie que notre société et ses décideurs doivent

privilégier.

Ce qui doit primer ce sont les aptitudes professionnelles de celui qui

postule à un emploi en milieu ordinaire de travail. Les aides techniques et

spécialisées doivent être disponibles pour que chaque personne en situation de

handicap puisse parfaire son adaptation au poste.

La formation a une fonction essentielle à remplir en faveur de ces

concitoyens. Beaucoup reste à faire pour permettre l’intégration scolaire des

enfants dans les classes élémentaires et secondaires. Il en va de même lorsqu’on

envisage l’adaptation de l’appareil de formation initiale et continue des adultes :

insuffisance de personnels spécialisés, manque de places en établissements

adaptés, de carences en moyens ambulatoires et matériels.

I - 52

Force ouvrière déplore le manque d’inspecteurs et médecins du travail. En

effet l’un des moyens de se préoccuper des handicaps, c’est de s’attacher à éviter

de « fabriquer » des handicapés.

Mettre l’accent sur l’optimisation des institutions représentatives du

personnel est une bonne chose, dans les limites de leurs prérogatives légales et

contractuelles.

La pratique de son activité professionnelle est souvent plus pénible pour

une personne handicapée que pour un salarié valide ce qui devrait être reconnu et

compensé socialement.

FO adhère aux propositions formulées en vue de simplifier, de clarifier et

de renforcer les modalités d’insertion dans les emplois publics et du secteur

privé, de maximiser l’obligation d’emploi, d’en appeler à l’ouverture du monde

de l’entreprise aux travailleurs handicapés ou de stimuler les personnes

handicapées, de finaliser leur orientation et leur reclassement professionnels.

Le groupe reprend à son compte la nécessité d’un volontarisme politique

passant par la définition d’orientations claires et la mobilisation plusieurs années

de suite, d’importants moyens financiers du budget de la nation.

La révision en 2003 de la loi d’orientation de 1975 en faveur des personnes

handicapées, pourrait prévoir d’améliorer sensiblement leur insertion

professionnelle.

Le groupe FO a approuvé le projet d’avis présenté.

Groupe de la coopération

Admettre parmi les fondements de la société le principe de l’égalité des

chances, c’est accepter de réunir les moyens de compenser les handicaps naturels

et accidentels. Il y va de la solidarité qui s’impose entre les membres d’une

même communauté sociale. Il y va aussi d’une liberté qui est d’autant moins

accessible qu’il y a dépendance.

Dans cette perspective, l’avis souligne à juste titre qu’il convient de passer

de la logique de tolérance et d’assistance à celle qui accepte les mesures

spécifiques de discrimination positive.

L’enjeu est de taille. En effet le nombre de personnes handicapées

augmente avec celui des accidents (travail, route, foyer...).

Les esprits ne sont pas toujours prêts à admettre déjà que la prise en charge

des personnes handicapées n’est pas de la seule responsabilité de la famille et

que la société a une action à mener pour leur permettre de bénéficier d’un cadre

de vie et d’un environnement professionnel adaptés. Les esprits ne sont pas prêts

à admettre encore que l’insertion se fait d’autant mieux qu’elle s’organise en

milieu ordinaire. Les personnes handicapées y nouent souvent des liens sociaux

et savent y faire reconnaître leurs compétences.

I - 53

Les enfants handicapés en école ordinaire acquièrent d’autant mieux les

fondamentaux dans une école ouverte à tous que les efforts de l’ensemble de la

communauté éducative sont à la hauteur de ceux que doit faire le jeune pour

combattre son handicap.

A juste titre et sur saisine gouvernementale, le Conseil économique et

social estime que le travail apparaît comme un des meilleurs facteurs d’insertion

sociale. Aussi faut-il déjà que les entreprises s’emploient à limiter les situations

d’handicap que constituent les obstacles (environnementaux, culturels, sociaux,

réglementaires) créés par la vie ordinaire. Elles doivent aussi savoir réunir les

conditions nécessaires à « l’équité d’emploi » y compris dans le cas du « travail

temporaire ».

Il y a encore du chemin à parcourir pour que les milieux professionnels ne

se défaussent pas de leurs obligations matérielles et morales en ce domaine par le

seul versement d’une contribution financière. Il appartient aussi à

« l’Etat-employeur » d’assumer la part d’exemple qui lui revient.

Puisque les entreprises s’inscrivent dorénavant dans la perspective générale

du « développement durable » elles n’ont que de bonnes raisons de considérer

que leur contribution à l’insertion des personnes handicapées relève de leur

responsabilité sociale.

Dans cette perspective, le groupe de la coopération soutient les

recommandations de l’avis en faveur du renouvellement du cadre de référence et

d’une loi-programme, portant rationalisation et amélioration des aides existantes.

Groupe des entreprises privées

Le groupe des entreprises privées félicite le rapporteur pour son ambition

sur ce sujet. L’insertion des personnes handicapées dans la vie sociale et

professionnelle constitue un enjeu pour la société.

L’avis a d’ailleurs le mérite de rappeler les obligations de l’Etat dans ce

domaine. Les entreprises ont pour leur part le rôle de développer l’activité

professionnelle des personnes handicapées, qui sont d’ailleurs une des

composantes du marché du travail. A l’aune de cet objectif, le simple respect du

principe d’équité doit à l’évidence les conduire à refuser toute discrimination en

matière d’embauche et de déroulement de carrière.

Les entreprises ne peuvent être accusées d’immobilisme. Elles s’acquittent

le mieux possible de ce qu’elles considèrent comme un devoir moral. Or, force

est de constater que l’objectif d’emploi de 6% de salariés handicapés, fixé

arbitrairement par la loi, ne peut pas toujours être atteint pour différentes raisons

tenant notamment aux caractéristiques de la population concernée. Par ailleurs, le

dispositif légal actuel comporte de telles restrictions qu’il ne permet pas aux

entreprises de se libérer de leur obligation en utilisant toutes les possibilités

d’action en faveur de l’emploi des handicapés qu’elles pourraient mettre en

oeuvre.

I - 54

En outre, la superposition des législations conduit à un manque de lisibilité

et à une insécurité juridique pour les entreprises. A l’étranger, une majorité de

pays, anglo-saxons et nordiques notamment, ont opté pour une démarche globale

de non-discrimination et d’égalité des chances, accompagnée d’un dispositif

d’incitation financière. Dans les pays qui ont conservé un système de quota, il

s’applique aux entreprises du secteur privé dans des conditions moins

contraignantes qu’en France, avec des seuils d’effectifs plus élevés, des

contributions plus faibles ou des quotas réservés au seul secteur public.

Nos entreprises sont confrontées à des difficultés importantes :

- les actions de la collectivité sur l’environnement global du milieu de

travail (intégration scolaire et universitaire, accessibilité des

transports et des bâtiments, aides techniques à la personne...) ne sont

pas à la hauteur des problèmes rencontrés. Ces lacunes de l’action

publique ajoutent aux difficultés des entreprises pour remplir leur

obligation ;

- le niveau de qualification des demandeurs d’emploi handicapés est

faible (85% d’entre eux ont un niveau de formation inférieur ou égal

au CAP). Les entreprises qui veulent embaucher rencontrent des

difficultés pour trouver des candidats correspondant au profil de leurs

offres ;

- les fonds collectés auprès des entreprises par l’AGEFIPH servent

souvent à financer des actions ou des structures éloignées des réalités

économiques et des besoins des entreprises. De plus, les pouvoirs

publics ont indûment transféré à plusieurs reprises sur le budget de

l’AGEFIPH des charges financières qui leur incombaient.

Ces différents éléments soulignent la nécessité d’une réforme d’ensemble

du dispositif, d’autant plus urgente qu’il est financé par la contribution

compensatoire versée par les entreprises. Une telle réforme serait cohérente avec

la politique de valorisation et de professionnalisation des actions conduites par

les entreprises en faveur de l’emploi des handicapés. Pour générer une réelle

dynamique d’emploi des personnes handicapées, le dispositif doit être selon nous

articulé autour de trois principes :

- une réelle maîtrise de l’affectation des flux financiers provenant des

entreprises ;

- un contrôle rigoureux de leur utilisation ;

- la fin du cumul des deux logiques actuelles (quota et nondiscrimination)

au profit d’une politique d’égalité des chances ;

Dans cette optique, la meilleure solution consisterait à :

- supprimer le quota, institué par la loi de 1987, pour le remplacer par

une incitation financière ou fiscale pour l’entreprise (allégement

fiscal ou crédit d’impôt), destinée à compenser les surcoûts induits

par l’emploi de salariés handicapés ;

I - 55

- parallèlement, mettre en place un dispositif d’accompagnement et de

valorisation de l’insertion des personnes handicapées dans les

entreprises.

Celui-ci devrait être confié à une association ou une fondation ad hoc qui

prendrait le relais de l’AGEFIPH, gérée par les entreprises elles-mêmes, et dotée

d’un conseil scientifique, composé de partenaires sociaux, de représentants des

personnes handicapées et de personnalités qualifiées. Cet organisme aurait pour

rôle de réaliser les études nécessaires et de soutenir financièrement les actions

innovantes en matière d’embauche, de formation professionnelle et de maintien

dans l’emploi des personnes handicapées.

Si notre groupe apprécie la volonté du rapporteur de vouloir simplifier les

différentes procédures et d’encourager une coordination entre les différents

partenaires territoriaux, il ne peut approuver en revanche les propositions faites

pour « optimiser » l’obligation d’emploi des handicapés.

Ces propositions sont en complet décalage avec la réalité des entreprises (et

le projet de réforme que nous proposons), et plus particulièrement sur les points

suivants :

- la suppression des professions exclues de l’obligation d’emploi ;

- l’adoption d’un mode unique de décompte des bénéficiaires ;

- l’instauration d’une obligation légale de négocier ;

- la contribution majorée pour les entreprises dont l’effort d’insertion

des personnes handicapées demeure inexistant sur longue période.

Le groupe des entreprises privées s’est abstenu.

Groupe des entreprises publiques

L’adaptation de la société aux besoins des personnes handicapées, ainsi que

le développement de moyens nouveaux pour assurer leur insertion

professionnelle est une obligation morale et sociale en même temps qu’une

responsabilité politique essentielle.

Jusqu’à aujourd’hui, cette insertion est loin d’être pleinement réussie.

La mobilisation des pouvoirs publics comme celle du monde économique

sont trop faibles. Le budget consacré en France au handicap est en sensible

réduction depuis 1985 et enfin, les modalités d’insertion sont loin d’être unifiées

selon qu’il s’agit du secteur public ou privé.

Le groupe des entreprises publiques partage donc la plupart des

conclusions de l’avis et notamment la nécessité d’un volontarisme fort, passant

par la définition d’orientations nouvelles et une véritable programmation

pluri-annuelle des actions à mener et des moyens financiers nécessaires. Tout en

regrettant que la rapporteure ne chiffre pas ces exigences, nous plaidons avec

conviction pour la rationalisation et l’amélioration des aides instituées.

I - 56

La lutte pour l’insertion est à mener sur de très nombreux terrains, ceux de

la cité, de l’urbanisme, des transports, trop souvent encore inaccessibles aux

handicapés, celui de la scolarisation. Celui de la cohérence de l’Etat, car trop

souvent, le parcours du travailleur handicapé se heurte à un maquis

d’organisations différentes, qui ont toutes des compétences multiples et

complémentaires, dans un univers de surcroît divisé entre public et privé.

L’idée d’unifier les modalités d’insertion dans l’emploi du secteur privé et

des fonctions publiques est donc essentielle ; l’adoption d’un mode de décompte

unique des bénéficiaires de l’obligation d’emploi l’est également. C’est pourquoi

il paraît nécessaire de penser l’insertion professionnelle dans le cadre d’un

schéma directeur, qui affine le rôle de la mission interministérielle aux personnes

handicapées et distingue les missions respectives de l’Etat et de l’AGEPIPH.

Notre groupe partage également la volonté d’optimiser le rôle des

partenaires sociaux en instaurant une obligation de négocier. Cependant à une

obligation légale, notre groupe préférerait une obligation conventionnelle. Mais

de toute façon cette obligation ne saurait remplacer l’importance, en amont, de la

formation et de la qualification des personnes en situation de handicap.

Il est possible de faciliter l’entrée des personnes handicapées dans le

monde de l’entreprise, possible de concilier un handicap avec une vie

professionnelle, propre à garantir non seulement une rétribution, mais surtout un

droit au bonheur. Le droit à la différence est une belle idée. Encore faut-il qu’il

soit reconnu dans les faits, et notamment dans le traitement réservé par la société

des bien-portants aux accidentés de la vie.

Le groupe des entreprises publiques a voté l’avis.

Groupe de la mutualité

L’effort d’insertion des handicapés en milieu ordinaire de travail, est, en

France, très insuffisant. Le rapport et le projet d’avis le font clairement

apparaître : l’objectif fixé par la loi de 1987 n’a pas été atteint car on estime les

effectifs d’handicapés en milieu de travail à 4 % seulement, au lieu des 6%

prévus, secteurs public et privé confondus... Et ce taux stagne depuis 10 ans ! En

outre, la représentation du travailleur handicapé que s’en font les chefs

d’entreprises qui n’en emploient pas, est particulièrement décalée par rapport à la

réalité en matière de compétences, de qualification et de motivation, d’esprit

d’équipe aussi, telles que les constatent les entreprises utilisatrices.

Pour combler cette insuffisance, il faut tout d’abord, comme le souligne

avec juste raison le projet d’avis, affirmer un volontarisme politique, aujourd’hui

inexistant, qui doit concrètement se traduire par une programmation

pluriannuelle de l’effort de la Nation et une amélioration de la loi de 1987. Il se

doit également d’affirmer le principe du droit à compensation des situations de

handicap, qui implique la création d’une allocation compensatrice unique

traduisant la volonté politique de «non discrimination», en donnant aux

personnes en situation de handicap le statut de citoyen à part entière.

I - 57

L’avis précise que la phase de préparation à l’insertion dans l’emploi, qui

inclut toutes les étapes de la formation professionnelle, mais aussi une prise en

charge globale et un soutien individualisé, est le facteur majeur d’une insertion

réussie. Le groupe de la mutualité approuve les principes qui sont adoptés pour

donner une forte impulsion à l’emploi des handicapés : privilégier l’insertion

professionnelle en milieu ordinaire dans le cadre d’une complémentarité entre

tous les dispositifs, développer systématiquement l’accès à l’information et

l’accès des personnes par la constitution de réseaux d’accueil institutionnalisés et

leur coordination avec les programmes départementaux, dont la mutualité a

expérimenté la pertinence sur le terrain.

Il importe également de renforcer l’obligation d’emploi par le

rapprochement des secteurs public et privé. Dans la pratique, l’AGEFIPH doit

être reconnue comme prestataire de services pour les administrations. Il est, par

ailleurs, justifié de pénaliser les entreprises dont l’effort d’insertion est

insuffisant et de valoriser celles dont l’action va au-delà de l’obligation légale.

Enfin, le groupe de la mutualité fait sienne la proposition visant à

développer les passerelles entre le milieu ordinaire et le milieu protégé en

facilitant les passages de l’un à l’autre.

Il a voté positivement.

Groupe des personnalités qualifiées

Mme Steinberg : « Le rapport et le projet d’avis qui vous sont présentés

aujourd’hui répondent à une saisine gouvernementale qui s’inscrit dans une

démarche européenne, initiée depuis la directive du 27 novembre 2000, et dans

une préoccupation grandissante dans notre pays : respecter chacune et chacun en

ce qu’il est, lui reconnaître sa spécificité, créer les conditions pour vivre dans la

dignité, disposer du droit à l’autonomie.

Le rapport et le projet d’avis prennent la question dans toute son ampleur et

sa complexité, sans s’autoriser des impasses, même si les préconisations émises

peuvent bousculer.

Ils se refusent aux solutions manichéennes, le « tout en milieu ordinaire »

opposé au « tout institutionnel ».

Ils invitent toutes les composantes de notre société à prendre la question

selon leurs rôles et leur positionnement, les pouvoirs publics, à tous les niveaux

de représentation de notre pays, les associations, la fonction publique comme les

entreprises privées et ils donnent a minima des pistes, plus souvent des objectifs,

et les étapes pour y parvenir, sans faire l’impasse sur les moyens de la mise en

œuvre.

Ils prennent le temps d’examiner tout ce qui fait obstacle à l’intégration

professionnelle en milieu ordinaire des personnes en situation de handicap, qu’il

s’agisse des phénomènes de rejet liés à la peur de la différence, ou à la peur de la

productivité moindre, sans taire l’hésitation des personnes concernées à franchir

I - 58

le pas de l’intégration en milieu ordinaire si le risque d’échec n’est pas mieux

assumé par la société.

Ils abordent clairement et sans tabou les mesures à prendre pour qu’un

travailleur handicapé ait aussi un déroulement de carrière et voit son efficacité

professionnelle rémunérée à proportion de la qualification du travail effectué.

Ils prennent le temps de montrer que l’enfer est pavé des meilleures

intentions, ce qui en l’occurrence se traduit quand des postes ont été identifiés

comme aménagés et qu’ils sont les seuls sur lesquels les personnes en situation

de handicap peuvent être placées, sans tenir toujours compte de ce que les

handicaps sont multiples et que chacun ne les vit pas à l’identique.

Une plus grande souplesse négociée entre partenaires sociaux et appuyée

par une réglementation cohérente permettrait à certains de pouvoir occuper des

emplois dont la définition n’a jusque là pas été retenue pour pouvoir être confiée

à une personne en situation de handicap.

Nuancés et sensibles, proches des réalités vécues sur le terrain, le rapport

comme l’avis remplissent leur fonction d’aide à la décision.

Puissent-t-ils être pris en compte et permettre aux personnes concernées,

aux associations et aux partenaires sociaux de trouver, dans des documents

transmissibles à tous, les engagements pris et le calendrier retenu pour les mettre

en œuvre.

Dans cet esprit et pour y contribuer, je voterai le projet d’avis ».

Groupe des professions libérales

Le groupe des professions libérales rend hommage à la qualité du travail

réalisé et à la générosité de l’avis.

Nul ne peut rester insensible à la situation des personnes handicapées a

fortiori lorsque dans une société trop souvent marquée par l’assistanat, elles

manifestent volonté et détermination en tout, et montrent une énergie personnelle

sans faille. Le groupe des professions libérales y ajoute l’espoir et la confiance

dans la vie, qui peuvent être ici justifiés par les progrès déjà réalisés ou à réaliser,

dans le domaine des technologies de la biologie et de la génétique, et les

immenses possibilités proposées de plus en plus par l’informatique.

Les professionnels libéraux pour qui l’effort individuel est une nécessité

absolue sont particulièrement sensibles à ce problème et ne peuvent que saluer la

générosité des propositions du projet d’avis.

Ils approuvent la recherche d’unité entre les régimes des entreprises

publiques et celui des entreprises privées. Ils estiment nécessaire un effort

important de formation, d’information et de sensibilisation à cette question…

mots clefs de l’avis.

I - 59

Toutefois, le groupe regrette quelque peu qu’aucune des préconisations

n’ait fait l’objet d’une évaluation financière. La période que nous traversons,

impose évidemment un équilibre entre une générosité qui ne peut qu’être

approuvée par tous et les contraintes économiques. L’avis aurait pu être empreint

de plus de réalisme. Il n’y a pas d’altruisme efficace, sans réalisme lucide.

S’agissant d’une question qui touche à la solidarité nationale, il serait

inéquitable et anti-économique d’en faire supporter le poids par les entreprises. Il

s’agit de charges qui doivent être supportées par la collectivité toute entière, au

nom de la solidarité nationale.

En outre, une fois encore, le groupe des professions libérales ne peut

qu’exprimer sa défiance à l’égard de toute contrainte réglementaire nouvelle.

C’est par la négociation et la contractualisation, la sensibilisation et la

persuasion, que doivent être recherchées les solutions.

Ici, comme presque toujours, c’est animée par un souci de juste mesure et

d’équilibre que doit cheminer notre action.

Saluant à nouveau l’humanisme manifesté par le rapporteur et approuvant

nombreuses des propositions formulées dans l’avis, le groupe des professions

libérales malgré quelques réserves exprimées ci-dessus, a voté l’avis.

Groupe de l’UNAF

L’avis présenté par Mme Lasnier a le mérite de mettre l’accent sur les

questions restées en suspens depuis l’adoption des lois de 1975 et 1987, ainsi que

des réformes préconisées par la loi du 2 janvier 2002. Le groupe de l’UNAF

remercie le rapporteur pour l’excellent travail conduit sur ce dossier.

Si l’adoption de ces lois s’est traduite par des avancées, force est de

constater – en cette année 2003 déclarée « Année Européenne du Handicap » -

qu’elles restent cependant très en retrait des objectifs fixés. Ainsi, les deux

grands axes contenus dans l’avis adopté par notre Assemblée en 1979 (dont le

rapporteur, M. Marcel Viot, appartenait à notre groupe), sont toujours

d’actualité : privilégier l’insertion professionnelle dans le milieu ordinaire de

travail ; éviter tout risque de ségrégation dans l’éducation, le travail, le logement,

les loisirs. Vingt-quatre ans après, la situation n’a guère évolué : le nombre de

personnes handicapées insérées dans le milieu ordinaire du travail ne dépasse pas

4 %.

Le groupe de l’UNAF se réjouit que les recommandations contenues dans

cet avis aient pour objet de relancer une politique ambitieuse pour l’intégration

des personnes handicapées dans le monde ordinaire du travail, et plus

globalement, dans la société. Il soutient les propositions de l’avis visant à :

faciliter l’accessibilité des personnes handicapées dans leur

environnement quotidien et dans la cité ;

I - 60

favoriser l’intégration des enfants handicapés en milieu scolaire

ordinaire. En effet, scolariser un enfant handicapé dans l’école du

quartier dès sa petite enfance, afin qu’il s’intègre dans la communauté

des enfants de son âge et qu’il y acquière les compétences nécessaires à

son projet d’insertion, est une réalité que tous les parents souhaitent

vivre ;

unifier les modalités d’insertion dans l’emploi entre le secteur privé et

les fonctions publiques ;

instituer une allocation compensatrice unique, individualisée, adaptée à

chaque situation, permettant à toute personne en situation de handicap

d’être effectivement un citoyen à part entière et lui donnant les moyens

de son autonomie ;

gérer l’adéquation de l’offre d’emploi et de la demande, en créant des

passerelles entre le milieu protégé et le milieu ordinaire. Notre groupe

demande qu’une réflexion et des initiatives soient entreprises en ce

sens ;

réexaminer l’ensemble du dispositif légal, afin de redéfinir un nouvel

équilibre susceptible d’optimiser l’application de la règle d’obligation

d’emploi et de promouvoir le recrutement de travailleurs handicapés.

Enfin, la conclusion de l’avis présenté par M. Viot prend toute sa

signification dans la situation économique et sociale de 2003 : « Le Conseil

économique et social considère que le contexte actuel de crise générale de

l’emploi (…) justifie, au nom même de la solidarité nationale et de la justice

sociale, des efforts encore plus soutenus en faveur des personnes handicapées,

tant il est vrai que le progrès social est une création continue dont les exigences

s’imposent avec d’autant plus de force que la situation générale est plus

difficile. »

Le groupe de l’UNAF s’est prononcé favorablement sur l’avis.

Groupe de l’UNSA

Les personnes en situation de handicap doivent faire l’objet de

discrimination positive pour pouvoir bénéficier des mêmes droits que la

personne valide. L’insertion professionnelle fait partie de ces droits.

Sans reprendre l’ensemble des propositions de l’avis, quelques

compléments peuvent être apportés.

Sur l’intégration scolaire, dire qu’elle demeure une exception ne

correspond pas à la réalité, bien qu’il reste encore beaucoup à faire. La volonté

politique de développer la scolarisation des enfants et adolescents s’est traduite

par plusieurs plans successifs dont l’avis fait état. L’UNSA partage les

interrogations quant aux éventuelles restrictions budgétaires qui pourraient les

obérer. L’UNSA s’était déjà prononcée dans le cadre de l’avis de Vincent

I - 61

ASSANTE pour que l’obligation d’intégration soit inscrite dans la loi, celle de

1989 se contentant de la « favoriser ». Elle regrette que l’avis ne soit pas plus

volontariste sur ce point.

Sur l’unification des modalités d’insertion dans l’emploi du secteur privé et

des fonctions publiques, l’UNSA approuve l’harmonisation des dispositifs, des

obligations y compris la contribution financière à appliquer en cas de

manquement à l’obligation d’emploi pour l’Etat-employeur. Elle s’était déjà

prononcée en ce sens en 2000.

Sur l’insertion professionnelle, l’UNSA partage l’ensemble des

préconisations en particulier :

- sur les réseaux de lieux d’accueil et d’information (avec une

permanence d’accueil physique) qui, avec une fonction de

coordination entre divers partenaires territoriaux, répondent à la

nécessité d’éviter démarches et déplacements pour les personnes en

situation de handicap. Un « référent » pour accompagner la personne

dans son parcours d’insertion aurait pu être proposé.

- sur le cumul de l’AAH avec les revenus salariaux, sur la garantie de

ressources basée sur le salaire réel et non plus le SMIC, la

compensation financière du travail à temps partiel : ces propositions

peuvent permettre d’éviter les ruptures dans les droits, ruptures

pouvant mettre ou remettre en cause l’insertion.

- sur les mesures pour l’amélioration de l’environnement de travail

avec la désignation d’un tuteur, avec un rôle déterminant dévolu au

médecin du travail (y compris pour la prévention), le rôle des

représentants syndicaux au sein de l’entreprise comme des partenaires

sociaux dans le cadre de négociations d’accords collectifs - l’UNSA

s’était déjà prononcée favorablement sur ce point lors du précédent

avis.

L‘UNSA considère que la reconnaissance de la pleine citoyenneté des

personnes en situation de handicap repose sur le respect des droits reconnus à

tous. L’insertion professionnelle en est un des aspects déterminants. C’est dans

cette reconnaissance que l’avis s’inscrit. L’UNSA l’a voté.

II - 1

RAPPORT

présenté au nom de la section du travail

par Mme Marie-Claude Lasnier, rapporteure

II - 2

II - 3

Par lettre en date du 15 novembre 2002, le Premier ministre a saisi le

Conseil économique et social de la préparation d’un rapport et d’un projet d’avis

sur « L’insertion professionnelle en milieu ordinaire des personnes en situation

de handicap ».

La préparation du rapport et du projet d’avis a été confiée à la section du

travail qui a désigné Mme Marie-Claude Lasnier comme rapporteure.

*

* *

En vue de parfaire son information, la section a successivement entendu :

- Mme Claudie Buisson, directrice générale de l’AGEFIPH,

accompagnée de M. Pierre Blanc ;

- M. Bernard Colonna d’Istria, sous directeur de la gestion des

ressources humaines à la DGAFP ;

- Mme Michèle Louet, COTOREP, DDTEFP d’Ille et Vilaine ;

- M. Yves Deniaud, coordinateur PDITH Ille et Vilaine ;

- M. Jean-François Ménard, animation du programme régional de

formation des personnes handicapées ;

- M. Vincent Delpey, sous directeur du développement de l’activité et

de l’emploi, DGEFP, ministère des affaires sociales, du travail et de

la solidarité ;

- M. Roger Aubert, président du réseau Ohé-Prométhée ;

- M. Armand Mella, vice-président du réseau Ohé-Prométhée ;

- M. Dominique Thévenet, directeur de Ohé-Prométhée Orléans-Loiret

- M. Gabriel Lunven, président de l’UNITH, président de Cap Emploi

Rhône-Alpes ;

- M. Franck Bleunven, secrétaire général de l’UNITH, directeur de Cap

Emploi Midi/Pyrénées.

La rapporteure a, par ailleurs, rencontré de nombreuses personnalités qui

ont bien voulu lui faire part de leurs réflexions sur ce sujet.

La section et la rapporteure tiennent à exprimer à tous leurs remerciements

pour leur apport aux travaux.

*

* *

II - 4

II - 5

INTRODUCTION

Les termes de « handicap » et de « personnes handicapées », ou encore,

pour faire nôtres ceux que Vincent Assante retient dans son rapport sur

Handicap et cadre de vie1 de « personnes en situation de handicap » sont

d’apparition récente, s’étant substitués au fil du temps à ceux « d’infirmes »,

« d’invalides » ou de « débiles ». Cette évolution sémantique suit dans le temps

celle du cours de l’acceptation du handicap par la société tout comme celle des

politiques nationales de prise en charge du handicap, un bref rappel de l’histoire

de leur construction permettant de mesurer les progrès accomplis et ceux restant

à réaliser.

Si le XVIIIè siècle a pour la première fois permis d’avancer que la personne

handicapée, sujet de droits, pouvait légitimement espérer de la société que celleci

la traite dans la dignité, il faudra attendre le XIXè siècle, les accidents du

travail engendrés par la société technique et industrielle émergente et la

multiplication des victimes des guerres, pour que l’Etat, guidé par le mouvement

associatif et social, s’engage progressivement dans le traitement des

manifestations du handicap. Les lois de 19752 et de 19873 marquent une seconde

étape d’importance, en renouvelant la vision du handicap et en redéfinissant le

cadre de la responsabilité nationale à l’égard des personnes handicapées.

La troisième grande période est celle qui s’ouvre aujourd’hui, à la faveur

de textes supra-nationaux prônant la pleine participation, la non discrimination et

la mise en œuvre du principe d’égalité des chances. Cette nouvelle étape passe

par une révolution culturelle permettant de changer le regard porté par chacun

sur les personnes handicapées, et entendre les aspirations exprimées en terme de

participation pleine à tous les domaines de la vie sociale. A ce titre, 2003,

retenue comme année européenne des personnes handicapées, devrait favoriser

une évolution et rendre possible le dépassement de principes basés sur les seules

valeurs de l’assistance, pour reconnaître, dans de nouveaux textes fondateurs,

une citoyenneté pleine et entière des personnes handicapées dans la société

L’amélioration de la situation des personnes vivant avec un handicap

constitue par ailleurs l’une des trois priorités affichées par le Président de la

République pour son quinquennat. Le gouvernement s’est ainsi engagé à inscrire

le projet de réforme de la loi d’orientation de 1975 à l’agenda du premier

semestre du Conseil des ministres, en vue d’un examen par le Parlement à

l’automne 2003. C’est donc dans un contexte particulièrement propice que prend

1 Cf. avis adopté par le Conseil économique et social le 13 septembre 2000 Situations de handicap et

cadre de vie, rapport présenté par Vincent Assante au nom de la section du cadre de vie.

2 Loi d’orientation du 30 juin 1975 en faveur des personnes handicapées et loi du 30 juin 1975

relative aux moyens des institutions sociales et médico-sociales.

3 Loi du 10 juillet 1987 en faveur de l’emploi des travailleurs handicapées.

II - 6

place la saisine gouvernementale, visant à voir définies les conditions d’une

meilleure insertion des personnes handicapées en milieu ordinaire de travail.

Sur les 5 millions de personnes se déclarant en France en situation de

handicap, on estime aujourd’hui à 840 000 la population active handicapée. Loin

de diminuer, la population des travailleurs handicapés en mesure de travailler ne

cesse d’augmenter, en raison du nombre croissant de victimes d’accidents ou de

maladies, auxquelles s’ajoutent les situations de pertes plus ou moins

importantes d’autonomie, liées au vieillissement de la population. Enfin et

paradoxalement, les progrès de la médecine sauvent de nombreuses vies

humaines mais le font parfois au prix de séquelles importantes pour les

individus, qui doivent être prises en compte dans le soutien des projets

personnalisés de retour vers l’autonomie.

Si l’on examine le taux d’emploi des entreprises et des administrations

publiques assujetties à l’obligation d’emploi prévue par la loi de 1987, il apparaît

que celui-ci stagne depuis maintenant plusieurs années autour des 4 %. Au delà,

l’examen des données statistiques indique qu’il faut se préparer à un

accroissement des demandeurs d’emplois handicapés, au vieillissement de la

population active et à l’augmentation de la prévalence du handicap liée à l’âge, et

enfin à l’évolution de la structure des emplois, passant notamment par une

élévation générale de la qualification des recrutements et une exigence

d’adaptabilité accrue des salariés.

De nombreux rapports ont été rédigés, dans le cadre du Conseil

économique et social et en d’autres lieux, qu’il conviendra de citer et de prendre

en compte, à la double fin d’examiner les évolutions intervenues depuis lors et

de s’en servir comme base pour l’analyse et la poursuite de la réflexion.

En effet, même si des progrès indéniables ont été réalisés depuis 1987 en

faveur de l’insertion en milieu ordinaire des personnes handicapées, la situation

mérite d’être réexaminée aujourd’hui, à l’aune de la responsabilité de la société

en général et des lieux de travail en particulier. Il s’agit de prendre en compte

l’aspiration croissante des personnes handicapées et des organisations et

associations qui les représentent, et désireuses de conduire à terme leur projet

personnel d’autonomie et d’intégration dans les structures de droit commun.

Si la première priorité en matière de handicaps est leur prévention, visant à

empêcher leur apparition ou à limiter leurs effets, il est tout aussi important, dès

lors que le handicap est présent, de considérer que l’emploi constitue un élément

essentiel dans la perspective d’une insertion sociale et citoyenne des personnes

handicapées.

L’ambition de ce rapport est donc de dresser un état des lieux passant par la

mesure des avancées rendues possibles grâce à des dispositifs normatifs et

incitatifs, qu’ils soient d’origine nationale ou supranationale ainsi que par une

présentation objectivée de la place réellement occupée par les personnes

handicapées dans les lieux de travail du secteur privé comme du secteur public.

II - 7

Cette photographie de l’existant doit permettre d’identifier et d’analyser

dans un second temps les obstacles de toutes natures qui demeurent dans

l’insertion des travailleurs vivant avec un handicap, en préalable à la mise en

évidence des principaux leviers de l’intégration et de l’usage qui devrait en être

fait pour mettre en œuvre de nouvelles avancées en direction des personnes

handicapées, et par leur intermédiaire, en faveur de la société toute entière.

II - 8

II - 9

TITRE I

L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION

DE HANDICAP EN MILIEU ORDINAIRE

DE TRAVAIL : ETAT DES LIEUX

II - 10

II - 11

CHAPITRE I :

LE HANDICAP : EVOLUTION DES CONCEPTS

ET TRANSCRIPTION JURIDIQUE

I - LES APPROCHES DU HANDICAP

A - LES DIFFERENTS TYPES DE HANDICAP

Qu’est-ce qu’une personne handicapée ?

Difficile de répondre à cette question tant les termes, peu et mal définis,

laissent place à nombre d’ambiguïtés, le concept même de handicap étant par

nature extrêmement variable selon les périodes et les lieux.

La définition de la notion de handicap et son acceptation évoluent en effet

dans le temps et l’espace. C’est ainsi que le terme de personne handicapée,

aujourd’hui entré dans le langage courant, a remplacé les qualificatifs d’infirmes,

d’anormaux, d’aliénés, de retardés, d’inadaptés, de débiles, tour à tour retenus

pour caractériser des catégories de handicaps et les personnes qui en étaient les

victimes.

L’évolution des comportements sociaux et des mœurs, en parallèle ou à la

faveur des avancées de la réglementation au profit des personnes handicapées, a

produit ses effets de manière lente et discontinue. En France comme dans les

autres pays occidentaux, les changements opérés au cours du XXè siècle sont

progressivement allés dans le sens de la reconnaissance de la citoyenneté des

personnes souffrant de handicaps, ainsi que dans la recherche des moyens de la

traduction réelle de celle-ci dans toutes les situations de la vie en société, d’ordre

culturel, économique ou social.

D’un point de vue social, le concept même de handicap ne peut être

appréhendé sur un mode univoque. En effet, la manière pour un individu donné

de vivre sa pathologie ou son handicap est pour partie liée au milieu dans lequel

il évolue, notamment défini par les conditions de la vie familiale, le type

d’habitat, le niveau socio-culturel et socio-économique, l’éducation initiale et la

formation, la législation en vigueur et le niveau de développement du pays.

Un même type de handicap peut de ce fait avoir des effets très différents en

fonction des personnes elles-mêmes, de leurs conditions de vie, ainsi que des

circonstances dans lesquelles elles l’acquièrent. Il est tout aussi important de

souligner que les handicaps eux-mêmes revêtent une diversité extrême. Bien audelàde

ce que les catégories et critères d’évaluation du handicap peuvent nous

enseigner, les situations de handicap dans lesquelles se trouvent les individus

rendent nécessaires pour eux-même et pour la société tout entière des modes de

prise en charge et d’accompagnement très différenciés, pensés et mis en œuvre

au cas par cas.

II - 12

Ces indispensables précautions de méthode étant prises, une analyse de ce

qui fonde le handicap peut être engagée. Cette recherche laisse apparaître

différentes catégories-types de handicaps, habituellement décrites selon leur

nature, de façon souvent incomplète et non limitative. Au surplus, ces types de

handicaps sont susceptibles de communiquer entre eux dans le temps, au regard

de l’évolution de certaines affections ou encore des effets en chaîne constitutifs

de certains handicaps :

- handicap physique : on classe sous ce vocable les handicaps moteurs

affectant des individus (personnes paralysées, amputées, ou ayant une

maîtrise partielle de leur motricité). Dans cette catégorie on retrouve

également des formes de handicaps physiques moins immédiatement

apparents, tels que les troubles musculo-squelettiques avérés

(lombalgies, tendinites, scolioses…), ou encore des handicaps

consécutifs aux manifestations de maladie telles que la myopathie ;

- handicaps sensoriels : ces formes de handicaps sont principalement

liées à la mal voyance et la cécité ou la mal entendance et la surdité,

d’autres sens pouvant également être touchés tels que l’odorat ou le

goût ;

- handicaps intellectuels et mentaux : ils regroupent en réalité deux

catégories bien distinctes tant par les troubles qu’elles entendent

couvrir que dans leurs manifestations ou leurs origines : sont ainsi

répertoriés l’ensemble des formes de déficit intellectuel, mais

également les difficultés et désordres psychiques et les

comportements déroutants perturbant la vie sociale des individus ;

- handicaps faisant suite à des maladies chroniques et invalidantes

(sida, rhumatismes, sclérose en plaques, diabète, allergies…).

S’agissant des « handicaps sociaux », il convient de procéder à une mise en

garde, dans la mesure où d’aucuns voudraient considérer les exclus et les

déshérités comme faisant partie de cette catégorie. De fait, il est patent que parmi

les moins favorisés, du fait de l’enchaînement des difficultés de la vie et

notamment d’une situation sociale très précaire, un certain nombre de personnes

voient leur santé s’altérer. Toutefois, il doit être clair qu’il s’agit de typologies de

populations différentes, et que le traitement des situations de désavantage qui

résultent de facteurs sociaux ou de l’existence d’un handicap relèvent de

politiques différenciées. On constatera à l’appui de cette observation que le

Code du travail a exclu depuis plus de 20 ans cette notion de « handicap social ».

B - LA CLASSIFICATION INTERNATIONALE

Les travaux du britannique Philip Wood constituent au début des années

quatre-vingts le fondement moderne de la Classification internationale des

handicaps (CIH). Elaborée à l’initiative de l’Organisation mondiale de la santé

(OMS) et adoptée par la France en 1988, cette classification est largement

retenue comme référence des nomenclatures statistiques sur le handicap.

II - 13

L’Union européenne, tout comme le Conseil de l’Europe, utilisent les définitions

de cette Classification internationale des handicaps. Mais la présentation trop

négative des aptitudes de la personne handicapée initialement proposée par la

CIH, ainsi que la place insuffisante accordée aux facteurs personnels ou

environnementaux ont rendu nécessaire sa révision. Réunissant soixante cinq

pays, celle-ci a débouché en 2001 sur l’actuelle Classification internationale du

fonctionnement du handicap et de la santé (CIF). Cette table renouvelle

l’approche du handicap, en introduisant dans l’analyse l’impact de

l’environnement social et physique sur le fonctionnement des personnes

handicapées.

