Pour tous ceux qui abordent la question du handicap et de la personne handicapée, la question des "représentations" que nous avons du handicap, pèse de façon incontestable dans les choix qui s’opère.
La "vision" ou la conception que nous avons du handicap vient très rapidement comme un élément majeur dans les décisions. Elle s’avère déterminante à tous niveaux dans toute les évolutions, positive ou négative, en matière d’insertion sociale et professionnelle .
Il en est de même lorsque nous différencions de façon consciente ou inconsciente notre approche, du handicap physique et du handicap mental.
L’emploi des travailleurs handicapés va se trouver traversé et percuté par une représentation du handicap, avec des conséquences sur nos propres comportements. Cette représentation se partagent le plus souvent entre peur et culpabilité, entre rejet et marginalisation, entre incompréhension et apostolat. Elle recouvre pour l’essentiel une vision négative qui nous indispose.
La démystification de ce tabou ("la négation de cette représentation"), du regard que nous portons sur les handicaps ne demeure-t-elle pas un aspect nécessaire de tout acte pédagogique auprès des acteurs de l’emploi ?
Si c’est le cas, cette action pédagogique va conditionner la compréhension même du "droit à l’emploi" pour toute les personnes handicapées, mais aussi la détermination des acteurs dans la mise en oeuvre de la stratégie de non-discrimination et de l’action qui en résulte contre toutes formes de discrimination.
Ne doit on pas faire le lien entre la faible "réaction" contre les discriminations qui s’opèrent dans le monde économique et social à propos des personnes handicapées, et cette difficulté d’aborder de front cette question difficile ?
Nombres d’échecs dans l’insertion, quelle soit économique ou sociale trouvent leur racine et leur justification dans cette réalité rarement affrontée clairement avec et par les acteurs économiques.
Beaucoup d’explications trouvent leur justification dans l’échec même de certaines tentatives mises en oeuvre. Ainsi nous pouvons démontrer que malgré les efforts réalisés, nous sommes dans l’impossibilité d’assumer cette exigence d’insertion. Par conséquent, mous justifions, par la même occasion, les compréhensibles défaillances dans la mise en oeuvre de ces droits reconnus. Nous pouvons voir ainsi comment le discours quotidien peut être porteur de cette conception générale "on voudrait bien mais on ne peut pas, …vous comprenez !! ".
Le fait de cataloguer la personne, de l’enfermer dans un vocable "c’est un handicapé", voire de lui accoler par avance une connotation défavorable à sa capacité à assumer une quelconque activité n’est-ce pas déjà discriminatoire ? Le culte de la réussite, du meilleur ne correspond-t-il pas à une conception économique et sociale ou l’homme doit, en toute circonstance, savoir s’adapter à son environnement et non le contraire ?
Nous voyons bien comment des hommes et des femmes qui généralement font preuve, en beaucoup de circonstances, d’ une grande capacité pour affronter les contradictions sociales, expriment un humanisme solidaire réel, sont parfois eux mêmes en difficulté face à ce type de question. Cela prouve pour le moins que le discours le plus séduisant en la matière peut se heurter à des réalités très concrètes, et que rien n’est simple ni facile dans ce domaine.
On peut donc conclure cette introduction en précisant que si la question des représentations dépasse la seule vision du "handicap" pour rejoindre plus largement des problèmes plus fondamentaux de l’être humain et de l’évolution de la société, cela ne doit pas nous conduire pour autant à remettre ces questions à d’autres "plus compétents" ou à baisser les bras devant la difficulté.
Tout au contraire la véritable question n’est elle pas d’intégrer en toute lucidité cette dimension à toutes les actions de lutte contre l’exclusion à toutes les missions d’insertion quelques soient les catégories qu’elles concernent et naturellement à toutes les activités économiques et sociales si nous voulons progresser.