La définition internationale distingue à cet égard trois notions :

- la déficience : c’est la perte ou le dérèglement d’une structure ou

d’une fonction physiologique, psychologique ou anatomique. Elle

correspond à l’aspect lésionnel du handicap. Exemple : un

paraplégique a une déficience motrice des membres inférieurs ;

- l’incapacité : elle résulte de la déficience. Il s’agit de toute diminution

ou perte de la capacité à exercer une activité considérée comme

normale pour un individu. Elle correspond à l’aspect fonctionnel du

handicap. Exemple : une déficience motrice des membres inférieurs

peut être responsable d’incapacité concernant la locomotion :

marcher, monter les escaliers… ;

- le handicap : c’est le désavantage dont souffre la personne à la suite

d’une déficience qui l’empêche de s’acquitter totalement ou

partiellement d’une fonction par ailleurs normale dans son cas,

compte tenu de l’âge, du sexe et de différents facteurs culturels. Il

correspond à l’aspect situationnel du handicap.

La classification souligne la disproportion fréquente existant dans la vie

courante entre l’incapacité entraînée par la maladie et le degré d’exclusion

(handicap) qui en résulte. Elle constitue à ce titre, bien qu’elle puisse être jugée

incomplète, amendable ou perfectible par certains, un instrument tout à fait

indispensable d’action et d’harmonisation des approches et des pratiques, de

mobilisation des spécialistes et de sensibilisation de l’opinion.

II - UNE PREOCCUPATION DE LONGUE DATE DES POLITIQUES

SUPRANATIONALES ET NATIONALES

A - LES POLITIQUES DES ORGANISMES A VOCATION INTERNATIONALE

L’insertion professionnelle des personnes handicapées en milieu ordinaire

de travail fait depuis longtemps l’objet de réflexions de la part des organisations

internationales. Leur action volontaire a notamment permis d’harmoniser la

terminologie et les concepts en vigueur, fondement à la structuration de modes

de prise en compte et d’intervention en faveur des personnes en situation de

handicap.

II - 14

Dans la période récente, les notions de discrimination positive ou d’égalité

des chances, de non-discrimination ou d’égalité de traitement tendent à

s’imposer comme autant de principes structurant l’action. Toutefois, il serait vain

d’ignorer que leur mise en oeuvre est susceptible de se heurter aux difficultés

générales du marché de l’emploi.

1. L’ONU et ses institutions spécialisées

1.1. L’ONU

C’est en 1957 que l’assemblée générale de l’Organisation des Nations

Unies (ONU) adopte sa première résolution en faveur des personnes

handicapées, suivie d’un deuxième texte en 1960, visant plus précisément

l’égalité des chances, et insistant sur la nécessité d’associer à la définition des

politiques et à leur mise en œuvre les représentants des personnes handicapées et

leurs familles. En 1975, la déclaration des droits des personnes handicapées est

adoptée, affirmant le droit des personnes à bénéficier de mesures leur permettant

d’acquérir la plus grande autonomie possible. L’année 1981 est consacrée année

internationale des personnes handicapées, avec pour thème directeur la « pleine

participation et l’égalité ». Un programme d’action mondial est mis au point à

cette occasion et décliné durant la décennie 1983-1992, dans lequel s’inscrit en

1982 une nouvelle résolution des Nations Unies en faveur des personnes

handicapées, suivie encore d’une résolution dans le même sens en janvier 2003.

Prévention des handicaps et mesures spécifiques pour promouvoir l’égalité

des chances, telles sont actuellement les lignes directrices des Nations Unies, qui

doivent permettre de dépasser le stade de l’assistance et de progresser dans la

reconnaissance d’une citoyenneté pleine et entière pour tous.

1.2. L’OIT

La conférence de l’Organisation internationale du travail (OIT) adopte de

son côté en 1955 une recommandation sur l’adaptation et la réadaptation

professionnelle des invalides, parcours qui doit être conçu comme « un parcours

continu et coordonné ». Ce texte insiste sur les liaisons à organiser entre les

intervenants et sur l’importance de la constitution d’une information préalable

très complète aux fins d’orientation. Il valorise les aptitudes et les capacités de

travail des intéressés. Le travail protégé doit, en outre, comporter des possibilités

d’adaptation professionnelle avec, chaque fois que possible, le transfert vers un

emploi normal. Les orientations développées par cette recommandation

demeurent toujours d’actualité.

En 1983, la conférence de l’OIT adopte une convention sur « la

réadaptation professionnelle et l’emploi des personnes handicapées ». La

convention met en exergue la nécessité d’une égalité de traitement et de chances

entre les travailleurs « ordinaires » et les personnes handicapées et ceux qui ne le

sont pas, ainsi qu’entre les travailleurs handicapés eux-mêmes. Elle définit la

nécessité d’une progressivité dans le déroulement des carrières des personnes

II - 15

handicapées. Elle propose de mettre sur pied des garanties effectives contre les

discriminations les plus courantes. Son travail se poursuit par la réflexion et la

capitalisation de bonnes pratiques, recueillies et formalisées dans un guide

pratique à destination des Etats et des acteurs de l’insertion, plus précisément à

destination des chefs d’entreprise.

2. L’OCDE

Les experts de l’Organisation de coopération et de développement

économiques (OCDE) mettent régulièrement en évidence dans leurs rapports les

processus d’exclusion touchant l’accès à la formation et à l’emploi de certaines

catégories défavorisées, au titre desquels se situent les personnes handicapées.

Les signataires des rapports sur l’intégration des adolescents handicapés, sur le

passage de l’école à la vie active ou encore sur l’intégration des adolescents

handicapés dans l’enseignement secondaire, portent dans leurs conclusions un

regard sur la réalité qui n’invite pas à l’optimisme.

En 1992, l’OCDE a procédé à une évaluation des politiques d’emploi des

handicapés dans quatorze Etats de la zone. Cette étude montre que de nombreux

pays sont conduits à réviser leur politique pour tenir compte des aspirations

nouvelles exprimées par la population handicapée. La tendance générale est au

désenclavement institutionnel, au développement des politiques actives de

l’emploi sous des formes adaptées et essentiellement en milieu ordinaire de

production et au renforcement d’actions diversifiées de formation en faveur des

personnes handicapées.

B - LA LEGISLATION EUROPEENNE ET SA MISE EN ŒUVRE PAR LES ETATS

MEMBRES

1. La législation européenne

1.1. Le Conseil de l’Europe

C’est dans ce cadre qu’est adoptée en mai 1950 une recommandation sur la

politique générale en matière de réadaptation des invalides, suivie d’une série de

textes plus spécifiques, tels que la Charte sociale, proclamant en 1961 le « droit

des personnes physiquement et moralement diminuées à la formation

professionnelle et à la réadaptation professionnelle et sociale ».

La résolution du 17 septembre 1984 vise « une politique cohérente en

matière de réadaptation des personnes handicapées », et prône un « processus

global et continu de réadaptation » aussi précoce et coordonné que possible.

L’indemnisation et la compensation financière de l’incapacité sont déclarées

insuffisantes, les personnes handicapées devant au-delàbénéficier de programmes

individualisés de réadaptation et d’intégration professionnelle et sociale.

Ce texte fourmille d’idées qui inspirent aujourd’hui les politiques

conduites. Il en va ainsi de l’évaluation des aptitudes, qui doit être périodique et

pluridisciplinaire, de la priorité donnée aux modes ordinaires de formation et de

II - 16

réadaptation, tout comme au travail en milieu ordinaire, le travail protégé

demeurant une solution pour ceux ne pouvant occuper un poste sur le marché du

travail de droit commun.

1.2. L’Union européenne

Tout d’abord, il y a lieu d’observer que l’intégration professionnelle et

sociale des personnes handicapées ne relève pas des compétences

communautaires originelles, ce qui n’a pas pour autant conduit l’Union à se

désintéresser de cette problématique.

La première résolution dans ce champs vise, en 1974, à la réalisation d’un

programme pour la réintégration professionnelle et sociale des handicapés.

Constatant que les personnes handicapées « supportent de manière inéquitable

les conséquences, en terme d’emploi, des difficultés économiques », elle est

suivie, en 1981, d’un programme d’action ainsi que de la création d’une division

spécialisée au sein de la Commission.

Une recommandation du Conseil vise en 1986 à l’élimination des

discriminations négatives, selon le principe du « traitement équitable » et à

l’institution d’actions positives, telle que les quotas d’emploi, les guides ou

codes de bonnes pratiques, ou encore les incitations financières à l’emploi des

handicapés en entreprise. Le premier programme Hélios I1 (1988-1992) vient en

appui de cette démarche, en développant les échanges et l’information et en

soutenant les innovations. Il sera reconduit dans le temps.

En 1989, la Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des

travailleurs proclame une nouvelle fois le droit des personnes handicapées à

bénéficier de mesures d’intégration professionnelle et sociale passant par la

formation professionnelle, l’ergonomie, l’accessibilité, la mobilité, les moyens

de transport et le logement.

Palliant l’absence de base juridique des traités originels de l’Union

européenne, le Traité d’Amsterdam marque en 1997 une réelle inflexion, en

donnant un premier cadre réglementaire à la lutte contre la discrimination, en

affichant sa volonté d’impulser et de coordonner les politiques suivies par les

Etats membres de l’Union. Une nouvelle résolution intervient dans ce contexte

en 1999 sur l’égalité de traitement en matière d’emploi des personnes

handicapées, et notamment de recrutement, de maintien dans l’emploi, et de

formation tout au long de la vie des personnes handicapées.

En 2000, la volonté politique d’intégration des personnes handicapées au

travers de l’emploi et de la formation se confirme et s’incarne dans des textes

ayant désormais force obligatoire pour les Etats membres. Fixant des exigences

minimales, la directive du 27 novembre 2000 donne la possibilité aux Etats

membres d’adopter ou de maintenir des dispositions plus favorables, sous

réserve de sa transposition avant la fin de l’année 2003. Elle propose un certain

1 Handicaped people in the Europe community Living Independantly in an Open Society.

II - 17

nombre de définitions, dont certaines, telles que celle sur l’égalité de traitement

ou les discriminations indirectes, pourront précisément être invoquées dans des

contentieux ultérieurs.

La directive s’appuie sur un nouveau programme d’actions pour la période

2001-2006, ainsi que sur la Charte des droits fondamentaux de l’Union

européenne de la fin de l’année 2000, dont certains articles fondent précisément

les droits des personnes handicapées, au travers des principes de nondiscrimination

et d’intégration. Enfin, l’année 2003 est choisie comme année

européenne des personnes handicapées, fournissant, avant l’adoption d’une

nouvelle directive, l’opportunité aux Etats membres de sensibiliser l’opinion sur

les handicaps, d’accroître la visibilité sociale des personnes touchées par un

handicap et de mettre en évidence les entraves auxquelles elles sont aujourd’hui

encore confrontées.

Les principaux axes du futur projet de directive visent précisément le droit

de vivre dans la dignité et le droit à l’autonomie. A ce titre, les Etats s’obligent à

favoriser la vie des personnes handicapées sur leur territoire, à leur assurer un

revenu décent ainsi qu’un logement adapté, et à renforcer l’accessibilité des lieux

publics. Le droit à l’éducation et à la formation en milieu ordinaire est également

posé : sont notamment visés l’accès à l’école ainsi qu’aux formations

universitaires, la formation des professionnels de l’éducation à l’accueil d’un

enfant handicapé. Enfin, l’accès à l’emploi en milieu ordinaire est privilégié, par

la recherche d’une égalisation des chances dans le recrutement et la formation,

des mesures de maintien dans l’emploi et des aménagements de poste, ainsi que

la participation des personnes handicapées et/ou de leurs représentants aux

instances les concernant.

La volonté de la Commission, à l’initiative de ce nouveau projet de

directive, est de promouvoir une coordination active des politiques nationales

mises en œuvre par chaque pays dans le cadre et avec les dispositifs qu’il définit

lui-même, dans le respect des grands principes posés par le traité, l’égalité de

traitement et la non-discrimination.

2. Les politiques conduites par les Etats membres de l’Union

européenne

2.1. Les principales approches du handicap et leur traduction dans les

politiques nationales

Deux approches caractéristiques ont pu être repérées au sein de l’Union,

comme elles peuvent plus généralement l’être dans les pays de la zone OCDE.

La première peut être qualifiée d’approche « anti-discrimination ». De

philosophie anglo-saxonne, elle postule un traitement de la question du handicap

au travers de la mobilisation des droits civils. Elle s’incarne dans les politiques

conduites en Grande-Bretagne, en Irlande, ou encore dans certains pays

scandinaves.

II - 18

Dans cette perspective, la société fournit un cadre législatif et judiciaire

garantissant l’accès à l’emploi en milieu ordinaire, ainsi que le maintien dans

l’emploi et la réparation en cas de discrimination avérée.

La seconde vise la mise en œuvre d’une égalité des chances réelles, et

trouve le plus souvent sa traduction dans l’instauration de quotas. Obligation est

faite par voie légale aux employeurs de prouver qu’un certain pourcentage de

leurs employés présente une situation particulière de handicap. L’Allemagne, la

France, l’Autriche, la Grèce, l’Italie et l’Espagne relèvent globalement de ce

second modèle.

Les mesures récemment édictées par l’Union européenne, dont

l’orientation philosophique semble relever de la mise en œuvre du principe de

non discrimination, prennent en considération les politiques conduites au plan

national et les motifs notamment culturels qui les fondent. Elles ne prohibent pas

les mesures de discrimination positive lorsque que ces dernières se justifient au

regard de certaines situations. Les Etats peuvent ainsi conserver ou adopter des

mesures pour faciliter l’intégration des personnes handicapées dans le monde du

travail.

Cette ligne de partage, illustrée par de nombreux travaux de recherche, met

en évidence des nuances au sein des nations européennes dans l’approche

théorique, mais surtout dans l’outillage des politiques mises en œuvre pour

prévenir et compenser les situations de handicap. On notera toutefois que ces

deux tendances se trouvent le plus souvent mêlées dans les faits.

2.2 Les leviers de l’action : une palette assez large d’outils mobilisés par

les Etats membres et quelques tendances observées

De nombreux outils sont mis en œuvre par les pays européens et font

l’objet d’une typologie, présentée dans un rapport établi en 2000 par la

Commission européenne1.

Dans la plupart des pays, les politiques conduites associent plusieurs

éléments : l’intégration dans le marché du travail, des mesures de lutte contre la

discrimination, et une réduction de la dépendance vis-à-vis des prestations. Les

années quatre-vingt dix ont à cet égard été marquées par une évolution

conceptuelle générale rejetant les mesures passives au profit de mesures actives

favorisant l’accès au marché du travail. Cette perspective met en jeu la capacité

d’insertion professionnelle, l’éducation et la formation, l’expérience

professionnelle, l’aide en matière de recherche et de demande d’emploi ou

encore le passage par des emplois de transition, permettant à des publics

spécifiques de se forger une expérience professionnelle sur un marché du travail

intermédiaire aux conditions adaptées.

Les mesures mobilisées par les Etats de l’Union peuvent être regroupées en

quelques grandes catégories.

1 L’étalonnage des performances des politiques de l’emploi pour les personnes handicapées, 2000,

commandé par la Direction générale emploi et affaires sociales de la Commission européenne.

II - 19

Elles comprennent toutes des mesures d’incitation, qui visent à améliorer

l’image des personnes handicapées au sein de la main d’œuvre, à la faveur de

campagnes de communication, de codes de bonnes pratiques, ou encore de

chapitres sociaux consacrés à ce thème dans les accords collectifs.

Les mesures visant au maintien dans l’emploi font l’objet, dans leur

principe, d’un intérêt croissant de la part des Etats. Mises en œuvre le plus en

amont possible des difficultés de reclassement, elles s’avèrent efficaces et moins

onéreuses que la réparation dans le cadre d’une réinsertion dans l’emploi.

Néanmoins, elles nécessitent, comme l’illustrent les pays scandinaves qui y ont

recours, l’existence d’une politique très élaborée de santé et de sécurité au

travail, afin de réduire dès l’origine le risque de maladies professionnelles et

accidents du travail.

Les subventions salariales sont utilisées de deux manières pour contribuer à

l’intégration des personnes handicapées sur le marché du travail. L’une consiste

à favoriser l’embauche en proposant une subvention couvrant les charges

sociales. L’autre est destinée à couvrir l’écart de productivité entre le travailleur

handicapé recruté et ses collègues qui ne le sont pas.

La réinsertion et le retour à l’emploi constituent également des éléments

importants des politiques menées en matière de handicap et d’emploi. Ils

empruntent des formes différenciées, selon qu’il s’agit de réinsérer une personne

dans un emploi en rapport avec ses capacités physiques et intellectuelles, ou

encore qu’est recherchée une nouvelle orientation professionnelle, pouvant

inclure des formations et la levée de certains problèmes exogènes d’insertion

professionnelle. Dans certains pays nordiques, cette recherche

d’accompagnement des potentialités et des aspirations des travailleurs

handicapés ouvre de réelles possibilités de traitement sur un pied d’égalité de

l’ensemble des travailleurs, en présence ou non de situations de handicap.

L’emploi protégé fait partie intégrante des mesures retenues par l’ensemble

des pays de l’Union. Dans certains pays, ce type de dispositif représente encore

une large part des mesures actives en faveur des publics présentant un handicap.

Toutefois, il convient d’observer que l’aspiration croissante des personnes

handicapées à une intégration dans des emplois dits non protégés conduit

généralement à réserver l’accès à une telle protection aux publics les plus

gravement atteints.

Il faut noter qu’existe une tendance générale dans les pays de l’Union à

rechercher une plus grande rentabilité des ateliers protégés, du fait d’un relatif

désengagement de l’Etat. Cette tendance explique leur orientation progressive

vers la logique de marché. Ceci peut apparaître paradoxale s’agissant de

structures dont la vocation sociale prime sur toute autre considération.

L’adaptation des postes de travail ainsi que de l’organisation du travail luimême

constituent des champs d’intervention mobilisés sous différentes formes,

allant de l’accès à l’aide pratique et aux adaptations aux modifications de

II - 20

l’organisation et de la structure de l’emploi, en passant par des aménagements

apportés au lieu de travail afin de le rendre accessible.

Si l’on se réfère à une autre étude, récemment réalisée sur le thème de

l’évaluation du handicap en Europe, on constate que si les systèmes européens

diffèrent dans le détail des dispositifs utilisés, ils sont sous-tendus par des

principes et des valeurs marqués par leur grande proximité. A cet égard, la charte

des droits fondamentaux de 2000 fait en quelque sorte office de texte « balai »

sur une question, désormais tranchée, du fonds commun à l’Europe de valeurs

humanistes.

On observe toutefois, s’agissant de « l’étalonnage » des pratiques

nationales, que la terminologie demeure un problème essentiel pour la

compréhension mutuelle par les Etats des politiques mises en œuvre. De ce point

de vue, la classification internationale des handicaps est d’un appui précieux

dans la démarche, fournissant une grille de comparaison de systèmes et de

mobilisation d’outils.

Il est ainsi intéressant de noter au terme de l’analyse un certain nombre de

grandes tendances, telles celles de mise en place de modes d’évaluation

valorisant les potentialités de la personne handicapée à côté des mesures plus

anciennes tendant à considérer les limitations pour envisager le déclenchement

de prestations. Enfin, on observe en Europe une tendance à mobiliser de plus en

plus des équipes pluridisciplinaires dans les processus d’évaluation, par

regroupement de professionnels dans le cadre de la redéfinition de stratégies plus

actives des Etats pour l’emploi et l’autonomie des personnes handicapées.

2.3 Une difficile comparaison des politiques européennes en faveur de

l’emploi des handicapés

En conclusion, si les principes d’actions et les valeurs qui les fondent

s’inscrivent dans une communauté de vue, les grandes catégories de mesures

mises en œuvre par les Etats membres, articulant de manière diverse la

formation, les incitations à l’embauche, les emplois protégés, les aides et

adaptations aux postes de travail, à la faveur de quotas ou de mesures proscrivant

toute discrimination, n’en restent pas moins dans la pratique difficiles à

comparer.

A cet égard, la stratégie européenne de l’emploi enclenchée en 1997, qui

incite de plus en plus à la comparaison des politiques conduites par les Etatsmembres,

renvoie à la difficulté intrinsèque de l’exercice, notamment due à une

absence de définition homogène des publics bénéficiaires pris en compte.

Chaque cas national, comme en atteste une étude réalisée en 2000 par le Centre

d’études et de l’emploi, est la résultante d’une combinaison entre une hiérarchie

de valeurs, des choix de protection sociale, de constructions institutionnelles et

d’actions d’acteurs sociaux particuliers.

C’est ainsi que les Pays-Bas ont une vision extensive du handicap, qui

couvre largement les situations d’inadaptation des travailleurs aux modifications

II - 21

des exigences économiques de l’appareil productif. De manière assez proche

dans ses effets, le cas britannique illustre le jeu de vases communicants opéré au

début des années quatre vingt dix entre le nombre de chômeurs indemnisés et

celui des bénéficiaires d’allocations d’invalidité permanente, qui a conduit à

« basculer » vers la solidarité nationale une partie de la population en attente sur

le marché du travail. Ces deux exemples rendent compte des obstacles à

l’étalonnage des politiques nationales, en l’absence d’indicateurs fiables et

communément acceptés.

La difficulté de collecte de données comparables sur la participation des

personnes handicapées au marché du travail est importante, du fait de définitions

du handicap hétérogènes, de politiques spécifiques interagissant avec des

politiques pour l’emploi, économiques ou sociales plus globales, et enfin du

caractère trop limité dans le temps des mesures spécifiques étudiées pour que

leur impact apparaisse clairement. Dès lors, la comparaison des effets respectifs

des politiques mettant l’accent sur les mesures anti-discriminations par rapport à

l’approche protectrice traditionnelle comme celle des quotas ne peut être

valablement menée à son terme.

De son côté, la Direction générale de l’emploi et des affaires sociales

souligne combien il est complexe de réunir à l’heure actuelle des statistiques

dressant un tableau clair de la situation des personnes handicapées sur le marché

du travail.

Selon les données d’Eurostat, 42 % des personnes handicapées occupent un

emploi, le taux d’emploi global de référence étant de 65 %. Les variations entre

les Etats membres sont assez importantes1. L’Espagne atteint un taux d’emploi

de handicapés de 24,7 %, contre 51,4 % en Allemagne, et 45,5 % en France.

Au total, si l’on suit les conclusions rendues sur ce thème par la

Commission consultative des droits de l’Homme en 2000 : « les attitudes

discriminatoires de la part des employeurs persistent, en dépit des dispositifs

légaux et de l’action constante des opérateurs de l’insertion ». La Commission

critique en outre, s’agissant de la législation française, « les nombreuses

possibilités formelles de se libérer largement de l’obligation légale par le

paiement libératoire d’une contribution, dénaturant l’esprit de la loi et faisant

d’une règle d’embauche l’exception ».

Au-delà, le constat d’ensemble des systèmes en vigueur dans les Etats2

membres tend à montrer que la situation de l’emploi des personnes handicapées

1 Etude de M.A. Malo et C. Garcia-Serrano, Analysis of unemployment status of the disabled

persons using ECHP, 1996.

2 Cf. Les documents de travail du Sénat, L’insertion des handicapés dans l’entreprise, série

Législation comparée n° LC 116, janvier 2003 et L’étalonnage des performances des politiques de

l’emploi pour les personnes handicapées, Emploi & affaires sociales, Commission européenne,

août 2000.

II - 22

en milieu ordinaire de travail demeure problématique quels que soient l’approche

politique ou les moyens mobilisés.

Des obstacles majeurs, déjà relevés en 19921, demeurent. Ainsi en est-il de

la situation générale de l’emploi et le chômage de longue durée, de la question de

la conception, de l'organisation ainsi que des mutations successives dans

l’organisation du travail, qui tendent à exclure les moins performants et les

moins formés ; l’absence de cohérence interne entre les politiques sanitaires et

sociales et les politiques du travail ; l’insuffisance de formation générale et

professionnelle des personnes handicapées ; la difficulté d’accès à l’information

et enfin le regard encore stigmatisant porté sur le handicap. Ces obstacles

semblent être autant d’éléments persistants, malgré une évolution positive dans

certains domaines, allant à l’encontre de l’intégration des travailleurs handicapés

en milieu ordinaire.

C - LA POLITIQUE NATIONALE

1. L’histoire de la construction de la notion de handicap en France

C’est sous l’angle de la réparation des conséquences des blessures de

guerre que la collectivité publique française a commencé à se préoccuper des

conséquences du handicap. Dans cet esprit, Louis XIV crée l’institution des

invalides pour héberger les vétérans devenus inaptes au travail.

Avant la première guerre mondiale, la loi de 1898 sur les accidents du

travail introduit l’idée du « reclassement, de la réadaptation, de la rééducation,

de la réinsertion et de la réintégration », en mettant à la charge de l’employeur

une assurance spécifique permettant le versement d’une indemnisation au titre

des infirmités acquises dans le cadre du travail.

En 1919, le ministère des anciens combattants met en place un barème

d’évaluation des handicaps subis par les victimes de la première guerre

mondiale, de manière à déterminer le montant de leur pension d’invalidité. Ce

barème a été utilisé jusqu’en 1993 comme référence pour l’évaluation du niveau

d’invalidité, y compris pour les invalides civils.

En 1924, la loi élargit à tous les infirmes civils les mesures de reclassement

des invalides de guerre et crée l’obligation d’emploi en faveur des militaires

titulaires d’une pension d’invalidité, des veuves et des orphelins de guerre.

La politique du handicap se construit progressivement au cours du

XXè siècle, par des innovations allant de l’assistance aux infirmes (1949) au

reclassement professionnel (1957). Parallèlement, la création en 1945 de la

sécurité sociale permet d’assurer l’ensemble des salariés contre les conséquences

1 Avis adopté par le Conseil économique et social le 10 juin 1992 sur Le potentiel productif des

personnes handicapées, conditions sociales et technologiques de sa valorisation, rapport présenté

par Thérèse Poupon au nom de la section du travail.

II - 23

de maladies et d’accidents non liés au travail mais les privant de leurs « capacités

de gains ».

La loi du 23 novembre 1957 aborde la question du reclassement du

travailleur handicapé, et utilise, pour la première fois, les termes de handicapés et

de travailleurs handicapés. Elle renforce également le dispositif de travail

protégé. Enfin, elle institue une obligation d’emploi à hauteur de 10 % des

effectifs des entreprises privées de 10 salariés et plus, qui ne sera en réalité

jamais appliquée.

2. Le rôle essentiel des associations

La guerre mondiale de 1914-1918 est à l’origine de la création des

premières associations de personnes handicapées entre 1920 et 1936.

Les associations de malades et de tuberculeux créent dès 1927, une

fédération des amicales de malades. Les associations de mutilés du travail se

regroupent en fédération nationale des mutilés du travail. Dès 1930, de

nombreuses associations d’aveugles, d’invalides civils, de paralysés très diverses

se créent. C’est vers 1933 qu’est fondée l’Association des paralysés et

rhumatisants (APR) qui deviendra l’Association des paralysés de France (APF).

Fin 1935, l’Union nationale des tuberculeux civils fonde la Ligue pour

l'adaptation du diminué physique au travail (L'ADAPT). En janvier 1937, des

militants, d’obédience communiste appartenant à l’Union nationale des

tuberculeux civils (UNTC), fondent la Fédération nationale des comités de

défense et d'amicales des malades et anciens malades de sanatoriums (FNCDA).

Cette initiative conduit les militants d’inspiration socialiste à se regrouper au sein

de la Fédération nationale des blessés du poumon et chirurgicaux (FNBPC).

L’UNTC fusionne avec la FNCDA pour constituer la Fédération nationale

de lutte antituberculeuse (FNLA). Plusieurs groupes fusionnent en 1945 pour

donner naissance à la Fédération nationale des malades (FNM), qui devient en

1953, la Fédération nationale des malades, infirmes et paralysés (FNMIP). En

1948, apparaissent les premières associations de parents d’enfants handicapés

mentaux, qui décident de se fédérer le 30 avril 1960 pour donner naissance à

l’Union nationale des amis et parents d'enfants inadaptés (UNAPEI). L’UNAPEI

a pour objectif de faire reconnaître les droits et les devoirs des personnes

handicapées mentales et de défendre leurs intérêts et ceux de leur famille.

Le phénomène des scissions et de créations nouvelles se poursuit. Des

fédérations anciennes ont changé de nom ou ont adapté leur action. Ainsi, la

Fédération nationale de lutte antituberculeuse est devenue l’Association des

malades et invalides (AMI). Depuis 1985, la Fédération nationale des mutilés du

travail s’intitule désormais Fédération nationale des accidentés du travail et des

handicapés (FNATH). Avec l’APF, s’est constitué le Comité d’entente des

« 29 » qui regroupe aujourd’hui une quarantaine d’associations, dont l’ADAPT,

l’UNAPEI… La FNATH, l’APAJH, la FAGERH et le GIHP ont constitué un

II - 24

collectif de travail, de réflexions et de revendication : le Comité d'études pour la

promotion des initiatives alternatives pour les personnes handicapées (CEPIAH).

Le mouvement associatif ne cesse de grandir et de se développer,

notamment dans le champ du handicap. Il est aujourd’hui présent dans toutes les

étapes des itinéraires d’insertion, qu’il s’agisse d’information, d’accueil,

d’orientation, de scolarisation, de formation, de placement ou d’hébergement…

Membres d’instances consultatives, gestionnaires d’établissement, prestataires de

services de proximité, les associations ont su s’adapter, diversifier leurs actions

et devenir ainsi les partenaires incontournables des pouvoirs publics, réels

médiateurs entre les personnes et les différents niveaux décisionnels de l’Etat.

Lieux de collaboration de bénévoles, de professionnels, d’experts, les

associations, par leur audace, leur créativité, se transforment parfois en

laboratoires de recherche, véritables creusets d’innovations. En ce sens, les

associations constituent un puissant levier des actions de la politique à mener en

faveur des personnes handicapées. Sans aucun doute, les pionniers ont-ils

contribué à faire évoluer les concepts, les représentations, la législation et à

impulser des initiatives internationales.

Les associations se sont structurées, ont développé leur professionnalisme,

tout en préservant leur rôle social de garant du respect des principes

fondamentaux que sont les droits au logement, à l’éducation, au travail, aux

ressources, à l’intégration sociale des personnes handicapées. Fondées sur ces

valeurs fortes, elles facilitent le passage vers le « monde » ordinaire et

inversement, se révélant alors vecteur de lien social, développant une approche

de l’intégration quelles qu’en soient les formes fondée sur l’idée de l’intégration

que toute personne handicapée a droit à vivre une vie sociale, familiale,

culturelle, professionnelle, compatible avec ses potentialités, souvent plus

importantes qu’on ne le pense.

3. Les principes généraux et leur transcription juridique

Les orientations politiques définies et mises en œuvre par la France ces

dernières décennies s’inscrivent dans le cadre des principes posés par les textes

de portée générale, adoptés au plan international pour garantir aux personnes

handicapées une réelle égalité des chances. Cette politique a pour objet de

développer leur autonomie, de favoriser leur insertion sociale et professionnelle

et de leur permettre d’exercer pleinement leurs droits de citoyens.

La loi du 30 juin 19751 ne donne aucune définition du handicap, mais

substitue la notion de solidarité nationale à celle d’assistance et tend à favoriser

l’intégration des personnes handicapées dans la société. Elle affirme dans son

article 1er : « la prévention et le dépistage des handicaps, les soins, l’éducation,

la formation et l’orientation professionnelle, l’emploi, la garantie d’un minimum

de ressources, l’intégration sociale et l’accès aux sports et aux loisirs du mineur

1 Loi d’orientation en faveur des personnes handicapées du 30 juin 1975.

II - 25

et de l’adulte handicapés physiques, sensoriels ou mentaux constitue une

obligation nationale pour assurer aux personnes handicapées toute l’autonomie

dont elles sont capables ». Cette loi crée par ailleurs les Commissions

départementales de l'éducation spéciale (CDES) ainsi que les Commissions

techniques d'orientation et de reclassement professionnel (COTOREP) , et met

en place les Equipes de préparation et de suite du reclassement (EPSR)1.

La loi du 10 juillet 1987 réforme l’obligation d’emploi des personnes

handicapées en substituant une obligation de résultats à une obligation

précédemment procédurale. L’obligation d’emploi de 6 % de travailleurs

handicapés s’applique à l’ensemble des entreprises de plus de 20 salariés, et

intéresse le secteur privé comme les administrations publiques. Elle crée un

fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées, qui sera géré

sous la forme d’une association agréée par le ministère chargé de l’emploi, et

prendra le nom d’Association pour la gestion du fonds pour l'insertion

professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH).

Plusieurs textes ont par la suite complété le dispositif législatif et

réglementaire des droits des personnes handicapées :

- la loi du 10 juillet 1989, en garantissant à chacun le droit à

l’éducation, affirme la priorité à l’intégration scolaire des jeunes

handicapés ;

- la loi du 12 juillet 19902 énonce le principe de non-discrimination des

candidats à l’emploi et des salariés notamment en raison de leur état

de santé ou de leur handicap et renforce le rôle du médecin du

travail ;

- la loi du 7 janvier 1991 protège les salariés du secteur privé victimes

d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. Elle leur

donne le droit au maintien dans l’emploi pendant la période

d’indisponibilité et limite le droit de l’employeur au licenciement

uniquement pour des motifs non liés à l’invalidité. Par ailleurs, il est

fait obligation à l’employeur de reclasser les salariés devenus inaptes

à occuper leur ancien poste ;

- l’article 32 de la loi du 31 décembre 1992 a pour objet d’assurer des

garanties de reclassement ou d’indemnisation aux salariés devenus

inaptes à leur emploi à la suite d’un accident ou d’une maladie

professionnelle ou non ;

- l’arrêté du 27 juin 1994 précise les dispositions destinées à rendre

accessibles les lieux de travail aux personnes handicapées (nouvelle

construction ou aménagement) en application de l’article R. 235-3-18

du Code du travail ;

1 Articles R. 323-33-12 et suivants du Code du travail.

2 Repris par l’article L. 122-45 du Code du travail sur la non-discrimination.

II - 26

- la loi du 2 janvier 2002, réformant l’une des deux lois de 1975,

relative aux moyens des institutions sociales et médico-sociales ;

- enfin, la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 vient

transposer en partie la directive européenne du 27 novembre 2000.

Dans son article 132, elle précise certaines conditions d’accès des

handicapés à l’emploi ainsi que les conditions de réalisation du quota

d’emploi de 6 % par les entreprises. Elle détaille les conditions dans

lesquelles les entreprises peuvent, à titre alternatif, s’acquitter de leur

obligation d’emploi en appliquant un accord collectif. Enfin, elle

modifie les règles relatives aux accessoires de salaires des travailleurs

handicapés employés par des ateliers protégés.

III - LE CADRE JURIDIQUE FRANÇAIS

A - LE CADRE LEGAL ET REGLEMENTAIRE ACTUEL

1. L’apport des lois de 1975 et de 1987

1.1. La loi d’orientation de 1975

Deux lois relative au handicap et à sa prise en charge ont été promulguées

en date du 30 juin 19751. L’une d’elles, portant orientation en faveur des

personnes handicapées unifie et tend à rationaliser les dispositifs antérieurs. Elle

pose les principes généraux qui constituent aujourd’hui, le cadre légal de l’action

des pouvoirs publics. Si elle ne donne aucune définition du handicap, elle en

confie en revanche la reconnaissance à des CDES et les adultes (COTOREP).

La CDES est reconnue compétente dans le domaine de la prise en charge et

du suivi des enfants et adolescents de 0 à 20 ans. Elle fixe le taux d’incapacité

permettant l’ouverture du droit à l’allocation d’éducation spéciale qui s’ajoute

aux prestations familiales de droit commun pour compenser les dépenses liées au

handicap de l’enfant. Par ailleurs, la CDES se prononce sur l’orientation de

l’enfant vers un établissement scolaire ou un établissement médico-social

d’éducation spéciale, qu’il s’agisse d’une prise en charge à temps complet, avec

ou sans hébergement, ou de l’accompagnement par un service médico-social

spécialisé.

La reconnaissance du handicap des adultes de 20 ans et plus est assurée par

la COTOREP. Cette commission fixe le taux d’incapacité permettant

l’attribution de prestations financières, versées sous conditions, notamment de

ressources. Elle reconnaît la qualité de travailleurs handicapés, qui permet aux

intéressés d’avoir accès aux dispositifs spécialisés d’aide à l’insertion

professionnelles et à la formation et ouvre aux entreprises le bénéfice des aides

1 La seconde loi du 30 juin 1975 est relative aux moyens des institutions sociales et médico-sociales,

et a été récemment réformée par la loi du 2 janvier 2002 relative à la rénovation de l’action sociale

et médico-sociale.

II - 27

liées à l’emploi des travailleurs handicapés. Elle oriente également les intéressés,

soit vers la formation ou l’emploi en milieu ordinaire ou en milieu protégé de

travail, soit enfin, en fonction de la gravité du handicap, vers des établissements

médico-sociaux.

1.2. De 1975 à 1987 : vers une obligation d’emploi

L’insertion dans le milieu ordinaire de travail constitue l’un des meilleurs

moyens au service de l’intégration professionnelle et sociale. La loi d’orientation

du 30 juin 1975, qui affirmait pourtant le droit à l’emploi des personnes

handicapées, favorisa davantage, dans les faits, le milieu protégé, présenté

comme une voie facilitant une future insertion professionnelle. Il faut noter que

le même jour est votée une loi sur les institutions sociales et médico-sociales,

organisant l’accueil et la prise en charge des personnes jugées trop handicapées

pour être susceptibles de s’intégrer en milieu ordinaire, et donnant à la première

de ces deux lois les moyens de son ambition.

On observera que ces deux textes législatifs, qui formaient en 1975 un

couple objectifs/moyens, ont fait l’objet, au moment de les réformer, d’une

dissociation, le texte relatif aux moyens des institutions sociales et médicosociales

ayant déjà fait l’objet d’une réforme en 2002, plus d’un an avant celle,

programmée, de la loi d’orientation précitée.

L’ensemble des études et rapports sur la politique d’insertion des personnes

handicapées, dont le rapport de Marcel Viot1, révèle que les mesures d’incitation

à l’embauche sont de faible envergure et que les systèmes d’aides aux entreprises

sont peu connus. Les structures de travail protégé ont peu à peu perdu leur

vocation de transition vers le milieu ordinaire de travail. Des initiatives locales

ou sectorielles existent, mais elles demeurent isolées et souffrent d’une

insuffisante coopération entre les différents acteurs concernés.

Face à des critiques nombreuses, émanant en particulier du milieu

associatif, les réflexions menées à partir du milieu des années quatre-vingts

aboutissent à la promulgation d’une loi le 10 juillet 1987, s’inscrivant dans la

continuité de la loi d’orientation de 1975 en ce qu’elle fait de l’intégration

professionnelle et sociale des personnes handicapées une priorité nationale.

Cette nouvelle loi prend place dans un paysage économique et social

marqué par un chômage important et le développement de formes de

reconnaissance juridique de la précarité de l’emploi : contrats à durée déterminée

et travail temporaire. Dans un contexte tendu du point de vue de l’emploi, la

personne handicapée à la recherche d’un emploi apparaît particulièrement

vulnérable.

Tendant à « créer une dynamique en faveur de l’accès à l’emploi (…) en

prenant en compte les contraintes économiques des employeurs et en les

associant pleinement à la politique qui leur est proposée », la loi remplace

1 Avis adopté par le Conseil économique et social le 14 mars 1979 sur L’insertion professionnelle

des handicapés, rapport présenté par Marcel Viot au nom de la section du travail.

II - 28

certaines dispositions législatives résultant des lois de 1924, 1957 et 1975. La loi

de 1987 présente un certain nombre de dispositions novatrices destinées à

promouvoir et faciliter l’intégration des personnes handicapées dans le milieu

ordinaire de production et ainsi renforcer les possibilités de participation des

personnes handicapées dans la vie économique.

La loi fusionne les régimes antérieurs d’obligation d’emploi et concerne à

la fois les secteurs privé et public. Le seuil d’effectif des entreprises privées

assujetties est relevé de 10 à 20 salariés alors que le quota est abaissé de 10 à

6 %. La loi substitue à une obligation de la procédure, une obligation de

résultats : les employeurs ne sont désormais plus tenus de définir préalablement

les postes offerts à des travailleurs handicapés ; ils recrutent les personnes

handicapées en fonction des critères de compétences et de contenu de postes

qu’ils déterminent librement. Enfin, en vue d’accroître les moyens consacrés à

l’insertion des personnes handicapées, est créé un fonds de gestion pour la

collecte des contributions financières versées par les entreprises.

2. Le statut du travailleur handicapé

2.1. Absence de définition du travailleur handicapé, RQTH et autres

régimes de reconnaissance

Il n’existe pas, dans la législation française, de définition juridique de la

personne handicapée. Cette notion diffère selon les dispositifs réglementaires et

les régimes prévoyant des mesures spécifiques en faveur de certaines catégories

de personnes ayant un handicap. C’est en effet au fil de l’histoire et des

législations qu’apparaissent successivement des notions et des régimes répondant

à des logiques différentes1..

S’il est vrai que le terme de travailleur handicapé recoupe généralement

celui résultant de l’action en reconnaissance de la COTOREP, il faut cependant

préciser qu’existent d’autres régimes de reconnaissance des personnes

handicapées, qui ne relèvent pas de cette commission.

a) Régime de l’invalidité

Aux termes de l’article L. 305 du Code de la sécurité sociale, l’invalidité

est définie comme une réduction stabilisée de la capacité de travail ne résultant

ni d’un risque professionnel, ni d’une blessure de guerre. Est reconnue invalide

la personne qui a perdu deux tiers au moins de sa capacité de travail dans la

profession qu’elle exerçait. La pension d’invalidité, dont le montant est estimé

selon le taux d’incapacité, est versée par le régime de sécurité sociale.

1 Cf. avis adoptés par le Conseil économique et social le 10 juin 1992 sur Le potentiel productif des

personnes handicapées, conditions sociales et technologiques de sa valorisation, rapport présenté

par Thérèse Poupon au nom de la section du travail et le 13 septembre 2000 Situations de

handicap et cadre de vie, rapport présenté par Vincent Assante au nom de la section du cadre de

vie.

II - 29

b) Régime des accidents du travail et des maladies professionnelles

Le régime des accidents du travail et des maladies professionnelles

s’appuie sur la notion de réparation d’une atteinte à l’intégrité physique et

psychique du salarié survenue pendant ou à l’occasion du travail. Il trouve sa

source légale dans la loi du 9 avril 1898, qui rompt avec la logique du Code civil

en instaurant un système différent du droit commun de la responsabilité civile et

en assurant l’indemnisation des victimes d’accidents du travail, en contrepartie

de leur incapacité de travail ou de leur invalidité.

Ainsi, tout accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail est

considéré, aux termes de l’article L. 411-1 du Code de la sécurité sociale comme

accident du travail, et ce, quelle qu’en soit la cause, en vertu d’une présomption

d’imputabilité.

Les prestations du régime général des accidents du travail et maladies

professionnelles se composent, au-delà du versement d’indemnités journalières,

d’une rente viagère fondée sur un taux d’incapacité permanente, exprimé en

pourcentage, tenant compte de divers paramètres dont la nature de l’infirmité,

l’état général de la personne, son âge, sa qualification professionnelle et des

conséquences de l’accident.

La victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle a

droit à la prise en charge totale des frais de rééducation professionnelle et de

reclassement, des frais de réadaptation. Enfin, la loi prévoit une obligation de

reclassement assortie le cas échéant d’une priorité d’accès aux actions de

formation.

c) Les mutilés de guerre et assimilés

Ce régime repose sur le principe de la solidarité nationale et de la dette de

la Nation envers les victimes de la Première guerre mondiale. Les blessures

contractées en temps de guerre ont ouvert aux militaires réformés un droit

d’accès à des emplois publics réservés, puis à la rééducation professionnelle et à

une pension spécifique, enfin à une obligation d’emploi par les entreprises du

secteur privé.

Le régime de pension des mutilés de guerre ne fait aucunement référence à

une inaptitude au travail, prenant en compte la gravité des blessures ou maladies

invalidantes, et leur caractère définitif.

d) Le régime de la reconnaissance de la qualité de travailleur

handicapé

Dans le domaine du droit du travail, « est considéré comme travailleur

handicapé toute personne dont les possibilités d’obtenir ou de conserver un

emploi sont effectivement réduites par suite d’une insuffisance ou d’une

diminution de ses capacités physiques ou mentales »1. Il convient à cet égard de

1 Article L. 323-10 du Code du travail.

II - 30

remarquer que ce texte ne définit pas véritablement le travailleur handicapé, mais

évoque uniquement les conséquences du handicap sur l’activité professionnelle.

C’est en fait à la seule COTOREP que revient la responsabilité de la

reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé1.

Il convient à ce sujet de souligner que, quel que soit le régime de

reconnaissance, faire reconnaître son handicap constitue une démarche

personnelle, volontaire et facultative, même si, on le verra tout au long de ce

rapport, la déclaration du handicap ouvre la possibilité de bénéficier d’aides,

notamment pour le maintien dans l’emploi ou la recherche d’un emploi.

2.2. Le travailleur handicapé, salarié ordinaire

Afin d’assurer aux personnes handicapées employées en milieu ordinaire la

meilleure insertion possible, le législateur a choisi de ne pas les placer dans une

situation particulière au regard de la législation du travail et de ne pas les

singulariser par un statut spécifique vis à vis des autres salariés.

Les salariés handicapés sont par conséquent considérés comme des

employés « ordinaires » notamment en ce qui concerne la durée du travail. Ils ne

disposent pas de droit spécifique, par exemple, pour l’accès au temps partiel.

Comme tout salarié, la personne en situation de handicap bénéficie du

principe de non discrimination2. L’employeur ne peut pas refuser d’embaucher

une personne en raison de son état de santé ou de son handicap (sauf inaptitude à

l’emploi constatée par le médecin du travail). Il ne peut pas davantage le

licencier pour ce motif. Cette égalité de traitement ne se limite pas au

recrutement mais s’étend à tous les aspects de la vie professionnelle.

L’embauche peut se réaliser par tout type de contrat (CDI ou CDD) mais aussi

par la voie de contrats réservés aux personnes rencontrant des difficultés

particulières d’insertion, comme le contrat emploi-solidarité ou le contrat

initiative emploi, les personnes handicapées faisant partie des publics prioritaires

visés par ces mesures.

Quelques règles particulières existent cependant, telle l’allongement de la

durée du préavis de licenciement, qui est doublé par rapport à la durée

normalement prévue par la loi ou la convention collective applicable, sans

toutefois excéder trois mois3.

Un autre point d’importance fait également l’objet d’une mesure

dérogatoire ; en effet, en principe, le salaire des travailleurs handicapés employés

en milieu ordinaire de travail ne peut être inférieur à celui prévu par la législation

ou les textes conventionnels.

1 A noter que la loi de 1987 sur l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés détermine de façon

extensive les personnes handicapées bénéficiaires du dispositif légal.

2 Article L. 122-45 du Code du travail.

3 Article L. 323-7 du Code du travail.

II - 31

Cependant, des abattements de salaires peuvent être opérés lorsque

l’intéressé a un rendement professionnel notoirement diminué.

2.3. Les ressources financières des personnes handicapées

a) Les ressources liées à une activité professionnelle

La garantie de ressources des travailleurs handicapés

Son principe est posé par la loi de 1975 : il est accordé à toute personne

handicapée exerçant une activité professionnelle, une garantie de ressources

provenant de son travail et destinée à lui assurer un revenu minimum garanti.

Sont concernés par cette garantie les salariés handicapés en milieu ordinaire de

production subissant un abattement de salaire ou ceux exerçant une activité en

ateliers protégés ou en centres d’aides par le travail.

Cette garantie est assurée par l’Etat1sous forme d’un complément qui

s’ajoute au salaire versé par l’employeur. Son montant est égal au salaire que

percevrait un travailleur valide effectuant la même tâche dans la limite de 100 %

à 130 % du SMIC pour les salariés en milieu ordinaire, de 90 % du SMIC en

atelier protégé et de 70 % en centre d’aide par le travail.

L’allocation compensatrice pour « frais professionnels »

Il s’agit d’une allocation d’aide sociale destinée à compenser les frais

supplémentaires engendrés par l’exercice d’une activité professionnelle. La

personne handicapée doit présenter un taux d’incapacité permanente d’au moins

80 %. Cette allocation est soumise aux mêmes conditions de ressources que

celles de l’allocation aux adultes handicapées.

Les frais concernés peuvent être habituels (transport, outillages…) ou plus

ou moins ponctuels (aménagement d’un véhicule, achat de matériels adaptés).

L’allocation se cumule le cas échéant avec l’Allocation aux adultes

handicapés (AAH) ainsi qu’avec toute autre prestation de vieillesse ou

d’invalidité.

Autres ressources liées à l’exercice d’une activité professionnelles

Un certain nombre de prestations annexes sont liées, pour les travailleurs

handicapés remplissant les conditions, à une insertion, à une réinsertion dans

l’emploi, ou encore à la prise en compte des années d’activité professionnelle.

On citera à ce titre la prime de reclassement, la subvention d’installation, la

pension d’invalidité, la rente d’accident du travail et la pension de retraite.

b) Les allocations non liées à l’exercice d’une activité professionnelle

L’allocation d’adulte handicapé

L’AAH est une prestation créée par la loi du 30 juin 1975, servie comme

une prestation familiale par les caisses d’allocations familiales ou de mutualité

sociale agricole. Elle est soumise à un certain nombre de conditions cumulatives,

1 A noter que cette prestation a été confiée à l’AGEFIPH en 1997.

II - 32

liées d’une part aux ressources de la personne handicapée1, d’autre part au

handicap ; elle est accordée aux personnes atteintes d’une incapacité permanente

d’au moins 80 % ou à celles ayant une incapacité permanente de 50 à 79 %,

reconnues par la COTOREP et dans l’impossibilité de se procurer du travail en

raison de leur handicap2. Son montant est égal au minimum vieillesse, soit

577,92 € par mois au 1er janvier 2003.

Elle ne se cumule pas avec les avantages vieillesse ou invalidité ni avec la

garantie de ressources.

L’aide forfaitaire en faveur de la vie autonome à domicile des personnes

adultes handicapées

Un arrêté du 29 janvier 1993 institue une aide forfaitaire d’un montant égal

à 16 % de l’AAH, généralement appelée « complément autonomie » ; elle est

destinée à permettre aux personnes adultes handicapées de couvrir les dépenses

supplémentaires qu’elles ont à supporter pour les adaptations nécessaires à une

vie autonome à domicile.

Pour en bénéficier, les personnes handicapées doivent notamment présenter

un taux d’incapacité ouvrant droit à l’AAH et bénéficier d’une aide personnelle

au logement3. La demande doit être effectuée directement auprès de la CAF qui

verse l’AAH.

L’allocation compensatrice pour aide d’une tierce personne

Il s’agit d’une allocation d’aide sociale destinée à favoriser le maintien à

domicile des personnes handicapées présentant un taux d’incapacité d’au moins

80 %, dont l’état nécessite l’aide effective d’une tierce personne pour un,

plusieurs ou la plupart des actes essentiels de la vie courante ; le montant de cette

allocation sera fonction de l’état de nécessité. Comme pour l’allocation « frais

professionnels », la demande est instruite par la COTOREP et versée par les

services de l’action sociale.

3. La place du travail protégé

On ne peut considérer l’insertion professionnelle des personnes

handicapées dans le milieu ordinaire de travail sans évoquer les liens ou les

interactions qui existent avec le secteur protégé. Les personnes étant, du fait de

leur handicap, dans l’incapacité de travailler à un rythme identique à un salarié

dit « valide », peuvent bénéficier d’une mesure dite de travail protégé, soit en

entreprise du milieu ordinaire ou Travail protégé en milieu ordinaire (TPMO),

soit encore dans une structure de travail protégé : atelier protégé, Centre d'aide

par le travail (CAT).

1 Handicapé vivant seul sans enfant à charge : 6 847,10 €/an, doublé pour les handicapés vivant en

couple, et majoré de 50 % par enfant à charge.

2 La Cour de cassation a considéré qu’une activité exercée au sein d’un CAT ne constitue pas un

emploi au sens de la loi et ne peut être opposée à une demande d’AAH.

3 A noter qu’existent en outre deux types d’allocation de logement, à caractère social et à caractère

familial.

II - 33

3.1. Le travail protégé en milieu ordinaire

Le Code du travail prévoit que des emplois à mi-temps ou des emplois dits

légers peuvent être attribués, sur avis de la COTOREP, aux personnes

handicapées qui ne peuvent être employées en raison de leur état physique ou

mental, soit à un rythme normal, soit à temps complet. Le TPMO autorise un

employeur à effectuer un abattement sur le salaire de la personne, après avis de

l’inspecteur du travail1 : un complément est alors versé par l’AGEFIPH au titre

de la Garantie de ressources du travailleur handicapé (GRTH) en milieu

ordinaire.

3.2. Les ateliers protégés et les centres d’aide par le travail

Créés pour servir, à terme, de transition vers une insertion professionnelle

en milieu ordinaire, les ateliers protégés et les centres d’aide par le travail

permettent aux personnes handicapées d’exercer une activité rémunérée dans des

conditions adaptées à leurs possibilités.

a) Les ateliers protégés2

Les ateliers protégés ont vocation à permettre aux travailleurs handicapés

d’exercer une activité salariée dans des conditions adaptées à leurs possibilités.

La capacité de travail des personnes admises en atelier protégé est en général au

moins égale à un tiers de celle d’un travailleur valide.

Les ateliers protégés constituent des unités économiques de production

tenues d’assurer leur équilibre financier tout en ayant la possibilité de percevoir

des subventions de fonctionnement allouées par le ministère chargé du travail.

L’emploi en atelier protégé est relativement faible. Les ateliers protégés et

les CDTD sont de véritables entreprises, soumises au droit des entreprises et au

droit du travail. Le salaire minimum est au moins égal à 90 % du SMIC ; il est

constitué, d’une part d’une rémunération du travail égale au moins à 35 % du

SMIC pris en charge par l’employeur et d’autre part, d’un complément de

rémunération pris en charge par l’Etat au plus égal à 55 % du SMIC.

b) Les Centres d’aide par le travail(CAT)3

Le CAT se définit à la fois comme une structure de mise au travail et

comme une structure médico-sociale menant des activités de soutien qui

permettent une insertion professionnelle à des personnes qui ne pourraient

trouver leur place en milieu ordinaire de travail. Ils sont juridiquement des

établissements sociaux et ne relèvent pas, à ce titre, du Code du travail, mais du

Code de la famille et de l’aide sociale. Ils sont sous tutelle de la DDASS, qui

contrôle leur gestion financière, administrative et médico-sociale.

1 L’abattement est fixé à 10 % maximum par rapport au salarie perçu sur un même poste si le salarié

a une RQTH de catégorie B et de 20 à 50 % pour une RQTH de catégorie C.

2 Art. L. 320-30 et L. 323-60 et suivants du Code du travail.

3 Références : articles 167 et 168 du Code de la famille, décret n° 77-1547 du 31/12/77 et circulaire

60 AS du 08/12/78.

II - 34

Contrairement aux travailleurs handicapés exerçant une activité

professionnelle au sein d’ateliers protégés, les personnes handicapées admises

dans des CAT n’ont pas la qualité de salarié et ne sont pas liés aux CAT par un

contrat de travail. La plupart des travailleurs handicapés en CAT sont déficients

intellectuels.

Travailler en CAT nécessite d’être reconnu travailleur handicapé et orienté

par la COTOREP, avoir une capacité de travail ou ne dépassant pas le tiers de la

capacité normale de travail ou présenter des difficultés d’adaptation en milieu

ordinaire ou en atelier protégé requérant des soutiens médico-sociaux ou

psychologiques.

La rémunération des travailleurs handicapés en CAT se compose d’un

minimum de 5 % du SMIC versés par le CAT, d’un complément de

rémunération versé par la DDTEFP, à hauteur de 50 % du SMIC, et, le plus

souvent, d’une AAH (allocation adulte handicapé) qui permet d’atteindre la

valeur du SMIC, voire 110 % de celui-ci quand la part versée par le CAT est

supérieure à 15 % du SMIC.

Les CAT ont connu un développement beaucoup plus important que les

ateliers protégés, en raison, pour partie, de leurs modalités de financement

respectives. En effet, la formule de l’attribution d’un budget global propre aux

CAT s’avère plus facile à gérer que celle reposant, pour les ateliers protégés, sur

l’attribution en fin d’exercice d’une subvention d’équilibre. Compte tenu du

nombre conséquent de places en CAT et de la répartition géographique inégale

des ateliers protégés, on observe une tendance des COTOREP, l’offre

conditionnant la demande, à privilégier les orientations vers les CAT, pour des

personnes dont on pourrait a priori penser qu’elles sont aptes à intégrer un atelier

protégé, si ce n’est le milieu ordinaire.

3.3. Du milieu protégé au milieu ordinaire

Afin de permettre une meilleure orientation à terme des personnes

handicapées vers le milieu ordinaire de travail, le législateur a prévu le principe

de « passerelles » entre le milieu protégé et les entreprises.

Ainsi, les personnes handicapées employées en atelier protégé peuvent être

mises à disposition par une entreprise dans le cadre d’un contrat de détachement,

après avis de l'inspection du travail et consultation du comité d'entreprise. Cette

mesure est destinée à favoriser l’intégration professionnelle des personnes

handicapées en milieu ordinaire, son objectif étant l’embauche éventuelle des

salariés1. C’est pourquoi, la convention conclue entre l’atelier protégé et

l’entreprise utilisatrice est d’une durée maximale d’un an, renouvelable.

En ce qui concerne les CAT, les personnes handicapées peuvent exercer

des activités à l’extérieur du centre dans la cadre d’un contrat de sous-traitance

ou de mise à disposition. Le contrat de sous-traitance n’est soumis à aucune règle

1 Art. D. 323-25-3 du Code du travail.

II - 35

de forme particulière, notamment quant à sa durée. En revanche, dans le cas

d’une mise à disposition, la durée maximale est fixée à un an ; au-delà son

renouvellement doit recueillir l’avis de la COTOREP.

B - L’OBLIGATION D’EMPLOI

1. Les entreprises du secteur privé

La loi institue, pour tout employeur d’au moins 20 salariés, l’obligation

d’employer une proportion de travailleurs handicapés correspondant à 6 % de

l’effectif total des salariés, dont les bénéficiaires sont énumérés à l’article L. 323-

3 du Code du travail.

1.1. Les bénéficiaires de l’obligation d’emploi

Y figurent en premier lieu les travailleurs handicapés reconnus par la

COTOREP, seul organisme habilité à procéder à cette reconnaissance. Toutefois,

l’obligation s’applique également à d’autres catégories de personnes, la loi

tendant à couvrir le plus largement possible la typologie des personnes en

situation de handicap.

Sont ainsi concernés :

- les victimes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles

ayant entraîné une incapacité permanente d’au moins 10 % et

titulaires d’une rente attribuée au titre du régime général de sécurité

sociale ou de tout autre régime de protection sociale obligatoire ;

- les victimes civiles d’attentats avec une incapacité permanente d’au

moins 10 % ;

- les titulaires d’une pension d’invalidité, à condition que leur

invalidité réduise d’au moins des 2/3 leur capacité de travail ou de

gain ;

- les anciens militaires et assimilés, titulaires d’une pension militaire

d’invalidité au titre du Code des pensions militaires d’invalidité et des

victimes de guerre ;

- les sapeurs pompiers volontaires victimes d’un accident survenu ou

d’une maladie contractée en service.

En outre, les veuves et orphelins de guerre sont également admis au

bénéfice de cette obligation d’emploi, sans lien direct avec une situation de

handicap au sens où l’entend le présent rapport.

Il convient à ce sujet de souligner la complexité et la confusion qui

résultent de l’articulation des différents bénéficiaires, relevant de régimes

différents d’invalidité, et d’insister sur le fait que certaines catégories ne

II - 36

présentent pas directement un handicap et sont pourtant intégrées dans les

bénéficiaires1.

De plus, les règles de cumuls entre prestations sociales et rémunération en

cas de reprise d’une activité salariée divergent selon les différents types de

régime. Ainsi, les mutilés de guerre conservent l’intégralité de leur pension ; de

la même façon, les victimes d’accidents du travail ou de maladies

professionnelles continuent de bénéficier de la totalité de leur rente. A l’inverse,

la pension versée aux invalides civils est en général suspendue ou supprimée en

cas de reprise d’une activité professionnelle ; néanmoins, la personne peut le cas

échéant bénéficier de droits à pension d’invalidité 1ère catégorie et poursuivre une

activité à temps partiel. Enfin, s’agissant de l’AAH, soumise à conditions de

ressources, elle est selon les cas réduite à due concurrence voire supprimée.

1.2. Le quota : la notion d’unités bénéficiaires

L’obligation d’emploi est définie en référence à un taux d’emploi de 6 %

de l’effectif salarié, calculé sur une base permettant de défalquer un certain

nombre de salariés relevant de professions exclues de l’obligation2. Pour

apprécier sa situation par rapport à ce quota, chaque entreprise procède non au

décompte de salariés handicapés, mais à celui « d’unités bénéficiaires ».

En effet, la loi tient compte du niveau d’employabilité des personnes

handicapées et des efforts faits par l’employeur pour favoriser l’emploi des

moins facilement insérables d’entre elles. Le calcul du quota d’emploi s’effectue

donc, non en tenant compte de l’individu salarié – le « bénéficiaire » - mais en

fonction de l’unité bénéficiaire, une unité de calcul intégrant les éléments de

faible employabilité que sont la lourdeur du handicap et l’âge, en plus du

parcours professionnel. Ces calculs se font aussi au prorata de la durée du

travail. Ainsi, un travailleur handicapé peut représenter jusqu’à 5,5 unités

bénéficiaires3.

Cette mesure, qui répond au souci du législateur de favoriser l’insertion

professionnelle des personnes les plus lourdement handicapées, et par voie de

conséquence, les plus éloignées de l’emploi, pose néanmoins question dans la

mesure où elle stigmatise le handicap et semble reléguer au second plan la

personne.

1.3. Les moyens de satisfaire à l’obligation

La loi de 1987 offre à l’employeur des solutions , qui s’avèrent autant

d’alternatives à l’emploi direct de travailleurs handicapés. En dehors de

1 Cf. point sur les différents régimes de reconnaissance.

2 En effet, certains emplois relevant de catégories considérés comme exigeant des conditions

d’aptitude particulières, sont exclus du calcul de l’effectif ouvrant l’obligation d’emploi. cf.

annexe 2 : Liste des emplois non décomptés dans l’effectif.

3 Les bénéficiaires de l’obligation d’emploi peuvent être décomptés au maximum à 5,5 unités pour

les personnes reconnues par la COTOREP, à 3,5 pour les accidentés du travail, et à 2 pour les

autres bénéficiaires. (art. D. 323-2 du Code du travail).

II - 37

l’embauche directe, l’entreprise peut en effet également satisfaire à l’obligation

légale en ayant recours à trois autres moyens, distincts mais pouvant être utilisés

ensemble, de façon complémentaire.

L’employeur peut en premier lieu faire appel aux structures de travail

protégé en passant auprès d’elles des contrats de sous-traitance ou de prestations

de services. Toutefois, cette disposition ne peut être utilisée que dans la limite de

la moitié du quota, afin de ne pas obérer la perspective de l’insertion des

personnes handicapées en milieu ordinaire de travail, mode privilégié reconnu

par la loi.

Par ailleurs, les employeurs peuvent s’acquitter en totalité de l’obligation

d’emploi en faisant application d’un accord de branche, d’entreprise ou

d’établissement, soumis à l’agrément de l’Etat, qui prévoit la mise en œuvre d’un

programme annuel ou pluriannuel en faveur des travailleurs handicapés.

L’employeur s’engage ainsi, pour une durée de 2 ou 3 ans, à favoriser l’emploi

de personnes handicapées ou à maintenir dans l’entreprise ses salariés victimes

d’un accident du travail ou qui développent un handicap.

Il convient de noter que la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002

a modifié les obligations relatives au contenu de ces accords collectifs.

Jusqu’alors, ils devaient comporter au moins deux des actions suivantes : plan

d’embauche en milieu ordinaire, plan d’insertion et de formation, plan

d’adaptation aux mutations technologiques et plan de maintien dans l’entreprise

en cas de licenciement. Ils doivent désormais, d’une part, définir obligatoirement

un plan d’embauche en milieu ordinaire et, d’autre part, prévoir au moins deux

autres actions.

Enfin, l’employeur peut, pour satisfaire à son obligation légale, verser à

l’AGEFIPH une contribution représentative des bénéficiaires qu’il aurait dû

employer. Le montant de la contribution est fixé en fonction de la taille de

l’entreprise et calculé par rapport au SMIC1.

Le contrôle du respect de cette obligation d’emploi se fait par le biais d’une

déclaration annuelle de l’employeur auprès de la DDTEFP sur les emplois

occupés par des personnes handicapées par rapport à l’ensemble des emplois

existants (DOETH) accompagnée de la justification d’une des possibilités légales

d’exonération de l’obligation d’emploi. En cas de non respect de l’obligation

légale, l’employeur encourt une pénalité, fixée à 125 % de la contribution

volontaire à l’AGEFIPH, recouvrée par le trésor public.

1 Le montant de la contribution est fixé à 300 fois le SMIC horaire pour les entreprises de 20 à 199

salariés, à 400 fois pour celles de 200 à 749 salariés et à 500 fois pour les effectifs supérieurs.

L’obligation s’apprécie au niveau de l’établissement. Cependant l’effectif de référence pour

déterminer le taux de la contribution est celui de l’entreprise dont relève l’établissement. La

contribution est calculée au prorata du nombre d’unités bénéficiaires manquantes, après prise en

compte des autres moyens de mise en œuvre de l’obligation.

II - 38

1.4. Les aides accordées aux entreprises

Le système d’aides financières au profit des entreprises est une mesure très

répandue dans la majeure partie des pays européens en vue de favoriser

l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Le bilan qui peut être fait

de l’utilisation de ces mesures en France apparaît mitigé, notamment en raison

du nombre de ces aides, de leur complexité et de l’insuffisante information sur

ces dispositifs.

On précisera en préalable que ces diverses aides ne sont attribuées que pour

l’accès à l’emploi ou le maintien de travailleurs handicapés, reconnus par la

COTOREP.

Sans chercher à présenter ces aides de façon exhaustive, on peut citer la

prime d’apprentissage pour la formation des apprentis handicapés, ou la

possibilité de procéder à une réduction du salaire de la personne présentant un

rendement notoirement insuffisant.

Par ailleurs, l’Etat peut accorder une aide financière aux employeurs en vue

de faciliter la mise ou la remise au travail de personnes handicapées en milieu

ordinaire : aides pour l’aménagement des postes de travail et des accès aux lieux

de travail (adaptation de machines ou d’outillage, installation d’équipements à

haute technicité spécialisés pour les personnes handicapées…), aides de

compensation des charges supplémentaires d’encadrement.

Les entreprises peuvent également bénéficier d’aides attribuées par

l’AGEFIPH, qui viennent en complément des aides versées par l’Etat ou par les

collectivités territoriales.

L’AGEFIPH prend ainsi en charge le surcoût lié au handicap à toutes les

étapes de l’insertion professionnelle. Elle développe dans ce cadre un

programme d’intervention de vingt mesures : bilan d’évaluation et d’orientation,

actions de formations, études, diagnostics et conseils permettant aux entreprises

de cerner leurs besoins en matière d’insertion ou de maintien dans l’emploi des

personnes handicapées, aides à l’apprentissage ou aux formations en alternance,

aménagement des situations de travail et accessibilité des lieux de travail,

subventions pour permettre le maintien dans l’emploi. Le montant des aides et

autres financements accordés par l’AGEFIPH en 2002 s’élève à 398 millions

d’euros.

Il convient à ce sujet de préciser que si l’obligation d’emploi posée par la

loi de 1987 concerne les seules entreprises employant 20 salariés et plus, les

aides de l’AGEFIPH sont ouvertes à l’ensemble des entreprises, quel que soit

leur effectif 1, à l’exclusion des fonctions publiques.

Enfin, l’aggravation de la situation du marché de l’emploi a conduit les

pouvoirs publics à instaurer des aides financières ou des exonérations de charges

1 Selon le rapport d’activité 2001 de l’AGEFIPH , les établissements de moins de 20 salariés sont

majoritaires, en réalisant plus de la moitié des recrutements bénéficiant d’aides ; leur part diminue

cependant régulièrement depuis 1997.

II - 39

sociales (contrats aidés) au bénéfice des employeurs qui embauchent certaines

catégories de salariés, au titre desquelles figurent les personnes handicapées, ce

qui représente 5, 7 millions d’euros en 2001.

2. Les fonctions publiques

L’obligation d’emploi instituée par la loi de 1987 s’applique également aux

fonctions publiques d’Etat, territoriale et hospitalière ainsi qu’à leurs

établissements publics. Cette obligation est, comme dans le secteur privé, fixée à

6 % de l’effectif total des agents, les administrations pouvant s’en acquitter

partiellement en passant des contrats de fournitures ou de prestations de services

avec les établissements de travail protégé. Cette obligation n’est, contrairement à

l’obligation pesant sur les entreprises du secteur privé, sanctionnée d’aucune

manière, pas plus qu’il n’est légalement prévu de mesures de contrôle.

Enfin, si la loi de 1987 s’applique aux trois fonctions publiques, les

modalités de sa mise en œuvre diffèrent de celles fixées pour le secteur privé.

Ainsi, les personnes handicapées ne sont pas comptabilisées selon le principe des

unités bénéficiaires ; par ailleurs, il n’existe pas d’emplois exclus du champ de

l’obligation d’emploi pour le décompte de l’effectif. Enfin, la loi n’institue

aucune contribution libératoire en cas de non satisfaction au principe du quota.

2.1. Le recrutement

S’agissant du recrutement, les personnes reconnues travailleur handicapé

par la COTOREP (ou titulaires d’une pension militaire, ou encore veuves ou

victimes civiles de guerre), peuvent intégrer la Fonction publique selon deux

modes d’accès : le concours ou le recrutement direct par contrat ayant vocation à

titularisation1.

a) Par concours

Il s’agit de la voie d’accès de droit commun, ouverte aux travailleurs

handicapés, avec la possibilité d’un recul de la limite d’âge maximum. Les

candidats peuvent bénéficier d’un aménagement pratique des épreuves du

concours (temps de composition plus long, matériels adaptés, assistance d’un

secrétariat). Les travailleurs handicapés peuvent déposer une demande auprès de

la COTOREP, afin que leur handicap soit reconnu compatible avec l’emploi

postulé, pour éviter un possible avis médical défavorable par la suite qui

s’opposerait à leur recrutement effectif.

1 A noter que la voie des emplois réservés, concernant un certain nombre d’emplois de catégorie B

et C des trois fonctions publiques, au bénéfice des personnes en situation de handicap, sous la

seule condition d’un contrôle du niveau de connaissance par examen, a tendance à tomber en

désuétude. Les emplois réservés sont de moins en moins nombreux, avec d’importants délais

d’attente.

II - 40

b) Par contrat

Le recrutement sur contrat est possible depuis 1987 pour les emplois de

catégorie C et depuis 1995 pour ceux de l’ensemble des catégories A et B 1.

Cette formule a été initiée par La Poste. Le recrutement s’opère sur la base d’un

contrat d’une année, renouvelable une seule fois, à l’issue duquel ils peuvent être

titularisés s’ils sont jugés aptes professionnellement à exercer les fonctions

occupées pendant la durée du contrat. Le candidat doit remplir les mêmes

conditions de diplômes que les candidats au concours correspondant à l’emploi

qu’ils occupent.

A noter qu’il s’agit d’un dispositif spécifique aux personnes handicapées

(contrat d’un an ouvrant droit à titularisation) qui doit être distingué des autres

possibilités de recrutement par contrat prévues dans certains cas : technicité ou

qualification particulières, besoins saisonniers ou occasionnel2... Dans tous les

cas, le recrutement par contrat, constitue un dispositif dérogatoire s’opposant au

principe d’égalité à l’accès aux emplois publics garanti par la voie du concours,

qui fonde le droit de la Fonction publique française.

Le déroulement de carrière des fonctionnaires handicapés s’effectue de la

même façon que celle des fonctionnaires appartenant au même corps et au même

grade, avec toutefois une priorité en cas de demande de mutation.

S’il appartient à chaque administration de financer l’aménagement des

postes de travail sur son propre budget de fonctionnement, un fonds

interministériel créé en 19983 a vocation à contribuer à la prise en charge

d’expérimentations en matière d’équipements et d’aménagements des postes de

travail, ainsi qu’à participer au financement d’actions d’accompagnements

engagées par les services pour l’intégration de leurs agents handicapés4.

2.2. Le maintien dans l’emploi

Lorsque l’état de santé d’un fonctionnaire ne lui permet plus d’exercer

normalement ses fonctions, ce dernier doit bénéficier de la procédure de

reclassement, avant toute éventuelle mise à la retraite pour invalidité.

Si l’état physique du fonctionnaire ne lui permet plus de remplir les

fonctions correspondant aux différents emplois de son grade, l’intéressé peut

présenter une demande de reclassement, dans un emploi d’un autre corps, par le

biais d’un détachement, s’il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions

correspondantes. L’administration est alors tenue de proposer plusieurs emplois

1 Articles 27 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la

Fonction publique de l’Etat et de la loi n° 86-33 sur la fonction publique hospitalière ; article 38 de

la loi n° 84-53 sur la fonction publique territoriale.

2 Articles 4 et 6 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la

fonction publique de l’Etat. Des dispositions analogues existent pour les fonctions publiques

territoriale et hospitalière.

3 Fonds interministériel d’aide à l’insertion des personnes handicapées dans la Fonction publique.

4 Le budget de ce fonds (2,3 millions d’euros) vient d’être triplé à partir de 2002, dans le cadre du

protocole d’accord signé avec des organisations syndicales le 8 octobre 2001.

II - 41

dans un délai maximum de trois mois suivant la demande de l’agent. Lorsque le

fonctionnaire est reconnu définitivement inapte à l’exercice d’un emploi public,

et ne peut être reclassé, il est mis à la retraite d’office pour invalidité.

Cependant, tout comme le secteur privé, le bilan de la politique menée par

la Fonction publique n’apparaît pas satisfaisant dans le domaine de l’insertion

des personnes handicapées. Ceci étant, tout comme dans le privé, une prise de

conscience de la nécessité de conduire une véritable politique et de mobiliser le

plus grand nombre de moyens se développe depuis quelques années. A cet égard,

on notera la mise en place, depuis 1995, de correspondants handicaps dans

chacune des administrations, chargé de faciliter l’insertion professionnelle des

agents handicapés, ainsi que l’existence d’un accord triennal conclu dans la

Fonction publique de l’Etat en 2001, dont les fondements et les perspectives

devront être analysés.

C - LES ACTEURS

La politique menée en direction des personnes handicapées est par nature

partenariale. Y contribuent notamment, comme l’affirme l’article 1er de la loi de

1975 d’orientation en faveur des personnes handicapées, « l’Etat, les collectivités

locales, les établissements publics, les organismes de sécurité sociale, les

associations (…) ».

Dans ce cadre, l’Etat a en charge de définir les axes de cette politique, de la

mettre en œuvre et de coordonner l’ensemble des acteurs qui y concourent. Au

niveau national, la mise en œuvre et le suivi des dispositifs d’insertion

professionnelle des publics en difficulté et des actions spécifiques en faveur de

l’emploi des personnes handicapées relèvent du ministère chargé du travail, en

association, le cas échéant, avec les services de l’administration chargée de

l’action sociale.

1. Un réseau d’acteurs mobilisables pour l’insertion professionnelle

Une multiplicité d’acteurs participent à l’insertion professionnelle des

personnes en situation de handicap et mettent en œuvre la politique d’obligation

d’emploi initiée par les pouvoirs publics.

C’est ainsi qu’ont été institués les Programmes départementaux d'insertion

des travailleurs handicapés (PDITH) fortement impliqués dans les dispositifs

d’insertion professionnelle. Contribuant à rendre plus lisibles pour les

travailleurs comme pour les entreprises les moyens existants mis en œuvre au

plan territorial, le PDITH crée une dynamique d’insertion, favorisant la

complémentarité des actions et des mesures, mettant en réseau des acteurs

jusqu’alors cloisonnés, et développant une politique d’information, de

communication et d’évaluation des l’ensemble des actions conduites sur le

territoire.

Figurent en premier lieu, parmi les acteurs mobilisés par la dynamique du

PDITH, le Service public de l’emploi mais également les DDASS-Etat, les

II - 42

collectivités territoriales, l’AGEFIPH et le réseau Cap Emploi, les organismes de

formation (de droit commun ou spécialisés), les associations et les organisations

professionnelles et syndicales.

Il n’apparaît pas utile de présenter de manière détaillée l’ensemble des

services et organismes intervenant dans le champ du travail des personnes

handicapées, le rôle des uns et des autres étant généralement connu. En revanche,

il semble nécessaire d’aborder de façon plus précise l’AGEFIPH, au regard de la

place particulière qu’elle occupe dans le cadre de cette politique.

1.1. L’AGEFIPH

Le législateur a entendu en 1987 confier à une association ad hoc la gestion

du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapée, chargée de

collecter les contributions annuelles des employeurs au regard de leur obligation

d’emploi. L’AGEFIPH intervient dans le champ des entreprises privées et des

établissements publics industriels et commerciaux.

L’AGEFIPH est juridiquement constituée en juillet 1988 et devient

opérationnelle en octobre 1989. Elle est gérée par un conseil d’administration

composé de quatre collèges : les organisations professionnelles d’employeurs,

les confédérations syndicales de salariés représentatives, les associations de

personnes handicapées à caractère national qui siègent au Conseil supérieur de

reclassement professionnel, et enfin de cinq personnalités qualifiées désignées,

pour trois d’entre elles, par chacun des trois collèges précités, et pour les deux

autres, par le ministre chargé du travail.

L’association a pour objet d’accroître les moyens consacrés à l’insertion

des personnes handicapées en milieu ordinaire. Les actions qu’elle finance n’ont

pas vocation à se substituer à celles résultant des missions propres de l’Etat en ce

domaine, même si ces actions s’ajoutent à celles financées par des aides

publiques pré-existantes.

Les ressources de l’AGEFIPH sont destinées à favoriser toutes les formes

d’insertion en milieu ordinaire. Elles sont, selon la loi, affectées à trois priorités :

- le surcoût des actions de formation lié au handicap (formation des

formateurs, mise en place d’actions de préformation au stade de la

rééducation fonctionnelle) ;

- les actions d’innovation et de recherche dans l’entreprise (adaptation

de l’outil et aménagement des postes de travail) ;

- la mise en œuvre de toute mesure nécessaire au suivi des travailleurs

handicapés dans leur insertion ou leur vie professionnelle

(développement des EPSR, primes d’incitation au recrutement…).

Son action est relayée au niveau local par le réseau Cap Emploi qui

regroupe les EPSR issues de la loi de 1975 en faveur des personnes handicapées,

et les Organismes d'insertion et de placement (OIP) issus de la loi de 1987 sur

l’insertion professionnelles des personnes handicapées. Aujourd'hui, l'ensemble

II - 43

des EPSR et des OIP, soit 118 structures, constitue le réseau Cap Emploi, cette

appellation commune permettant de repérer leur activité dans chaque

département, fédérées sous l’impulsion et avec le soutien de l’AGEFIPH.

1.2. Le réseau Cap Emploi

Le réseau Cap Emploi s’identifie par son action spécifique au service de

l’emploi des personnes handicapées en milieu ordinaire ; il agit en complément

de l’action des ANPE, avec des compétences distinctes plaçant au cœur de sa

mission la personne handicapée dans son projet d’intégration professionnelle, et

en privilégiant un accompagnement individualisé basé sur une approche

contractuelle.

Les Cap Emploi assurent la médiation entre l'entreprise et la personne

handicapée qu'ils amènent, en fonction de ses compétences et aptitudes, vers un

emploi durable. Leur mission est le placement des travailleurs handicapés en

milieu ordinaire de travail, mais également le suivi des personnes insérées et leur

maintien dans l’emploi. Outre le réseau de l’ANPE, ils travaillent en liaison

constante avec les COTOREP et l’ensemble des partenaires concernés (PDITH,

collectivités territoriales).

En 2001, le réseau Cap Emploi a accueilli environ 74 000 personnes

handicapées et a permis le recrutement d’un peu plus de 42 000 d’entre-elles. En

grande majorité, ces emplois sont durables (près des trois quarts sont des contrats

conclus pour une durée supérieure à douze mois). Par ailleurs, la moitié des

placements sont réalisés au sein d’entreprises de moins de vingt salariés,

pourtant non soumise à l’obligation légale d’emploi.

2. L’environnement immédiat du travailleur handicapé

Cependant, en parallèle à l’action et aux efforts menés au niveau territorial

par les pouvoirs publics et les autres acteurs de l’insertion des personnes

handicapées dans les entreprises, c’est au sein de l’entreprise elle-même que se

définissent et s’organisent les modalités de l’activité professionnelle de ces

salariés.

C’est en premier lieu sur l’employeur, qui dispose du pouvoir de

recrutement, que repose la démarche favorisant l’insertion professionnelle de la

personne handicapée. Par ailleurs, les délégués syndicaux, les délégués du

personnel, le Comité d’entreprise ont un rôle important pour l’insertion des

travailleurs handicapés, dans le cadre des missions dévolues par la loi

(négociation d’accords collectifs, suivi de l’obligation d’emploi…). Tout

employeur doit porter cette DOETH à la connaissance du CE ou à défaut des

DP1.

1 Article R. 323-10 du Code du travail.

II - 44

Cette déclaration est constituée de plusieurs documents :

- une première partie recense tous les salariés y compris ceux qui

relèvent des catégories exigeant des conditions d’aptitudes

particulières. Cet effectif est réparti par sexe et selon la nomenclature

des professions et des catégories socioprofessionnelles ;

- une deuxième partie permet de justifier de façon détaillée des

différents moyens de mise en œuvre de l’obligation d’emplois des

personnes handicapées ;

- une troisième partie sert à identifier les établissements dans le cas où

la déclaration annuelle est établie par le siège social de l’entreprise.

Le CHSCT a une mission prépondérante en matière de prévention des

risques professionnels sur la santé des salariés. Il est consulté sur les mesures

prises en vue de faciliter la mise au travail des personnes handicapées, sur la

reprise du travail ou le maintien dans l’emploi des salariés victimes d’un

accident du travail et notamment sur l’aménagement de leur poste de travail.

De son côté, le médecin du travail a vu son implication renforcée dans le

domaine de l’intégration des personnes handicapées en termes d’insertion, de

suivi et de maintien dans l’emploi. ; il est appelé à jouer un rôle important de

conseil tant auprès de l’employeur que des salariés et des représentants du

personnel, l’amélioration des conditions de travail dans l’entreprise, l’adaptation

des postes, des techniques et des rythmes de travail.

S’agissant enfin du rôle des associations, en vertu de l’article L. 323-8-7

du Code du travail, celles-ci, ayant pour objet principal la défense des intérêts

des personnes handicapées, peuvent exercer une action civile fondée sur

l’inobservation des prescriptions de la loi lorsque celle-ci porte sur un préjudice

certain à l’intérêt collectif qu’elles représentent.

II - 45

CHAPITRE II :

DONNEES QUANTITATIVES ET QUALITATIVES

I - AGE ET DEMOGRAPHIE DES PERSONNES HANDICAPEES

A - DANS LE SECTEUR PRIVE

1. Une majorité d’hommes et des travailleurs âgés

Dans la population des travailleurs handicapés bénéficiaire de la loi du

10 juillet 1987, les hommes sont sur-représentés (68 % fin 2000) par rapport à

l’ensemble des salariés (62 %). La proportion d’hommes varie toutefois selon la

catégorie de personnes handicapées considérée.

La quasi-totalité des mutilés de guerre ou assimilés sont des hommes. C’est

également le cas d’une grande majorité des victimes d’accidents du travail.

Parmi les personnes reconnues handicapées par la COTOREP, les hommes sont

également majoritaires mais de façon moins prononcée. En revanche, ils se

trouvent minoritaires s’agissant des invalides pensionnés. Au fil des années, cette

différence entre représentation des hommes et des femmes tend à s’atténuer avec

la décroissance des accidentés du travail, catégorie traditionnellement très

masculine.

La population des travailleurs en situation de handicap est également plus

âgée que la population active examinée globalement : 62 % des bénéficiaires

sont âgés d’au moins 40 ans.

2. Une majorité de bénéficiaires reconnus par la COTOREP

Il convient de rappeler en premier lieu que la COTOREP est divisée en

deux sections spécialisées, selon la nature de la décision à prendre. La majeure

partie de son activité concerne la seconde section. Elle doit notamment décider

du taux d’invalidité de la personne, de l’attribution de certaines allocations

(AAH, allocation compensatrice, allocation logement), de l’attribution de la carte

d’invalidité, de l’admission éventuelle de la personne dans un établissement

spécialisé lorsque le handicap est incompatible avec toute activité

professionnelle. Cette précision est importante pour mieux comprendre la

complexité et la quantité de décisions qu’une COTOREP doit prendre au cours

d’une année.

Deux groupes dominent la population des travailleurs handicapés. Les

personnes reconnues par la COTOREP : 59 % et les victimes d’accident du

travail ou de maladie professionnelle : 30 %.

II - 46

Sur les dix dernières années, les personnes handicapées reconnues par la

COTOREP sont devenues largement majoritaires parmi les bénéficiaires alors

qu’elles n’en rassemblaient que 32 % en 1990 contre 55 % pour les victimes

d’accidents du travail. Ce renversement s’est effectué sous le double effet de la

baisse des accidents du travail et de l’augmentation du nombre de demandes

déposées auprès des COTOREP et de la croissance des RQTH.

Graphique 1 : Répartition des travailleurs handicapés

bénéficiaires de la loi du 10 juillet 1987

selon le sexe et la catégorie de handicap fin 1998

0

10

20

30

40

50

60

70

80

90

100

Personnes

reconnues

handicapées par

la COTOREP

Personnes

victimes d'un

accident du

travail

Invalides

pensionnés

Mutilés de

guerre et

assimilés

Ensemble

Hommes Femmes

En %

Source : DARES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

3. Une ancienneté élevée dans l’emploi et dans les entreprises

L’ancienneté dans l’emploi des salariés handicapés est élevée : 64 %

d’entre eux ont au moins 10 ans d’ancienneté dans la même structure (à la fin

2000) contre 47 % pour l’ensemble des salariés. Leur ancienneté moyenne en

emploi est de l’ordre de 15 ans et ne présente guère de différence selon le sexe

(six mois de plus pour les hommes). Une ancienneté élevée et un âge moyen

également élevé témoignent de la faible mobilité professionnelle des travailleurs

handicapés.

II - 47

4. Une majorité d’ouvriers

Les salariés handicapés occupent majoritairement des emplois d’ouvriers,

le plus souvent peu qualifiés.

Graphique 2 : Répartition par catégorie socio-professionnelle

des travailleurs handicapés et de l'ensemble des salariés des établissements

assujettis à la fin 1998

0

5

10

15

20

25

30

35

40

Travailleurs handicapés Ensemble des salariés

Chef d'entreprise et cadres Professions intermédiaires Employés

Ouvriers qualifiés Ouvriers non qualifiés

En %

Source : DARES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

B - DANS LES FONCTIONS PUBLIQUES

1. Les traits dominants des travailleurs handicapés de la fonction

publique de l’Etat

Les caractéristiques de la population des travailleurs de la fonction

publique de l'Etat (FPE) restent relativement stables d’une année sur l’autre pour

ce qui concerne les différentes catégories de bénéficiaires. La proportion

d’agents victimes d’accidents du travail (accidentés et bénéficiaires d’une

allocation temporaire d’invalidité - ATI) fléchit régulièrement jusqu’en 1995 et

semble se stabiliser depuis (45,2 en 1994 contre 41,21 en 1999 et 44 % en 2000).

II - 48

Graphique 3 : Répartition par sexe et par catégorie des bénéficiaires

de la loi du 10 juillet 1987

au 31 décembre 1999

(population de référence)

0 10000 20000 30000 40000

Effectif des bénéficiaires

Handicapés COTOREP

ATI

Fonctionnaires inaptes et reclassés

Catégories de

bénéficiaires

Hommes Femmes inconnu

Source : DGAFP, bureau des statistiques des études et de l’évaluation - Enquêtes auprès des

directions de personnel.

2. Répartition par sexe et par catégorie de bénéficiaires de la loi de 1987

On constate une forte prédominance des hommes au sein de la population

des handicapés dans la fonction publique d'Etat (72,5 % des bénéficiaires).

D’une manière générale, la structure de répartition entre hommes et femmes

bénéficiaires de la loi de 1987 par catégories varie peu entre 1996 et 2000.

La proportion de travailleurs handicapés selon les catégories statutaires

demeure stable d’une année sur l’autre. Les emplois de catégorie C sont

largement majoritaires.

Cette répartition par catégorie et par sexe est à rapprocher de la répartition

selon ces mêmes critères de l’ensemble de ses agents titulaires de l’Etat (hors

éducation nationale) au 31 décembre 2000 : 45,45 % de femmes et 54,55 %

d’hommes1. Au sein de la population masculine des fonctionnaires titulaires de

l’Etat (hors éducation nationale) 22,44 % appartiennent à la catégorie A, 20,94 %

à la catégorie B et 56,62 % aux catégories C et D. Les femmes appartiennent

quant à elles pour 18,95 % d’entre elles à la catégorie A, pour 22,79 % à la

catégorie B et pour 60,24 % aux catégories C et D.

1 Source : La Fonction publique et la réforme de l’Etat, Rapport annuel mars 2001-mars 2002,

page 57.

II - 49

Tableau 1 : Taux d'emploi des bénéficiaires de l'obligation d'emploi

soumis aux dispositions de l'article L. 323-2 du Code du travail

Evolution 1987 - 2000

1987 1990 1995 1998 1999 2000

Fonction publique de l’Etat* 3,40 % 3,72 % 4,02 % 4,09 % 4,18 % 4,17 %

Fonction publique territoriale n.d. n.d. 5,00 % 5,12 % n.d. n.d.

Fonction publique hospitalière 3,00 % 6,08 % 4,94 % 5,73 % n.d. n.d.

n.d. : donnée non disponible.

* hors Education nationale

Source : Fonction publique de l’Etat : DGAFP, bureau des statistiques, des études et de l’évaluation,

enquêtes auprès des directions de personnel.

Fonction publique territoriale : direction générale des collectivités locales.

Fonction publique hospitalière : direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins.

Graphique 4 : Répartition par catégorie des bénéficiaires

de la loi du 10 juillet 1987 au 31 décembre 1999

(population de référence)

Handicapés COTOREP

18%

Accidentés du travail

4%

ATI

37%

Emplois réservés hors

COTOREP

20%

Fonctionnaires inaptes et

reclassés

21%

Source : DGAFP, bureau des statistiques, des études et de l’évaluation. Enquête auprès des directions

du personnel.

II - 50

II - L’EMPLOI DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

A - LES COTOREP ET L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES PERSONNES EN

SITUATION DE HANDICAP

Les COROTEP1, acteurs centraux du dispositif d’insertion professionnelle

des personnes handicapées, ont été créées par la loi d’orientation du 30 juin 1975

en faveur des personnes handicapées et inadaptées (l’annexe n° 2 décrit leurs

missions). En matière professionnelle, elles sont habilitées à statuer sur six

mesures : la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH),

l’Orientation professionnelle (ORP), l’Abattement des salaires (ABS), l’Emploi

dans la fonction publique (EPF), la Prime de reclassement (PRR) et la

Subvention d'installation (SUB).

1. La reconnaissances de la qualité de travailleur handicapé

En 2001, les COTOREP ont pris 281 000 décisions relatives à la

reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés et ont attribué ce statut à

234 000 personnes, soit un taux de réponse favorable de 83,5 %. Cette

reconnaissance permet à une personne handicapée d’être bénéficiaire de la loi du

10 juillet 1987 qui fait obligation aux établissements de 20 salariés et plus

d’employer des travailleurs handicapés à hauteur de 6 % de leur effectif assujetti.

La RQTH est une mesure graduelle. En dessous d’un certain seuil

d’incapacité, la COTOREP peut refuser une RQTH à un demandeur en estimant

qu’il a une « aptitude normale au travail ». Mais si le handicap de la personne est

tel qu’elle ne peut pas occuper un emploi, la COTOREP peut également

prononcer une inaptitude. En cas d’accord, la personne handicapée pourra

recevoir une RQTH de niveau « A » pour un handicap qualifié de faible (45 000

en 2001), de niveau B pour un handicap modéré (125 000) ou de niveau C pour

un handicap grave (64 000).

1 L’activité des COTOREP en 2001, Jean-Marie Chanut, Jacqueline Paviot, DREES, Document de

travail n° 42, décembre 2002.

II - 51

Graphique 5 : Répartition (en %) des personnes ayant obtenu en 2001

la RQTH selon son niveau

19%

54%

27%

Catégorie A Catégorie B Catégorie C

Source : DREES/Mission INSEE du Conseil économique et social.

Parmi les 234 000 demandes de RQTH favorablement accueillies, une

majorité (55 %) correspond à des premières demandes. La répartition entre les

catégories d’incapacité A, B et C varie selon que la demande est une première

demande ou un renouvellement. La part des catégories A et B dans l’ensemble

des demandes acceptées de RQTH est plus importante dans les premières

demandes que dans les renouvellements.

II - 52

Graphique 6 : Répartition des catégories de RQTH

selon le type de demande en 2001

0

10

20

30

40

50

60

70

Première demande Renouvellement Total

Catégorie A Catégorie B Catégorie C

En %

Source : DREES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

Enfin une disparité existe d’une COTOREP à l’autre dans la répartition des

accords selon les catégories A, B et C. Ainsi la part d’attribution de la catégorie

A dans les accords de RQTH est inférieure à 7,2 % dans un dixième des

COTOREP et supérieure à 32,7 % dans un dixième. Cette amplitude est

respectivement de 41,3 % à 68,4 % pour la catégorie B et de 12,4 % à 42,2 %

pour la catégorie C.

2. L’orientation professionnelle

En 2001, les COTOREP ont statué sur 195 000 demandes d’orientation

professionnelle et ont fourni un avis favorable à 151 000 d’entre-elles, soit un

taux d’accord de 77,5 %. Parmi ces accords, les renouvellements sont les plus

nombreux (52 %).

Les COTOREP ont ainsi orienté 19 000 personnes (soit 12 %) vers une

formation professionnelle, 80 000 personnes (soit 53 %) vers le milieu ordinaire

de travail et 52 000 (soit 35 %) vers le milieu protégé. Pour les premières

demandes, l’orientation en milieu ordinaire de travail est largement

prépondérante. Par contre, pour les renouvellements, les orientations vers le

milieu de travail protégé sont légèrement majoritaires.

II - 53

Graphique 7 : Répartition des orientations

selon le type de demande en 2001

0

10

20

30

40

50

60

70

80

Première demande Renouvellement Ensemble

Formation professionnelle Milieu de travail ordinaire Milieu de travail protégé

En %

Source : DREES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

Selon les départements, la répartition des orientations professionnelles

selon « formation professionnelle », « milieu ordinaire de travail» et « milieu

protégé de travail » est assez inégale. Ainsi, 10 % des COTOREP orientent

moins de 30 % des personnes vers le milieu ordinaire de travail mais il y en a

également 10 % qui orientent vers le milieu de travail ordinaire plus de 64,5 %

des personnes.

2.1. Orientation vers le milieu ordinaire de travail

Lorsque la COTOREP oriente vers le milieu ordinaire de travail, la

personne concernée est dans 44 % des cas en « recherche directe d’emploi » et

dans 21 % bénéficie d’« un maintien en milieu ordinaire ». Le type d’orientation

en milieu ordinaire varie peu que ce soit une première demande ou un

renouvellement. En 2001, les premières demandes sont majoritaires : 65 %.

II - 54

Graphique 8 : Répartition des orientations professionnelles

en milieu ordinaire selon le type d'orientation et le type de demande en 2001

0

10

20

30

40

50

Première demande Renouvellement Ensemble

Maintien en milieu ordinaire Recherche directe d'emploi avec EPSR

Recherche directe d'emploi Suivi EPSR

Autres

En %

Source : DREES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

Orientation vers le milieu protégé de travail

La majeure partie des travailleurs orientés vers le milieu protégé sont

accueillis en CAT. Le CAT se définit à la fois comme une structure de mise au

travail et comme une structure médico-sociale menant des activités de soutien.

En général, la capacité de travail des personnes admises en CAT ne dépasse pas

le tiers de celle d’un travailleur valide effectuant la même tâche.

Les ateliers protégés constituent des unités économiques de production. Ils

mettent les travailleurs handicapés à même d’exercer une activité salariée dans

des conditions adaptées à leurs possibilités. La capacité de travail des personnes

admises en atelier protégé est généralement au moins égale à un tiers de celle

d’un travailleur valide.

II - 55

Graphique 9 : Répartition des orientations milieu de travail protégé

selon le type d'orientation et le type de demande en 2001

0

10

20

30

40

50

60

70

80

Première demande Renouvellement Ensemble

Atelier protégé Centre d'aide par le travail Autre

En %

Source : DREES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

2.2. Orientation vers la formation

En 2001, presque la majorité des personnes orientées en formation l’ont été

en centre de rééducation professionnelle. Toutefois, lors d’une première

demande, c’est l’orientation en centre de pré-orientation qui est prépondérante.

Et ce n’est que pour les renouvellements que la décision en centre de rééducation

professionnelle est largement majoritaire.

II - 56

Graphique 10 : Répartition des orientations en formation en 2001

selon le type de formation et le type de demande

0

10

20

30

40

50

60

70

Première demande Renouvellement Ensemble

Centre de formation professionnelle Centre de pré-orientation

Centre de rééducation professionnelle Autres cas

En %

Source : DREESS / Mission INSEE du Conseil économique et social.

3. L’abattement de salaire

Afin de permettre à des travailleurs handicapés, dont la capacité de travail

est notablement diminuée du fait de leur handicap, d’occuper un emploi dans le

milieu ordinaire du travail, la COTOREP peut permettre aux employeurs de

rémunérer un travailleur handicapé à un salaire moindre qu’un travailleur valide.

En 2001, 3801 décisions ont été prononcées par les COTOREP dont 3 340 ont

été favorables soit un taux d’accord de 88 %.

Pour l’employeur, l’abattement est fixé dans les limites suivantes : 10 %

maximum par rapport au salaire perçu sur un même poste si le salarié a une

reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé de catégorie B et de 20 à

50 % pour une reconnaissance de catégorie C. En 2001, 78 % des accords

d’abattement de salaire ont été supérieur ou égal à 20 %. Pour le salarié,

l’abattement de salaire est compensé par un système de garantie de ressources

pris en charge par l’AGEFIPH dans les établissements privés et par l’Etat dans

les autres cas.

4. L’orientation vers un emploi de la Fonction publique

En 2001, les COTOREP ont pris 12 831 décisions relativement à l’emploi

dans la Fonction publique ; 7 556 décisions favorables ont été prononcées soit un

taux d’accord de 59 %. Cette mesure doit prendre fin et être remplacée par un

nouveau dispositif.

II - 57

5. Les primes de reclassement

En 2001, 2 237 personnes qui ont été reconnues travailleurs handicapés par

la COTOREP, qui ont suivi intégralement et dans de bonnes conditions un stage

de rééducation ou de formation professionnelle et qui n’ont pas droit à une autre

aide de même nature (pension d’invalidité, etc.), ont perçu une prime de

reclassement fixée en fonction de leurs ressources. Pour cette mesure, le taux

d’accord est de 91 % (2 447 demandes traitées).

B - LE CHOMAGE DES PERSONNES HANDICAPEES1

Si le taux de chômage de l’ensemble de la population active est de 9 %, il

s’élève à 14,7 % pour les personnes handicapées. De même, le taux d’activité de

la population active qui s’élève à 70 % n’est que de 45 % s’agissant des

handicapés.

Les demandeurs handicapés au regard de l’emploi sont dans une situation

plus difficile que l’ensemble des demandeurs d’emploi parce qu’ils sont plus

âgés et moins qualifiés. Leurs périodes de chômage sont très longues, en

particulier pour les handicaps les plus lourds et ces sorties tardives du chômage

s’accompagnent d’une très forte récurrence traduisant une forte précarité dans

l’emploi. L’amélioration qu’a connu le marché du travail entre 1997 et 2000 n’a

que tardivement bénéficié aux demandeurs d’emploi handicapés.

A la fin du mois de décembre 2001, 214 718 demandeurs d’emplois

handicapés (tous handicaps confondus) sont inscrits en catégorie 1, 2 ou 3.

Le handicap des demandeurs est dans la majorité des cas (près de 85 %)

reconnu par la COTOREP. En effet, près de la moitié des demandeurs d’emploi

handicapés ont un handicap de catégorie B (modéré et/ou durable), 20 % un

handicap de catégorie A (léger et/ou temporaire) et 15 % un handicap de

catégorie C (grave et/ou définitif)2.

1 Le chômage des personnes handicapées : portrait statistique, Claudine Souhami, Collection Les

essentiels, observatoire de l’ANPE, juin 2001.

2 Le reste des demandeurs d’emplois handicapés se répartissant entre les demandes en instance de

décisions de reconnaissance par la COTOREP, et les autres régimes de reconnaissance (mutilés de

guerre et assimilés, pensions d’invalidité et rentes d’accidents du travail)

II - 58

Graphique 11 : Demandeurs d'emplois handicapés

selon leur catégorie de handicap à la fin décembre 2001

0

10

20

30

40

50

60

Travailleurs

handicapés de

catégorie A

Travailleurs

handicapés de

catégorie B

Travailleurs

handicapés de

catégorie C

En instance de

reconnaissance

COTOREP

Mutilés de

guerre et

assimilés

Pensions

d'invalidité

Rente accident

du travail

En %

Champ : Demandeur d’emploi en fin de mois de catégories 1, 2 et 3 - France métropolitaine.

Source : ANPE/Mission INSEE du Conseil économique et social.

1. Une population très masculine

Les hommes sont majoritaires parmi les demandeurs d’emplois

handicapés (59 % à la fin décembre 2001) alors qu’ils sont minoritaires parmi les

demandeurs d’emplois qui ne sont pas handicapés (44 %). La proportion

d’hommes est particulièrement importante parmi les travailleurs handicapés de

catégorie C. Elle l’est également parmi les titulaires d’une rente pour accident du

travail.

2. Une population plus âgée que les demandeurs d’emplois non

handicapés

Les demandeurs d’emploi handicapés sont plus âgés que les demandeurs

d’emplois non handicapés : à la fin décembre 2001, un tiers d’entre eux ont ainsi

entre 40 et 49 ans contre 22 % pour les demandeurs d’emploi qui ne sont pas

handicapés. De même, 28 % des demandeurs d’emploi handicapés ont 50 ans et

plus contre 16 % pour les demandeurs non handicapés. Deux sous-populations

peuvent être distinguées. La moitié des demandeurs d’emploi titulaires d’une

pension d’invalidité ont 50 ans et plus. Les travailleurs handicapés de catégorie

C sont plus jeunes que les travailleurs handicapés de catégorie A et B ayant à peu

près le même profil sur ce point.

II - 59

Graphique 12 : Répartition des demandeurs d'emplois handicapés

et non handicapés selon leur âge à la fin décembre 2001

0

5

10

15

20

25

30

35

40

Demandeurs d'emploi handicapés Demandeurs d'emploi non handicapés

Moins de 25 ans 25 à 29 ans 30 à 39 ans 40 à 49 ans 50 ans et plus

En %

Champ : DEFM de catégorie 1, 2 et 3 / France métropolitaine.

Source : ANPE - PERSE / Mission INSEE du Conseil économique et social.

3. Un niveau de formation très faible

Les demandeurs d’emploi handicapés ont un niveau de formation très

faible : 85 % d’entre eux ont un niveau inférieur ou égal au CAP/BEP alors que

ce n’est le cas que de 66 % des demandeurs valides. Les titulaires d’une pension

d’invalidité et les travailleurs handicapés de catégorie C sont particulièrement

défavorisés.

II - 60

Graphique 13 : Répartition des demandeurs d'emploi

à la fin du mois de décembre 2000 selon leur niveau de formation

0

10

20

30

40

50

Demandeurs d'emploi handicapés Demandeurs d'emploi non handicapés

Niveau inférieur au CAP/BEP Niveau CAP/BEP

Niveau BAC Niveau supérieur au BAC

En %

Champ : DEFM de catégorie 1, 2 et 3/France métropolitaine.

Source : ANPE - PERSEE / Mission INSEE du Conseil économique et social.

4. Une moindre qualification

A la fois plus âgés et moins bien formés, les demandeurs d’emplois

handicapés ont une qualification plus faible que les demandeurs d’emplois ne

présentant pas de handicap. Presque la moitié de la population des demandeurs

d’emploi handicapés est composée d’employés non qualifiés (26 %) ou

d’ouvriers non qualifiés (21 %) contre moins d’un tiers pour les demandeurs non

handicapés. Les travailleurs handicapés de catégorie A ont presque les mêmes

qualifications que les travailleurs handicapés de catégorie B. Par contre, les

travailleurs handicapés de catégorie C sont dans une position plus défavorable :

56 % sont ouvriers non qualifiés (28 %) ou employés non qualifiés (28 %).

II - 61

Graphique 14 : Répartition à la fin du mois de décembre 2000

des demandeurs d'emploi selon leur qualification

0

10

20

30

40

50

Demandeurs d'emploi handicapés Demandeurs d'emploi non handicapés

Manœuvre et OS Ouvriers qualifiés Employés non qualifés

Employés qualifés AMT Cadres

En %

Champ : DEFM de catégorie 1, 2 et 3/France métropolitaine.

Source : ANPE - PERSEE / Mission INSEE du Conseil économique et social.

5. Des emplois à temps partiels recherchés

A la fin du mois de décembre 2001, 30 % des demandeurs d’emploi

handicapés de catégorie 1, 2 ou 3 sont à la recherche d’un emploi à temps partiel

(demande d’emploi en fin de mois de catégorie 2). Les demandeurs handicapés

recherchent d’autant plus un emploi à temps partiel que leur handicap est lourd.

6. Un chômage important de longue et de très longue durée

A la fin de décembre 2001, le chômage de longue durée (un an et plus)

touche presque la moitié des demandeurs d’emploi handicapés (46 %) contre un

peu moins d’un tiers pour les autres publics. Le chômage de très longue durée

(deux ans et plus) frappe également de façon très importante les demandeurs

d’emploi handicapés : 25 % d’entre eux y sont confrontés pour 15 % des

demandeurs d’emploi non handicapés. Pour les travailleurs handicapés, plus le

handicap est lourd, plus le chômage de longue durée est élevé.

II - 62

Graphique 15 : Répartition à la fin de décembre 2001

des demandeurs d'emploi en fin de mois selon la durée du chômage

0

10

20

30

40

50

60

Demandeurs d'emploi handicapés Demandeurs d'emploi non handicapés

Moins de 6 mois De 6 mois à 1 an Chômage de longue durée (plus d'un an)

En %

Champ : DEFM de catégorie 1, 2 et 3/France métropolitaine.

Source : ANPE - PERSEE / Mission INSEE du CES.

C - L’OBLIGATION D’EMPLOI DANS LE SECTEUR PRIVE ET LES FONCTIONS

PUBLIQUES

Depuis la loi du 10 juillet 1987, l’obligation d’emploi des travailleurs

handicapés s’applique aux établissements de 20 salariés ou plus, ainsi qu’aux

administrations relevant des trois fonctions publiques. En 2001, sur les 22 000

personnes handicapées occupant un emploi, environ un quart travaillent dans le

secteur public et un peu plus de la moitié (56 %) dans le secteur privé.

1. Le secteur privé

1.1. Dans le secteur privé, 75 % des établissements d’au moins 20

salariés sont assujettis à l’obligation légale

Au 31 décembre 2000, sur un total de 120 000 établissements comptant au

moins 20 salariés dans le secteur privé, 92 000 sont assujettis à l’obligation

d’emploi de travailleurs handicapés. Un quart des établissements se trouvent

donc dispensés de satisfaire à l’obligation légale. Parmi ces 28 000

établissements, certains le sont en raison de la date récente de leur création ou

d’un franchissement du seuil des 20 salariés inférieur à trois ans. D’autres le sont

également du fait qu’une fois déduit de leur effectif certains emplois « requérant

des conditions d’aptitudes particulières » et correspondant à des postes de travail

particuliers, ils se trouvent en réalité sous la barre des 20 salariés. Un tableau

II - 63

annexé au rapport dresse le spectre des professions exclues, de ce fait, de la mise

en œuvre de l’obligation de la loi de 1987.

S’agissant de l’emploi dans les établissements de moins de 20 salariés, on

rappellera que rien n’oblige ces employeurs à embaucher des travailleurs

handicapés. En effet, la loi de 1987 ne vise que les établissements de 20 salariés

et plus. De ce fait, les statistiques fiables pour cette catégorie d’établissements

font cruellement défaut. Toutefois, on estime à fin 2001, que sur les 1 389 012

établissements de moins de 20 salariés, employant 5 609 601 salariés, les

travailleurs handicapés représenteraient environ 122 000 personnes.

1.2. Un taux d’emploi stable de 4 % à la fin décembre 2000

L’indicateur habituellement retenu pour apprécier la manière dont les

établissements appliquent la loi est le taux d’emploi direct. Il rapporte le nombre

« d’unités bénéficiaires » à l’effectif d’assujettissement. A la fin décembre 2000,

les 92 000 établissements concernés représentaient une assiette

d’assujettissement de 7,38 millions de salariés après déduction des 456 000

emplois reconnus comme exigeant des conditions d’aptitudes particulières. Ces

établissements employaient 219 000 travailleurs handicapés, comptabilisés pour

un total de 302 000 unités bénéficiaires, après application des coefficients

pondérateurs réglementaires. Le taux d’emploi direct ainsi obtenu atteint les

4,1 %, niveau proche des années antérieures.

La comparaison du taux d’emploi direct à l’objectif légal de 6 % est

notamment biaisée du fait de l’application d’une règle, qui précise que le nombre

de personnes handicapées à employer est égal à 6 % de l’effectif arrondi à

l’entier inférieur. De ce fait, par exemple, une entreprise de 33 salariés présente

une obligation d’emploi égale à un salarié handicapé (6 % de 33 = 1,98 arrondi

à 1), soit un taux direct d’emploi de 3,3 %1.

1.3. Un établissement sur trois satisfait à son obligation par emploi direct

de salariés handicapés

Pour répondre à leur obligation et atteindre le taux fixé par la loi, les

établissements ont trois possibilités pouvant se combiner : l’emploi direct de

travailleurs handicapés, le recours à la sous-traitance avec le milieu protégé et le

versement d’une contribution à l’AGEFIPH. Ils peuvent également passer un

accord au niveau de l’entreprise ou de la branche. Un tiers des entreprises

assujetties remplissent leurs obligations par le seul fait d’employer directement

des personnes handicapées. A l’autre extrémité, 37 % des établissements

n’accueillent aucun travailleur handicapé. Enfin, 4 % des établissements se sont

engagés dans la voie de la négociation d’accords collectifs.

1 Dans ces conditions, le taux d’emploi réellement visé dans la loi est de 4,3 % pour les entreprises

de 20 à 49 salariés et de 5,4 % pour l’ensemble des établissements assujettis.

II - 64

Graphique 16 : Répartition des établissements assujettis

selon les modalités de réponse à l'obligation légale à la fin décembre 2000

0 5

10

15

20

25

30

35

40

Versement à

l'AGEFIPH

uniquement

Versement à

l'AGEFIPH

+ sous

traitance

Travailleurs

handicapés

+ sous

traitance

Travailleurs

handicapés

+ AGEFIPH

+ sous

traitance

Travailleurs

handicapés

+ AGEFIPH

Travailleurs

handicapés

seulement

Accords

En %

Source : DARES / Mission INSEE du Conseil économique et social.

1.4. Des taux moyens d’emploi proches dans l’ensemble des

établissements, quelle qu’en soit la taille

On estime à fin 2000 que les établissements, indépendamment de leur

taille, ont des taux d’emploi de travailleurs handicapés assez proches, de l’ordre

de 4 % s’agissant des établissements de 20 à 49 salariés, de 4,5 % dans les

établissements de100 à 199 salariés et de 4 % dans les établissements de plus de

200 salariés.

1.5. Les taux d’emploi de travailleurs en situation de handicap différent

selon le secteur d’activité considéré

Les différences de taux d’emploi de travailleurs handicapés sont

prononcées entre secteurs d’activité, puisqu’ils vont de 8 % pour « la santé et

l’action sociale » à 1,5 % pour le « conseil et assistance ». De manière générale,

les secteurs ayant les taux d’emploi les plus élevés appartiennent à l’industrie et

aux services opérationnels et domestiques.

II - 65

Tableau 2 : Taux d'emploi des travailleurs handicapés à la fin 2000

Dans les dix secteurs employant le plus de personnes handicapées En %

Santé, action sociale

Production de combustibles et carburants, gaz

Industrie du bois et du papier

Construction

Métallurgie et transformation des métaux

Automobile

Industrie des équipements du foyer

Industries agricoles et alimentaires

Industries des composants électriques et électroniques

Agriculture, sylviculture et pêche

8,0

7,1

5,5

5,4

5,1

5,1

4,9

4,9

4,4

4,4

Dans les dix secteurs employant le moins de personnes handicapées

Edition, imprimerie, reproduction

Commerce et réparation automobile

Pharmacie, parfumerie, entretien

Hôtels et restaurants

Eau, gaz, électricité

Activités financières

Commerce de gros

Recherche et développement

Activités culturelles, récréatives et sportives

Conseil et assistance

3,0

3,0

2,9

2,9

2,7

2,7

2,5

2,4

2,2

1,5

Source : DARES, Déclaration obligatoire de travailleurs handicapés, 2000.

Deux constats peuvent éclairer les disparités sectorielles relevées. D’une

part, les taux d’emplois sont d’autant plus élevés que la concentration en ouvriers

est forte. A contrario, le taux d’emploi est d’autant plus faible que la part des

emplois très qualifiés (cadres et professions intermédiaires) est importante.

D’autre part, la fréquence des accidents du travail est plus élevée dans les

secteurs de l’industrie et de la construction qui présentent traditionnellement les

taux d’emploi les plus forts. Cette fréquence va de 3,4 accidents ayant entraîné

une incapacité permanente pour 1 000 salariés dans la métallurgie jusqu’à 8 pour

1 000 dans le bâtiment et les travaux publics.

A l’autre extrémité, on observe une fréquence d’accidents plus faible dans

les secteurs relevant de manière exclusive aux services. Ces secteurs présentent

des taux d’emploi de travailleurs handicapés généralement moins élevés : le

conseil, les services administratifs et financiers (0,8 accident pour 1 000), le

commerce non alimentaire (1,9 accidents pour 1 000), l’alimentation

(2,5 accidents pour 1 000). Sans doute ce constat peut-il, pour partie, s’expliquer

par la volonté d’entreprises appartenant à des secteurs « accidentogènes » de

reclasser et maintenir dans l’emploi les salariés devenus inaptes consécutivement

à un accident du travail ou à une maladie professionnelle.

II - 66

2. Les fonctions publiques

Si la loi du 10 juillet 1987 est applicable aux trois fonctions publiques dans

les mêmes conditions que le secteur privé, des données statistiques analytiques

font défaut pour mesurer précisément les taux d’emploi et présenter les

caractéristiques des secteurs concernés, des catégories de handicaps concernés,

ou encore de l’usage relatif de chacune des formules juridiques permettant aux

structures assujetties de se libérer de leur obligation.

La Direction générale de l’administration et de la Fonction publique fournit

néanmoins, dans son rapport du 3 décembre 2002 sur l’exécution de la loi n° 87-

517 du 10 juillet 1987 en faveur de l’emploi des travailleurs handicapées, les

statistiques suivantes. Le taux d’emploi qui en résulte, présenté en fonction des

données disponibles pour chacune des trois fonctions publiques s’établit comme

suit :

- Fonction publique de l’Etat 4,17 % au 31/12/2000

(hors éducation nationale)

- Fonction publique territoriale 5,12 % au 31/12/1998

- Fonction publique hospitalière 5,73 % au 31/12/1998

Ces données, qui excluent du calcul statistique l’éducation nationale, alors

même qu’elle représente à elle seule la moitié des effectifs de la Fonction

publique, peuvent être comparées sur une période allant de 1987 à 2000.

Au 31 décembre 2000, le nombre de bénéficiaires s’élève à 38 871, dont

605 « équivalents-bénéficiaires ». Les « équivalents bénéficiaires » sont calculés

à partir du montant des achats et marchés passés avec les établissements de

travail protégé1. On constate une légère baisse de ces achats entre 1999 et 2000.

Dans tous les cas, ces achats demeurent très faibles, et pour moitié attribuables à

La Poste.

Le taux d’emploi examiné par les administrations relevant de la fonction

publique de l’Etat fournit peu d’indications supplémentaires, les taux étant inclus

dans une fourchette allant de 1,4 % à près de 9 %, avec une mobilisation très

variable de la formule des marchés passés avec des établissements de travail

protégé.

D - LE TRAVAIL EN MILIEU PROTEGE

Il existait en France, fin 2001, 547 ateliers protégés agréés qui employaient

18 760 travailleurs handicapés, dont 25 % souffrant d’un handicap moteur.

Il y a en France environ 1 300 CAT qui accueillent 90 000 travailleurs

handicapés.

1 Le nombre des « équivalents bénéficiaires » est déterminé en application du décret n° 89-355 du

1er juin 1989. Ce nombre est obtenu en effectuant le quotient du montant TTC des achats effectués

pendant l’année par le traitement annuel minimum servi à un agent occupant un emploi à temps

plein au 31 décembre de l’année écoulée.

II - 67

III - UNE AUTRE APPROCHE DE LA SITUATION DES

TRAVAILLEURS EN SITUATION DE HANDICAP : L’ENQUETE

HID

On a vu que l’approche de la situation des personnes handicapées par

rapport au milieu professionnel ne permet pas d’avoir une vision globale en

raison de son aspect fragmentaire émanant de diverses sources administratives

dont les objectifs sont différents. En effet, est privilégiée selon le champ dans

lequel est situé l’enquête, la vision soit de la RQTH établie par les COTOREP,

soit de la population handicapée demandeur d’emploi, soit des bénéficiaires de

l’obligation d’emploi visés par la loi de 1987.

Ces sources fournissent des informations importantes mais insuffisantes

dans la mesure où elles portent sur des parties de la population totale (les

chômeurs par exemple) ou sur des flux. En effet, les COTOREP peuvent

indiquer une année donnée le nombre de personnes ayant reçu la qualité de

travailleurs handicapés mais sont dans l’incapacité de préciser le nombre total de

personnes qui à une date donnée bénéficient de cet avantage.

Une enquête réalisée par l’INSEE en décembre 1999, intitulée Handicapincapacité-

dépendance (HID) et effectuée auprès d’un échantillon de 16 945

personnes, présente l’avantage d’une vision globale de la population handicapée

et permet de parfaire la connaissance de ses relations avec le travail, l’emploi et

le chômage.

A - UN PEU PLUS DE 700 000 TRAVAILLEURS HANDICAPES

En décembre 1999, 718 000 travailleurs handicapés au sens de la loi de

juillet 1987 ont été dénombrés, soit un peu moins de 3 % de la population active

totale1. La très grande majorité de ces travailleurs handicapés bénéficient d’une

reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés.

1 L’emploi et le chômage des personnes handicapées en 1999, Selma Amira, Premières Synthèses

n° 44.3, de novembre 2001, ministère de l’emploi et de la solidarité.

II - 68

Tableau 3 : Les travailleurs handicapés à la fin de 1999

selon la situation par rapport à l'emploi

Titulaires

d’une RQTH

(COTOREP)

Accidentés

du travail

(IP de plus

de 10 %)

Invalides

pensionnés

Mutilés de

guerre et

assimilés

Reconnaissance

de handicap

non précisée

Ensemble des

travailleurs

handicapés

Milieu ordinaire 163 811 71 991 31 893 7 954 59 556 335 205

Milieu ordinaire de

l’administration

70 819

13 132

2 830

4 140

25 730

116 651

Milieu protégé 88 197 2 076 2 484 2 076 94 833

Total actifs occupés 322 827 87 199 37 207 12 094 87 362 546 689

Chômeurs 120 622 16 641 20 698 675 12 470 171 106

Total actifs 443 449 103 840 57 905 12 769 99 832 717 795

Source : DARES, Enquête INSEE, HIF 1999.

B - UNE MAJORITE D’ACTIFS OCCUPES DANS LE MILIEU ORDINAIRE

Les trois quarts des travailleurs handicapés, soit un demi-million de

personnes sont en emploi, dont 335 000 dans le secteur privé, en milieu

ordinaire, autour de 120 000 dans la Fonction publique, et près de 100 000 dans

le milieu protégé (centre d’aide par le travail et atelier protégé). La Fonction

publique, dans le cadre des « emplois réservés » et des concours administratifs

accueille dans des proportions assez proches des hommes et des femmes

handicapés, relativement diplômés. Le secteur privé, et tout particulièrement

l’industrie, emploie, en milieu ordinaire, une population plutôt masculine,

souvent ouvrière, dont le handicap est assez souvent consécutif à un accident du

travail. Chez ces salariés du privé, comme chez les fonctionnaires, les niveaux de

diplôme sont supérieurs à ceux des chômeurs handicapés. De son côté, le milieu

protégé reçoit une population moins âgée et surtout très peu diplômée.

II - 69

Graphique 17 : Répartition des travailleurs handicapés au titre de la loi

du 10 juillet 1987 selon leur catégorie et leur lieu d'emploi en 1999

0

20

40

60

80

100

Titulaires d'une

RQTH (COTOREP)

Accidentés du

travail (IP de plus

de 10 %)

Invalides

pensionnés

Mutilés de guerre

et assimilés

Milieu ordinaire Milieu ordinaire de l'administration Milieu protégé

En %

Source : DARES, Enquête INSEE - HID 1999 / Mission INSEE du Conseil économique et social.

C - DES CARACTERISTIQUES PARTICULIERES

De façon générale, la population des travailleurs handicapés présente des

caractéristiques très différentes de l’ensemble des actifs. Elle est plus masculine

avec deux tiers d’hommes contre 54 % pour la population active totale. Elle est

aussi plus âgée avec deux fois moins d’actifs de moins de 25 ans et plus d’actifs

de 50 ans et plus. Enfin, elle est peu diplômée et moins qualifiée.

II - 70

Tableau 4 : Les caractéristiques des travailleurs en situation de handicap

En pourcentage

Ensemble de

la population

active

Ensemble des

travailleurs

handicapés

Hommes

Femmes

54

46

67

33

Répartition par sexe

Ensemble 100 100

Moins de 25 ans

25 à 29 ans

30 à 49 ans

50 ans et plus

10

14

57

19

5

10

59

26

Répartition par âge

Ensemble 100 100

Indépendants

Cadres et professions

intermédiaires

Employés

Ouvriers

10

35

31

24

7

20

31

42

Répartition par

catégories sociales

Ensemble 100 100

Etudes supérieures

BAC

CAP - BEP

BEPC

CEP ou rien

26

14

32

7

21

12

10

31

4

43

Répartition par niveau

de formation

Ensemble 100 100

Source : DARES, Enquête INSEE - HID 1999.

D - UNE POPULATION TRES EXPOSEE AU CHOMAGE

Cumulant handicap, faible niveau de qualification et âge élevé, les

travailleurs handicapés sont très exposés au chômage : en décembre 1999, 24 %

des actifs handicapés se déclarent chômeurs contre 10,4 % pour l’ensemble des

actifs. Moins la personne est qualifiée, plus son handicap accroît le risque qu’elle

connaisse le chômage par rapport aux actifs non handicapés. Ainsi, les ouvriers

handicapés ont un taux de chômage nettement plus élevé que les ouvriers non

handicapés alors que pour les cadres et professions intermédiaires, cette

différence est moins marquée. Comme pour l’ensemble de la population active,

les femmes et les jeunes handicapés sont plus souvent au chômage. Le taux de

chômage varie également selon la catégorie de travailleurs handicapés.

II - 71

Graphique 18 : Taux de chômage des travailleurs handicapés

au titre de la loi du 10 juillet 1987 selon leur catégorie en décembre 1999

0

5

10

15

20

25

30

35

40

Titulaires d'une

RQTH (Cotorep)

Accidentés du

travail (IP de plus

de 10 %)

Invalides

pensionnés

Mutilés de guerre

et assimilés

En %

Source : DARES, Enquête INSEE HID 1999 / Missions INSEE du Conseil économique et social.

Enfin, le taux de chômage est également fonction de la lourdeur du

handicap : il atteint ainsi 31 % pour les personnes qui déclarent plus de deux

déficiences. Il dépend aussi de la nature de la déficience. Le chômage frappe par

exemple plus souvent les personnes qui déclarent une déficience motrice qui

affecte fortement leur mobilité que celles qui font état d’une déficience de la vue,

de l’ouïe ou de la parole.

1. Un million de personnes âgées de 20 à 59 ans ont la reconnaissance

qualité de travailleurs handicapés (RQTH)

En décembre 1999, selon l’enquête HID, 1,6 million de personnes

bénéficient de la RQTH. Parmi cette population, près de 60 % (soit un million)

sont âgés de 20 à 59 ans et sont donc susceptibles de se porter sur le marché du

travail. Les autres ont moins de 20 ans (114 000) ou 60 ans et plus (573 000).

Les principales caractéristiques de ces personnes bénéficiaires de la RQTH

et âgées de 20 à 59 ans sont déjà connues. Cette population est plutôt masculine

(à 57 %), âgée (un tiers de 50 ans et plus), faiblement diplômée (la moitié ont le

CEP ou rien).

II - 72

2. Plus de la moitié des titulaires d’une RQTH et âgés de 20 à 59 ans

sont inactifs

Plus de la moitié (53,9 %) des personnes âgées de 20 à 59 ans et titulaires

de la RQTH sont inactives. Les autres ont un emploi (33,7 %) ou sont au

chômage (12,4 %).

Les femmes sont plus souvent inactives que les hommes : 61 % contre

48,5 %. Par rapport à l’emploi, les femmes sont donc doublement pénalisées à la

fois parce qu’elles sont plus souvent en retrait du marché du travail mais

également parce qu’une fois présentes sur ce marché, elles sont plus souvent au

chômage que leurs homologues masculins.

Plus les personnes sont âgées, plus souvent elles sont inactives : 46 % des

30 à 49 ans sont dans ce cas contre 72 % pour les 50 ans et plus. De même, plus

le niveau de formation est faible, plus les personnes sont inactives : un tiers des

personnes ayant un BAC ou plus sont inactives alors que c’est le cas de la moitié

des personnes ayant un CAP ou un BEP.

La lourdeur du handicap est également un facteur important de retrait du

marché du travail. Plus les personnes sont lourdement handicapées, plus souvent

elles sont inactives. Par contre, pour les personnes qui sont sur le marché du

travail, la lourdeur du handicap influe de façon modérée sur le taux de chômage :

le taux de chômage des personnes n’ayant pas d’incapacité forte est de 25 %

tandis que celui des personnes ayant deux incapacités fortes ou plus est de 29 %.

Graphique 19 : Pourcentage de personnes inactives parmi les personnes âgées

de 20 à 59 ans et bénéficiaires de la RQTH

selon la lourdeur de leur handicap en décembre 1999

0

10

20

30

40

50

60

70

Pas d'incapacité forte 1 incapacité forte 2 ou plus incapacité fortes

En %

Source : DARES, Enquête INSEE - HID / Mission INSEE du Conseil économique et social.

II - 73

Enfin, le type de handicap joue également un rôle vis à vis de l’insertion

professionnelle : les personnes qui déclarent une déficience motrice sont moins

souvent inactives que les personnes qui déclarent une autre déficience.

3. Près de 500 000 personnes âgées de 20 à 59 ans sont victimes d’un

accident du travail ou invalides pensionnés ou mutilés de guerre

En décembre 1999, selon l’enquête HID, 1,5 million de personnes

bénéficient d’une reconnaissance administrative de leur handicap autre que la

reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés délivrée par la

COTOREP. Ces personnes sont des invalides pensionnés, des mutilés de guerre

ou des victimes d’un accident du travail. Parmi cette population, près d’un tiers

(soit 500 000 personnes) sont âgées de 20 à 59 ans et sont donc susceptibles de

se porter sur le marché du travail. 46 % de ces adultes âgés de 20 à 59 ans sont

inactifs.

II - 74

II - 75

TITRE II

CONSTATS ET ANALYSES

II - 76

II - 77

CHAPITRE I :

HANDICAP ET EMPLOI :

DES ASPIRATIONS NOUVELLES, DES EVOLUTIONS

A L’ŒUVRE, DES OBSTACLES RESTANT A LEVER

Avant de chercher à identifier les conditions de l’insertion dans l’emploi

des personnes handicapées, il est indispensable de regarder quelle est la

satisfaction des besoins essentiels des personnes, en commençant par ce qui fait

la base d’une vie quotidienne. En effet, si l’on n’est pas en capacité de sortir de

son lit le matin, il est difficile d’imaginer que l’on puisse avoir une place dans la

vie active.

En l’absence de soutien suffisant, les personnes handicapées peuvent

éprouver des difficultés majeures dans la maîtrise de leur propre existence et être

contraintes de réduire leurs besoins. Les efforts qu’elles doivent consacrer à

assurer leur quotidien peuvent alors s’avérer tout aussi pénibles qu’une journée

de travail. Et lorsque, faute de parvenir à une autonomie suffisante, l’existence

devient une suite d’attentes et d’obstacles à surmonter, l’action devient alors

impossible.

C’est dire si l’environnement médical et social est capital pour la personne

handicapée. Il ne suffit d’ailleurs pas de disposer d’un logement sans obstacle au

rez-de-chaussée d’un bâtiment. Encore faut-il que, plus généralement,

l’environnement soit dépourvu d’obstacle infranchissable. A cet égard, les

transports en commun, les services adaptés de transports individuels, les services

d’information et de soutien ou encore la possibilité d’être informé

personnellement, sous une forme technique appropriée, sont autant de conditions

préalables.

Ces observations doivent de plus être corrélées avec l’aspiration légitime,

croissante, des personnes handicapées à la citoyenneté, portée tant par les

individus concernés eux-mêmes que par les associations qui les représentent.

Longtemps, les associations historiquement présentes dans le secteur ont mis en

avant, pour des raisons médicales autant que sociales et sociétales, la protection

des personnes handicapées et notamment des enfants, estimant la perspective

d’un accès à l’autonomie trop incertaine. L’augmentation de l’espérance de vie

des personnes handicapées, à la faveur des avancées de la recherche

thérapeutique et des techniques médicales, a encouragé les positions désormais

plus ouvertes et la volonté intégratrice de certaines associations représentant les

personnes handicapées.

II - 78

I - DE L’ASSISTANCE A LA CITOYENNETE, LE DEFI DE LA PRISE

EN COMPTE DES SITUATIONS DE HANDICAP PAR LA SOCIETE

A - L’EVOLUTION CONTEMPORAINE DU CONCEPT DE HANDICAP

1. Des évolutions contemporaines significatives

La seconde partie du XXè siècle, et tout particulièrement ces dernières

années, ont connu des évolutions significatives des textes, qu’ils aient ou non

une portée normative. Leur inspiration commune vise désormais clairement la

reconnaissance pleine et entière par les sociétés des personnes en situation de

handicap.

Faisant sienne les orientations de l’ONU, l’Union européenne s’est depuis

1997 saisie, dans une démarche volontaire, de la question du handicap. L’article

13 du Traité d’Amsterdam indique à cet égard que l’Union peut prendre les

mesures nécessaires en vue de « combattre toute discrimination fondée sur le

sexe, la race ou l’origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap,

l’âge ou l’orientation sexuelle ».

Le premier cadre normatif est formé de la directive de juin 2000, qui

devrait être suivie en 2003 d’un nouvelle directive, dans le cadre de l’année

européenne des personnes handicapées, de la Charte des droits fondamentaux et

de la décision du Conseil du 27 novembre 2000, illustrant tous trois cette

inflexion de l’Union dans la prise en compte du handicap dans ses priorités.

Certains articles fondent assez précisément les droits des personnes

handicapées. Ainsi, l’article 21 pose le principe de non-discrimination et l’article

26 celui de l’intégration des personnes handicapées : « l’Union européenne

reconnaît et respecte le droit des personnes handicapées à bénéficier de mesures

visant à assurer leur autonomie, leur intégration sociale et professionnelle et

leur participation à la vie de la communauté ».

Ces mutations, qui viennent impacter les normes du travail des Etats de

l’Union, traduisent la volonté européenne de donner un caractère désormais

juridique au traitement des discriminations, tout en réalisant, grâce à la

consécration législative de la notion de discrimination indirecte, un véritable

changement de perspective.

Dans ce registre, la Commission européenne vient d’apporter son soutien

aux Nations Unies en faveur de l’adoption d’un instrument juridique

contraignant visant à garantir aux personnes handicapées une réelle « égalité de

jouissance des droits de l’homme ». Elle marque ainsi son attachement à

l’élaboration de règles visant à prohiber et prévenir les « discriminations non

conscientes ».

L’introduction de cette notion a en effet pour conséquence de permettre la

sanction de différences de traitement qui, bien qu’irréprochables en droit,

s’avèrent dans les faits génératrices d’inégalités. A lire ainsi la directive de

novembre 2000, la discrimination ne serait plus uniquement constituée d’actes

II - 79

ponctuels et intentionnels, elle serait également repérable objectivement,

indépendamment des auteurs et de leurs mobiles.

La France n’a à ce jour que partiellement transposé la directive de

novembre 2000, au travers de la loi sur la non discrimination du 16 novembre

2001 et la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002. Il lui appartient

encore de transposer, avant le mois de décembre 2003, l’article 5 de la directive,

aux termes desquels le fait de ne pas procéder à des aménagements de poste

raisonnables peut être constitutif d’une discrimination.

2. Une approche positive et environnementale des situations de

handicap

La distinction entre politiques anti-discriminatoires et politiques de

discriminations positives n’apparaît pas au fond être aujourd’hui le problème

crucial. Le sujet est davantage celui du choix de techniques et de modalités de

prise en compte du handicap par la société, en fonction de sa culture et de ses

pratiques de gestion des situations que d’un réel problème conceptuel.

A cet égard, la notion de non discrimination renvoie à un registre culturel

qui n’est pas historiquement le nôtre. Cependant, à terme, la France, à l’instar de

certains autres Etats membres, devrait faire siens les principes de la non

discrimination et saura ainsi les traduire dans des politiques ; le système des

quotas, retenu par la France ainsi que par d’autres pays de l’Union, permettra de

faire cohabiter les deux systèmes.

Si la distinction entre politiques anti-discriminatoires d’inspiration anglosaxonne

et les politiques conçues autour d’actions positives (quotas) ne constitue

pas la pierre angulaire du débat, la question des critères d’évaluation du handicap

et partant, sa classification, semblent en revanche mériter un examen plus

approfondi.

Pour les tenants d’une vision positive du potentiel des personnes

handicapées1, le reproche a pu être fait à l’OMS de classer les maladies comme

on classait les plantes au XVIIIè siècle, c’est à dire par genres, classes et espèces.

Cette approche, exclusivement médicale, utilise en effet un langage chosifiant et

négatif, qui n’opère pas une distinction suffisante entre la maladie (ou plus

généralement la cause du handicap) et ses conséquences pour l’individu en terme

d’autonomie et d’indépendance. L’évolution de la réflexion ces dernières années

a conduit certains médecins du travail et de spécialistes de la rééducation

fonctionnelle, dont le professeur Hamonet pour la France, à militer pour une

conception plus positive du handicap dans sa relation à la société.

On voit ainsi émerger un système d’évaluation des victimes, qui prolonge

la classification de Wood, en combinant l’approche internationale médicale et

organiciste avec une approche anthropologique et sociale. Des propositions de

1 Claude Hamonet, professeur de médecine, service de réadaptation et médecine physique, CHU

Henri Mondor Créteil, expert à l’OMS.

II - 80

« bon sens » en résultent, qui partent du postulat que le soin social est au moins

aussi important pour les personnes que le soin médical et que la première des

thérapie consiste, autant que faire se peut, à ne pas couper l’individu du milieu

naturel où il évolue (la famille, l’école, l’entreprise…). Elles visent, au travers de

grilles d’analyses pluridisciplinaires, à valoriser les potentialités des personnes et

à inverser la tendance naturelle à la stigmatisation des déficiences. Elles

incarnent la volonté d’éduquer autant que possible dans l’environnement

ordinaire, d’éviter par tous moyens et le plus précocement possible la

désinsertion, d’intégrer en milieu ordinaire de travail sous réserve des

adaptations de poste nécessaires.

B - LES REPRESENTATIONS DU HANDICAP ET DES PERSONNES HANDICAPEES

1. L’évolution des mentalités et des perceptions

Des difficultés demeurent néanmoins dans la traduction par la société des

droits formels en droits réels, en partie conditionnée par la perception qu’a la

société dans sa globalité du handicap. Intervenir en amont de la formation de ces

représentations nécessite une temporalité longue.

L’espoir d’une vie plus longue et surtout d’une meilleure qualité de vie

incite encore davantage les associations et les personnes handicapées à

revendiquer un accès à la vie de la cité, sans exclusive (santé, social, culture,

éducation, emploi).

Par ailleurs, le rôle des associations et des leaders d’opinion a été essentiel

dans ce domaine. La manifestation annuelle du Téléthon ou encore la sortie il y a

quelques années de films tel que Le huitième jour mettant en scène un jeune

trisomique, d’Elephant Man ou de Forrest Gump, ont certainement concouru

plus efficacement pour le changement de regard de la société et une meilleure

acceptation du handicap que de longs discours. Il n’en reste pas moins que les

réticences culturelles et sociales demeurent encore solidement ancrées dans la

société, ce qui justifie de maintenir le cap et de poursuivre régulièrement les

campagnes de sensibilisation, telles que celles mentionnées ci-dessus, ou encore

des manifestions plus larges comme l’année européenne des personnes

handicapées, ou plus spécialisées comme la semaine annuelle pour l’emploi des

personnes handicapées, dont les médias se font maintenant le relais actif.

Entre le moment où une société prend conscience d’un problème, celui où

elle décide de le traiter, et celui où elle se donne les moyens financiers, humains

et techniques de le faire, il peut se passer plusieurs décennies. En même temps,

on constate, sur un sujet tel par exemple que celui des machines dangereuses,

que l’édiction d’une norme d’application générale, émanant dans ce cas du

niveau européen, la détermination d’un cadre juridique et de délais précis pour sa

mise en œuvre ainsi que donnent des résultats intéressants, et permettent de

passer, sur un sujet donné, un cap significatif sur un temps relativement court.

II - 81

L’exemple illustre le fait qu’à la base, il est indispensable qu’existe une volonté

politique, et qu’il dépend de cette volonté d’accélérer les temporalités.

Il ne s’agit pas ici de noircir le tableau. En effet, la société française a déjà

beaucoup évolué dans sa perception et son acceptation du handicap, même si

d’autres pays, notamment nordiques, demeurent de ce point de vue une référence

et montrent une perspective. Témoigne de cette amélioration le fait que la France

adopte désormais des raisonnements utilisant un vocabulaire moins stigmatisant.

Celui-ci pourrait encore être amené à évoluer dans la cadre de la réforme de la

loi d’orientation de 1975, à l’instar de la récente refonte de la législation

allemande qui opte résolument pour une formulation positive des règles

applicables. Enfin, la France a par ailleurs besoin d’un changement de cap dans

le domaine de l’environnement, afin que la notion de citoyenneté devienne réelle

et non plus partiellement formelle.

2. La vision du handicap au sein des lieux de travail

Force est de constater que le monde de l’entreprise, et des lieux de travail

de façon générale, secteurs privé ou public, n’est guère plus spontanément enclin

que la société dans son ensemble à faire de l’insertion des handicapés une

priorité, même si les évolutions positives s’y produisent, dans les mêmes

conditions qu’au sein de la collectivité nationale.

Cette réticence se constate également de la part des employeurs comme de

la société dans son ensemble. Les obstacles évoqués le plus fréquemment pour

justifier de l’absence d’emploi direct sont liés à l’inadéquation des qualifications,

à une inquiétude face aux problèmes de relations professionnelles au sein de

l’entreprise, à la question de l’aménagement de poste, et à celle de la plus grande

fragilité supposée de l’employé, comme à la nécessité d’un encadrement

renforcé. Le problème de la mobilité physique est souvent évoqué, ainsi que le

souci des employeurs de recruter des personnes pouvant exercer des fonctions de

manière polyvalente.

A cet égard, une étude récente du Centre d'études et de recherches sur les

qualifications (CEREQ)1 tente une analyse qualitative des raisons invoquées à

l’appui des « pénuries de main d’œuvre ». A la question : « comment peut-il y

avoir pénurie de main d’œuvre lorsque plus de 9 % de la population active est

au chômage ? », les auteurs apportent des éléments de réponse qui renvoient aux

représentations en vigueur du fonctionnement du marché du travail. Selon le

CEREQ, la façon dont les demandeurs d’emploi perçoivent les métiers et les

secteurs d’activité, tout comme la représentation qu’en ont les entreprises du

travail peuvent gêner l’ajustement entre l’offre et la demande d’emploi.

Ce type de décalage entre représentation et réalité, qui illustre les limites de

la rationalité dans les processus de recrutement, vaut certainement de manière

accentuée dans la relation qu’entretiennent les employeurs avec leurs candidats

1 Etude n° 192 de décembre 2002, relative aux difficultés de recrutement : entre offre et demande

d’emploi, le choc des rationalités.

II - 82

en situation de handicap. Il se surajoute à des réticences, qui ont toutes leur

cohérence, mais qui s’annulent elles-mêmes dès lors que l’on envisage, dans une

rationalité retrouvée, la question de l’insertion professionnelle sous un angle

pragmatique. Il s’agit, pour chacune des situations concrètes, de trouver le bon

poste pour la personne au regard de son handicap et de ses capacités. Les

obstacles ne sont en effet pas tous les mêmes, les déficiences pouvant être

intellectuelles, mentales, physiques, sensorielles ou organiques, voire se cumuler,

le cas échéant.

Il n’est donc pas nécessaire pour satisfaire à l’obligation légale, de faire

preuve d’une compassion particulière, mais plutôt, avec l’aide de spécialistes de

l’orientation, de l’accompagnement et du suivi, de faire en sorte que chaque

travailleur, qu’elles que soient ses caractéristiques personnelles et celles de ses

handicaps éventuels, ait une chance de trouver un emploi au regard de ses

capacités.

Si l’on s’intéresse aux marges de progrès existantes, on observera qu’existe

vraisemblablement un manque de confiance réciproque entre les employeurs et

les personnes handicapées, due en partie à la méconnaissance des réalités et des

contraintes des uns et des autres. De nombreuses personnes handicapées

éprouvent des doutes par rapport à leurs capacités et ont une crainte de travailler

liée à la peur du regard des autres ou à l’intériorisation d’une forme

d’incompétence.

Par ailleurs, une fois recrutés et leur poste de travail adapté notamment du

point de vue notamment de son ergonomie, il peut arriver que certains

travailleurs handicapés, particulièrement performants dans l’exercice de leur

activité, puissent, plus encore que leurs collègues valides, éprouver des

difficultés ultérieures lors de la survenance de changements dans le process de

production ou dans l’organisation du travail.

D’une perception chargée en stéréotypes, les entreprises évoluent, certes

progressivement, vers une vision plus pro-active à l’égard de l’accueil des

personnes handicapées intégrées en leur sein. Elles admettent par l’exemple que

la différence n’est pas un obstacle à la compétence. Les campagnes de

sensibilisation conduites par les associations et notamment celles fédérées par

l’AGEFIPH, s’agissant du monde de l’entreprise, ont le mérite de faire prendre

conscience aux entreprises, en situation, de leur aptitude à intégrer

professionnellement ces publics. Enfin, l’année européenne du handicap pourrait

y apporter une contribution significative.

Moins relayées médiatiquement que celles conduites sous la férule et avec

l’appui de l’AGEFIPH, certaines expériences méritent d’être citées, en ce

qu’elles contribuent à améliorer dans les entreprises l’image du handicap. Il en

va ainsi de certaines entreprises de travail temporaire qui développent une

politique d’insertion de travailleurs en situation de handicap.

II - 83

Leur démarche est fondée sur la capacité des agences à faire la jonction

entre la demande de compétences des entreprises et les demandes d’emploi des

personnes en situation de handicap, avec l’appui le plus souvent d’un réseau de

chargés de mission pour l’accompagnement des entreprises et des agences.

Ces entreprises ont un rôle important à jouer dans la mesure où elles

apparaissent comme un vecteur d’insertion de ces personnes dans l’entreprise.

Elles fonctionnent en effet comme un sas en permettant aux personnes

handicapées d’avoir une première entrée dans l’entreprise, pouvant favoriser un

contrat plus durable ; elles amènent par ailleurs les employeurs à démystifier leur

représentation du handicap et de la personne handicapée et à considérer l’apport

de compétences répondant à leurs besoins.

C - UNE PERSISTANCE D’OBSTACLES OU « L’INACCESSIBILITE AU QUOTIDIEN »

A ce stade de la réflexion, on s’appuiera sur le rapport et l’avis du Conseil

économique et social porté par Vincent Assante, dans lesquels est mis l’accent

sur une série de causes de blocage, qui près de trois ans plus tard demeurent dans

l’état où le rapporteur a pu les analyser.

Pour lui, les retards et blocages en matière d’accueil et d’intégration des

personnes en situation de handicap présentent en France des causes sociétales

importantes. Il observe en effet que la société est organisée par et pour les

personnes valides, acceptant difficilement les particularismes, faisant

insuffisamment cas des innovations technologiques alors même qu’elles seraient

de nature à faciliter la vie de chacun, à commencer par les personnes

handicapées. Enfin, la volonté politique globale est insuffisamment inscrite dans

la réalité.

D’un point de vue institutionnel, l’auteur du rapport souligne la rigidité du

cadre législatif, la mise en place d’un système d’orientation et d’allocation peu

favorable à l’autonomie, une décentralisation et une répartition des compétences

conduisant à une dilution des responsabilités, à un brouillage des politiques et à

une déperdition d’énergie ; il indique par ailleurs que les financements ne

permettent pas les adaptations nécessaires pour remédier à la particularité de

chacune des situations de handicap.

S’agissant de l’environnement général, il convient d’affirmer que la qualité

de travailleur n’est pas dissociable de celle de citoyen, ce que Vincent Assante

nomme le difficile accès au droit commun ou encore « l’inaccessibilité au

quotidien », la cité n’étant aux termes de son raisonnement pas encore pensée

pour accueillir les personnes en situation de handicap.

Le présent rapport n’a pas vocation à reproduire l’intégralité de cette

réflexion récente. Cependant, tout comme les causes de blocage et de retard

développées précédemment, qui valent globalement aujourd’hui comme hier, il

semble nécessaire de rappeler avec régularité, chaque fois que l’occasion s’en

présente, que la question, certainement première, de l’accessibilité entendue

comme un vecteur fort d’appartenance à la société, est loin d’être réglée, alors

II - 84

même qu’elle présente un caractère déterminant dans l’accès à l’emploi en

milieu ordinaire comme dans d’autres domaines.

Par ailleurs, pour certaines personnes dont l’autonomie a été fortement

atteinte du fait du handicap, se pose la question de l’assistance, de façon

permanente ou non, d’auxiliaires de vie.

Urbanisme ségrégatif et logements peu ou non adaptables, transports

majoritairement inadaptés, difficultés d’accès au tourisme, à la culture et aux

loisirs, difficile intégration en milieu scolaire et universitaire ordinaire, outils

informatiques insuffisamment utilisés au service de ceux qui seraient le plus à

même d’en tirer un bénéfice immédiat, sont autant de facteurs d’exclusion sur

lesquels butent tous ceux qui s’attachent à favoriser l’insertion des personnes

handicapées dans l’univers de droit commun.

Comment, au cas particulier, prétendre accéder à un emploi en milieu

ordinaire sans un urbanisme, un logement et un mode de transport adaptés aux

besoins, ces différentes modalités devant en outre être pensées de concert.

Elargir les trottoirs d’une rue commerçante pour faciliter l’accès et le

déplacement de fauteuils roulants peut s’avérer sans effet si des rampes d’accès

aux commerces et autres bâtiments ne sont pas simultanément prévues.

Enfin, il convient de pointer que les personnes handicapées ne sont pas

suffisamment représentées dans les instances décisionnelles ou gestionnaires et

lorsqu’elles le sont, c’est le plus souvent par des personnes valides, même s’il ne

s’agit pas ici de minimiser l’investissement de ces représentants.

II - DE LA CITE A L’EMPLOI, LES LEVIERS DE L’INSERTION

PROFESSIONNELLE DES TRAVAILLEURS HANDICAPES

A - UN CONSTAT EN DEMI TEINTE

La loi de 1987 a été d’un grand apport pour l’intégration des personnes

handicapées dans le milieu ordinaire de travail. Les résultats constatés près de

16 ans après l’adoption de cette réglementation constituent la marque, très

positive et qu’il convient de ne pas sous-estimer, des avancées réalisées.

Toutefois, force est de constater que le taux d’emploi dans les entreprises comme

dans les fonctions publiques, stagne depuis plusieurs années autour de 4 %, sans

que l’on perçoive aujourd’hui comment, sans nouvelle intervention, il pourrait de

lui-même progresser.

De fait, il n’y a sans doute pas d’améliorations majeures à attendre du

système actuel, au-delàdu taux récemment atteint. Le système semble verrouillé

par la loi de 1987, ainsi que par ses décrets d’application, qui neutralisent le

système, à la faveur notamment des alternatives permettant aux employeurs de

s’exonérer de l’emploi direct de personnes handicapées dans les entreprises et les

administrations.

II - 85

A défaut de nouvelle mobilisation, une ligne de pente pourrait conduire à

un accroissement des fonds de l’AGEFIPH, sans que les axes d’une politique

publique globale n’apportent pour autant d’orientations précises. De fait, les

partenaires, sociaux et associatifs, pourraient continuer à définir seuls les

contours d’une politique nationale d’insertion des personnes handicapées dans le

secteur privé. Les fonctions publiques continueraient quant à elles à évoluer à un

rythme qui serait le leur, sans contraintes particulières et sans rendre réellement

de comptes.

Le nombre d’AAH servies pourrait augmenter arithmétiquement et le

nombre de places dans des structures de travail protégées croître, l’insuffisance

d’offres et l’inadaptation des qualifications des personnes handicapées se

présentant sur le marché du travail induisant des formes de réponses

traditionnelles, soutenues par une partie du mouvement associatif, souvent loin

des principes d’autonomisation des personnes et de participation pleine et entière

à la vie de la cité.

Ce scénario du statu quo se heurte à de nombreuses réticences, au titre

desquelles figure en bonne place la volonté croissante des personnes handicapées

et des associations qui les représentent, à bénéficier d’une véritable égalité

professionnelle, à travailler dans le milieu ordinaire plutôt que dans le milieu

protégé, et à être représentés dans des conditions satisfaisantes dans chacun des

lieux où se décident leurs conditions d’existence.

Si l’on regarde de plus près les conditions de la vie au travail des salariés

handicapés, un constat en demi teinte s’impose : plus que leurs collègues, les

travailleurs handicapés sont victimes de discriminations dans leur évolution

professionnelle. Une récente enquête conduite en 2000 par la Confédération

française démocratique du travail (CFDT) auprès de 1 500 salariés handicapés.

montre la faiblesse des augmentations de leur salaire, un contenu du travail ne

variant que marginalement année après année, un accès plus difficile à la

formation et aux postes de responsabilités, pour conclure à une évolution

professionnelle lente voire inexistante.

Si l’on se place maintenant du côté de la demande des employeurs, on

observe, s’agissant du secteur privé, que les entreprises de main d’œuvre

constituent les employeurs les plus importants des travailleurs handicapés. A cet

égard, on soulignera, même si ce phénomène est repérable pour l’ensemble des

salariés concernés, l’importance et la multiplication des mutations dans les

process de production. Ces mutations successives ne peuvent que laisser craindre

une baisse des besoins en main d’œuvre non ou faiblement qualifiée. C’est

pourquoi un certain nombre de leviers doivent être repérés et par suite mobilisés.

Enfin, il convient de pointer en regard de cette évolution une tendance

croissante parmi les employeurs à inciter des salariés présentant à un titre ou à un

autre un handicap à se faire reconnaître « Travailleur handicapé » par la

COTOREP. Or, il est patent que les salariés victimes d’accident du travail et (ou)

II - 86

vivant avec un handicap léger ne se reconnaissent pas forcément dans la

catégorie de travailleurs handicapés.

De toute évidence, ces salariés souhaitent que leur soit garantie la

discrétion en ce qui concerne leur handicap. Par ailleurs, on doit s’interroger sur

les raisons qui peuvent conduire l’ANPE, dans une circulaire diffusée en interne,

à recommander aux demandeurs d’emploi d’éviter d’évoquer leur handicap dans

le curriculum vitae et de rester prudent sur le sujet à l’occasion des entretiens

d’embauche. Cette liberté de choix du salarié, qui constitue un frein pour les

employeurs au regard du décompte des personnes recrutées ou maintenues dans

l’emploi en situation de handicap, doit néanmoins être préservée, afin de ne pas

risquer de verser dans de nouvelles formes de discriminations.

B - LES LEVIERS A MOBILISER

1. La formation initiale et la formation professionnelle

Dans le domaine de la formation initiale, on observera dans un premier

temps que l’intégration des enfants handicapés en milieu scolaire reste encore

insuffisante, et ce malgré les progrès rendus possibles par l’évolution des

mentalités et les lois successives : la loi d’orientation de 1975 marque sa

préférence pour l’accueil des enfants présentant un handicap, en milieu scolaire

de droit commun ; la loi d’orientation sur l’éducation de 1989 va plus loin en

indiquant qu’il convient de favoriser l’intégration scolaire.

De plus, par delà ce que le rapport Assante a pu exprimer en termes de

progrès à réaliser par l’Education nationale en direction des enfants connaissant

un handicap, il convient de noter l’existence dans les faits de deux mouvements

contradictoires, dont les effets, dans le meilleur des cas, s’annihilent.

D’un côté, les acteurs associatifs et institutionnels s’emploient, au cas par

cas et avec les difficultés que l’on sait, à rechercher et mettre en place les outils

d’une intégration, dès lors qu’elle est possible, dans les lieux « ordinaires » de

déroulement de la scolarité ; dans un même temps, on observe de plus en plus

fréquemment les effets numériques de l’orientation via les CDES vers

l’éducation spécialisée d’enfants que le système scolaire ne considère pas

suffisamment adaptés pour la poursuite d’un enseignement de droit commun.

Les enfants handicapés n’étant pas scolarisés par l’Education nationale

voient de fait largement obérées leurs chances d’accéder aux diplômes de

l’enseignement général et aux qualifications leur permettant d’intégrer le milieu

ordinaire de travail, voire même d’accéder aux structures de travail protégé,

ateliers ou centres d’aide par le travail.

Par ailleurs, une illustration supplémentaire de la relative insuffisance de

l’accompagnement des parcours universitaires des jeunes personnes handicapées

est fournie par la faiblesse du nombre d’aides octroyées par l’Etat à des étudiants

pour leur permettre d’aborder dans des conditions d’égalité d’accès les études

universitaires.

II - 87

Le niveau de formation des jeunes handicapés a néanmoins sensiblement

augmenté au cours de ces dernières décennies, notamment à la faveur des

progrès de la médecine et de l’augmentation de l’espérance de vie qui y est liée,

ouvrant de nouveaux horizons à des enfants qui précédemment n’accédaient que

très rarement à une vie adulte de qualité et au marché du travail.

S’agissant dans un second temps de la formation professionnelle initiale et

de la formation continue, le système français mobilise, en dehors des dispositifs

de droit commun, trois dispositifs spécifiques accessibles aux publics de

personnes handicapées : les centres de pré-orientation de l’AFPA, les centres de

formation d’apprentis adaptés et les classes d’éducation spécialisées aux centres

de rééducation professionnelle.

Le rapport du sénateur Paul Blanc1 sur la Compensation du handicap

déplore la faiblesse du nombre d’orientations des COTOREP vers ces dispositifs,

dont l’usage dans le parcours d’insertion demeure marginal, de l’ordre de 9 %

des décisions d’orientation en 2000. Cette faiblesse des orientations souligne,

selon l’auteur du rapport, « l’insuffisante prise en compte de cet impératif et

témoigne en réalité de l’inadaptation des dispositifs existants ».

Ces dispositifs sont marqués par la prépondérance des centres de

rééducation professionnelle et la faible ouverture des dispositifs ordinaires de

formation aux personnes handicapées. Institutions médico-sociales financées par

la sécurité sociale, ils ont pour but de dispenser des formations qualifiantes

destinées à favoriser l’insertion ou la réinsertion professionnelle des personnes

handicapées. Au nombre de 87 en France, ils comptent 10 000 places.

Différentes critiques leur sont formulés, au regard de leur faible articulation avec

le monde de l’entreprise et de l’inadaptation de certaines formations aux besoins

de recrutement des employeurs, mais également de leur inégale répartition

géographique et de leur capacité d’accueil insuffisante.

Paul Blanc pointe également que les dispositifs de droit commun ne sont

pas organisés de manière à compenser la faiblesse intrinsèque des dispositifs

spécialisés. L’accueil par l’AFPA de travailleurs handicapés en 2000 était en

effet de l’ordre de 1 % des publics accueillis ; la formation en entreprise reste

également marginale, alors même qu’elle serait de nature à mieux prendre en

compte les besoins de qualification et de compétence de ces dernières.

La complexité des dispositifs et l’absence d’un schéma d’ensemble

articulant les dispositifs ordinaires et les dispositifs spécifiques conduisent à ce

que les aides existantes ne soient pas mobilisées dans le cadre de parcours

cohérents. Il en va ainsi de l’accès des personnes handicapées à des dispositifs de

droit commun, et de l’insuffisante ouverture des lycées d’enseignement

professionnels et des centres de formation d’apprentis, alors même que des

places peuvent dans un même temps rester vacantes.

1 Rapport du Sénat n° 369, Commission des affaires sociales, 24 juillet 2002, Compensation du

handicap : le temps de la solidarité.

II - 88

Or, il est statistiquement prouvé que le niveau de formation influe sur

l’opportunité de trouver un emploi. L’une des conventions de l’OIT prévoit

d’ailleurs que pour une classe d’âge donnée – y compris les personnes

handicapées - l’intégralité des jeunes qui la compose doit se voir garantie au

moins une formation du second degré. Cette convention n’est pas suivie d’effet,

même dans les Etats l’ayant ratifiée.

En France, le tableau statistique montre que la majeure partie des personnes

handicapées présentes sur le marché du travail ont un niveau de qualification

égal ou inférieur au niveau cinq.

De plus, on note une relative inadaptation des politiques de formation aux

besoins des entreprises, pour partie liée au fait d’une conciliation imparfaite des

logiques des entreprises et de celles des personnes handicapées et des

associations qui oeuvrent, notamment via la formation, à leur insertion en milieu

ordinaire de travail.

S’agissant des fonctions publiques, il apparaît que le recrutement, qui

nécessite pour 2/3 des concours ouverts un niveau bac + 3, est dans les faits

réalisé à plus de 75 % à ce niveau d’études et de diplôme, privant d’accès aux

carrières administratives les candidats n’ayant pas les diplômes nécessaires.

Ce qui est vrai pour l’ensemble des postulants aux concours administratifs

l’est plus encore pour des personnes dont on sait qu’elles ont statistiquement un

niveau de diplôme inférieur à la moyenne. La question de la formation

professionnelle des personnes handicapées est donc centrale en terme

d’intégration en milieu ordinaire.

Or une bonne formation initiale, suivie d’une formation adaptée, qu’elle

soit professionnelle ou universitaire, donne les moyens de concourir sur le

marché du travail. On ne saurait trop insister sur le fait que la formation des

enfants handicapés avec les autres enfants les arment mieux dans ce dessein que

l’enseignement spécialisé mais isolé. Seuls ceux qui ont réellement besoin d’un

enseignement spécialisé pour apprendre devraient en bénéficier.

A l’avenir, les aptitudes sociales et la communication seront de plus en plus

une condition de la réussite sur le marché du travail. Il est difficile de les

assimiler si l’on vit et si l’on est formé isolément des autres. En particulier, les

handicapés, qui en raison de leur handicap éprouvent des difficultés de divers

ordres sur le plan social, sont plus encore que tout autre concernés par ce contact

quotidien avec la collectivité humaine.

II - 89

2. Le soutien des travailleurs handicapés dans leur insertion

professionnelle, l’aménagement des postes et le maintien dans

l’emploi

2.1. Favoriser l’insertion

D’un point de vue méthodologique, l’étude des conditions d’intégration en

milieu ordinaire de travail des personnes handicapées trouve sa limite dans le fait

que les types de déficiences des personnes concernées sont de nature très

différente, et que les handicaps qui en résultent par rapport à l’emploi, le cas

échéant, renforcent cette diversité.

A cet égard, seul un accompagnement individualisé des personnes

handicapées dans leur recherche d’emploi, à l’image de celui que proposent les

équipes spécialisées, fédérées au sein du réseau Cap Emploi, de type EPSR et

OIP, semble de nature à lever des difficultés qui en résultent dans l’appréciation

des potentialités dans la recherche d’un emploi. Plus récemment implanté, le

réseau Handicap et emploi, né de l’initiative du MEDEF et réalisé par les

MEDEF territoriaux, tente pour sa part de capitaliser les expériences et de mettre

en cohérence la politique entrepreunariale de recrutement de personnes

handicapées, tout en professionnalisant les chargés de mission nommés pour

mener des actions concrètes auprès des entreprises.

Cet accompagnement et ce suivi sont actuellement nécessairement

circonscrits dans le temps, du fait d’un financement limité pour chacune des

personnes. En moyenne, les chargés de mission du réseau Cap Emploi peuvent

être amenés à suivre jusqu’à 200 travailleurs handicapés sur une année, ce qui

représente une charge de travail importante d’autant que l’accueil et le suivi

d’une personne nécessitent le passage par différentes étapes, mises en évidence

par les professionnels de l’insertion :

- repérage des problèmes périphériques au handicap, tenant aux

revenus, à la famille, au logement. Cette phase est jugée essentielle,

dans la mesure où elle permet d’établir une qualité de contact

indispensable dans les étapes ultérieures ;

- construction d’un projet professionnel ou reconstruction d’un projet

avec l’intéressé, surtout lorsque le handicap arrive en cours de vie ;

- validation du projet professionnel et construction d’un parcours

passant par des allers et retours en l’entreprise ;

- recherche active d’emploi, en veillant à favoriser l’adéquation entre

l’offre et la demande ;

- période d’évaluation de la démarche et fin de l’intervention de Cap

Emploi.

II - 90

S’agissant de la réalité des passerelles entre le milieu ordinaire et le travail

en milieu protégé, on rappellera que celles-ci ont été conçues comme un moyen

pour les personnes handicapées d’accéder à une vie professionnelle prenant en

compte la spécificité de leur handicap, mais aussi comme une filière d’insertion

progressive vers le milieu ordinaire de travail.

Or, on constate que les passerelles entre milieu protégé et milieu ordinaire

ne fonctionnent pas comme elles le devraient. Les passages d’un secteur à l’autre

stagnent depuis de nombreuses années à moins de 1 %. Cette situation a pu faire

dire à certains que le milieu protégé est plus un refuge qu’un tremplin.

De plus, on observe que les parcours sont peu sécurisés. Une personne

handicapée bénéficiaire de l’AAH qui tente la voie de l’insertion en milieu

ordinaire de travail, prend le risque, si elle échoue dans sa tentative, de se voir

refuser l’AAH, les COTOREP tendant à considérer qu’ayant accédé une

première fois au marché du travail, elle n’a plus vocation à bénéficier de cette

allocation.

2.2. L’apport des personnes handicapées dans les collectifs de travail

Cette donnée mérite d’être prise en considération. La motivation et l’esprit

d’équipe sont le plus souvent présents, dès lors que le premier pas a été franchi

du recrutement de la personne handicapée. L’accueil d’une personne handicapée

peut de ce point de vue avoir un effet tout à fait bénéfique dans l’entreprise. Des

études ont montré que celles qui recrutent des travailleurs handicapés sont le plus

souvent satisfaites des performances de ces personnes. Elles leur reconnaissent

une plus grande motivation que les salariés valides et admettent, témoignages à

l’appui, que la présence des travailleurs handicapés a le plus souvent un effet

positif sur le travail de l’équipe1.

Au-delàdes aspects psychosociologiques, et de la solidarité qu’engendrent

ces processus d’intégration, il apparaît tout à fait évident que la réflexion sur

l’ergonomie des postes et les conditions de travail peut s’en trouver revitalisée.

Bien des obstacles auxquels sont confrontés les personnes handicapées à la

recherche d’un emploi ou sur le lieu de travail sont davantage dus aux barrières

physiques et sociales qu’à une incapacité réelle d’exécuter les tâches qui leur

sont confiées. Au final, l’intégration de travailleurs handicapés peut permettre,

par les adaptations de poste ou d’organisation du travail induits, d’aller dans le

sens d’une amélioration des conditions de travail plus générale et bénéfique à

tous.

1 Enquête Louis Harris réalisée en octobre 2002 dans le cadre de la semaine pour l’emploi,

commandée par l’AGEFIPH et l’ADAPH, auprès de 400 entreprises de plus de 10 salariés.

II - 91

2.3. Le maintien dans l’emploi

Sur ce point, on observera que si l’expression est souvent utilisée, il

n’existe pour autant pas de définition légale des termes : la notion juridique qui

s’en rapproche le plus étant le reclassement professionnel, dont les contours

apparaissent cependant beaucoup plus restrictifs. En effet, par reclassement

professionnel, on entend « prendre en compte la restriction de la capacité de

travail pour favoriser la poursuite du contrat de travail existant ».

La notion de maintien est plus vaste, et par-là même plus difficile à définir,

et on pourrait presque dire qu’il existe autant de définitions du maintien que de

pratiques de celui-ci. En effet, selon les structures en charge du maintien dans

l’emploi, l’approche du problème sera différente. Plus axée sur le maintien au

sein de la même entreprise, ou recherchant des solutions à l’extérieur, il existe

plusieurs façons d’aborder et de résoudre un maintien dans l’emploi, comme il

existe plusieurs acteurs autour de cette problématique.

Le maintien dans l’emploi présente l’avantage d’élargir le vivier de

travailleurs en conservant les personnes atteintes d’un handicap alors qu’elles

sont employées par l’entreprise. Pour cette dernière, une telle démarche permet

de continuer à bénéficier des compétences acquises par ces personnes et de leur

expérience, notamment par le biais de formations.

Toutefois, on ne doit pas ignorer que le maintien dans l’emploi des

personnes handicapées au-delàde 45 à 50 ans pose souvent problème dans les

situations concrètes. Il apparaît en effet que les personnes vivant avec un

handicap éprouvent statistiquement plus de difficultés à satisfaire à leurs

obligations d’emploi, du fait d’une fatigue importante ou encore de l’existence

de soins en parallèle à l’activité, qui peuvent aller croissants avec l’âge. Au-delà

de 50 ans, les chiffres montrent une sur-représentation des personnes à la

recherche d’un emploi à temps partiel ainsi que des retraits d’activité, spontanés

ou liés à la perte d’un emploi.

Les travailleurs handicapés sont plus fréquemment à temps partiel que les

autres salariés. Le handicap joue un rôle dans leur décision car le salarié

compose très souvent avec une plus grande fatigabilité.

Une autre explication peut venir du fait que, lorsqu’une entreprise souhaite

se mettre en conformité avec la loi sur l’obligation d’embauche de personnes

handicapées, un salarié à temps partiel « compte » autant qu’un salarié à plein

temps. Des entreprises augmentent donc leur embauche sans créer des postes à

temps plein.

II - 92

II - 93

CHAPITRE II :

UNE DISPERSION DES ENERGIES MOBILISABLES

La politique menée en faveur des personnes handicapées, et tout

particulièrement celle concernant leur insertion professionnelle, est par nature

partenariale, associant les pouvoirs publics, les organisations professionnelles et

syndicales et le milieu associatif.

Cette combinaison d’énergies, de compétences multiples et

complémentaires devrait être un formidable outil au bénéfice des personnes

handicapées. Toutefois, malgré les efforts et la bonne volonté manifeste de

chaque catégorie d’acteurs, cette multitude de partenaires qui devrait constituer

une véritable richesse, ne produit pas ses pleins effets en matière d’insertion

professionnelle des personnes handicapées.

Ainsi, les interventions des uns et des autres, qui fonctionnent de manière

fortement cloisonnée, souffrent d’un évident manque de coordination. Certes, au

fil des années, de nouveaux acteurs locaux, tels les PDITH ou encore les

Conseils départementaux consultatifs des personnes handicapées (CDCPH)1 ont

vu le jour, notamment pour améliorer la coordination des divers partenaires et le

suivi au niveau local des politiques en direction des personnes handicapées. Mais

les efforts entrepris demeurent insuffisants, en l’absence de présence

suffisamment marquée de l’Etat.

La politique du handicap, comme la plupart de celles mobilisant de

nombreux intervenants dans des domaines particuliers, avec des compétences

complémentaires, mais vers les mêmes objectifs, ne peut aboutir à des résultats

satisfaisants sans un chef d’orchestre impulsant, coordonnant et harmonisant,

dans un même ensemble, des participations de nature différente.

I - UN DESENGAGEMENT PROGRESSIF DE L’ETAT

A - UNE POLITIQUE SANS VISION GLOBALE NI VOLONTE AFFIRMEE

Depuis la mise en place du nouveau dispositif d’obligation d’emploi

instauré par la loi de 1987, on observe une nouvelle répartition des rôles entre les

différents acteurs concourant à la politique d’insertion professionnelle des

personnes handicapées.

C’est ainsi qu’on a pu constater une montée en charge de l’AGEFIPH alors

que dans le même temps, la place de l’Etat dans la définition et la mise en œuvre

des politiques spécifiques concernant l’insertion professionnelle des personnes

handicapées refluait progressivement.

1 Créés par la loi de modernisation social du 17 janvier 2002 et actuellement en cours d’installation.

II - 94

1. La montée en charge de l’AGEFIPH

Parmi les moyens offerts aux employeurs du secteur privé soumis à

l’obligation d’emploi1, figure le versement d’une contribution annuelle à un

fonds de gestion, l’AGEFIPH, qui a vocation à redistribuer les sommes

collectées sous formes d’aides et d’appuis en vue de promouvoir l’insertion

professionnelle des personnes handicapées en milieu ordinaire de travail.

Cette association est administrée par un conseil d’administration composé

des représentants des employeurs, des salariés et des associations de

handicapées, ainsi que de cinq personnalités qualifiées, trois désignées par les

trois premiers collèges, les deux autres l’étant par le ministre chargé du travail.

Le fait de confier la gestion d’un tel fonds, non à l’Etat, mais aux

partenaires sociaux résulte d’un choix délibéré du législateur de l’époque, justifié

par le fait que les sommes proviennent de la contribution des entreprises, l’Etat

contrôlant seulement la répartition et l’utilisations des fonds. Il ne s’agissait pas,

ainsi que cela ressort des débats parlementaires2 précédant l’adoption de la loi de

1987, d’une volonté de désengagement de l’Etat, les actions entreprises par

l’AGEFIPH étant des actions nouvelles en complément de celles déjà mises en

œuvre par les pouvoirs publics.

L’AGEFIPH occupe aujourd’hui une place centrale au sein des acteurs de

l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Elle est devenue un

organisme décisionnaire en matière de financement des actions engagées dans ce

domaine, compte tenu de l’importance des sommes collectées et de sa position

unique dans ce champ. Ses pouvoirs d’orientation et de définition de la politique

qu’elle entend mener sont naturellement exercés par la Conseil d’administration.

Au total, elle propose vingt mesures en direction des personnes handicapées et

des entreprises .

2. Un éloignement de l’Etat

Si de façon récurrente, l’Etat fait l’objet de critiques par rapport à

l’insuffisance de son rôle et de ses actions en matière de développement de la

formation initiale, d’accessibilité aux transports des personnes handicapées ou

encore en tant qu’employeur, on constate plus particulièrement depuis plusieurs

années, un désengagement de l’Etat3, marqué notamment sur le plan financier,

simultanément à la montée en charge de l’AGEFIPH.

1 Cf. partie sur la loi de 1987, pages 36 et 37.

2 JO Débats parlementaires, 19 mai 1987.

3 La Cour des comptes, dans son rapport établi pour l’année 2002, observe à ce titre que les

remarques qu’appellent de son point de vue les modalités de fonctionnement et de gestion de

l’AGEFIPH trouvent leur fondement dans une politique « publique qui souffre de l’absence de

volontarisme des pouvoirs publics ».

II - 95

A cet égard le rapport du sénateur Paul Blanc1, souligne que l’effort de la

Nation en matière de prestations sociales consacrées au handicap est en

diminution sur une longue période, passant de 2,1 % du PIB en 1985 à 1,7 % en

2001. Parallèlement, on observe que la part d’intervention de l’Etat, dans

l’ensemble du budget social du handicap, est également en décroissance au

regard de la part prise par la sécurité sociale ou les collectivités locales, qui

financent un certain nombre de prestations sociales.

En ce qui concerne plus précisément le domaine de l’insertion

professionnelle des personnes handicapées, cet éloignement peut être repéré de

différentes manières.

Cela est particulièrement vrai pour le complément de rémunération prévu

par la loi du 30 juin 1975 au titre de la garantie de ressources, permettant à toute

personne handicapée exerçant une activité professionnelle, qu’elles qu’en soient

les modalités, de bénéficier d’un revenu minimum garanti, versé par l’Etat. La

gestion et le financement de cette mesure ont été confiés à l’AGEFIPH par la loi

de finances de 19962, ce qui est contestable s’agissant du financement d’une

prestation légale.

De la même façon, l’Etat a en plusieurs étapes cessé de contribuer

financièrement au réseau Cap Emploi, qui fédère des organismes de placement

au service de l’emploi des personnes handicapées en milieu ordinaire et participe

pleinement aux missions de service public de l’emploi. Ces structures

associatives de niveau départemental regroupent des EPSR de type associatif

(Equipes pour la préparation et les suites du reclassement, issues de la loi de

1975 en faveur des personnes handicapées) et des OIP (organismes d’insertion et

de placement, issus de la loi de 1987 sur l’insertion professionnelle des

personnes handicapées).

S’agissant en particulier des EPSR, les subventions de l’Etat ont connu, au

milieu des années quatre-vingt-dix, une diminution sensible de l’ordre de 20 à

30 % ; en outre, une convention signée en 1994 entre l’Etat et l’AGEFIPH fixe

des objectifs de placement relativement contraignants qui conditionnent le

versement d’aides Etat/AGEFIPH.

Ainsi, si à l’origine ces organismes de placement étaient financés

majoritairement par l’Etat, à hauteur de 80 %, le reste étant pris en charge par les

conseils généraux, ils relèvent depuis 1999 du budget de l’AGEFIPH. A noter

qu’il existe aux côtés des EPSR de type associatif, des structures publiques de

même nature dont le nombre diminue chaque année.

1 Rapport du Sénat n° 369, Commission des affaires sociales, 24 juillet 2002, Compensation du

handicap : le temps de la solidarité.

2 Loi de finances du 30 décembre 1996.

II - 96

S’agissant plus précisément de la gestion des mesures du Plan d'action

personnalité pour un nouveau départ (PAPND) confiée par l’ANPE au réseau

Cap Emploi pour les personnes handicapées, on relèvera tout d’abord que les

1 200 professionnels animant ces structures n’ont guère été surpris des principes

de base qui encadrent le PAPND.

En effet, bien avant la mise en oeuvre du Plan d'aide au retour à l'emploi

(PARE), ces professionnels pratiquaient déjà la logique du projet personnalisé,

passant par un parcours progressif d'insertion, l'identification d'un référent et la

démarche d'accompagnement vers l'autonomie.

Pour autant, même si les résultats de cette prise en charge sont importants,

il convient de souligner que les modalités de saisie de données statistiques en

direction de l’ANPE et de contrôle de la part de cette dernière tendent à engorger

le quotidien des Cap Emploi.

Pour avancer vers de meilleurs résultats, il faut bien sûr améliorer la

formation des professionnels de l’insertion des Cap Emploi, spécialement en

matière informatique, mais il est sans doute plus nécessaire encore qu’il soit tenu

compte, plus que cela n’est le cas actuellement, du temps nécessaire pour

accompagner véritablement les demandeurs d'emploi en situation de handicap.

Or les dispositifs ANPE s’étalent sur une période de 6 mois, ce qui rend

impossible le fait d'aller avec les personnes accueillies au bout de la démarche

d'insertion.

Cet état de fait renvoie à la question de la mise en œuvre efficiente de l’une

des missions du service public de l'emploi. De plus et d’un point de vue

structurel, on est fondé à s’interroger sur les relations de sous-traitance qui

unissent l’ANPE et les Cap Emploi dans ce domaine.

On est alors loin de la démarche partenariale à laquelle aspirent les

professionnels de l’insertion, dans laquelle des conventions, signées localement

avec l’ANPE, permettraient de mieux identifier le nombre de personnes à

recevoir et les moyens en personnel devant y être consacrés, dans une cohérence

retrouvée avec l’AGEFIPH et l'ANPE.

Tableau 5 : Les financements des Cap Emploi

Cap Emploi 1998 1999 2000 2001

Nombre de structures 113 116 118 119

Financement (M€) 38 42 45 49

- dont Etat 8 8 - -

- dont AGEFIPH 27 30 42 46

- dont autres (département…) 3 4 3 3

Source : AGEFIPH et DGEFP.

* auxquelles s’ajoutent les EPSR publiques : 33 en 1998, 26 en 1999, 17 en 2000,

14 en 2001.

II - 97

De même, l’Etat a supprimé les subventions d’investissement et

d’équipement aux centres de rééducation professionnelle alors que la formation

est un problème crucial pour les travailleurs handicapés, confiant ce financement

à l’AGEFIPH.

Peuvent également témoigner de la moindre place de l’Etat dans la prise en

charge des dispositifs d’insertion et de formation des personnes handicapées, les

différentes conventions passées entre l’AGEFIPH d’une part et l’ANPE et

l’AFPA, d’autre part, avec des financements AGEFIPH.

Ainsi, progressivement, l’Etat semble avoir laissé à l’AGEFIPH sa

responsabilité, alors même que le législateur n’avait entendu confié que la

gestion des fonds collectés au titre de l’obligation d’emplois, pour des actions

venant en complément, et non en remplacement, de celles de l’Etat. Si le Conseil

d’administration de cette association peut légitimement définir les orientations

des politiques qu’il entend conduire en faveur de l’insertion professionnelle des

personnes handicapées en milieu ordinaire de travail, elles doivent néanmoins

trouver leurs fondements et leurs impulsions dans un cadre préalablement défini

par l’Etat, au regard des fonctions qui sont les siennes en matière de politiques de

l’emploi.

Le dernier rapport public de la Cour des comptes, rendu en janvier 2003,

souligne d’ailleurs, outre certains dysfonctionnements de l’AGEFIPH ellemême,

cette faible présence de l’Etat dans la conception et la mise en œuvre des

dispositifs, tout comme sa participation marginale au Conseil d’administration de

l’association. On peut en effet s’interroger sur cette apparente distanciation de

l’Etat par rapport à l’AGEFIPH, tout en distinguant leurs rôles et places

respectives dans la définition et la mise en œuvre d’une politique d’insertion des

personnes handicapées dans la sphère professionnelle.

On observera toutefois que l’Etat a récemment souhaité formaliser ses

relations avec l’AGEFIPH dans le cadre d’une convention quinquennale

d’objectifs conclue pour la période 1999-2003. Le contenu de cette convention

n’est néanmoins encadré par aucune orientation légale susceptible de renforcer la

portée des engagements réciproques et de donner plus de visibilité à la politique

menée en faveur de l’insertion professionnelles des personnes handicapées.

On peut enfin noter une tendance à la baisse des aides à l’emploi en faveur

des personnes handicapées. La diminution des contrats aidés financés par l’Etat,

dans une période de ralentissement du chômage, a entraîné naturellement la

diminution des possibilités qu’ils offraient aux personnes handicapées alors

même qu’ils constituent un moyen privilégié d’accès à un emploi en milieu

ordinaire. Or, le contexte actuel est à nouveau marqué par une reprise du

chômage, et partant, aggrave les difficultés des personnes handicapées sur le

marché de l’emploi.

II - 98

B - L’INSUFFISANCE DES MOYENS DE MISE EN ŒUVRE DE CETTE POLITIQUE :

L’EXEMPLE DES COTOREP

La politique décidée et impulsée par le gouvernement nécessite des moyens

permettant sa mise en œuvre de façon optimale. A cet égard, les COTOREP sont

des acteurs incontournables, au cœur du dispositif d’insertion des personnes

handicapées et ont un rôle central à travers leurs décisions de RQTH.

Depuis de nombreuses années les COTOREP connaissent d’importants

dysfonctionnements et font à ce titre l’objet de critiques régulières1.

C’est tout particulièrement le fonctionnement en deux sections distinctes,

l’une compétente pour la RQTH et l’orientation professionnelle, l’autre pour

l’attribution de différentes allocations, qui pose problème car relevant des deux

démarches fondamentalement différentes : prise en charge/assistance ou insertion

professionnelle. Cette division du travail, liée à une absence de coordination,

empêche toute approche globale de la situation de la personne.

C’est la raison pour laquelle le ministère des affaires sociales, du travail et

de la solidarité a engagé en 20022 une expérimentation, dans une dizaine de

départements pilotes, tendant à fusionner ces deux sections afin de permettre une

analyse globale de la situation de la personne. L’unification des deux secrétariats

des équipes techniques et des médecins devrait en effet aller dans le sens d’un

suivi plus cohérent des demandes et de l’élaboration d’un parcours personnalisé

avec les personnes concernées ; en particulier, elle devrait limiter le risque de

disparités constatées d’un département à l’autre, avec le renforcement de

médecins coordonnateurs. Cette démarche est appelée à être progressivement

généralisée à l’ensemble des COTOREP.

Par ailleurs, le fonctionnement des COTOREP rencontre d’importantes

difficultés face à l’accroissement du volume de son activité (+ 40 % sur la

période 1991-1999 – et cette tendance, loin de s’inverser, se confirme), alors que

dans le même temps, les effectifs des secrétariats a stagné, voire diminué. Il

paraît à ce sujet utile de préciser que ces commissions ont à traiter près d’une

quinzaine de décisions différentes : RQTH et classement en catégorie A, B ou

C ; orientation, autorisation des abattements de salaires, taux d’invalidité,

attribution des allocations, admission en établissement spécialisé mais aussi carte

d’invalidité, sans limite d’âge, cartes européennes de stationnement (ex. carte

GIC) et APA y compris pour des personnes de plus de 60 ans

Il résulte de cette multitude de dossiers de nature différente que la

COTOREP dispose au final de peu de temps à consacrer à l’orientation et au

reclassement professionnel des personnes handicapées alors que cette mission

constitue la finalité première de ses attributions.

1 Pour une analyse plus complète du fonctionnement des COTOREP, on se reportera au rapport de

la Commission des finances de l’Assemblée nationale sur L’indispensable réforme des COTOREP,

12 juillet 2000.

2 Circulaire n° 2002-114 du 27 février 2002 relative à la coordination des services pour les

personnes handicapées et à l’organisation des COTOREP.

II - 99

Il est à cet égard symptomatique que dans certaines COTOREP, la quasi

totalité des décisions d’orientation et de reclassement ne soit prises que sur

dossier sans entrevue avec la personne concernée.

Certains services, en revanche, comme dans le Val de Marne ou l’Ille et

Vilaine1 ont réussi à mettre en place un accueil personnalisé permettant entre

autre la rencontre avec une équipe pluridisciplinaire.

La mise en place d’un service d’accueil spécialisé permet ainsi de recevoir

les personnes demandeuses d’un reclassement professionnel en premier entretien

de manière à analyser leur parcours, connaître les relais qu'elles ont pu avoir

avant de faire une demande à la COTOREP et démystifier la problématique du

handicap. Cela permet aussi de nouer des contacts avec des partenaires qui ont

pu travailler avec ces personnes, par exemple les services du Revenu minimum

d'insertion (RMI) ou les missions locales, lesquels ont déjà une bonne

connaissance de celle-ci. Ces démarches permettent enfin de donner une

information la plus complète et la mieux adaptée à la personne dans le cadre de

sa recherche d’emploi.

S’agissant des médecins qui interviennent au sein des COTOREP, hormis

leur trop faible nombre2 et la faiblesse du montant des vacations qu’ils

perçoivent, on regrettera plus particulièrement la disparition de certaines

catégories de praticiens, tels les médecins du travail ou de la sécurité sociale dont

l’approche par rapport au milieu professionnel était grandement appréciable.

Enfin, l’une des critiques le plus fréquemment relevé concerne l’accueil et

l’information des personnes handicapées, qui malgré d’importants efforts en ce

domaine doivent encore être améliorés, notamment en termes d’accessibilité des

locaux, ou d’amplitudes des horaires d’ouverture des services au public.

On le voit, les nombreuses observations formulées dans les différents

rapports dont ont fait l’objet les COTOREP, appellent des réformes en

profondeur, qui au-delàde leurs aspects financiers, nécessitent une forte volonté

politique qui sera en débat à l’occasion des discussions sur la réforme de la loi

d’orientation du 30 juin 1975 et l’organisation et le fonctionnement des

COTOREP.

1 Cf. audition de Michèle Louet – COTOREP Ille et Vilaine du 29 janvier 2003 devant la section du

travail du Conseil économique et social.

2 554 en 1998, soit 187 en équivalent temps plein, chiffres cités dans le rapport de l’Assemblée

nationale sur l’indispensable réforme des COTOREP.

II - 100

II - LA NECESSITE DE COORDINATION D’UNE MULTIPLICITE

D’ACTEURS

Le fait que de nombreux acteurs oeuvrent pour favoriser l’insertion

professionnelle des personnes handicapées devrait a priori constituer une source

d’optimisation des actions entreprises, favoriser une plus-value dans la définition

et la mise en œuvre des politiques, et profiter aux publics pour lesquels elles sont

menées. Or, tel n’est pas le cas.

Si l’une des raisons le plus souvent évoquées est l’absence ou

l’insuffisance de coordination à tous niveaux, la multiplicité des intervenants

forme en outre un écran opaque, brouille la lisibilité des dispositifs mis en œuvre

et rend difficile l’identification du rôle de chacun, voire même parfois la simple

connaissance de son existence.

A - UNE COORDINATION INSUFFISANTE

Les pouvoirs publics en charge des actions en direction des personnes

handicapées ont toujours été confrontés aux difficultés de coordination de leurs

interventions. Cela est tout particulièrement vrai depuis la loi de 1975 qui tend à

prendre en considération la personne handicapée dans sa globalité et partant,

l’ensemble de ses besoins quels que soient l’origine, la nature et le degré du

handicap. Dès lors, les diverses approches se trouvent très liées entre elles : par

exemple, accès à l’emploi et accessibilité des transports ou des bâtiments, et

nécessitent des interventions de différentes administrations.

Conscient de ces difficultés, le législateur avait prévu, en 1975, la création

d’un comité interministériel de coordination en matière d’adaptation et de

réadaptation. Ce dernier n’a en réalité jamais véritablement été mis en œuvre, du

fait vraisemblablement de la lourdeur de sa composition.

La Cour des comptes, dans un rapport de 1993, constatait déjà « un

éclatement institutionnel » dans le champ de l’insertion professionnelle des

personnes handicapées et déplorait « l’absence manifeste de coordination et de

pilotage », aussi bien d’ailleurs au niveau central qu’au plan local. Il convient

d’insister à tous les niveaux sur la nécessité de définir les orientations générales

de la politique d’intégration des personnes handicapées, de donner l’impulsion et

de favoriser les liaisons entre les administrations, entre les différents partenaires.

S’agissant plus particulièrement de la politique en matière d’emploi des

personnes handicapées, il convient de relever qu’au seul niveau de

l’administration centrale, deux directions sont compétentes : c’est ainsi que

l’emploi en milieu ordinaire relève principalement de la DGEFP du ministère

chargé du travail alors que le secteur du milieu protégé est réparti entre cette

même direction pour les ateliers protégés et la Direction de l’Action sociale du

ministère chargé de la santé. Cette dyarchie se retrouve également au niveau des

services déconcentrés et tout particulièrement dans la gestion des COTOREP, ce

II - 101

qui est source d’un certain nombre de difficultés sur lesquelles il sera revenu plus

précisément.

Des instances consultatives composées entre autres de représentants des

pouvoirs publics, des organisations syndicales et patronales, des associations et

des organismes de sécurité sociale ont par ailleurs été mises en place :

- placé auprès du ministre chargé des affaires sociales, le Conseil

national consultatif des personnes handicapées, a une compétence

générale pour toute question sur la politique en direction des

personnes handicapées ;

- placé auprès du ministre chargé du travail, le Conseil supérieur pour

le reclassement professionnel et social des travailleurs handicapés, a

une compétence sur les questions de rééducation professionnelle et de

placement des travailleurs handicapés, de travail protégé, d’éducation

et d’adaptation au travail des enfants et adolescents handicapés.

En réponse à cette absence de coordination, on a de plus été conduit à la

création en 19951 d’un poste de Délégué interministériel aux personnes

handicapées afin de mobiliser et d’optimiser les actions des différents services et

administrations concernées à un titre ou à un autre pour favoriser l’insertion

professionnelle et sociale, notamment dans les domaines de l’intégration

scolaire, du maintien à domicile et de l’accessibilité à l’emploi et à la formation

professionnelle.

On est néanmoins fondé à s’interroger sur le fait qu’il soit placé sous la

responsabilité du Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, dépendant du

ministre de la Santé, et non auprès du Premier ministre.

B - UNE MULTIPLICITE D’OPERATEURS RENDANT DIFFICILEMENT LISIBLES LES

DISPOSITIFS

Plus de quinze ans après la promulgation de la loi de 1987, le taux

d’emploi direct de personnes handicapées stagne autour de 4 %, les entreprises

privilégiant les formules alternatives offertes par la loi elle-même. Ainsi 37 %

des entreprises assujetties à l’obligation d’emploi ne comptent pas de travailleurs

handicapés dans leur personnel.

Pourtant, nombreux sont les employeurs qui, à la faveur de campagnes de

sensibilisation ou pour d’autres raisons encore, se déclarent prêts à recruter, sans

toujours savoir comment procéder et auprès de qui s’adresser2. Il est vrai que

l’insertion professionnelle des personnes handicapées mobilise un grand nombre

d’acteurs au plan local et qu’il est peu aisé d’identifier le rôle de chacun. Cette

difficulté d’accès à l’information est accrue pour des PME et des TPE désireuses

d’effectuer un recrutement de travailleur handicapé et à la recherche d’une

information de premier niveau en la matière.

1 Décret n° 95-863 du 31 juillet 1995.

2 Cf. sondage Louis Harris précité.

II - 102

Du côté de l’individu en situation de handicap à la recherche d’un emploi

en milieu ordinaire de travail, le parcours nécessite également une information

minimum, qui n’est pas toujours facilement accessible.

1. Le service public de l’emploi

L’ANPE est directement identifiable en tant que structure pour la recherche

d’un emploi. L’accueil, l’information, l’orientation et l’aide au placement des

travailleurs handicapés font partie des missions de toutes ses agences locales.

Dans chaque département, un conseiller à l’emploi devrait être particulièrement

spécialisé sur l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés.

En revanche, d’autres structures publiques ou privées, également

susceptibles d’apporter leur concours aux personnes handicapées à la recherche

d’un emploi, semblent moins facilement repérables. A ce titre, les EPSR et les

OIP, associations départementales agréées, dont la vocation est de permettre

l’emploi et le reclassement des personnes handicapées avec un accompagnement

individualisé, participent pleinement à cette mission et interviennent en aval des

décisions de la COTOREP.

En relation avec les entreprises, ces équipes reçoivent, informent et

conseillent les travailleurs handicapés, et s’assurent après l’embauche de leurs

conditions d’insertion. Leur action, à la fois différente et complémentaire de

celle de l’ANPE, s'inscrit dans une logique territoriale de mise en cohérence des

interventions des différents partenaires en particulier dans le cadre des

programmes départementaux d'insertion des travailleurs handicapés et implique

des liens constants avec la COTOREP et l'ANPE.

Si en principe, les personnes qui s’adressent à la COTOREP pour une

reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et une recherche d’emploi

ont par cette voie connaissance des services de ces organismes, la question se

pose de la situation des autres personnes bénéficiaires de la loi de 1987,

accidentés du travail ou invalides civils qui ne passent pas par la COTOREP.

Afin de mettre en évidence la cohérence des interventions des EPSR et des

OIP et d’assurer une meilleure lisibilité de l’ensemble des aides existantes,

l’AGEFIPH a engagé une démarche en 2000 tendant à fédérer ces organismes et

à les réunir sous un label unique : le réseau Cap Emploi. Ce label permet ainsi à

la fois une meilleure identification des structures pour les employeurs et pour les

personnes handicapées et une information sur les dispositifs existants.

Par ailleurs, dans les contrats de progrès de l’AFPA et de l’ANPE, pour la

période 1999/2003, l’Etat a marqué sa volonté de voir les deux organismes

travailler sur la complémentarité de leurs offres de services au bénéfice des

demandeurs d’emploi. La complémentarité a notamment pour but d’assurer un

service continu et personnalisé aux demandeurs d’emploi : l’ANPE sur la

définition du projet professionnel et l’accès à l’emploi, l’AFPA sur l’accès à la

formation avec la définition d’un parcours de formation en adéquation avec le

projet professionnel et de renforcer les missions et les moyens du service public

II - 103

de l’emploi pour favoriser l’accès à l’emploi des publics prioritaires définis par

l’Etat et de permettre aux demandeurs d’emploi, devant acquérir ou remettre à

jour des compétences professionnelles, de bénéficier des formations qualifiantes

de l’AFPA.

2. Un effort de coordination : les PDITH

Depuis 1992, des Programmes départementaux d’insertion des travailleurs

handicapés (PDITH) coordonnent, sous l’autorité des préfets, l’action des

différents partenaires, publics et privés, agissant dans le domaine de l’insertion

professionnelle des travailleurs handicapés. Généralisés depuis 1999, ces

programmes mettent notamment en œuvre des actions d’orientation,

d’information, de sensibilisation et de maintien en milieu ordinaire, en assurant

l’articulation entre les dispositifs de droit commun et les dispositifs spécialisés.

Coordonnés par les DDTEFP, ces dispositifs ont pour objectif de

rapprocher les différents acteurs afin d’optimiser l’accompagnement des

personnes handicapées sur le marché du travail. L’action conjuguée de tous les

opérateurs de l’insertion se réalise à différents niveaux : information et

orientation en amont de l’insertion, accès des travailleurs handicapés à des

formations de droit commun, sensibilisation des entreprises locales au

recrutement des personnes handicapées, maintien dans l’emploi des salariés

victimes d’accidents du travail. De cette façon est mieux prise en compte, par

l’ensemble des acteurs de l’insertion, la globalité des problèmes d’intégration

professionnelle des personnes handicapées. Le comité de pilotage du PDITH

définit les objectifs pour chaque département. Selon les départements,

l’articulation avec le Cap Emploi s’effectue plus ou moins facilement.

Le coordinateur du PDITH d’Ille et Vilaine1 souligne ainsi les trois

principaux axes autour desquels se structurent ses actions. En premier lieu, il

s’agit de rendre le plus lisible possible l’ensemble du dispositif au service des

personnes et des professionnels et de faciliter la compréhension des moyens mis

à disposition sur le département ; il existe en effet une complexité dans le champ

de l’insertion professionnelle des personnes handicapées en termes d’articulation

entre les dispositifs de droit commun et les mesures plus spécifiques.

Il s’agit par ailleurs de créer une dynamique afin de faire inscrire la

problématique propre aux personnes handicapées dans les dispositifs en place,

par exemple, les commissions emploi et formation ou insertion par l’activité

économique ou encore le dispositif RMI, de rappeler sa priorité et la faire

ressortir au même niveau que celui que l’on peut trouver pour d’autres publics

prioritaires tels que les jeunes ou les femmes.

1 Audition du 29 janvier 2003 devant la section du travail du Conseil économique et social de

Michèle Louet, COTOREP, DDTEFP d’Ille et Vilaine, Jean-François Ménard, Programme de

formation des personnes handicapées (PRFPH) et Yves Deniaud, coordinateur PDITH pour l’Illeet-

Vilaine.

II - 104

Enfin, il s’agit de favoriser les complémentarités d’actions afin de faciliter

et de fluidifier le parcours d’insertion dans l’emploi de la personne handicapée

qui se trouve confrontée à un chaînage - préparation à l’emploi, formation,

recherche d’emploi, mise en situation dans l’entreprise et accompagnement -

qu’il faut articuler pour éviter les ruptures dans ce parcours.

3. Les sites pour la vie autonome, un pas vers le guichet unique ?

Le développement des moyens de compensation des incapacités est

indispensable pour offrir aux personnes handicapées qui le souhaitent la

possibilité de demeurer dans leur milieu ordinaire de vie grâce à des

aménagements de logement, des aides techniques ou des aides humaines

adaptées.

L'accès aux solutions de compensation des incapacités peut s’avérer

difficile pour les personnes handicapées. Les obstacles principaux tiennent à la

longueur des délais d'obtention de l'aide, à la charge financière parfois lourde

laissée à la personne handicapée, à la complexité administrative et financière des

dispositifs existants et à l'absence d'une évaluation médico-sociale des besoins

des personnes handicapées. L’assurance maladie ne rembourse que très

partiellement les matériels et équipements nécessaires, sur la base du Tarif

interministériel des prestations sanitaires (TIPS). Des financements

complémentaires sont possibles, mais ils doivent être sollicités auprès de divers

organismes, et notamment des mutuelles, des collectivités territoriales ou

d’associations. Cependant, l’information est dispersée et la personne handicapée

doit souvent effectuer de longues et nombreuses démarches avant d’obtenir

l’aide dont elle a besoin.

Afin de mobiliser les différents dispositifs existants au service du projet de

vie de la personne handicapée, les pouvoirs publics mettent en place, de manière

pragmatique et progressive, des sites pour la vie autonome. Il s’agit d’instaurer,

dans chaque département, un lieu unique de traitement des demandes des

personnes en situation de handicap. Le chargé de mission responsable du site

pour la vie autonome assure la coordination des interventions administratives,

techniques et financières des différents partenaires locaux. Une équipe

pluridisciplinaire, comprenant un médecin, un technicien du handicap et un

assistant social, évalue la situation de la personne et lui propose un plan d’aide

individualisé. Elle peut également préconiser des solutions dans le champ des

aides humaines et de l’aménagement du logement.

Les départements, les organismes de protection sociale, les mutuelles, les

associations participent, dans le cadre d’un comité départemental, à la définition

et à la mise en œuvre de ces dispositifs.

L’Etat a prévu de porter progressivement sa contribution financière

annuelle au fonctionnement des sites pour la vie autonome de 2,3 millions

d’euros en 2000 à 15,2 millions d’euros à partir de 2003, avec l’objectif d’un site

par département en 2003.

II - 105

Le bilan d’étape réalisé fin 2002 sur le fonctionnement et les moyens des

28 sites effectivement mis en place apparaît mitigé. « Là où se conjuguent les

bonnes volontés des différents partenaires et financeurs, le système fonctionne et

atteint ses limites »1. Les sites pour la vie autonome semblent en effet souffrir de

l’absence de cadre juridique définissant clairement leurs missions et les

modalités de prise en charge.

C - LES ASSOCIATIONS, ACTEURS ET PARTENAIRES

Les associations ont toujours joué un rôle important dans la prise en charge

des personnes handicapées et ont été à l’origine de nombreuses initiatives dans le

domaine de l’emploi.

Au-delàde celles dont les missions interviennent dans le champ du

placement et du reclassement professionnel et sont agréées à ce titre

(associations EPSR et OIP regroupés sous le label Cap Emploi), un grand

nombre de structures du milieu associatif interviennent dans ce domaine, parmi

leurs autres missions tendant à faire reconnaître la personne handicapée comme

citoyen à part entière auprès de ses différents interlocuteurs, dont les pouvoirs

publics.

Elles se sont généralement construites et organisées autour de la défense de

personnes présentant des handicaps de même nature (déficients visuels ou

auditifs, déficients intellectuels, paralysés…) ou encore des handicaps de même

origine (accidentés de la route, accidentés du travail).

Elles participent toutes, à leur niveau, et en fonction des moyens dont elles

disposent, à l’effort d’insertion sociale de la personne handicapée, notamment en

milieu professionnel, et mobilisent toutes leurs ressources dans cet apport

indispensable à la politique menée.

A cet égard, il convient de souligner que les associations plus directement

concernées, par les publics qu’elles fédèrent, par le milieu protégé de travail, ne

peuvent se voir placées en opposition à une insertion en milieu ordinaire ; elles

considèrent en effet l’insertion en milieu ordinaire comme la solution la plus

favorable à la personne handicapée, à la condition qu’elle soit adaptée à la nature

et au degré de handicap ainsi qu’à son environnement social.

1 Magazine Faire face, n° 607 de mars 2003, Vie autonome, du mieux mais…

II - 106

III - DES AIDES NOMBREUSES ET COMPLEXES

Ainsi que le souligne dans son rapport le sénateur1 Paul Blanc, l’obligation

nationale à l’égard des personnes handicapées doit trouver sa traduction dans la

compensation des désavantages liés au handicap ainsi que des frais qui en

découlent. Elle doit à ce titre rétablir l’égalité entre les citoyens valides et les

citoyens handicapés et favoriser, dans toute la mesure du possible, le maintien ou

l’insertion de ces derniers en milieu de vie ordinaire.

Dans ce cadre, les dispositifs d’aides et de prestations mobilisables en

faveur des personnes handicapées sont nombreux et complexes. La question reste

cependant posée de leur efficience en terme de compensation du handicap par

rapport à une approche que l’on pourrait davantage examiner sous l’angle de

l’assistanat. Paul Blanc relève à cet égard la multiplicité des aides et des

prestations sociales, ainsi que l’éventualité d’une juxtaposition de celles-ci. Ces

aides résultent en effet de l’accumulation de strates successives d’origines

diverses du système de protection sociale (accidents du travail, invalidité,

handicap…). Par ailleurs, leur niveau est jugé globalement insuffisant au regard

de l’importante charge financière qui pèse sur les personnes handicapées pour

surmonter les difficultés inhérentes à leur handicap.

Au-delàmême de ces remarques, on observe un déficit d’informations du

public (employeurs et personnes handicapées) auquel ces mesures sont destinées.

Plus significatif encore, les différents acteurs de la politique d’insertion

professionnelle avouent éprouver eux-mêmes des difficultés à se retrouver dans

le maquis de ces innombrables aides et prestations.

Il convient à cet égard de distinguer les aides dont peuvent bénéficier les

personnes handicapées, qu’elles soient ou non liées à l’exercice d’une activité

professionnelle, qu’elles soient ou non soumises à conditions de revenus, et

celles versées aux employeurs au titre d’un aménagement de poste ou de

l’embauche d’un salarié handicapé…2

Sans vouloir se livrer à une présentation détaillée de l’ensemble de ces

mesures, on placera la focale sur trois d’entre elles qui occupent, pour des

raisons diverses, une place d’importance dans le dispositif d’insertion

professionnelle des personnes handicapées : l’abattement de salaire, l’allocation

adultes handicapés et son articulation avec une rémunération, et enfin, l’aide à la

création d’entreprise.

1 Cf. rapport du Sénat n° 369, Commission des affaires sociales, sur Compensation du handicap : le

temps de la solidarité, juillet 2002.

2 Cf. annexe n° 4 sur le tableau synoptique des mesures et dispositifs d’accès et de maintien dans

l’emploi.

II - 107

A - L’ABATTEMENT DE SALAIRE

L’intervention de la secrétaire de la COTOREP d’Ille et Vilaine1 a été

l’occasion de souligner le problème posé par l’abattement de salaire dont peut

faire l’objet le travailleur handicapé, et le calcul du complément de salaire,

remboursé à l’employeur par l’AGEFIPH au titre de la garantie de ressources

dont bénéficie le salarié handicapé.

Cette mesure, destinée à favoriser l’embauche de personnes présentant un

handicap de catégorie B ou C, moins facilement « insérables » en milieu

ordinaire de travail, est dans les faits peu utilisée. A titre d’exemple, en 2001, la

COTOREP d’Ille et Vilaine n’a pas reçu plus de 90 demandes d’abattements de

salaires sur un total de près de 21 000 demandes.

On rappellera que des réductions de salaires peuvent sous certaines

conditions être autorisées lorsque le rendement professionnel du travailleur

handicapé, bénéficiant de la RQTH, est notoirement diminué. Ces abattements

sont limités à 10 % du salaire normalement alloué au travailleur valide

accomplissant la même tâche, pour les personnes relevant de la catégorie B et à

20 % pour celles de catégorie C, le classement en catégorie A (handicap léger)

ne permettant aucune diminution de salaire. Ils peuvent atteindre jusqu’à 50 %

du salaire dans le cas d’un salarié ayant un emploi de TPMO. Calculé par la

COTOREP, le montant de l’abattement est remboursé par l’AGEFIPH à

l’employeur. La règle veut en effet que l’employeur verse l’intégralité du salaire

dû au travailleur handicapé, et soit ensuite remboursé au titre de la subrogation

des droits.

Cette possibilité demeure cependant peu connue et d’une mise en œuvre

relativement complexe dans la mesure où deux bases de salaires différentes

servent de référence au calcul. En effet, si le montant de l’abattement est calculé

sur la base du salaire versé au travailleur valide accomplissant la même tâche2, le

complément de rémunération est en revanche déterminé par rapport à la garantie

de ressources égale au SMIC pour les salariés en TPMO, et à 130% du SMIC

pour les salariés en emplois ordinaires.

1 Audition du 29 janvier 2003 devant la section du travail du Conseil économique et social de

Michèle Louet, COTOREP, DDTEFP d’Ille et Vilaine.

2 Articles R. 323-59.1 et D. 323-12 du Code du travail.

II - 108

La formule de calcul du complément de rémunération (garantie de

ressources – salaire après abattement) aboutit dès lors à un résultat nul voire

négatif dans le cas où le travailleur handicapé occupe un emploi dont la

rémunération effective (salaire réel ou conventionnel) est supérieure à 1,3 SMIC.

Le fait d’asseoir le complément de rémunération sur la garantie de

ressources équivalant, selon les situations, à 100 ou 130 % du SMIC, peut

entraîner des effets pervers qui doivent être soulignés. Ainsi, des employeurs

peuvent être amenés à sous-évaluer le salaire d’embauche d’une personne

handicapée, parfois en contradiction avec la convention collective applicable.

D’un autre côté, le salarié bénéficiant d’une rémunération supérieure à 1,3 du

SMIC peut également subir une diminution de son salaire, l’abattement autorisé

par la COTOREP n’étant pas intégralement compensé par le complément de

rémunération.

Tableau 6 : Comparatif des dispositifs d'abattement de salaire

pour les emplois ordinaires et pour les emplois protégés dits « emplois légers »

Abattement de salaire

pour des emplois ordinaires

Abattement de salaire

pour des TPMO

Bénéficiaires

Personnes reconnues handicapées

par la COTOREP en catégorie B ou

C

Personnes reconnues handicapées

par la COTOREP qui ne peuvent

être employées en raison de leur

état, soit à un rythme normal soit à

temps complet.

Formalités

Décision de la COTOREP

Si le salaire ainsi réduit est

inférieur au SMIC, la décision est

prise :

- par le directeur départemental du

travail et de l’emploi si la réduction

n’excède pas 10 %,

- par le directeur régional dans le

cas contraire (réduction supérieure

à 10 %)

La liste des emplois protégés est

fixée par les services de l’emploi.

Le salaire minimum est fixé pour

chaque salarié par la DDTEFP sur avis

motivé de la COTOREP au vu d’un

rapport de l’inspection du travail.

Montant de

l’abattement

Maxi :

10 % du salaire* pour les

handicapés classés en catégorie B

20 % du salaire* pour les

handicapés classés en catégorie C

Maxi :

50 % du salaire*

Durée de

l’abattement

Durée déterminée :

A l’expiration de ce délai,

possibilité de demander la

reconduction ou la révision de la

décision d’abattement.

Période d’adaptation de 6 mois

maximum à l’issue de laquelle le

salaire minimum qu’il doit

percevoir est réexaminé

Garantie de

ressources

130 % du SMIC 100 % du SMIC

Complément de

rémunération

Complément de rémunération = garantie de ressources - salaire abattu

Le complément de rémunération est versé directement par l’employeur et

remboursé à celui-ci par l’AGEFIPH.

* Le salaire de référence est le salaire versé au travailleur valide accomplissant la même tâche.

Source : Liaisons sociales, octobre 2001, numéro spécial.

II - 109

Par ailleurs, l’application de cette mesure doit faire l'objet d'une enquête

préalable de l'inspection du travail. Or, cette démarche peut être perçue comme

un contrôle et mal vécue par des entreprises potentiellement intéressées, les

conduisant dans nombre de cas à y renoncer.

S’ajoutent à cela des délais de traitements très longs (demande de

l’employeur, instruction et calcul par la COTOREP, enquête de l’inspection du

travail…) qui ne permettent pas au dispositif de donner sa pleine efficacité, du

fait de sa faible réactivité. L’entreprise, qui souhaite légitimement connaître le

montant de l’aide auquel elle peut prétendre au moment de l’embauche du

salarié, peut dans certains cas renoncer à ce recrutement.

Ainsi, cette mesure, potentiellement intéressante en tant qu’outil favorisant

l’insertion en entreprise d’une personne handicapée, s’avère peu utilisée en

raison notamment d’un certain nombre de difficultés la rendant en partie

inadaptée.

B - L’ALLOCATION ADULTE HANDICAPE (AAH) ET SON CUMUL AVEC LE SALAIRE

La loi d’orientation du 30 juin 1975 prévoit le bénéfice d’un revenu

minimum garanti aux adultes handicapés qui se traduit par :

- soit l’AAH pour ceux qui ne peuvent exercer une activité

professionnelle (incapacité d’au moins 80 % ou de 50 à 79 % en cas

d’impossibilité, due à un handicap, de se procurer un emploi) ;

- soit la garantie de ressources pour les autres personnes handicapées

exerçant une activité professionnelle.

Il n’existe pas de possibilité de cumul de l’AAH avec la garantie de

ressources, et partant, avec la rémunération que peut percevoir un salarié

handicapé. En effet, dans la mesure où cette rémunération entraîne une

augmentation des ressources de l’allocataire, l’AAH, attribuée dans la limite

d’un plafond, est réduite à due concurrence, et voire même être supprimée.

Le caractère très restrictif des conditions d’attribution de cette AAH, et en

particulier les conditions de ressources qui l’assortissent, dissuade un nombre

non négligeable de personnes handicapées de s’engager dans la voie d’une

intégration professionnelle qui leur ferait perdre le bénéfice de l’AAH et des

avantages afférents.

Vincent Assante, dans son rapport sur « Situation de handicap et cadre de

vie » 1 souligne à cet égard que « les modalités d’attribution de l’allocation aux

adultes handicapés, notamment l’interdiction de cumuler un salaire avec les

allocations diverses et avantages fiscaux liés au handicap, ne facilitent pas la

recherche d’un emploi (…) ».

1 Cf. rapport précité.

II - 110

La personne handicapée peut en effet légitimement s’interroger sur la

pertinence d’exercer une activité professionnelle au regard de la perte de revenus

qui en découle. Cette opposition pose véritablement question, alors même que la

valeur du travail, en tant qu’élément fondamental d’insertion de la personne

handicapée au sein de la société, est reconnue par tous comme une évidence.

On ne peut que comparer ce dispositif avec la réforme dont le RMI a fait

l’objet, permettant le cumul dans certaines conditions et pour une durée

déterminée de cette allocation et d’un salaire, ou encore de la possibilité dont

bénéficient les personnes titulaires d’une pension d’invalidité de cumuler salaire

et pension pendant six mois, dans la limite du salaire qu’ils avaient avant leur

invalidité.

C’est cette contradiction et les difficultés qu’elle soulève qui a conduit

récemment des députés à déposer sur le bureau de l’Assemblée une proposition

de loi tendant à ne prendre en compte qu’une partie des ressources provenant du

travail de l’allocataire pour l’application du plafond de cumul1.

C - L’AIDE A LA CREATION D’ENTREPRISE

Dans le panel des aides dont peuvent bénéficier les personnes handicapées

en matière d’insertion professionnelle, les aides à la création d’entreprise

constituent des mesures largement méconnues, alors qu’elle présentent un intérêt

non négligeable.

En effet, au-delàdes aides publiques destinées aux créateurs d’entreprise

telles que les Aides aux chômeurs créateurs ou repreneurs d'entreprise (ACCRE),

l’Encouragement au développement des entreprises nouvelles (EDEN) ou le Prêt

à la création d'entreprise (PCE), deux types d’aides sont plus particulièrement

destinés aux personnes handicapées qui souhaitent s’engager dans la voie de la

création d’entreprise ou de l’activité libérale.

Une subvention d’installation, d’un montant maximal de 2 290 €, peut être

attribuée aux personnes ayant fait l’objet d’une orientation par la COTOREP

vers une activité indépendante ; elle est versée sur décision du préfet, après avis

motivé de la COTOREP, dans la limite des crédits délégués par le ministre

chargé du travail.

A cet égard, on signalera l’initiative prise par un certain nombre de

chambres de métiers dans le domaine de la création d’entreprises par des

personnes en situation de handicap. Dans le cadre de conventions passées avec

l’AGEFIPH, portant « accompagnement et suivi des porteurs de projets de

création d’activités par des personnes handicapées », le réseau des chambres de

métiers marque son attachement à la création et à la reprise d’entreprises par des

personnes handicapées.

1 Proposition de loi n° 493 du 18 décembre 2002 présentée par Georges Colombier, Guy Geoffroy et

plusieurs autres députés.

II - 111

Au-delàde ces expériences innovantes, l’AGEFIPH a mis en place une

mesure de « création d’activité », afin de favoriser les initiatives des personnes

handicapées qui créent leur propre emploi et de leur permettre de s’insérer

durablement dans le milieu professionnel. Elle propose ainsi aux demandeurs

d’emplois handicapés une subvention à la création d’entreprise, calculée en

fonction des besoins et des autres financements obtenus, plafonnée à 10 675 €.

Elle peut également être amenée à financer des prestations de conseils pour

accompagner les personnes handicapées tout au long de leur parcours :

diagnostic et montage du projet, démarrage et suivi des premières années de

l’activité ainsi qu’une formation en gestion.

Un bilan des actions réalisées dans ce cadre par l’AGEFIPH1 souligne

l’importance et l’intérêt de ce type de mesures. Les porteurs d’un projet de

création sont en général particulièrement motivés. Les nouvelles entreprises

créées présentent un taux de pérennisation toujours très supérieur à la moyenne

nationale et montrent un réel dynamisme (70 % des entreprises sont encore

actives après trois ans contre un peu plus de la moitié pour les autres entreprises

créées par des demandeurs d’emplois). Ainsi, en 2001, 2 257 créations d’activité

ont été enregistrées, en hausse de 10 % par rapport à l’année 20002.

Cette analyse témoigne, si besoin était, de la volonté et de la capacité des

personnes handicapées à être véritablement les acteurs de leur insertion, qu’il

s’agisse de la société comme du monde professionnel. A ce titre, la création

d’entreprise, dès lors qu’elle fait l’objet d’un réel soutien, peut constituer l’une

des voies efficaces vers l’insertion professionnelle.

IV - UNE PAUVRETE STATISTIQUE ET UNE EVALUATION QUASI

INEXISTANTE

Il a été souligné en première partie du rapport la difficulté qu’il y avait à

définir le handicap selon qu’on adopte une approche médicale, sociale ou

administrative. On achoppe sur ces mêmes difficultés pour appréhender la

population des travailleurs handicapés compte tenu également des multiples

législations et des régimes différents.

Sur le plan statistique, la connaissance générale du handicap et de la

population handicapée a été améliorée par l’enquête HID (Handicap-incapacitédépendance)

pilotée par l’INSEE. Néanmoins, en ce qui concerne la population

des travailleurs handicapés, les données apparaissent fragmentaires, varient

d’une source à une autre et ne sont pas aisément comparables, empêchant toute

vision globale satisfaisante. La question se pose dès lors de la pertinence et de

l’efficacité des politiques menées en direction de cette population finalement mal

connue et dont les besoins et motivations ne peuvent clairement être identifiés.

1 Rapport d’activité de l’AGEFIPH, année 2001.

2 Source : AGEFIPH.

II - 112

A titre d’illustration, la mobilisation des informations détenues par les

COTOREP est très insuffisante. Par exemple, il n’est pas actuellement possible

de connaître sur les dix dernières années la répartition des demandes de RQTH

ayant reçue une réponse favorable selon le type de demande (première demande

et renouvellement) alors que ces informations sont des données de gestion

instruites par les COTOREP. De façon plus surprenante encore, les COTOREP

ne sont pas aujourd’hui en situation de connaître à une date donnée le nombre de

personnes qui bénéficient d’une reconnaissance de la qualité de travailleur

handicapé . Elles manquent donc de statistiques de base sur les populations dont

elles ont la charge.

La Commission des finances de l’Assemblée nationale1 soulignait déjà en

2000 les insuffisances de leur application informatique qui ne permet de

connaître que le volume des demandes, les délais de traitement des dossiers…

Des efforts de modernisation ont été entrepris dans ce domaine mais s’inscrivent

nécessairement dans la durée, compte tenu de l’ampleur et du coût de

l’opération. On soulignera également l’absence d’outils objectifs d’évaluation du

handicap, entraînant des appréciations forcément différentes sur la nature et le

taux du handicap d’un département à l’autre ou encore en matière de suivi et

d’évaluation des décisions d’orientations prises par ces commissions.

Cela est vrai également pour le taux d’emploi des travailleurs handicapés,

indicateur essentiel au regard de la loi de 1987, qui continue d’être sujet à

caution quant à sa fiabilité statistique. Le rapport de la Cour des comptes 2002

précité souligne à ce sujet que cet état de fait témoigne de l’absence de volonté

des pouvoirs publics de « s’inscrire dans une logique volontariste ».

1 Mission d’évaluation et de contrôle, L’indispensable réforme des COTOREP, Rapport du 12 juillet

2000.

II - 113

CHAPITRE III :

AU COEUR DES LIEUX DE TRAVAIL, DES ACTEURS

ET UN POTENTIEL INSUFFISAMMENT EXPLOITES

I - UNE PROBLEMATIQUE COMMUNE AU SECTEUR PRIVE ET AUX

ADMINISTRATIONS PUBLIQUES…

A - UN CONTEXTE D’EMPLOI PARTICULIEREMENT DISCRIMINANT POUR LES

PERSONNES HANDICAPEES

Sur le marché de l’emploi, fondé sur la loi de l’offre et de la demande, la

demande excède à l’heure actuelle très largement l’offre. Ceux qui offrent des

emplois, qu’il s’agisse des entreprises privées et publiques, des collectivités

territoriales, ou des administrations, ont souvent des exigences d’autant plus

grandes, notamment en matière de qualification, que la main d’œuvre disponible

dépasse largement leurs besoins.

Les demandeurs d’emplois doivent donc satisfaire aux desiderata de leurs

employeurs potentiels, et acquérir un ensemble de compétences qui vont bien audelà

des stricts savoirs professionnels, et touchent à la personnalité, à la mobilité

à l’adaptabilité, à la disponibilité.

A l’inverse mais produisant les même effets, la rareté de l’offre conduit à

ce que les plus diplômés ou les plus qualifiés obtiennent, dans le secteur privé

comme dans la Fonction publique, des postes ou des emplois pour lesquels ils

sont en réalité surqualifiés ou surdiplômés.

Cela est d’autant plus vrai dans le secteur privé que les évolutions

politiques et économiques mondiales se couplent avec les évolutions

technologiques et la recherche de gains de productivité pour faire face à la

concurrence internationale. De son côté, le secteur public est lui même de plus en

plus soumis à une exigence de rentabilité ou tout du moins de plus grande

efficience.

Dans ce contexte, les travailleurs handicapés sont à l’évidence

désavantagés, puisque beaucoup d’entre eux subissent, du fait d’une diminution

de leurs capacités mentales et/ou physiques, une tendance à la marginalisation,

faute de disposer de réseaux de relations et d’information ou de savoir utiliser

ceux qui existent.

Par ailleurs, pour certains d’entre eux, se pose la question de l’aide ou de

l’assistance, en dehors et/ou au sein de l’entreprise, d’une tierce personne, qu’il

s’agisse d’auxiliaires de vie ou de tuteurs professionnels.

II - 114

B - L’IMPORTANCE DU ROLE DES ACTEURS INTERNES A L’ENTREPRISE OU A

L’ADMINISTRATION

Si le réseau des acteurs extérieurs joue à cet égard un rôle essentiel dans

l’information, l’orientation, la formation, et facilitent ainsi l’insertion, le

maintien ou le retour vers l’emploi des personnes handicapées, les acteurs de

premier niveau présents sur le lieu de travail, employeurs ou chefs de service,

représentants du personnel et médecins du travail, dans l’entreprise ou la

Fonction publique, n’en ont pas moins un rôle important à jouer.

Ils semblent en effet les plus à même d’appréhender de manière concrète la

question de l’insertion ou du maintien dans l’emploi de personnes handicapées,

et peuvent aider les salariés concernés à intégrer la structure ordinaire de travail

ou s’y maintenir après un accident ou une maladie venant perturber les équilibres

antérieurs et spécialement la place qui pouvait être la leur dans la production ou

l’activité.

Ces acteurs multiples ont sur d’autres sujets des habitudes de travail en

commun. A ce titre, ils s’informent, réalisent des expertises, dialoguent, se

concertent et négocient. Ils représentent donc un potentiel pour la prise en charge

de la question du handicap sur le lieu de travail.

Chacun d’entre-eux a en effet, de par les fonctions qu’il exerce dans la

structure, un rôle à jouer s’agissant de conseiller, suivre et accompagner les

personnes devenues inaptes à leurs fonctions antérieures comme d’accueillir les

demandes de personnes handicapées demandeurs d’emploi, faisant acte de

candidature et désireuses de mettre leurs compétences au service de la structure.

Les outils, la compétence et la légitimité institutionnelle doivent leur

permettre d’agir de concert, sur le lieu de travail, au service de l’insertion des

personnes handicapées. Les actions collectives et concertées peuvent prendre la

forme de plans d’action initiés par le chef d’entreprise ou le responsable

hiérarchique, ou encore émaner du service de médecine du travail. Elles peuvent

également résulter de négociations associant d’emblée les organisations

syndicales.

Ainsi que l’indique la première partie du rapport, le secteur privé et les

fonctions publiques, quoique régis l’un et l’autre par les mêmes principes posés

par la loi du 10 juillet 1987, ne sont dans les faits pas tenus par des obligations

de même nature. Le mode de décompte des bénéficiaires de l’obligation et

l’absence de possibilité pour la Fonction publique de réaliser son obligation par

la voie d’une contribution constituent les distinctions les plus notables dans la

mise en œuvre de l’obligation légale.

Par ailleurs, les différences structurelles qui prévalent à tous points de vue

entre le secteur privé et l’administration, justifient, afin d’éviter une présentation

commune qui serait par certains côtés artificielle, un exposé distinct s’agissant

du rôle et de la dynamique des acteurs au sein des deux secteurs.

II - 115

II - … POUR DES REALITES DIFFERENTES

A - LE SECTEUR PRIVE

1. L’employeur

La loi du 10 juillet 1987 demande aux établissements de 20 salariés et plus

de procéder à l’embauche d’un certain nombre de travailleurs handicapés. On

rappellera néanmoins les différentes possibilités permettant au secteur privé de

satisfaire à l’obligation, outre l’emploi direct de travailleurs handicapés, pour

souligner que la voie du versement direct de la contribution est retenue à titre

exclusif par 37 % d’entreprises.

C’est dire le chemin restant à parcourir pour permettre à une personne

handicapée d’intégrer le monde de l’entreprise, et la nécessité qui en découle de

continuer à s’attaquer aux idées reçues des uns et des autres, pour que le taux

d’emploi des personnes handicapées soit enfin atteint.

Pour les entreprises décidées à se conformer à l’obligation légale par le

biais de l’emploi direct de travailleurs handicapés, la première question réside

dans le choix d’un partenaire à même de les aider à trouver un ou des salariés

présentant le profil du (ou des) poste(s). Faut-il faire appel à l’ANPE, à Cap

Emploi, aux associations de personnes handicapées, à une agence d’intérim, et si

oui, dans quel ordre ? Il est en effet parfois difficile de se faire une idée précise

des organismes existants et plus encore de les mettre en œuvre. Dans un second

temps vient la question du choix des modalités d’association du personnel, au

travers de ses représentants.

2. Le représentant du personnel

Le rôle dévolu dans ce domaine aux délégués syndicaux, aux délégués du

personnel, aux membres du comité d’entreprise et du comité d’hygiène sécurité

et des conditions de travail consiste à intervenir à trois niveaux :

- soit pour prévenir la survenance d’un handicap ;

- soit pour favoriser le maintien dans l’emploi/dans l’entreprise ;

- soit pour obtenir l’embauche des travailleurs handicapés.

L’une des fonctions essentielles des représentants du personnel est d’agir

sur les conditions de travail. Dès lors que plus de 2 millions de salariés

perçoivent une rente, à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie

professionnelle, il convient de souligner l’importance et le rôle de la prévention

pour éviter l’apparition de pathologies, et la nécessité de développer la

coordination avec l’entreprise et les autres intervenants de la prévention. Plus la

vigilance sera forte en amont et plus le risque de « fabriquer » de nouveaux

handicaps faiblira.

II - 116

De par leurs missions générales ou spécifiques, les représentants du

personnel sont destinataires d’un certain nombre de documents que les

entreprises sont tenues, périodiquement de leur adresser pour information et/ou

pour consultation. Ainsi les membres du comité d’entreprise peuvent-ils avoir

une vision précise du nombre de travailleurs handicapés employés dans

l’entreprise : au travers du bilan social ou, dans les entreprises de moins de trois

cents salariés, du rapport annuel.

Par ailleurs, chaque entreprise de 20 salariés ou plus est tenue de remplir

une déclaration annuelle relative au nombre de salariés handicapés exerçant dans

l’entreprise, la DOETH. Cette déclaration annuelle, remise aux services de l’Etat

avant le 15 février de chaque année, peut constituer un moment privilégié

permettant au délégué syndical d’aborder avec l’employeur la question de

l’insertion des travailleurs handicapés.

En liaison avec le CHSCT, les membres du comité d’entreprise sont

consultés sur les mesures prises en vue de faciliter la mise ou la remise au travail

des salariés handicapés. Dans les entreprises employant au moins deux cents

salariés, la commission de formation est notamment chargée d’étudier les

problèmes spécifiques concernant l’emploi et le travail des handicapés .

Les délégués syndicaux sont également destinataires du projet de bilan

social. Munis de ces informations, ils peuvent interpeller l’employeur pour

négocier un accord annuel ou pluriannuel en faveur des handicapés. L’accord

peut permettre notamment d’impliquer l’ensemble des acteurs de l’entreprise.

Son contenu, s’il rentre dans le cadre de la loi de 1987 concernant l’obligation

d’emploi des personnes handicapées, doit correspondre à une démarche visant à

l’obligation de résultat.

De ce point de vue, on observera qu’il est sans doute dommage que

certaines entreprises fassent le choix de passer une convention directe avec

l’AGEFIPH, visant à faciliter et à organiser l’embauche ou le maintien dans

l’emploi de salariés vivant avec un handicap. En effet, quelle que soit la qualité

des plans et des actions qui en résultent, l’entreprise se prive de la richesse du

dialogue avec les organisations syndicales, et de l’effet démultiplicateur qu’une

telle association des acteurs peut avoir, à l’intérieur comme à l’extérieur de la

structure concernée.

3. Le médecin du travail

La réglementation applicable en termes de santé au travail ne présente pas

de références particulières au regard de la situation des salariés handicapés. C’est

ainsi que la loi de 1987 sur l’intégration des personnes handicapées ne précise

pas le rôle des médecins du travail, sans doute parce que l’ensemble de ses

actions va dans le sens de l’intégration : protéger le travailleur, évaluer son

aptitude médicale en fonction de son activité professionnelle, solliciter les

adaptations justifiées par son état de santé.

II - 117

Il peut donc être un acteur essentiel pour l’insertion ou le reclassement des

personnes handicapées. Mais il peut également être un agent de « désinsertion »,

car l’un de ses rôles est de constater l’aptitude ou la non-aptitude d’un salarié à

son poste de travail. Dans ce dernier cas, lorsque le médecin du travail prononce

une inaptitude au poste de travail, il doit accompagner son avis de propositions

telles qu’une mutation au sein de l’entreprise, ou une transformation de poste...

L’employeur est tenu de les prendre en considération, sauf à faire connaître les

motifs de son refus.

En dehors de la visite annuelle systématique organisée par le service de

médecine du travail, le médecin procède à la visite d’embauche, sollicitée par

l’employeur. Chaque fois que la situation le rend nécessaire (risque professionnel

inhérent au poste, état de santé du salarié demandant une surveillance

particulière…), la visite doit se faire avant l’affectation au poste de travail.

Par ailleurs, il apparaît que le médecin du travail a un rôle non négligeable

à jouer dans le cadre de la visite médicale de pré-reprise du salarié à la suite d’un

arrêt de travail. Cette visite, peu fréquente, présente pourtant un intérêt certain

dès lors qu’il est permis de supposer, notamment compte tenu des circonstances

qui ont précédé l’arrêt médical, que l’état de santé du salarié pourra avoir des

conséquences en termes d’aptitude et de retour sur le poste occupé. Elle permet à

cet égard d’anticiper sur les possibilités de reprises du travail pendant l’arrêt

maladie, en prenant les contacts nécessaires et en étudiant les mesures à

envisager. Cependant, cette visite de pré-reprise n’est pas automatique et n’a

aucun caractère obligatoire ; elle peut être sollicitée par le médecin conseil de la

Sécurité sociale, le médecin traitant ou le salarié lui-même. Il semble à ce titre

souhaitable que le médecin du travail puisse, en tant que de besoin, proposer

cette visite au salarié, en lui en présentant l’intérêt.

En articulation avec les représentants du personnel, qui peuvent le solliciter

à tous moments, il peut ainsi prévoir des mesures d’adaptation nécessaires pour

permettre le maintien de l’emploi. Cette démarche est judicieuse, dès l’instant où

une visite de pré-reprise permet d’anticiper ou de commencer à étudier les

conditions de retour en entreprise, si celles-ci paraissaient devoir être modifiées

pour des raisons médicales.

L’action du médecin du travail tend aujourd’hui, notamment, à favoriser la

reprise du travail et le maintien dans le poste du travail, dans la mesure où une

adaptation a été réalisée.

On le voit, les acteurs internes ont, chacun, un rôle primordial à jouer. On

constate également que la réussite d’un objectif d’insertion exige la mobilisation

et l’action commune de tous.

4. Les accords collectifs

La loi de 1987 a placé l’emploi des personnes handicapées dans le champ

des négociations collectives, incitant l’entreprise et les partenaires sociaux à

l’intégrer dans la gestion des ressources humaines. L’existence d’un accord de

II - 118

branche ou d’entreprise prévoyant la mise en place d’un programme en faveur

des travailleurs handicapés exonère l’entreprise de son obligation d’emploi, sous

réserve de la réalisation des actions prévues par cet accord. Ces actions pourront

ainsi être conçues en fonction du contexte propre à l’entreprise. Le fait d’être

inclues dans le cadre d’un accord permet une meilleure lisibilité de ces actions, à

l’intérieur et en dehors de l’entreprise.

L’accord peut être conclu au niveau de la branche, de l’entreprise, ou

encore à celui de l’établissement, et nécessite d’être agréé. S’agissant de l’accord

de branche, on note que celui-ci doit être proposé à l’agrément du ministre de

l’Emploi et de la solidarité qui le soumet en préalable à l’avis du Conseil

supérieur pour le reclassement professionnel et social des travailleurs

handicapés.

L’accord d’entreprise (ou de branche, ou d’établissement) peut contenir

diverses mesures concernant l’insertion des personnes handicapées dans le

milieu ordinaire de travail, parmi lesquelles le plan d’embauche en milieu

ordinaire, obligatoire depuis la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002,

mais aussi un plan d’insertion et de formation, un plan d’adaptation aux

mutations technologiques, un plan de maintien dans l’entreprise en cas de

licenciement.

On peut également trouver des actions concernant les relations de

l’entreprise avec le secteur du travail protégé et des mesures d’accompagnement,

des actions de type social telles que des prêts à taux préférentiel, des aides aux

enfants handicapés de salariés, ou encore des aides aux associations couvrant un

handicap spécifique.

Pour porter ses fruits, un accord doit être décliné sur le terrain, c’est-à-dire

être décomposé en sous-objectifs d’embauche par unités de production et de

services, voire même au niveau d’un atelier. Tout accord est un contrat

d’objectifs. Or, chacun sait combien il est difficile d’atteindre un objectif si

personne n’assume la responsabilité de la mise en œuvre, de la réussite ou de

l’échec.

C’est la raison pour laquelle la quasi-totalité des entreprises qui ont signé

un accord, ont mis en place une « Mission handicapés » . Constituée d’une ou

plusieurs personnes dotée(s) des pouvoirs et des moyens financiers nécessaires,

la mission est chargée de veiller à la bonne application des engagements

souscrits et d’en faciliter la réalisation et représente l’interlocuteur tant en interne

qu’en externe.

Le rôle des missions est d’informer, de sensibiliser les personnels et leur

hiérarchie, d’expliquer comment respecter les sous-objectifs, de vérifier leur

mise en œuvre et d’apporter toute assistance utile. C’est à eux qu’il appartient

donc de nouer les contacts nécessaires avec les acteurs associatifs ou

professionnels immergés dans le monde du handicap et les techniques de

reclassement, de façon à disposer d’un éventail d’interlocuteurs susceptibles de

favoriser, voire relayer, l’application de l’accord.

II - 119

La plupart des entreprises qui ont souscrit un accord, couplent les objectifs

auxquels elles ont souscrit avec la possibilité offerte par la loi de s’exonérer pour

la moitié de l’obligation d’emploi en fournissant des travaux de sous-traitance à

des centres de travail protégé. Dans ce cas, les accords sont donc partiels

puisqu’ils ne portent plus que sur le reliquat des sommes dues.

Les accords les plus efficaces ont eu des effets positifs pour un certain

nombre de travailleurs handicapés : certains ont été embauchés dans l’entreprise

signataire, d’autres ont bénéficié de formation qui leur ont ouvert des emplois,

d’autres ont eu du travail grâce aux contrats de sous-traitance passés avec le

secteur protégé.

A ce jour, environ 120 accords d’entreprise1 ont été signés ainsi que deux

accords de branche. Afin d’aider les entreprises et les partenaires sociaux dans

leur démarche contractuelle, la DGEFP (délégation générale à l’emploi et à la

formation professionnelle) a édité un guide méthodologique.

L’appui des partenaires sociaux est indispensable à la conclusion d’un

accord mais la réussite passe par l’engagement de tous sur le terrain. En général

conclus pour une durée de trois ans, les accords permettent d’élaborer une

planification, une organisation et un calendrier. Cela fait, et sur la base de

contrats annuels, il est souhaitable de confier à des entités clairement identifiées

et volontaires le soin de mettre en œuvre l’accord.

Les signataires de la convention collective de l’hospitalisation privée à but

non lucratif du 31 octobre 19512, couvrant le champ sanitaire et social, ont été

parmi les premiers à se saisir de la possibilité de conclure un accord de branche

en faveur de l’emploi des handicapés. Le 18 février 1991, la Fédération des

établissements hospitaliers et d'assistance privés à but non lucratif (FEHAP) a

conclu avec des organisations syndicales un premier accord pour la période 1991

– 1995. Etaient ainsi mis en œuvre six plans d’action, quatre prévus par la loi et

deux supplémentaires, l’un sur le travail protégé, l’autre sur le maintien dans

l’entreprise des travailleurs devenant handicapés. L’accord prévoyait ainsi en

particulier l’embauche de 1 000 travailleurs handicapés au cours de la période

des cinq années d’application, un volume de stages de formation et de stages de

découverte et de sensibilisation…

Les actions contenues dans l’accord, non prises en charge par des

dispositions législatives, réglementaires, ou conventionnelles, étaient financées

par un fonds mutualisé, alimenté par les établissements assujettis, adhérents de la

FEHAP, qui n’auraient pas rempli, en tout ou partie, leur obligation d’emploi.

Etait par ailleurs créée une association de gestion pour collecter les contributions

des établissements, mettre en œuvre et gérer les actions définies dans l’accord et

les décisions du comité paritaire de suivi.

1 Voir en annexe n° 5 la liste des accords collectifs.

2 Convention collective nationale des établissements privés d’hospitalisation, de soins, de cure et de

garde à but non lucratif.

II - 120

Par un avenant du 5 octobre 1995, cet accord a été renouvelé pour cinq ans,

pour la période 1996 – 2000, et intégré dans la convention collective de 1951. Ce

second accord a repris l’accord initial en tenant compte de diverses évolutions et

fixait deux objectifs :

- porter à 7 % le taux d’obligation d’emploi des travailleurs handicapés

dans les établissements de la FEHAP ;

- créer, dans les cinq ans, 700 contrats à durée indéterminée pour les

travailleurs handicapés.

Un nouvel accord pour une nouvelle période de cinq ans, 2001 – 2005

négocié en mars 2000, a été signé en mai de la même année avec un champ

d’application élargi puisque la Croix-Rouge française et le Syndicat national des

associations pour la sauvegarde de l'enfant à l'adulte (SNASEA) ont adhéré à ce

texte et rejoint le dispositif et les engagements définis, dans le cadre d’une

association ad hoc « OETH » . Ce sont désormais plus de 4 700 établissements

employant près de 221 000 salariés (179 000 ETP) dont 7 000 travailleurs

handicapés, qui sont concernés par ces dispositions.

Ce nouvel accord reprend le précédent en l’ajustant pour, en particulier,

tenir compte du départ à la retraite, d’ici cinq ans, de 30 % des travailleurs

handicapés des établissements soumis à la convention, soit 1500 personnes. Il

prévoit donc leurs remplacements et 250 embauches supplémentaires pour

atteindre un taux d’emploi de 6 % hors Contrat emploi solidarité (CES) et 7 %

CES compris.

Le faible nombre d’accords amène toutefois à s’interroger sur la place et la

portée que peuvent avoir d’une part, la négociation collective et d’autre part, les

actions d’information portant sur le handicap. La centaine d’accords conclus

mériterait une attention particulière aussi bien sur leur origine, leur contenu que

leur mise en oeuvre.

Ils peuvent en effet apporter un éclairage sur les facteurs à mobiliser pour

aboutir à l’embauche de travailleurs handicapés et aider d’autres entreprises au

vu des expériences qui pourraient être transposables. Sur un plan plus général, la

négociation sur un tel sujet, amène à interroger de façon raisonnée les conditions

de travail dans l’entreprise et à entrer de fait dans une démarche plus globale de

prévention.

Par ailleurs, si l’on cherche à déterminer qui des employeurs ou des

organisation syndicales est le plus souvent à l’origine de l’initiative d’une

négociation , force est de constater que dans 90 % des cas, c’est l’employeur qui

impulse la démarche. La contrainte que fait peser sur lui l’obligation d’emploi

posée par la loi est certainement une des principales raisons qui motive cette

démarche. Cependant, au delà, on doit convenir que beaucoup reste à faire pour

informer les partenaires sociaux, en particulier sur les solutions alternatives au

versement de la contribution légale.

II - 121

B - LES FONCTIONS PUBLIQUES

1. Une prise en compte récente de la problématique de l’insertion des

personnes handicapés

L’ensemble de la Fonction publique (Etat, territoriale et hospitalière) est

soumis à l’obligation d’emploi de personnes handicapées prévue par la loi de

1987. Les trois fonctions publiques ne contribuent pas à l’AGEFIPH en cas de

non-respect du quota de 6 % mais disposent depuis trois ans du bénéfice d’un

fond interministériel, renforcé par le protocole du 8 octobre 2001 et permettant

de financer des expérimentations ou des accompagnements des personnes

handicapées dans leur travail (aménagements, aides, formation…).

Le calcul de l’obligation d’emploi ne s’effectue pas de la même manière

que dans le secteur privé : en particulier, le secteur public ne calcule pas son

obligation sur la base des Unités bénéficiaires proratisées (UBP). Ainsi, aucune

majoration ne s’applique en fonction de la gravité du handicap ou de l’âge du

travailleur handicapé, chaque bénéficiaire de la loi de 1987 compte pour une

seule unité dans la fonction publique.

De plus, les administrations ne peuvent exclure de leur effectif

d’assujettissement certaines catégories de personnels comme le font les

établissements d’au moins 20 salariés du secteur privé et semi-public.

Depuis la loi de 1987 qui impose à tout employeur d’embaucher au moins

6 % de travailleurs handicapés, la fonction publique de l’Etat peine à satisfaire à

cette obligation et ce pour deux raisons essentielles : d’une part, le mode de

recrutement par concours des agents publics ; d’autre part, l’insuffisance des

moyens que se sont donnés les ministères pour répondre à cette obligation. Le

protocole d’emploi des travailleurs handicapés dans la Fonction publique de

l’Etat

La signature du protocole sur l’emploi des travailleurs handicapés dans la

fonction publique de l’Etat le 8 octobre 2001 marque un tournant dans la prise en

compte par l’Etat employeur et les fédérations syndicales de fonctionnaires de

leur responsabilité au regard de l’insertion des travailleurs handicapés. Cet

accord, qui ne vise encore que la fonction publique de l’Etat, a le mérite de

permettre de formuler des réponses à ces deux blocages en développant le

recrutement par voie contractuelle des travailleurs handicapés et en donnant un

signe politique à l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique

de l’Etat.

II - 122

1.1. Quatre grands axes

Afin d’augmenter le recrutement de travailleurs handicapés dans la

fonction publique d’Etat, un protocole a été conclu le 8 octobre 2001 entre le

gouvernement et cinq organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CTFC,

UNSA, FSU). Il comporte quatre types de mesures :

- améliorer la formation et le reclassement : améliorer le dispositif de

préparation des concours pour permettre l’accès aux concours

(recrutement normal) ; généraliser le mode de recrutement contractuel

(avec titularisation à l’échéance d’un an) qui se substitue à la

procédure qui permettait précédemment d’accéder aux emplois

réservés ; favoriser le reclassement des fonctionnaires devenus

inaptes physiquement en cours de carrière ;

- améliorer la formation continue et les conditions de travail : favoriser

l’accompagnement de l’insertion ; garantir de meilleures conditions

de travail, avec le recours à des spécialistes tels que l’ANACT ou

l’AGEFIPH ; compenser financièrement le passage à temps partiel

pour des raisons de santé ;

- améliorer les procédures spécifiques : renforcer le Fonds

interministériel pour l’insertion des travailleurs handicapés qui est

presque triplé passant de 2,3 millions d’euros à 6,5 millions d’euros

en 20021 et qui finance des expérimentations ou des

accompagnements des personnes handicapées dans leur travail

(aménagements, aides, formation…) ; faciliter les autorisations

d’absence pour les parents d’enfants handicapés ;

- mettre en place des plans triennaux de développement de l’emploi et

d’insertion des travailleurs handicapés : ces instruments comporteront

des objectifs chiffrés de recrutement et les moyens nécessaires pour y

parvenir ; par ailleurs, un groupe de suivi de l’insertion des

travailleurs handicapés sera mis en place pour agréer et évaluer les

plans pluriannuels de développement de l’emploi des travailleurs

handicapés.

1.2. Le Fonds interministériel pour l’insertion des personnes handicapées

dans la Fonction publique

Ce Fonds, créé en 2000, a pour vocation de prendre en charge un certain

nombre d’expérimentations faites en matière d’équipements et d’aménagements

de poste de travail des personnes handicapées, d’aides dans la vie

professionnelle. Il a aussi pour vocation de contribuer au financement des

différentes actions d’accompagnement à l’insertion des travailleurs handicapés,

notamment aux actions de sensibilisation et de formation.

1 Pour mémoire, 398 millions d’euros ont été collectés par l’AGEFIPH en 2002.

II - 123

Ces crédits viennent compléter les actions ministérielles, sans se substituer

à elles. Le Fonds est placé auprès du Premier ministre. Il complète l’action du

Fond interministériel pour l’accessibilité aux personnes handicapées des locaux

recevant du public.

1.3. Les plans triennaux

Le plan triennal que chaque ministère doit élaborer constitue l’outil

permettant d’augmenter le recrutement des personnes handicapées dans

l’administration.

A partir d’un bilan de la situation propre à chaque ministère,

l’administration gestionnaire doit faire apparaître le nombre d’emplois retenus

pour un accès prioritaire des personnes handicapées avec des objectifs chiffrés de

recrutement et le moyen à mettre en œuvre pour y parvenir (par exemple

mobilisation de l’ANPE ou des équipes spécialisées dans le placement de

travailleurs handicapés) pour susciter des candidatures en rapport avec les postes

réservés, notamment en catégories A.

En outre, les plans déterminent les objectifs annuels en terme

d’amélioration des conditions d’accessibilité des locaux, d’adaptation de postes

de travail et des fonctions, des partenariats avec les centres de travail protégé,

d’accueil de stagiaires handicapés et de formation. Les moyens de recrutement

seront répartis entre les diverses voies d’accès à la fonction publique : concours,

reclassement, recrutement par voie directe (recrutement contractuel).

Un groupe de suivi, associant les partenariats sociaux doit être chargé de

l’agrément de ces plans, de leur évaluation et de la définition des mesures

découlant de cette évaluation. Ces mesures comportent deux aspects : d’une part,

la mise en réserve ou le report d’une partie des emplois réservés aux travailleurs

handicapés non pourvus, d’autre part, une contribution au fonds interministériel

des travailleurs handicapés.

1.4. Bilan et perspectives du protocole conclu en 2001

Force est de constater que la signature du protocole n’a pas été suivie par

un engagement particulier des pouvoirs publics dans sa mise en œuvre. Le bilan

2002 du protocole est donc très réduit ; on observera à ce sujet que le Comité de

suivi du protocole n’a à ce jour pas encore été réuni, alors même que le protocole

précise qu’il devrait avoir lieu « au moins 2 fois par an ».

Des efforts ont néanmoins été entrepris. Les moyens du fonds

interministériel pour l’insertion des travailleurs handicapés ont été presque

triplés de 2001 à 2002 (6,5 millions d’euros) et ont été reconduits à ce même

niveau en 2003. Cependant, en l’absence de bilan d’utilisation de ce fonds, il

n’est pas possible de savoir si ces crédits ont été utilisés et de quelle façon, et

s’ils s’avèrent suffisants.

II - 124

Par ailleurs, les plans triennaux que chaque ministère devait élaborer pour

le 31 décembre 2001 ne sont pas toujours pas rédigés, sauf rares exceptions1, et

ce qui l’ont été n’ont fait l’objet d’aucune discussion avec les organisations

syndicales.

1 Ministère des affaires sociales, du travail et de la solidarité, Ministère de l’intérieur, de la sécurité

intérieure et des libertés locales.

II - 125

CONCLUSION

Au terme de l’analyse, il apparaît que l’emploi en milieu ordinaire de

travail des personnes en situation de handicap continue de se heurter à un certain

nombre d’obstacles. Au-delàde l’affirmation de principes émancipateurs que la

société française fait progressivement siens, les obstacles à une insertion réelle

des personnes en situation de handicap tiennent principalement à la faible

accessibilité de la cité et de ses multiples lieux de vie « ordinaires », à une

qualification souvent trop faible ou inappropriée des personnes, et enfin à une

traduction insuffisante dans la pratique de recrutement des employeurs, de la

nécessité d’intégrer dans les lieux de travail les personnes handicapées, en

mobilisant les aides disponibles pour adapter les postes aux déficiences qu’elles

présentent.

Il découle de ces carences, auxquelles s’ajoute l’implication décroissante

de l’Etat postérieurement aux lois de 1975 et de 1987, que l’insertion des

personnes handicapées dans tous les lieux de la cité et plus précisément sur les

lieux de travail du secteur privé et des administrations publiques, marque le pas

depuis plusieurs années et pourrait reculer mécaniquement si des mesures ne sont

pas prises rapidement pour enrayer ce phénomène.

On constate aujourd’hui encore qu’il n’est pas entré dans les habitudes des

employeurs de recruter, à qualification égale, des travailleurs handicapés. Au

delà, dans l’hypothèse même où les compétences des travailleurs handicapés sont

supérieures à celles des travailleurs valides, il semble encore que repousser la

candidature d’un travailleur handicapé soit une démarche plus simple que d’avoir

à rechercher une tâche adaptée à ses capacités ou d’aménager le poste de travail à

la nature de son handicap.

Le contexte de la mondialisation de l’économie, examiné sous l’angle de

ses conséquences sur l’organisation des structures de production, les exigences

de productivité accrues, les mutations fréquentes des process, ou l’organisation

des temps, semble de nature à perturber le processus d’intégration des personnes

handicapées en milieu ordinaire de travail, rendant durablement plus complexe

dans le secteur privé la volonté d’atteindre l’objectif assigné d’accès équitable de

tous à l’emploi. De leur côté, les administrations publiques, pour lesquelles

l’argument de la mondialisation n’apparaît pas comme le plus pertinent, ont dans

les récentes décennies vu le niveau requis d’accès aux emplois qu’elles

proposent augmenter sensiblement, accentuant progressivement le décalage

existant entre les pré-requis à l’embauche et le niveau moyen de qualification des

personnes handicapées.

Enfin, force est de constater que la multiplicité des acteurs et des dispositifs

concourant à la traduction de l’objectif d’emploi des personnes handicapées n’est

pas actuellement, sur le terrain de la mise en œuvre des politiques, gage d’une

totale efficacité. De même, le niveau de réflexion et de prise en charge de cette

II - 126

question par les acteurs internes à l’entreprise n’a pas encore atteint celui qui

pourrait être le sien.

Pour faire changer de manière significative le cours des choses et faire

évoluer les pratiques de recrutement direct en milieu ordinaire, une volonté

politique forte est nécessaire, conforme à la définition que pouvait en donner

Roosevelt dans un discours résumant en son temps la philosophie du New Deal :

« user activement des instruments et compétences exécutives au lieu d’attendre

(…) que les lois de l’économie réalisent les objectifs du gouvernement ».

Pourquoi ne pas faire nôtres ces propos et établir un véritable programme

en faveur des personnes handicapées, fort et volontaire, mobilisant de façon

particulière moyens et acteurs sur plusieurs années ?

Le contexte du déroulement de l’année européenne du handicap ainsi que

la réforme, ouverte dans le cadre de l’un des trois chantiers présidentiels, de la

loi d’orientation du 30 juin 1975, constituent pour la France une opportunité à

saisir. Elle doit en effet être l’occasion de formuler des orientations éclairant les

politiques conduites dans ce domaine dans les prochaines années et montre le

cap d’une vision renouvelée de la société, permettant l’égal accès et la

participation de chacun à son fonctionnement.

II - 127

ANNEXES

II - 128

II - 129

Annexe 1 : Approche monographique de quelques systèmes nationaux

d’insertion des handicapés en entreprise au sein de l’Union européenne

Une étude interne du Sénat1 analyse les principales mesures prises dans

plusieurs pays européens (Allemagne, Danemark, Espagne, Italie, Pays-Bas et

Royaume-Uni) pour promouvoir l’insertion des handicapés dans l’entreprise.

Dans son étude, publiée en janvier 2003, la Division des études de législation

comparée des affaires européennes du Sénat fait dans un premier temps le point

sur la législation en vigueur en France.

Pour chacun des pays retenus dans l’étude, trois aspects sont

successivement examinés :

- les obligations des employeurs à l’égard des handicapés ;

- les aides apportées aux entreprises qui emploient des handicapés2 ;

- le statut particulier des handicapés dans l’entreprise.

L’examen des dispositions étrangères laisse apparaître un clivage entre

certains pays (Allemagne, Espagne et Italie) qui, comme la France, créent une

obligation d’emploi des handicapés applicables à toutes les entreprises d’une

certaine taille et ceux (Danemark, Pays-Bas, Royaume-Unis) qui privilégient

l’élimination des discriminations dont les handicapés peuvent être victimes sur le

lieu de travail.

Les systèmes de quota (fondés sur des principes de l’égalité des

chances ou les discriminations positives)

Dans ce cadre figurent l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, qui ont créé une

obligation d’emploi des handicapés. Dans ces trois pays, les entreprises - quel

qu’en soit leur statut - dont l’effectif dépasse un certain seuil, fixé

respectivement à vingt, cinquante et quinze salariés, ont l’obligation de réserver

une fraction de leurs postes de travail à des handicapés.

Cette fraction est de 5 % en Allemagne et de 2 % en Espagne, tandis

qu’elle varie en Italie en fonction de l’effectif de l’entreprise pour atteindre 7 %

lorsque l’employeur a plus de cinquante salariés.

Dans ces trois pays, les employeurs qui n’emploient pas le contingent de

handicapés prévu par la loi doivent verser une contribution de substitution à un

fonds, public ou privé, qui finance des actions en faveur de l’insertion

professionnelle des handicapés.

En Espagne et en Italie, cette possibilité est réservée aux employeurs qui

disposent d’un certificat de l’administration attestant que leur entreprise ne peut

pas employer directement des salariés handicapés.

1 L’insertion des handicapés dans l’entreprise, Les documents de travail du Sénat, Série Législation

comparée, janvier 2003.

2 Les barèmes indiqués sont ceux de l’année 2002.

II - 130

En Espagne, le paiement de cette contribution peut être remplacé par

l’emploi indirect : l’employeur signe un contrat de fournitures de biens ou de

services avec un centre de travail protégé ou avec un handicapé qui exerce son

activité professionnelle sous forme libérale.

Dans ces trois pays, l’obligation d’emploi des handicapés n’exclut pas

l’existence de diverses mesures (prise en charge de dépenses d’adaptation,

réduction des charges sociales) destinées à inciter les entreprises à recruter des

handicapés.

Les systèmes de non discrimination (fondés sur les principes de

l’égalité de traitement)

Le Danemark, les Pays-Bas, le Royaume-Uni entrent dans cette seconde

catégorie et mettent l’accent sur l’élimination des discriminations dont les

handicapés peuvent être victimes dans l’entreprise, afin de leur assurer une réelle

égalité de traitement.

Pour cela, les trois pays étudiés recourent à des moyens plus ou moins

directs : le Danemark, le Royaume-Uni cherchent à compenser les difficultés que

les handicapés rencontrent sur le marché de l’emploi, tandis que les Pays-Bas ont

opté pour une politique purement incitative à l’égard des employeurs.

La priorité d’emploi dans le secteur public est particulièrement mobilisée

par le Danemark. Dans ce pays, la loi cherche à pallier les difficultés que les

handicapés rencontrent sur le marché de l’emploi du fait de leur handicap. C’est

la raison pour laquelle, dans la mesure où ils remplissent les conditions requises

pour occuper les postes vacants, les handicapés bénéficient d’une priorité

d’emploi dans le secteur public.

Cette mesure diffère de l’obligation générale d’emploi des handicapés en

vigueur en Allemagne, en Espagne et en Italie, car elle ne bénéficie qu’aux

handicapés qui possèdent la qualification nécessaire. Il s’agit donc d’une

disposition visant à l’élimination des discriminations.

Au Royaume-Uni, les entreprises qui emploient au moins quinze personnes

doivent respecter la loi sur l’interdiction de toute discrimination fondée sur le

handicap.

En matière d’emploi, ces dispositions se traduisent par une double

obligation : les employeurs doivent à la fois traiter la situation des personnes

handicapées candidates à un emploi ou salariées de la même façon qu’ils traitent

les autres candidatures, mais également adapter les conditions de recrutement et

de travail à la situation particulière des handicapés.

La seconde obligation ne s’impose qu’à partir du moment où le handicap

est connu de l’employeur. Elle est dans les faits appliquée en fonction des

circonstances. En effet, l’adaptation du poste de travail, qui peut consister en un

aménagement des locaux, en un assouplissement des horaires, en une

modification des procédures de recrutement ou en la mise à disposition d’un

auxiliaire, ne peut pas être mise en œuvre de la même façon dans toutes les

II - 131

entreprises. Elle dépend notamment de la situation financière, des effectifs et du

secteur d’activité.

Les Pays-Bas mettent en œuvre une politique purement incitative. La loi

néerlandaise sur la réintégration professionnelle des handicapés prévoit en effet

qu’une obligation d’emploi des handicapés puisse être introduite par voie

réglementaire. Cette clause constitue en quelque sorte une menace pour le cas où

les entreprises ne feraient pas les efforts nécessaires pour employer suffisamment

de salariés handicapés.

Le dispositif en vigueur comprend à cet égard plusieurs mesures

particulièrement incitatives. Ainsi, le recrutement ou le reclassement de salariés

handicapés entraîne d’importantes réductions des cotisations sociales dues au

titre de l’assurance invalidité et de l’assurance chômage.

Les employeurs bénéficient de plusieurs autres types d’aides : subvention

pour compenser les surcoûts entraînés par l’embauche de salariés handicapés,

possibilité d’embaucher un handicapé à l’essai pendant six mois sans le payer, la

collectivité lui versant une allocation d’intégration qui complète les prestations

financières auxquelles il a droit en tant que handicapé.

II - 132

Annexe 2 : Obligation d’emploi : liste des emplois non décomptés

dans l’effectif

Catégories d’emplois exigeant des conditions d’aptitude particulière 1

Numéro de la

nomenclature

Intitulé de la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles –

emplois salariés d’entreprise

389 b Officiers et cadres navigants techniques et commerciaux de l’aviation civile

389 c Officiers et cadres navigants techniques de la marine marchande

480 b Maîtres d’équipage de la marine marchande et de la pêche

526 e Ambulanciers

533 a Pompiers

534 a Agents civils de sécurité et de surveillance, excepté les gardiens d’usine et les

gardiens de nuit

546 a Contrôleurs de transports (personnels roulants)

546 d Hôtesses de l’air et stewards

546 e Autres agents et hôtesses d’accompagnement (transports, tourisme)

553 b Vendeurs polyvalents des grands magasins

624 d Monteurs qualifiés en structures métalliques

621 a Chefs d’équipe du gros oeuvre et des travaux publics

621 b Ouvriers qualifiés du travail du béton

621 c Conducteurs qualifiés d’engins de chantiers du bâtiment et des travaux publics

621 e Autres ouvriers qualifiés des travaux publics

621 g Mineurs de fond qualifiés et autres ouvriers qualifiés des industries d’extraction

(carrières, pétrole, gaz...)

632 a Maçons qualifiés

632 c Charpentiers en bois qualifiés

632 e Couvreurs qualifiés

641 a Conducteurs routiers et grands routiers

641 b Conducteurs de véhicules routiers de transport en commun

643 a Conducteurs livreurs, coursiers

651 a Conducteurs d’engins lourds de levage

651 b Conducteurs d’engins lourds de manœuvre

652 b Dockers

654 b Conducteurs qualifiés d’engins de transport guidés (sauf remontées mécaniques)

656 b Matelots de la marine marchande

656 c Capitaines et matelots timoniers de la navigation fluviale

671 c Ouvriers non qualifiés des travaux publics et du travail du béton

671 d Aides-mineurs, ouvriers non qualifiés de l’extraction

681 a Ouvriers non qualifiés du gros oeuvre du bâtiment

691 a Conducteurs d’engins agricoles ou forestiers

692 a Marins pêcheurs et ouvriers de l’aquaculture

La définition est donnée par la nomenclature (ESE) : « Elle est exclusive de toute interprétation

et limitative. Aucune assimilation à des catégories existant dans cette nomenclature (reprise à

l’article D. 323-3 du Code du travail) ni aucun ajout ne peuvent être effectués ».

Toutes précisions peuvent être fournies par la Direction départementale du travail, de l’emploi et

de la formation professionnelle auprès de laquelle peut être obtenue cette nomenclature.

1 Décret n° 2003-369 du 18 avril 2003 modifiant la liste des catégories d’emploi exigeant des

conditions d’aptitude particulières non décomptées dans l’effectif des salariés mentionné au

premier alinéa de l’article L. 323-1 du Code du travail annexée à l’article D. 323-3 du Code du

travail.

II - 133

Annexe 3 : Le décompte des unités supplémentaires

Pour les travailleurs handicapés reconnus par la COTOREP

moins de 25 ans plus de 50 ans En fonction de l’âge

+ 0,5 + 0,5

Catégorie B Catégorie C En fonction de l’importance du handicap

+ 0,5 + 1,5

500 heures de formation ou plus En fonction de la formation en entreprise

+ 0,5

En fonction du placement antérieur : à compter de l’année d’embauche et de

manière permanente

- atelier protégé, centre de distribution de travail à

domicile, centre d’aide par le travail, institut

médico-professionnel

+ 1

l’année d’embauche et l’année suivante

- centre de formation professionnelle + 0,5

Pour les accidentés du travail et victimes de maladies professionnelles

66,66 % à 85 % plus de 85 % En fonction du taux d’incapacité permanente

+ 0,5 + 1,5

Pour l’ensemble des bénéficiaires en CDI

l’année de début du CDI et l’année suivante En fonction de l’année d’embauche

+ 1

II - 134

Annexe 4 : Tableau synoptique des mesures et dispositifs d’accès et de maintien

dans l’emploi

Les besoins Nature des principales actions Partenariat et sources

de financement

Mobilité - permis de conduire VL - AGEFIPH

Aide trajet domicile/travail - acquisition de véhicule

- aménagement de véhicule

- transport adapté

- auxiliaire professionnel

- Conseil général

- AGEFIPH

Aide aux personnes - interprète pour malentendants

- prise de notes pour étudiants

malentendants

- aide technique : matériels

pour étudiants malvoyants

- prothèse

- fauteuil roulant

- CPAM : prestations

légales et extra-légales

- mutuelle

- Conseil général

- AGEFIPH (à partir de 16

ans et pour études en

milieu scolaire non

spécialisé)

Evaluation des compétences - bilan de compétences

- formation

- DDTEFP, Conseil

régional

- AGEFIPH

- FONGECIF

- budget formation

entreprise

Formation professionnelle (préqualifiante

et qualifiante)

- bourse d’études

- formation

- tutorat en entreprise

-ASSEDIC, ANPE,

DDTEFP, Conseil

régional

AGEFIPH

Prime à l’apprentissage et à

l’alternance ; prime à

l’insertion

- incitation financière à

l’embauche (en complément

des aides publiques) pour

l’employeurs

- prime salarié

- ANPE, DDTEFP

- AGEFIPH

Aménagement du poste de

travail

- aménagement du poste -AGEFIPH (sur les éléments

composant le handicap)

Accessibilité du poste de travail - permettre l’accès au poste de

travail

- AGEFIPH (au-delà des

obligations légales de

l’employeur)

Sous-productivité - garantie de ressources des

travailleurs handicapés

(abattement de salaire) en

milieu ordinaire de travail

- auxiliaire professionnelle

- AGEFIPH

- COTOREP

Création d’activité - conseil et accompagnement

du créateur

- formation à la gestion

d’entreprise

- financement des

investissements liés à la

création

- banques, DDTEFP, ADIE

- fonds locaux d’aide au

projets

- AGEFIPH

II - 135

A

ccessibilité au lieu de travail - toutes conditions pour

mobilité aisée et en sécurité

- étude de faisabilité et

travaux sur circulation

- sanitaires

- parking, rampe d’accès

- équipement de sécurité

- AGEFIPH (au-delà des

obligations légales de

l’employeur)

Adaptation à une nouvelle

situation de travail et de

formation

- formation sur le poste

(tutorat)

- formation par organisme

(interne et externe)

- temps partiel aménagé (« mitemps

thérapeutique ») conçu

dans une optique de

convalescence (temporaire)

sur décision du médecin

conseil CPAM

- CRPE (Contrat de

rééducation professionnelle

chez l’employeur)

- budget formation

entreprise

- FONCECIF

- AGEFIPH

- CPAM

Source : Guide de l’insertion professionnelle des personnes handicapées, Région Nord - Pas-de-

Calais.

II - 136

Annexe 5 : Tableau récapitulatif des accords d’entreprise, d’établissements

et de branche agréés en vigueur en faveur de l’emploi des personnes handicapées

(bilan à jour au 19 décembre 2002)

Raison sociale Date

de début

Date

de fin

Aéroports de Paris 01/01/01 31/12/03

Air France 01/01/00 31/12/02

Alcatel Cit 01/01/01 31/12/03

Alstom Power Hydro 01/01/01 31/12/02

Arc International 01/01/01 31/12/03

Ascometal Allevard 01/01/00 31/12/02

Association d’entraide des polios et des handicapés 01/01/02 31/12/06

Association des pupilles de l’enseignement public du Cher 01/01/00 31/12/02

Association interprofessionnelle Nord France 01/01/00 31/12/02

Atral 01/01/01 31/12/02

Auchan France 01/01/02 31/12/04

Autoroutes du Sud de la France 01/01/01 31/12/03

Axa Assurances 01/01/00 31/12/02

Banque de France 01/01/00 31/12/02

Banque Scalbert Dupont 01/01/02 31/12/04

Becton Dickinson France SA 01/01/03 31/12//05

Biomerieux SA 01/01/00 31/12/02

Boiron SA 01/01/02 31/12/04

Caisse d’épargne des Pays de la Loire 14/06/01 13/06/03

Caisse nationale de Crédit Agricole 01/01/01 31/12/03

CAP Gemini Ernst & Young France division Rhône Alpes 01/01/02 31/12/04

Carrefour France 01/01/02 31/12/04

Casino France 01/01/00 31/12/02

CNP Assurances 01/01/01 31/12/03

Commissarait à l’Energie Atomique - Etablissement de

Grenoble

01/01/02 31/12/04

CIC Lyonnaise de Banque 01/01/01 31/12/03

Decathlon 01/01/02 31/12/04

Eads Launch Vehicules - Eads LV 01/01/02 31/12/04

Electricité de France - Centre nucléaire de production

d’électricité de Saint-Alban, Saint-Maurice

01/01/02 31/12/04

II - 137

Electricité de France - Centre nucléaire de production de

Chinon

01/01/02 31/12/04

Electricité de France et Gaz de France 01/01/02 31/12/04

Electricité de France - Production Transport, Unité de

production Alpes

01/01/02 31/12/04

Eurocopter 01/01/01 31/12/03

European Synchrotron Radiation Facility 01/01/02 31/12/04

Eurotunnel Services GIE 01/01/02 31/12/04

Fédération des établissements hospitaliers et d’assistance

privés à but non lucratifs

01/01/01 31/12/05

Finaref 01/01/01 31/12/03

Flunch 01/01/01 31/12/03

Groupe Thalès 01/01/01 31/12/03

Hewlett Packard France - Etablissements internationaux 01/01/02 31/12/04

IBM France 01/01/00 31/12/02

Institut Français du Pétrole 01/01/00 31/12/02

Institut Max Von Laue - Paul Langevin 01/01/02 31/12/02

Institut Pasteur 01/01/00 31/12/02

Irisbus France 01/01/01 31/12/03

Kiabi Europe 01/01/02 31/12/03

Laboratoires Pierre Fabre 01/01/00 31/12/02

MGE Ups Systems 01/01/01 31/12/03

Mutuelle Assurance des commerçants et industriels de

France

01/01/00 31/12/02

Peugeot Citroën Automobiles SA 17/03/02 17/02/05

Playtex France SA 01/01/00 31/12/02

Port autonome de Dunkerque 01/01/00 31/12/02

Régie autonome des transports parisiens 01/01/01 31/12/03

Renault véhicules industriels 01/01/02 31/12/04

Roche diagnostics France 01/01/02 31/12/04

Schneider Electric Industries SA 01/01/01 31/12/03

Société nationale des chemins de fer français 01/01/02 31/12/02

Soitec 01/01/02 31/12/04

Supermarchés Atac 01/01/01 31/12/03

Supermarchés Match 01/01/01 31/12/03

Thalès 01/01/01 01/01/03

Thalès Air Défense SA 01/01/01 31/12/03

II - 138

Thalès ATM SA 01/01/01 31/12/03

Thalès Communication SA 01/01/01 31/12/03

Thalès Engineering et Consulting 01/01/01 31/12/03

Thalès Faceo Systems/PM 01/01/01 31/12/03

Thalès Freigt et Logistics 01/01/01 31/12/03

Thalès Industiral Services 01/01/01 31/12/03

Thalès Information Systems SA 01/01/01 31/12/03

Thalès International 01/01/01 31/12/03

Thalès Naval - France SA 01/01/01 31/12/03

Thalès Navigation SA 14/01/01 14/01/03

Thalès Siège - Thalès Research and Technologies (TRT) 01/01/01 31/12/03

Thalès Technologies et Services 01/01/01 31/12/03

Total Fina Elf 01/01/01 31/12/02

Annexe 6 : Parcours de la personne de la demande RQTH à l’emploi

Sans suite Apte Inapte

Décision d'orientation

Evaluation

(Structures innovantes)

Centre de rééducation professionnelle

ou de réadaptation professionnelle

Mission ordinaire

Placement

Milieu protégé

Formation professionnelle

Pré-qualification et qualifiante

Accompagnement suivi

Centre de préorientation

Misson :

Favoriser l'insertion

professionnelle

Mission :

Favoriser

l'insertion sociale

COTOREP

COmmission Technique

d'Orientation et de REclassement

Professionnel

Recherche

d'emploi

Maintien

dans l'emploi

Section emploi

Reclassement professionnel Section aides financières

Dossier d'une "demande d'une personne adulte handicapée" en lien avec médecin traitant

Décision d'attribution

- Allocation Adulte Handicapé

(AAH)

- Allocation Compensatrice Tierce

Personne (ACTP)

- Carte européenne de stationnement

Placements :

- foyers occupationnels

- foyers d'hébergement

- maison d'accueil spécialisé

- foyers double tarification

- SACAT

ANPE ADIPH 35

CAP EMPLOI

Atelier protégé

---------------------

Centre d'Aide par

le Travail

(CAT)

Reconnaissance de la Qualité

de Travailleur Handicapé

Catégorie A-B-C

Fixation du taux

d'incapacité : %

II -139

II - 140

Annexe 7 : La mise en oeuvre de l’obligation légale de 1987 dans la Fonction

publique : le plan triennal de développement de l’emploi et de l’insertion des

travailleurs handicapés au ministère de la Justice 2002 - 2005

Dans le cadre du protocole d’accord signé pour l’ensemble de la Fonction

publique, le ministère de la Justice met en œuvre une série de mesures destinées

à l’accueil de 6 % de travailleurs handicapés, tout en poursuivant l’effort

d’amélioration des conditions de travail et d’intégration de ces agents.

Les perspectives

La loi de programme 2003 – 2007 prévoit 200 créations d’emploi chaque

année, toutes directions confondues. Cependant, pour des raisons tenant à la

nature des fonctions exercées, les corps des surveillants de l’administration

pénitentiaire et des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse ne

peuvent être soumis à l’obligation d’emploi de personnes handicapées. Les

fonctionnaires devenus inaptes à l’exercice de leurs fonctions en cours de

carrière et qui nécessitent un reclassement professionnel ou un aménagement de

poste sont prioritaires sur un recrutement externe et sont comptabilisés dans les

6 % de travailleurs handicapés.

Les deux corps précités représentant environ la moitié des agents du

ministère de la Justice, on peut prévoir en conséquence un recrutement de

personnes handicapées globalement égal à 100 personnes par an, empruntant

d’une part le biais du recrutement contractuel et d’autre part celui des emplois

réservés et des concours.

Les moyens financiers

Le ministère a consacré en 2002 plus de 150 000 € à l’insertion et

l’intégration des agents handicapés. En 2003, cette somme sera portée à

200 000 €. Il est en outre prévu d’augmenter régulièrement ce fonds afin de

satisfaire aux besoins en aménagement de poste des nouveaux arrivants, les

ressources du fonds interministériel ne devant être utilisées que pour des actions

d’innovation.

II - 141

Annexe 8 : Liste des personnalités rencontrées ou consultées 1

M. Vincent Assante, rapporteur de l’avis Situations de handicap

et cadre de vie adopté par le Conseil

économique et social le 13 septembre 2000

M. Arnaud de Brocca, assistant de direction à la FNATH

(Fédération nationale des accidentés du

travail)

M. Olivier Dehaene, service juridique AFM (Association

française contre les myopathies)

M. Marc Dupont, président du centre technique national

d’études et de recherches sur les handicaps et

les inadaptations

M. Joseph Fricot, ancien vice-président de l’APF (Association

des paralysés de France)

M. Gérard Fuchs, conseiller confédéral à la CGT en charge de

l’activité Salariés handicapés

M. Patrick Gohet, délégué interministériel aux personnes

handicapées

M. Patrick Gros, directeur général de la Ligue Havraise

Professeur Claude Hamonet, professeur de réadaptation médicale,

université Paris XII Val-de-Marne

M. Frédéric Lefret, responsable des relations institutionnelles,

SNAPEI (Syndicat national des associations

des parents et amis de personnes handicapées

mentales gestionnaires d’établissements et de

services spécialisés)

M. André Loubière, directeur à l’AFM(Association française

contre les myopathies)

Mme Marie-Thérèse Poupon, rapporteur de l’avis Le potentiel productif

des personnes handicapées, conditions

sociales et technologiques de sa valorisation

adopté par le Conseil économique et social le

10 juin 1992

1 Liste par ordre alphabétique avec l’indication des fonctions exercées au moment du contact ou de

l’entretien.

II - 142

M. Pierre Matt, président de la SNAPEI (Syndicat national

des associations des parents et amis de

personnes handicapées mentales

gestionnaires d’établissements et de services

spécialisés)

Mme Catherine Martin, directeur de l’emploi à la direction des

relations sociales du Medef

M. Pascal Michel, directeur Cap Emploi du Calvados

M. Jacques Ravot, directeur technique national chargé de

l’emploi et de la formation professionnelle,

association des paralysés de France

M. Marcel Royer, secrétaire nationale à la FNATH (Fédération

nationale des accidentés du travail)

Mme Marie Dominique Soumet, directrice de projets au ministère de la

Justice, secteur ressources humaines et

dialogue social ; ancienne chef de projet à la

mission d’appui au fonctionnement des

COTOREP

M. Michel Van Daeledirecteur Cap Emploi de l’Eure

M. Dominique Velche, chargé de recherches au centre technique

national d’études et de recherches sur les

handicaps et les inadaptations

M. Alain Vitard, directeur Cap Emploi de la Ligue Havraise

II - 143

TABLE DES SIGLES

AAH : Allocation aux adultes handicapés

ABS : Abattement des salaires

ACCRE : Aides aux chômeurs créateurs ou repreneurs d'entreprise

AGEFIPH : Association pour la gestion du fonds pour l'insertion

professionnelle des personnes handicapées

AMI : Association des malades et invalides

APF : Association des paralysés de France

APR : Association des paralysés et rhumatisants

CAT : Centre d'aide par le travail

CDCPH : Conseil départemental consultatif des personnes handicapées

CDES : Commission départementale de l'éducation spéciale

CEPIAH : Comité d'études pour la promotion des initiatives alternatives

pour les personnes handicapées

CEREQ : Centre d'études et de recherches sur les qualifications

CES : Contrat emploi solidarité

CIF : Classification internationale du fonctionnement du handicap et de

la santé

CIH : Classification internationale des handicaps

COTOREP : Commission technique d'orientation et de reclassement

professionnel

DOETH : Déclaration obligatoire de l’emploi des travailleurs handicapés

EDEN : Encouragement au développement des entreprises nouvelles

EPF : Emploi dans la fonction publique

EPSR : Equipe de préparation et de suite du reclassement

FEHAP : Fédération des établissements hospitaliers et d'assistance privés à

but non lucratif

FNATH : Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés

FNBPC : Fédération nationale des blessés du poumon et chirurgicaux

FNCDA : Fédération nationale des comités de défense et d'amicales des

malades et anciens malades de sanatoriums

FNLA : Fédération nationale de lutte antituberculeuse

FNMIP : Fédération nationale des malades, infirmes et paralysés

FPE : Fonction publique de l'Etat

GRTH : Garantie de ressources du travailleur handicapé

HID : Handicap incapacité dépendance

L'ADAPT : Ligue pour l'adaptation du diminué physique au travail

OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques

OIP : Organismes d'insertion et de placement

OIT : Organisation internationale du travail

II - 144

OMS : Organisation mondiale de la santé

ONU : Organisation des Nations Unies

ORP : Orientation professionnelle

PAPND : Plan d'action personnalité pour un nouveau départ

PARE : Plan d'aide au retour à l'emploi

PCE : Prêt à la création d'entreprise

PDITH : Programmes départementaux d'insertion des travailleurs

handicapés

PRR : Prime de reclassement

RMI : Revenu minimum d'insertion

SNASEA : Syndicat national des associations pour la sauvegarde de l'enfant à

l'adulte

SUB : Subvention d'installation

TIPS : Tarif interministériel des prestations sanitaires

TPMO : Travail protégé en milieu ordinaire

UBP : Unité bénéficiaire proratisée

UNAPEI : Union nationale des amis et parents d'enfants inadaptés

UNTC : Union nationale des tuberculeux civils

II - 145

LISTE DES ILLUSTRATIONS

Tableau 1 : Taux d'emploi des bénéficiaires de l'obligation d'emploi

soumis aux dispositions de l'article L. 323-2 du Code du

travail Evolution 1987 - 2000......................................................49

Tableau 2 : Taux d'emploi des travailleurs handicapés à la fin 2000 .............65

Tableau 3 : Les travailleurs handicapés à la fin de 1999 selon la situation

par rapport à l'emploi...................................................................68

Tableau 4 : Les caractéristiques des travailleurs en situation de handicap.....70

Tableau 5 : Les financements des Cap Emploi...............................................96

Tableau 6 : Comparatif des dispositifs d'abattement de salaire pour les

emplois ordinaires et pour les emplois protégés dits « emplois

légers » ......................................................................................108

Graphique 1 : Répartition des travailleurs handicapés bénéficiaires de la loi

du 10 juillet 1987 selon le sexe et la catégorie de handicap fin

1998.............................................................................................46

Graphique 2 : Répartition par catégorie socio-professionnelle des travailleurs

handicapés et de l'ensemble des salariés des établissements

assujettis à la fin 1998 .................................................................47

Graphique 3 : Répartition par sexe et par catégorie des bénéficiaires de la loi

du 10 juillet 1987 au 31 décembre 1999 (population de

référence).....................................................................................48

Graphique 4 : Répartition par catégorie des bénéficiaires de la loi du 10

juillet 1987 au 31 décembre 1999 (population de référence).......49

Graphique 5 : Répartition (en %) des personnes ayant obtenu en 2001 la

RQTH selon son niveau...............................................................51

Graphique 6 : Répartition des catégories de RQTH selon le type de demande

en 2001 ........................................................................................52

Graphique 7 : Répartition des orientations selon le type de demande en 2001 ..53

Graphique 8 : Répartition des orientations professionnelles en milieu

ordinaire selon le type d'orientation et le type de demande en

2001.............................................................................................54

Graphique 9 : Répartition des orientations milieu de travail protégé selon le

type d'orientation et le type de demande en 2001........................55

Graphique 10 :Répartition des orientations en formation en 2001 selon le

type de formation et le type de demande .....................................56

Graphique 11 :Demandeurs d'emplois handicapés selon leur catégorie de

handicap à la fin décembre 2001 .................................................58

Graphique 12 :Répartition des demandeurs d'emplois handicapés et non

handicapés selon leur âge à la fin décembre 2001.......................59

Graphique 13 :Répartition des demandeurs d'emploi à la fin du mois de

décembre 2000 selon leur niveau de formation ...........................60

II - 146

Graphique 14 :Répartition à la fin du mois de décembre 2000 des

demandeurs d'emploi selon leur qualification .............................61

Graphique 15 :Répartition à la fin de décembre 2001 des demandeurs

d'emploi en fin de mois selon la durée du chômage ....................62

Graphique 16 :Répartition des établissements assujettis selon les modalités de

réponse à l'obligation légale à la fin décembre 2000 ...................64

Graphique 17 :Répartition des travailleurs handicapés au titre de la loi du 10

juillet 1987 selon leur catégorie et leur lieu d'emploi en 1999 ....69

Graphique 18 :Taux de chômage des travailleurs handicapés au titre de la loi

du 10 juillet 1987 selon leur catégorie en décembre 1999...........71

Graphique 19 :Pourcentage de personnes inactives parmi les personnes âgées

de 20 à 59 ans et bénéficiaires de la RQTH selon la lourdeur

de leur handicap en décembre 1999.............................................72